MUSIQUE CONTEMPORAINE

LOU REED

Génial, paranoïaque, sulfureux, décadent, militant des bonnes causes, junkie, promoteur d'un rock « adulte », Lou Reed est un tissu de contradictions. Ce fils d'avocats passe une adolescence turbulente à Long Island. Lewis Alan Reed, plus connu sous le nom de Lou Reed est né le 2 mars 1942 dans une famille juive et a grandi dans une banlieue conformiste de New-York. Pourtant lui, il ne l’a jamais été, conformiste. Artiste, photographe et même un peu poète... À l’adolescence, il avoue sa bisexualité, une orientation sexuelle qu’on pense à l’époque devoir « soigner » à l’aide d’électrochocs. Un traumatisme qu’il racontera d’ailleurs dans sa chanson Kill Your Sons (1974). 
Après des études à l’université de Syracuse, centrées sur la poésie, la littérature et le journalisme, il travaille comme compositeur maison pour Pickwick Records. Lou Reed, passionné de musique et en particulier de free-jazz et de rythm'n'blues fait la rencontre d’un musicien, John Cale. Lassés des paroles fadasses et des chansons alimentaires, ils vont former un groupe d’abord appelé Primitives, avant de devenir Warlocks, The Falling Spikes et enfin... Velvet Underground.  



Malgré leur complicité avec l'artiste avant-gardiste Andy Warhol, ils ont peu de succès. Bowie a découvert Lou Reed en même temps que les autres (alors pas si nombreux) en 1967, quand il a reçu de son manager le premier album éponyme du «Velvet Underground». «Je n’avais rien entendu de pareil. Cela a été une révélation pour moi». A l’époque, le Britannique n’a qu’un seul nom de scène et un premier album. Il regarde son ainé américain avec beaucoup de déférence et le souhait de le rencontrer, un jour. La légende est déjà en route. Leurs textes, qui flirtent avec les fruits défendus, célébrant la beauté dans l'horreur, leur interdisent tout accès aux médias. Las, Lou Reed quitte le V.U. au milieu de Loaded , le quatrième album.Après deux années dans l'ombre, il signe avec RCA et s'installe à Londres. 



La maison de disques organise un dîner au restaurant branché « Max's Kansas City », en septembre 1971. Le courant passe. Lou Reed ne voit plus que par Bowie, «la seule personne intéressante» sur qui il a une influence considérable. «Le rock’n’roll est devenu fastidieux, sauf ce que fait David», déclare Lou. Son nouvel ami répond au compliment en offrant de produire son prochain album. «J’étais pétrifié quand il a accepté de travailler avec moi, en tant que producteur, parce que j’avais tellement d’idées et je me sentais si intimidé par le travail qu’il avait déjà accompli», expliquait Bowie en 1998. «Même si nous n‘avions pas beaucoup d’années d’écart, Lou avait déjà un incroyable répertoire». La collaboration va mêler le flamboyant Bowie et le plus secret Lou Reed, rapprocher leurs deux publics, leurs deux cultures. RCA comprend que le succès du premier va servir le second. «J’avais tellement envie que ça fonctionne pour lui, de faire un superbe album que lui- même trouverait inoubliable». 


En 1972, coup sur coup, il sort Lou Reed et Transformer , produit par Mick Ronson et David Bowie, qui joue du sax sur « Walk on the Wild Side ». Ses descriptions d'un univers interlope et son statut d'homo camé en font le porte-parole des marginaux et le parrain du punk. Ses concerts, à l'opposé de ceux du Velvet Underground, sont marqués par une option théâtrale et chorégraphique digne de Bowie. «Walk on the Wild Side» est un succès mondial et tire vers le haut les ventes d’un album qui, au fil des années, va s’imposer comme un classique, le plus grand succès critique et commercial de Lou Reed. Un succès tellement fou que Lou sera classé artiste rock préféré des adolescents britanniques, devant Mick Jagger, pour l'année 1972. La suite est plus compliquée. L’élève Bowie a une telle influence sur le maître Reed, de la musique au look, que l'ainé aurait fini par le prendre de travers. Il n’y a pas de raison officielle à leur rupture, mais le sale caractère de l’ancien du Velvet est connu. Reed refuse de laisser Bowie produire son album suivant «Berlin», qui finira par influencer Bowie. Cercle vertueux, cercle vicieux... 


