PHOTOGRAPHIE

CHARLES MARVILLE


Charles-François Bossu, dit Charles Marville, débute comme peintre-graveur. On trouve quelques-uns de ses dessins dans La Seine et ses bords et La Saône et ses bords, deux ouvrages de Charles Nodier (1836), et dans Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre (édition de 1838), dans lequel il compose des vignettes, des lettrines ornementées et des paysages. Il collabore en parallèle à des magazines illustrés, dont Le Musée des Familles et Le Magasin Pittoresque. En 1842, il participe à la publication du Jardin des Plantes de Pierre Boitard.


La création du calotype, nouveau procédé photographique qui à l'inverse du Daguerrotype, permet la reproduction en nombre des clichés originaux, le conduit à la photographie, domaine où il acquière rapidement une certaine notoriété. Il obtient en 1848 une première commande officielle de l'état ; la copie photographique d'un tableau de Lesueur. Il publie ses premières photographies d'architecture chez Blanquart-Évrard à partir de 1851. Il se rend cette même année en Algérie, réalisant à cette occasion une série de calotypes. En 1853, il est choisi pour photographier le décor du mariage de Napoléon III avec Eugénie qui eut lieu à Notre-Dame. Il photographie le baptême de leur fils en 1856; En 1853, il illustre également l'album Sur les bords du Rhin, puis les séries Architecture et sculpture de l'art religieux (1853-1854). Il se signale comme « photographe du musée impérial du Louvre ». Il est ami d'Ingres qui lui confie la reproduction de ses tableaux. Il collabore également aux grands chantiers de restauration de cette époque, menés par les architectes Viollet-le-Duc, Paul Abadie ou le sculpteur Aimé Millet. Il prend ainsi en photos la Sainte-Chapelle, Notre-Dame de Paris ou d'autres cathédrales françaises.



En 1862, il est « Photographe de la Ville de Paris ». Il photographie alors le nouveau mobilier urbain et les nouveaux aménagements de la ville comme le bois de Boulogne. En 1865, il publie l'Album du Vieux-Paris, commande du service des Travaux historiques qui vient d'être créé. Il réalise pour cela 425 clichés. Cet album rassemble des vues des vieilles rues de Paris avant leur destruction lors des transformations de Paris sous le Second Empire et témoigne de l'insalubrité de la ville avant les travaux d'Haussmann. Pour une seconde commande de la ville de Paris consacrée aux nouvelles voies de la capitale et destinée à être montrée lors de l'exposition universelle de 1878, il photographie notamment le percement de l'avenue de l'Opéra à la fin des années 1870. Il est aussi chargé de prendre en photo les ruines de l'Hôtel de Ville, incendié sous la Commune, et les étapes de la reconstruction mais il meurt avant la fin des travaux.


Après sa mort, en 1879, son atelier, qui se situait au 75, rue Denfert-Rochereau, est racheté par le photographe Armand Guérinet.




RICHARD AVEDON 

(1923 New York, USA. 2004 San Antonio, USA.)

L’œuvre de Richard Avedon se révèle être un portrait de l’Amérique de la seconde moitié du XXe siècle. Pour les magazines les plus célèbres comme Life, Harper’s Bazaar ou Vogue, l’artiste a transmis à la photographie de mode sa passion, son énergie et lui a donné une nouvelle vie. 

A New York, il a photographié la vie culturelle, installant sur fond blanc les célébrités du monde de la littérature, de l’art et du spectacle. Aux côtés des puissants, dans une tradition élitiste du portrait, il a photographié des américains anonymes, exclus et défavorisés. Les hommes sont mis à nus devant son objectif, dépossédés d’une réalité superficielle. 

Sur le fond neutre, dans une composition épurée, seule l’âme du sujet apparaît. Il imagine une série de célébrités faisant apparaitre l’individu en deux plans, rapproché et serré. 