En 1973, il sort le cafardeux Berlin , produit par Bob Ezrin. Directement inspirée par la ville allemande, divisée physiquement et psychologiquement, cette œuvre, qui suinte le fiel, le suicide et les immondices, est considérée comme le « Sgt. Pepper's noir et déprimant des années 1970 » et son meilleur album. Grâce à ce condensé de réalité passée au vitriol, Reed est reconnu comme un compositeur unique, dérangeant et macabre. On l'installe dans la tradition du « nouveau rock », un style inventé par le Velvet. Son timbre glacial mais prenant et ses thèmes fétiches vont influencer des générations entières et l'amener à composer aussi bien pour Kiss que pour Nils Lofgren



De 1974 à 1982, il enchaîne les albums, alternant le meilleur ( Rock'n'Roll Animal , 1974), mais surtout le moins bon. En 1979, Bowie et Reed dînent avec plusieurs copains dans un restaurant de Londres. La soirée est arrosée. Reed évoque son prochain album et propose à celui qui a sauvé sa carrière de le produire. Réponse cinglante de Bowie : «Si t’arrêtes de boire et que tu te reprends». En rage, Lou Reed se jette au dessus de la table, prend Bowie par le col et lui assène des coups au visage. On les sépare. L’ambiance se détend quand les deux hommes se retrouvent seuls, se prennent dans les bras, s’embrassent même... avant que la bagarre ne reprenne de plus belle. L’affrontement continuera à l’hôtel où loge Lou Reed, avec Bowie intimant son meilleur ennemi de «venir se battre comme un homme». Il faudra attendre les années 1990 pour revoir ces deux égos ensemble. 


Reed profite de cette période pour amorcer le changement de son image et se présenter comme un artiste devenu adulte, un intellectuel affranchi désormais des mythes et des images morbides de sa jeunesse.En 1982, de retour chez RCA, il sort The Blue Mask , un hommage à son mentor le poète Delmore Schwarz, mais aussi son meilleur album depuis Berlin. Cynique mais mature, il tire les conclusions de ses expériences extrêmes. La suite, Legendary Hearts (1983), est superbe, suivie du serein New Sensations (1984) et du très électronique Mistrial (1986). Ce nouvel élan créatif est en partie attribué à son mariage (1980) et à son adéquation parfaite avec son nouveau groupe. En parallèle, il s'investit dans plusieurs causes collectives (Farm Aid en 1985, tournée Amnesty International en 1986, lutte anti-apartheid... ) et s'affiche avec le président tchèque Vaclav Havel, défenseur émérite de la démocratie à l'Est et grand amateur de rock. 


En 1989, avec New York , il atteint un nouveau sommet artistique et commercial. Il y décrit une société tiraillée par les tensions urbaines ( « Dirty Boulevard » ) et en pleine décomposition. Cette même année, il participe à un album solo de Maureen Tucker, batteuse du Velvet Underground. Puis, dans le sillage, il s'associe à John Cale pour Songs For Drella (1990), un requiem poignant pour Andy Warhol décédé en 1987 et composé de ballades minimalistes giflées de guitares tendues. Ces collaborations débouchent sur une reformation ponctuelle du Velvet Underground à Paris en juin 1990 puis sur une tournée européenne dans des salles combles en 1993. Toujours à cause des batailles d'ego entre Reed et Cale, ils se séparent juste avant la tournée américaine. 


En 1992, Magic & Loss , inspiré par le cancer de deux de ses amis, constitue une sombre méditation sur l'âge et sur la peur de vieillir. Les hommages pleuvent. Ce poète est fait Chevalier des Arts et des Lettres par Jack Lang en 1992. Pourtant, les vieilles obsessions reviennent parfois. Son divorce en 1994, les règlements de comptes avec Moe Tucker et John Cale débutent une série noire qui se termine avec le décès de Sterling Morrison (du Velvet Underground). Lou Reed est l'un des personnages rock les plus intrigants de toutes ces années, caméléon génial ou grincheux patenté selon les jours. 


Cela n'empêche pas Lou Reed de prouver que le rock peut être intéressant au- delà de la quarantaine. L'exceptionnel Set The Twilight Reeling (1996) est suivi d'albums aussi divers que Ecstasy (2000) ou The Raven (2003), inspiré par Edgar Allan Poe. Marié à Laurie Anderson depuis 2008, Lou Reed continue de surprendre. En 2011, il s'associe au groupe Metallica et adapte la pièce de Frank Wedekind qui a servi de trame à l'opéra Lulu d'Alban Berg. Opéré d'une greffe du foie en mai 2013, il succombe le 27 octobre à l'âge de 71 ans. La disparition de cette personnalité éminente qui a changé l'histoire du rock cause un vif émoi à travers le monde et laisse un grand vide dans un univers musical marqué par son empreinte. 


SOURCES













MÉFIEZ-VOUS DES CONTREFAÇONS DU ROCK


Un grand groupe se doit-il d’avoir un nom original ? Il faut croire que non puisque certains ne se sont pas gênés pour piquer celui d’un prédécesseur au destin moins reluisant.
Si certains ont la délicatesse de changer de nom pour éviter les doublons et la confusion, d’autres, au contraire, s’approprient celui d’autres…. Par arrogance, manque d’imagination ou tout simplement absence de culture ? En tout cas, c’est toujours assez déroutant, voire contrariant. Peut-on faire confiance à un artiste – et du coup apprécier sa musique – dont le nom, pour commencer, relève déjà du plagiat, du pompage, ou même de l’imposture ?…



Histoire de pochette - Album ‘Bienvenue au Paradis’ de Jean-Patrick CAPDEVIELLE



Découvrez les étapes de la création de la pochette du dernier album de Jean-Patrick CAPDEVIELLE - "Bienvenue au Paradis" - Images et montage : Catherine BEUDAERT

https://vimeo.com/183987553?ref=fb-share&fbclid=IwAR0ZJczu9C0sj3eTHTgJ02FZYxSfCP6xae6O1Zt6uj2BKaQDqZZ0mVSmqh4






Le 9 octobre 2016, quelques fans ont pu admirer les toiles de Jean-Patrick Capdevielle. À cette occasion a eu lieu un happening pyrotechnochristique par l'auteur lui-même.

Retrouvez cette vidéo sur :https://vimeo.com/195336019


DAVID BOWIE
De son vrai nom David Robert Jones, David Bowie est né le 8 janvier 1947 dans le quartier londonien de Brixton. Le chanteur est le fils d’une ouvreuse de cinéma et d’un chargé des relations publiques pour une organisation caritative. Il découvre le jazz, initié à la musique par son frère Terry Jones à qui il voue une admiration sans bornes, et prend des cours de saxophone à l'âge de 13 ans. L’influence de son frère, qui finit par se suicider, se fait sentir dans l’œuvre du chanteur. Elève peu intéressé par l'école, il déserte le lycée technique à 17 ans et se produit avec avec différents groupes, les Manish Boys et les King Bees. À la même période, il publie quelques 45T, qui malheureusement ne trouvent pas d’écho positif.



C’est à cette période qu’il rencontre Lindsay Kemp, célèbre mime. Pendant trois ans, il se forme à l'art du mime auprès de la troupe de Lindsay Kemp, élève de Marcel Marceau. Avec la troupe il se produit dans des spectacles qui mêlent mime, danse et musique. Le chanteur va mesurer l’impact des gestes sur scène, et va également découvrir le théâtre. Il cherche à percer avec différents groupes mais c'est en solo qu'il se fait connaître. Il prend le nom de Bowie pour éviter toute confusion avec un autre chanteur connu de l'époque, Davy Jones, du groupe The Monkees

Il enregistre son premier album éponyme chez Decca en 1967 : son écoute est déroutante et se révèle un bide. Le titre « Space Oddity » qui sort en 1969 le révèle au grand public, mais l'album intitulé « Man of world / Man of music » est plutôt décevant et ne ressortira que bien plus tard sous un nouveau titre. 


En 1971, Bowie pose habillé en femme sur la pochette de l'album « The Man Who Sold The World » et développe un rock incisif qui se retrouve sur le titre « Hunky dory ». Les deux albums intriguent le public. Devenu un phénomène médiatique, il continue les extravagances, et joue de son look androgyne, surfant sur son originalité, il crée son avatar. Avant-gardiste, il investit le glam rock et se crée un personnage sur mesure en 1972 avec Ziggy Stardust. L'album « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the spiders from Mars » est un énorme succès qui dépasse les frontières britanniques et l'installe au rang de star international. L'artiste cultive le goût de la provocation (il déclare sa bisexualité en 1972) et l'art des bonnes fréquentations (il s'entoure d'amis talentueux, d'Iggy Pop à Lou Reed). 