Des poses sobres, presque dramatiques, comme celle de Francis Bacon que l’on découvre comme pris sur le vif. L’air interrogatif et frontal admet une autre facette de l’artiste, plus familière, moins charismatique. Des portraits épurés apportant une neutralité des gestes et une authenticité du regard. 

« La photographie ne reproduit pas le visible, elle rend visible. » « Les photos ont pour moi une réalité que les gens n’ont pas. C’est à travers les photos que je les connais. » Richard Avedon 

SOURCES


http://www.lesartistescontemporains.com/Artistes/avedon.html


https://sites.google.com/site/grandsphotographesdu20eme/avedon-richard


https://www.avedonfoundation.org/%23p=-1&a=-1&at=-1


https://www.lense.fr/news/revisons-nos-classiques-richard-avedon/


https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-avedon/


https://madame.lefigaro.fr/personnalite/richard-avedon-1


https://www.elle.fr/Personnalites/Richard-Avedon


https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Avedon


https://madame.lefigaro.fr/style/richard-avedon-shooting-mode-a-la-maniere-de-230916-116777


CATHERINE BEUDAERT

Dans une période de déferlement d’images, mêlant trop souvent à la profusion, le désordre des excès, Catherine Beudaert écrit sa ligne photographique d’un simple regard. Les sujets, choisis au gré des rencontres et des envies, y prennent toute leur teneur. Le style de Catherine Beudaert n’est pas immédiatement identifiable, couleur ou noir et blanc, douceur ou contraste, courte ou longue focale, le phrasé pictural est entièrement au service du sujet et de la lumière. Mais à parcourir ses images, le style devient évident, il teint dans la simplicité du regard : le cadre est fragile et laisse à voir bien au-delà de ses limites, les teintes sont bienveillantes, les instants captés ne semblent pas définitifs, ils nous aident à mieux voir, à voir différemment. 

« Je me suis mariée à 18 ans. Il m'a paru alors normal consacrer la plupart de mon énergie au bien-être de la famille que j'ai créé. Quand chacun est parti de son côté, mes propres aspirations sont remontées violemment. » 

Son premier reportage date de 2009 et son premier appareil reflex, un Nikon D90, a été acheté pour l’occasion. La photo, présente en filigranes depuis l’adolescence, avec des réminiscences de tirage argentique noir et blanc, prend d’un coup toute la place, comme si, retenu depuis tant d’années, ce désir de photographier ne pouvait que finir par s’imposer. 

« J’habite en Picardie et mon premier reportage a été sur Paris, la ville et ses turbulences, si éloignée de mon quotidien. J’ai photographié les espaces, la pierre, les ciels, mais ce sont surtout les gens qui m’ont intéressée, les gens dans leur solitude. »

On y rencontre les peintres des quais se Seine, les tagueurs de Belleville et les gens des beaux quartiers, mais ce sont surtout les marginaux qui l’ont intéressée, elle les photographie avec tendresse sans jamais verser dans le misérabilisme. 

« J’ai réalisé ce premier reportage avec avidité et gourmandise. Tout ce qui m’entourait était un appel à photographier. J’ai su à ce moment que ma nouvelle vie passerait par la photographie. »

Plusieurs projets s’enchaînent : « Exploration urbaine », « Entre ciel et pierres », les graffitis du XVIème siècle au manoir du Catel, ..., et un travail sur les graffeurs qui trouve son apogée avec la rencontre de Eyone qu’elle suit dans son périple, de tag des cheminées et façades, sur les toits de Montreuil. 

Elle montre ses photos autour d’elle, à l’artiste Yves Bady, rencontré grâce à des amis communs, à Jean-Patrick Capdevielle, qu’elle assiste dans l’animation de son site web, et ils aiment... Ils l’encouragent à continuer. C’est parti. 

« Je découvre tes atmosphères crépusculaires, tes fontaines fantômatiques et tes lions interrogés ; je trouve mon compte dans la désolation de tes friches industrielles; dans ton enfant de Matisse aux oiseaux; dans tes temples verre et acier aux temps modernes divinisés.Ce que nous voyons du coin de l'oeil, toi, tu le regardes et tu nous donnes la chance et le temps de le lire. Merci de ce cadeau. » Jean-Patrick Capdevielle 

« Catherine possède un oeil différent de la plupart des autres photographes. Elle a cette faculté rare de saisir au vol des instants aussi vifs qu'inattendus ». Yves Bady 

Elle réalise en 2010 son premier reportage à l’étranger, au Liban, en 2 fois une semaine. Elle ramène des photos différentes, sur un pays tellement photographié. Des images qui sont aussi nouvelles que simples, une vision sans apriori, sans modèle à respecter, sans nulle autre motivation que celle de voir et de témoigner. La proximité entre le luxe et la misère y est représentée, mais aussi les petites histoires de la vie quotidienne, la campagne, les vestiges historiques, le Liban dans sa diversité et son originalité. 

« J’étais enfant quand j’ai vu à la télévision les images de la « guerre des deux ans » au Liban. Je me souviens d’un choc émotionnel, mélange de honte et d’incompréhension, face à ses images de tueries entre factions chrétiennes et palestiniennes. 35 ans après, je voulais y aller, tenter de comprendre et témoigner. J’ai été étonnée que les murs en parlent encore.» 

Depuis 2010, la photographie occupe Catherine Beudaert à plein temps. Elle est actuellement sur plusieurs projets : « Vestiges » sur les friches industrielles et « French Heritage » variation sur le made in France. Et bien d’autres sont en préparation : au Vietnam, en Nouvelle Calédonie, en Equateur, ..., comme s’il y avait urgence à rattraper le temps perdu. (NÉGATIF+, 2012)

SOURCES

https://mag.negatifplus.com/gueule-dange-numero-25-catherine-beudaert/

https://www.leparisien.fr/oise-60/ses-cliches-illustrent-le-nouvel-album-de-capdevielle-27-12-2015-5402925.php

www.catherinebeudaert.com

https://p2sp.org/diptychs/paris/catherine-beudaert/

https://www.instagram.com/catherine_beudaert_arts/

https://vimeo.com/catherinebeudaert

https://www.courrier-picard.fr/art/region/compiegne-elle-signe-la-pochette-du-capdevielle-ia190b0n668146

https://www.facebook.com/Catherine.Beudaert


LAURENT BRICARD

Laurent Bricard est né à Valenciennes et vit dans la banlieue lilloise. Il a découvert la photographie à l’adolescence, avec son père, puis l’a oubliée. Des études, une vie professionnelle bien réglée, c’est il y a seulement 7 ans, certainement grâce au numérique qu’il la redécouvre et se lance dans une pratique quasiment quotidienne.


Équipé d’un 35 mm, toujours à portée de main, il pratique une photo instinctive, rapide et précise, comme un lien spontané entre lui et les autres. Jamais volée, sa photographie accompagne la relation. Les gens, il les aime, sans à priori, dans leur humanité. 


«J’ai commencé par photographier en couleur, surtout les paysages de ma région, le Nord Pas de Calais. Pendant la première année, Je me suis cherché. J’ai sur-saturé les couleurs, multiplié les effets, jusqu’à m’apercevoir que la couleur était de trop, qu’elle freinait la spontanéité de mes images. Je ne renie absolument pas ce travail qui a été plusieurs fois exposé, mais il est très éloigné de ce que je fais maintenant.» Ce style si particulier qui caractérise désormais ses images, il le doit beaucoup, et ne le cache pas, à sa découverte du travail d’Anders Petersen, photographe suédois qui, lui aussi, a choisi le noir et blanc et n’a d’intérêt que pour l’humain. 