En 1973, il se sépare de son personnage androgyne et dissout son groupe. Installé à New York, il puise son inspiration dans les musiques noires nord- américaines. Il publie la même année ce qui est considéré comme l'un de ses meilleurs disques, « Aladdin Sane », et il est aux manettes du légendaire « Transformer » de Lou Reed en 1975. Ravagé par la drogue, il s'exile à Berlin et enregistre trois albums de musique expérimentale électronique. Au cours des années 1970, il se réinvente avec un nouveau personnage, le Thin white duke et enregistre trois albums dans la foulée à Berlin avec le musicien anglais Brian Eno; Low et Heroes en 1977, et Lodger en 1979. Ces disques déconcertent ses fans habituels, mais lui permettent de conquérir de nouveaux admirateurs. Parallèlement, il va également collaborer avec Iggy Pop. Il crée plusieurs titres qui restent gravés dans la légende tels « Changes », « Suffragette City », « The Jean Genie », « Rebel Rebel » et « Heroes ». 


Le succès planétaire revient dans les années 1980 avec l'album « Scary monsters » (1980) et le titre « Ashes to ashes ». En 1983, il collabore avec le groupe Chic et enregistre l'un de ses plus célèbres titres, « Let's dance », qui lui vaut les faveurs d’un large public et donne le ton musical des années 80.  Mais le succès s'essouffle quelque peu avec les albums suivants. Il se consacre parallèlement à sa carrière d'acteur (« L’homme qui venait d’ailleurs », « Les Prédateurs », « Furyo », « Labyrinth », « La dernière tentation du Christ », « Everybody Loves Sunshine », « Zoolander »). A la fin des 80’s, il fonde le groupe Tin Machine, sans apparaître en haut de l'affiche, qui publie deux albums au succès mitigé. 


Revenu en solo dans les années 1990, il continue son exploration musicale entre rock et électro, mais a du mal à convaincre son public avec ses disques. En 1995, il scelle ses retrouvailles avec Brian Eno pour enregistrer Outside et renouer avec le succès. Toujours féru de mode, il apparaît sur la pochette de l'album Earthling (1997) avec un manteau aux couleurs du drapeau de l'Union Jack signé Alexander McQueen. David Bowie revient en grâce en 1999 avec le tube « Hours ». La nouvelle génération du rock vient même lui donner un coup de main, à l'image de Brian Molko ( Placebo ), avec lequel il chante en duo « Without you, I'm nothing ». David Bowie décide alors de renouer avec son ancien producteur, Tony Visconti. 


En 2002, « Heathen » réhabilite définitivement l'artiste. En 2003, il publie l'album Reality et part en tournée, un best-of est édité tandis que la célébration des trente ans de Ziggy Stardust prend la forme d'une réédition en double CD et DVD. Des ennuis de santé assez sérieux et une opération au cœur contraignent David Bowie à annuler sa tournée française, programmée en 2004. Depuis, il a enregistré quelques duos et est monté sur scène avec le groupe Arcade Fire. Il joue dans « Le Prestige de Christopher Nolan » en 2006. En 2008, on le retrouve en tant que collaborateur sur l'album de Scarlett Johansson , mais aussi comme acteur dans le film « August ». 
Alors qu'on le croyait à la retraite, David Bowie surprend le monde entier le 8 janvier 2013, jour de son 66e anniversaire, en annonçant la sortie d'un nouvel album. Mais loin du style flamboyant et des artifices de ses débuts, David Bowie n'accorde aucune interview pour la promotion de cet album. « The next day » sort le 11 mars, précédé de deux singles, « Where Are We Now » et « The stars (are out tonight) ». Il continue sa carrière, en écrivant le générique de la série Panthers, et écrit la comédie musicale Lazarus, jouée à Broadway à la fin de l’année 2015. Le 8 janvier 2016, il célèbre à nouveau son anniversaire avec la sortie dans les bacs d'un nouvel album intitulé Blackstar


Avec "Blackstar", sa mort devient œuvre d'art 
Dans son dernier clip, « Lazarus », Bowie se représente sur son lit de mort en chantant : « Look up Here, I’m in Heaven... » (« Regardez là-haut, je suis au paradis »): le dernier album de David Bowie, Blackstar a été conçu comme un testament. C'est aussi un chef d’œuvre. 