«Il me fallait ce temps de ré-apprentissage du médium, que j’avais pratiqué du temps de la chambre noire, pour trouver mes marques et le mettre au service de qui je suis, de mes envies et de ma spontanéité. Ma photo est instinctive et exclusivement dirigée vers l’humain, à 100% ! 




Je ne passe plus des heures sur Photoshop. J’applique les scripts de grain et de contraste que j’ai longuement testés et qui désormais définissent mon écriture. Seul le moment de la prise de vue compte. C’est un déclic à l’instinct, c’est une rencontre, un sourire, un cri, un partage.» 


Ce style, il le met à l’épreuve, en 2014, lors d’un voyage au Cambodge, longue traversée solitaire de 1600 km, qui donnera naissance à un livre édité par Corridor Elephant. Il diffuse largement ses photos sur le net, principalement Facebook sous le titre «Photos by Lo», sur le webzine «Visons Libres » et l’éditeur numérique Corridor Elephant. Puis c’est la rencontre avec Jean-Patrick Capdevielle qui apprécie autant les images «très rock» que le personnage, spontané, direct et aimable. Il lui fait confiance. 



«C’est une belle rencontre qui m’a permis de confronter mon univers et mon écriture au monde professionnel. J’ai fait les photos qui ont accompagné la sortie de son dernier disque : intérieur de pochette, livre et expo. J’ai rencontré à cette occasion les autres photographes engagés dans cette aventure, Scarlet Page et Catherine Beudaert, et découvert que mes portraits «vifs et granuleux» avaient leur place aux côtés des leurs.»



Après Capdevielle, c’est Christophe Marquilly, membre fondateur des Stocks, puis Philippe Deyrieux, du groupe Montparnasse, ou encore le jeune groupe de rock 20’ TO LIVE qui lui confient les photos de leurs prochains albums. 
«Ça s’enchaîne dans le milieu musical, et certaines images seront certainement en couleur, mais ce n’est pas un choix, c’est d’abord une histoire de rencontres et de connivence. Toujours une aventure humaine.» 

Nils Sidsel (Négatif +) 2016







Robert Doisneau 

Photographe français (Gentilly 1912-Paris 1994). 

Formé à l’Ecole Estienne il obtient un diplôme de graveur lithographe et devient dessinateur de lettres à l’Atelier Ullman, spécialisé dans les publicités pharmaceutiques. En 1931, il est engagé par le sculpteur André Vigneau comme opérateur. Entre deux missions, il arpente les rues de Paris et de banlieue, faisant de ces lieux son studio. Tout au long de sa vie, Doisneau a été fasciné par la banlieue. Dans son studio, il côtoie les avant-gardes littéraires et artistiques et parfait ses connaissances techniques. Il y découvre la réalité du métier de photographe, qu’il exerce ensuite aux Usines Renault, après son service militaire, comme photographe industriel. Pendant 5 ans, il photographie les ateliers, les foules d’ouvriers, les chaînes de montage... Il est licencié en 1939 pour retards répétés. Photographe illustrateur indépendant jusqu’en 1946, il devient à cette date photographe d’agence.


La force de la photographie de Robert Doisneau réside principalement dans son humanisme. Comme tous les familiers de la rue, Doisneau a su fixer cette gravité rayonnante qui isole un être humain de la foule, ces moments de grâce qui rassemblent les passants. Ces instants capturés sans prétention ont probablement été influencés par l’environnement dans lequel Robert Doisneau a grandi. Son père ayant souffert de travailler toute sa vie dans la même boîte, il a refusé de suivre le même chemin. « La photographie ça semblait un peu canaille et ça me plaisait ». Et si ses clichés sont encore aujourd’hui admirés et appréciés, le travail de Robert Doisneau n’était pas celui attendu par le milieu professionnel de son époque. Pourtant, l’ami de Prévert et Cendrars est parvenu à vendre et propager sa photographie en s’adaptant à ses publics, sans pour autant renier sa nature profonde. Dès lors, il va s’imposer comme l’un des plus illustres représentants de l’école dite « humaniste » à laquelle appartiennent aussi Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Un courant déjà amorcé dans les années 1930 par Brassaï, André Kertész et Willy Ronis, et dont l'influence triomphe après la Seconde Guerre mondiale. Le regard de Doisneau sur le monde traduit son empathie à l'égard des plus démunis. Ses photographies des quartiers populaires de Paris et de sa banlieue témoignent d'un mode de vie où triomphent les valeurs de solidarité, de générosité et de joie de vivre après les années d'occupation allemande. Un bonheur qui s'accompagne de luttes pour une amélioration des conditions de travail et d'existence. 



En 1939, il rencontre Charles Rado, fondateur de l’agence Rapho, qui lui propose un contrat de photographe-indépendant. La réalisation de sa première commande est interrompue par la déclaration de guerre. Mobilisé à l’est pendant le début de la guerre, il est réformé en février 1940 et rentre à Paris. En juin, à l’arrivée des nazis, il quitte la capitale et se réfugie dans une ferme dans le Poitou pendant quelques mois. C’est dans cette région qu’il réalisera 10 ans plus tard quelques unes de ses photos les plus célèbres. Pour survivre pendant cette période où les commandes sont rares, il fabrique des cartes postales en photographiant les monuments napoléoniens et les vend au musée de l’Armée. Il met également son talent de graveur au service de la Résistance en fabriquant de faux-papiers. En 1945, Robert Doisneau rencontre Blaise Cendrars à Aix-en-Provence grâce à Maximilien Vox qui l’envoie en commande pour l’Album du Figaro . L’écrivain est l’un des premiers à s’intéresser au travail du photographe sur la banlieue et à l’encourager dans cette voie. 



L’Agence Rapho est relancée en 1946 par Raymond Grosset, Doisneau reprend alors sa place de photographe indépendant. Grâce à Grosset, Doisneau signe un contrat avec Vogue pour réaliser des photos de mode mais il n’est pas à l’aise dans ce milieu, il ne sent pas à sa place. Il préfère photographier le monde de la nuit et de la cloche avec Robert Giraud, rencontré en 1947. Ensemble, ils tenaient une rubrique à 4 mains pour Paris-Presse L’intransigeant . C’est en sa compagnie qu’il réalise une grande partie de ses photos de bistrots des années 50, en traînant dans les quartiers des halles ou Mouffetard. Giraud connaît parfaitement le milieu, il présente à Doisneau nombre de personnages présents dans l’exposition tels que Richardot le tatoué, Pierrette d’Orient l’accordéoniste ou Anita, la jeune femme mélancolique. Robert Doisneau est un homme discret, attaché à son pays, parlant mal l’anglais et voyageant peu. Il vend ses photos à des magazines comme Le Point, Vogue, La Vie Ouvrière, Paris-Match, Point de Vue ou Life.



Bien loin de son travail à l’Agence Rapho et de son passage à Vogue, Robert Doisneau a multiplié les reportages : aux Etats Unis en 1960, pour photographier Jerry Lewis sur un tournage à Hollywood et en profite pour faire des photos avec son ami Maurice Baquet à New York, au Canada en 1966 ou encore en en URSS en 1967, où Il réalise un reportage pour le journal de la CGT La vie ouvrière. S’il aime voyager, Doisneau est principalement inspiré par Paris et ses faubourgs. Il leur consacre des clichés en noir et blanc pleins de verve, d’humour et de tendresse, qui émaillent, entre autres, la Banlieue de Paris, sur un texte de Blaise Cendrars (1949), les Parisiens tels qu’ils sont (1954), Gosses de Paris (1956), le Paris de Robert Doisneau et Max-Pol Fouchet (1974), le Mal de Paris (1980), Mes Parisiens (1997). Et si son art est intimement lié à Paris, Robert Doisneau a confié pouvoir vivre « n’importe où si ce n’est pas trop loin de ceux qui rient des mêmes choses que moi » Il n’omet pas non plus la province (les Auvergnats, 1999). Cependant, l'œuvre ne saurait être réduite au seul reportage humaniste baignant dans un univers empreint de réalisme poétique. Homme d'images sillonnant les univers les plus différents, Doisneau est aussi un homme de verbe. Son exceptionnel style métaphorique où l'humour plante le décor, où l'ironie s'affûte dans des expressions flottant entre argot et poésie, est en symbiose avec l'esprit de ses photographies et concourt au succès de ses ouvrages. Publiée et exposée dans le monde entier, son œuvre incarne l'élégance de ceux qui savent partager. 