Il s’était une nouvelle fois réinventé. Depuis dix-huit mois, David Bowie savait qu’il était condamné. Les médecins lui avaient diagnostiqué un cancer du foie, à l’issue fatale. Alors pour tenter de conjurer le sort, Bowie s’est lancé dans une course folle au travail. Quand il convoque des musiciens de jazz new-yorkais, en janvier 2015, pour l’enregistrement de son futur disque, seul le producteur Tony Visconti est au courant de son état de santé. Depuis sa disparition médiatique en 2004, David Bowie ne parle plus. Le mystère étant une part essentielle de son succès, il sait que moins il en dira, plus on parlera de lui. 


Alors autant mettre en scène son départ qu’il sait inéluctable. Bowie conçoit donc l’album «Blackstar» comme un testament et imagine le personnage de Lazarus, sa dernière incarnation, dans une vidéo mise en ligne deux jours avant son décès. Lazare est ce personnage des Evangiles qui revient de la mort grâce à l’intervention de Jésus. Ici Bowie apparaît dans un lit mortuaire, les yeux bandés, le visage émacié. Son double sort d’un placard, griffonne quelques mots dans un carnet avant de repartir dans l’au-delà. Une manière presque violente de mettre un terme à une carrière brillante. Emouvante aussi. 

Personne n’avait imaginé que Bowie pouvait partir si vite, si soudainement. Les rédactions des hebdos musicaux « Rolling Stone », aux Etats-Unis, le « New Musical Express », en Angleterre, sont les premières désemparées. De là- haut, Bowie doit sourire. L’homme s’est joué toute sa vie des médias comme du public. Il avait l’art de ne rien dire, même dans les rares interviews qu’il donnait. Sortir des questions musicales, c’était s’embringuer dans un délire purement « bowiesque » sur l’état de la création contemporaine ou les philosophes qu’il aimait. En pleine période Ziggy Stardust, quand on lui demande pourquoi il s’est accoutré de telle manière, Bowie cite Michel Foucault : « Toute pensée moderne est sous- tendue par l’idée que le pensable est impensable. » Jolie manière de brouiller les pistes. 


Depuis le 25 juin 2004, jour où son cœur lui fit comprendre qu’il était mortel, Bowie s’était même pleinement retiré du monde, comme lassé du cirque médiatique qui entoura son malaise cardiaque. Installé à New York dans un très beau penthouse de Lafayette Street, en plein Soho, il décide de se consacrer à sa vie personnelle, coupant quasiment tout contact avec le monde de la musique. 

En réalité, Bowie n’aimait pas la célébrité. Il se l’était prise dans la figure dans les années 1970 et avait déjà pris goût à la vie de reclus. Son malaise fut encore plus grand en décembre 1980 : il jouait alors « Elephant Man » à Broadway et Mark David Chapman, l’assassin de John Lennon, révéla avoir pris des places pour la pièce dans le but de tuer également le chanteur de « Heroes ». 


Le 7 décembre dernier, David fit donc sa dernière apparition publique à New York pour la première de « Lazarus », au Theatre Work shop où il monte sur scène lors des saluts. Mais une fois le rideau tombé, l’icône s’écroule. Bowie ne restera pas à la fête donnée dans la soirée. Impossible de deviner pour autant qu’il entrait dans le dernier mois de sa vie. Il ne voulait rien laisser paraître de sa réalité. Complice fidèle, Brian Eno, un temps membre de Roxy Music, avait échangé des courriers électroniques avec David pas plus tard que la semaine dernière : « Merci pour tous nos bons - moments, Brian, lui écrivait David. Ils ne pourriront jamais. » « J’ai compris, le jour de sa disparition, a dit Eno, que c’était sa manière de me dire au revoir. » Enigmatique jusqu’au bout, Bowie aura réussi malgré tout à écrire la fin de sa vie selon sa propre volonté. « We can be heroes, just for one day », chantait-il (« On peut être un héros, juste pour un jour »). Il vient de prouver le contraire. 

Paris Match | Publié le 14/01/2016  Par Benjamin Locoge 
David Bowie s'est éteint le 10 janvier 2016 après un long combat contre le cancer. 
Ses récompenses 
1995 - British Award pour l'ensemble de sa sa carrière 
1995 - Rock and Roll Hall of Fame 
1983 - Grammy Award de la meilleure vidéo pour David Bowie 
1983 - British Award du meilleur artiste masculin 
1977 - Hollywood Walk of Fame 

SOURCES

















Commentaires

Articles les plus consultés