Dans les années 80, à la demande de la DATAR, il explore à nouveau la banlieue, son espace de prédilection, en réalisant une mission en couleur. Ma vie est télescopique, disait-il, une suite de rencontres heureuses ou malheureuses, une improvisation au jour le jour, En effet, au fil des années, Doisneau s’est lié à de nombreux artistes, écrivains, peintres, acteurs : de Jacques Prévert à Jacques Tati, de Saul Steinberg à Pablo Picasso, de Daniel Pennac au chanteur Renaud et Sabine Azéma, sa grande amie qui lui consacra un film pour ses 80 ans. Ces rencontres ont façonné l’histoire de sa vie.
Dans un entretien (1983) avec l’écrivain et cinéaste Sylvain Roumette, Robert Doisneau confie que sa distance fut dictée par sa timidité : « Je regrettais de ne pas pouvoir être plus proche des gens, mais je n’osais pas trop m’approcher » (dans ce passage, le photographe évoque sa peur de la foule). Cette distance ne l’empêchait pas d’être intimement lié à ces instants volés et créait en lui un sentiment de mélancolie tellement puissant qu’il évitait de les regarder : « Ça me fait la même impression que mon album de famille, j’ai vraiment le sentiment du temps qui a passé, avec cette vieillesse qui arrive comme par inadvertance, à mon insu, ce truc qui vous saisit brusquement, ça vous donne le vertige ». Pour Robert Doisneau, il est clair qu’on ne fait pas les photos pour soi mais pour les partager.



« Pêcheur d’images » comme il aime se définir (alors que Cartier-Bresson se veut « chasseur d’images »), Doisneau sait fixer dans l’instant les hommes dans leur quotidienne vérité, parfois réinventée. Sans nul souci esthétisant, il sait aussi susciter et faire partager l’émotion, comme celle que l’on éprouverait en feuilletant les pages d’un album de famille. Portraitiste du petit peuple des rues, mais également de nombreux artistes, il laisse une œuvre composée d’environ 450 000 négatifs. Robert Doisneau a remporté de nombreux prix comme le Prix Kodak en 1947, le Prix Niepce en 1956, le Grand Prix national de la photographie en 1983 ou encore le Prix Balzac en 1986. Mais au-delà de ces récompenses, il est surtout devenu le modèle de générations entières d’artistes et de spectateurs touchées par ses œuvres.



Une grande complicité le liait à Henri Cartier-Bresson ; aussi enfantins l’un que l’autre dans leurs rires, ils ne manquaient cependant pas de se consulter sérieusement dès que le métier l’exigeait. « Notre amitié se perd dans la nuit des temps, écrivait HCB en 1995, nous n’aurons plus son rire plein de compassion, ni les réparties percutantes de drôlerie et de profondeur. Jamais de redite, chaque fois la surprise. Mais sa bonté profonde, l’amour des êtres et d’une vie modeste, est pour toujours dans son œuvre ». Ils n’avaient pas la même conception de la photographie, l’imparfait de l’objectif de Doisneau se conjuguant mal avec l’imaginaire d’après nature d’un Cartier-Bresson, plutôt adepte de la rigueur, influencé par la peinture et le dessin et hostile au recadrage. La revue Le midi illustré , rapporte que lors des obsèques de Robert Doisneau , Cartier-Bresson a jeté dans la tombe de son copain une moitié de pomme, puis a croqué l’autre dans un geste de communion profane, posture qui en dit long sur la fraternité simple des deux hommes. 



De tous les sujets de société traités par Robert Doisneau, celui des tatoués est sans doute l’un des plus atypiques dans l’univers lumineux et poétique du photographe.
C’est Robert Giraud, poète, écrivain, journaliste et spécialiste bohème des bas-fonds de Paris, qui introduit Robert Doisneau, son ami, dès 1947 auprès de ses nouveaux modèles. Avec lui, Doisneau va découvrir un univers qui lui est étranger.
« Avec lui j’ai connu des marginaux. Un milieu de gens qui étaient tout à fait en rupture avec la loi. Bob jubilait en écoutant les prostituées, les souteneurs ; moi c’était un milieu qui me semblait assez bête. Les putains racontaient leurs histoires de fesses, ça n’était pas mon truc. Mais la pseudo distinction de Vogue ne l’était pas non plus, c’était un boulot qui avait fini par m’exaspérer. Tout compte fait, je soignais énergiquement avec l’ami Giraud ma dépression de photographe mondain ! ».



Giraud était fasciné par les tatouages, les récits qui les accompagnaient. En compagnie de Doisneau et de Jacques Delarue, inspecteur de police et ancien compagnon de cellule durant la guerre, il arpente les bistrots des quartiers des Halles, de Mouffetard et de Maubert à la recherche de tatoués, en vue de l’édition d’un livre, Les tatouages du milieu , paru en 1950. 



Dans la lignée de l’enquête de Lacassagne en 1881, le reportage photographique de Doisneau illustrant l’étude circonstanciée de Giraud et Delarue, constitue un témoignage éloquent sur le milieu interlope parisien de l’après-guerre. « Le chef d’œuvre était Richardo, oblitéré du crâne aux orteils, une toile de Jouy sur pied ». Surnommé le “Gobelins vivant” par Albert Londres qui le rencontra au bagne de Biribi en 1924, Edmond Faucher [1884-1963], dit Richardo, exhibait son corps pour gagner sa vie. Giraud et Doisneau le rencontrent au bistrot des Cloches de Notre-Dame où il s’avère difficile à photographier. Le photographe préférera faire les prises de vue chez lui, sous les yeux stupéfaits de sa famille. Richardo finit ses jours en prison après avoir poignardé un importun. Robert Doisneau rapporte que sur sa carte d’identité, à la rubrique « signes particuliers » était inscrit « néant »… 



C’est toujours en ironisant sur lui-même, que Doisneau abordait son travail, qui n’était pour lui que l’antidote à l’angoisse de ne pas être. Jongleur, funambule, illusionniste pour encore plus de réalisme, tel est le paradoxe trompeur de celui qui voulait « réussir ses tours comme le font les artistes du trottoir », avec la lucidité pudique d’un artiste malgré lui. Doisneau est allé partout et a exploré la vie quotidienne de la France de son époque. S’il répondait avec plaisir aux commandes pour photographier les vedettes comme Charles Aznavour, Georges Brassens ou encore Juliette Gréco, Robert Doisneau n’a jamais perdu son âme d’humaniste, touché par des enfants qui jouent dans la rue. Vers la fin de sa carrière, Doisneau réalise les portraits de célébrités telles qu’Alberto Giacometti, Jean Cocteau et Pablo Picasso. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1984. 

En 1994, quelques mois après sa disparition, le festival des Rencontres de la photographie d'Arles, lui rend hommage. 

« Suggérer, c'est créer. Décrire, c'est détruire. » Robert Doisneau 




SOURCES











Commentaires

Articles les plus consultés