SPÉCIAL POP - La Grande-Bretagne

 En 1956 l’Angleterre vit à l’heure du Skiffle. Tout avait commencé quelques temps auparavant avec l’orchestre « Trad » de Chris Barber qui tenait régulièrement le sommet du Hit-Parade - le Melody Maker et le New Musical Express, revues de jazz, existaient déjà depuis plusieurs années - grâce aux classiques du jazz Nouvelle-Orléans : « Sweet Georgia Brown », « Bourbon Street »… Or parmi les musiciens de Chris Barber, se trouvait un joueur de banjo dont les goûts personnels étaient plus proches du Folk et du Country & Western que du Traditionnel. Lonnie Donnegan, car c’est de lui qu’il s’agit, était originaire de Glasgow; à l’âge de 17 ans, il avait appris à jouer de la guitare et du banjo. Il s’était engagé ensuite dans l’armée et avait vécu deux ans à Vienne où il s’était mis à chanter pour des copains de chambrée. À son retour dans la capitale, Chris Barber l’avait engagé dans son orchestre. C’est précisément en 1956 que Lonnie décida de former son propre groupe. Presque immédiatement, ce fut le succès avec « Rock Island Line » qui était, au départ, une des plages d’un 33 tours de Chris Barber. Couplé avec « John Henry », ce morceau se vendit à plus d’un million d’exemplaires des deux côtés de l’Atlantique. Le Skiffle était né, et Lonnie en était devenu le roi. 

Au fait, qu’entendait-on exactement par Skiffle ? Essentiellement un « compromis du folk-blues, de la chanson cow-boy, le tout accompagné de certains relents de New Orleans ». Le créateur de ce genre musical insistait surtout sur l’origine noire et le blues ; « John Henry » est un vieux work song du Texas. Et Lonnie Donnegan de rappeler le personnage légendaire de Lonnie Johnson, son guitariste de blues favori. Le phénomène Skiffle vit aussitôt des milliers de groupes se former : il suffisait d’une guitare, d’un banjo, d’une caisse en bois, d’une de ces fameuses contrebasses fabriquées avec des boîtes de thé, un manche à balai et un peu de ficelle, pour se lancer dans la grande aventure. Partout en Angleterre, jusque dans les villages les plus reculés, les jeunes s’entraînaient dans le style nasal et aigu de Lonnie Donnegan. De nos jours le Skiffle a gardé bon nombre de fans ; dans notre pays, Hugues Aufray lui doit sa réussite… 


Mais à quoi ressemble la jeunesse anglaise de cette époque ? C’est loin d’être la folie ! Seule une minorité fait parler d’elle et en général de manière assez péjorative : les Teddy Boys. Teddy, Ted, Edouard, ils ont reçu cette appellation en raison des habits édouardiens qu’ils affectionnent tout spécialement : vestes romantiques, longues redingotes, pantalons étroits et sans revers (une vraie révolution !) ; issus de la classe ouvrière, ils n’hésitent pas à investir 20 guinées (environ 300 F) dans un costume, somme considérable alors ! Leur coiffure diffère aussi de celle de l’anglais moyen ; celui-ci arbore la « short back and sides » qui tient plus de la tonte militaire que d’une véritable coupe de cheveux ; les Teddy Boys sont coiffés à la Tony Curtis, cheveux mi-longs, rejetés en arrière, et pattes. Hollywood est passé par là. Dernière caractéristique vestimentaire, les Winkle Pickers, d’immenses souliers aux extrémités très pointues. Le Teddy Boy est un violent. Il vit en bande et sur une moto. Il passe ses nuits dans les « all-night cafés ». Son passe-temps favori : « the coin in the juke-box », la pièce dans le juke-box. Après avoir glissé quelques pennies et sélectionné un disque, il lui faut bondir sur sa moto, effectuer un parcours déterminé puis revenir à plein gaz vers son point de départ avant que le disque ne soit terminé. Le parcours devient de plus en plus long et de plus en plus dangereux : le premier à échouer est désigné comme le « chicken », le dégonflé de la bande. Autre amusement du même type : le jeu consiste à aligner une dizaine de mots à un carrefour et à démarrer en trombe lorsque le feu s’allume au rouge. Là aussi, celui qui hésite à la dernière seconde devient le « chicken ». De 1954 à 1958, les Teddy Boys instaurèrent un climat d’insécurité qui atteint son paroxysme lors des émeutes raciales de Notting Hill Gate, auxquelles ils participèrent activement. Néanmoins ce ferment de révolte allait s’avérer propice à l’implantation du rock’n roll en Angleterre. Il fallait des fans pionniers : ce furent les Teddy Boys

Le premier évènement majeur dans l’épopée du rock anglais, l’étincelle qui déclenche la folie générale, ce fut la sortie du film « Rock around the clock » et la première tournée de Bill Haley. Le Daily Mirror organisa un service de cars et fêta un train spécial pour emmener ses fans voir à Southampton le timide Américain et son groupe, les Comets. En dépit d’un succès triomphal, les critiques restèrent partagés quant à ses possibilités musicales. C’est que, quelques mois auparavant, un chanteur bien de chez eux avait fait dresser l’oreille aux Anglais : Tommy Steel leur semblait nettement supérieur au créateur de « See you later, alligator » et de « Razzle Dazzle ». Fin 1956, Tommy Steel faisait ses premières apparitions en public en Grande-Bretagne. Un hit, « Rock with the caveman » et Tommy était passé des soirées à cinq shillings dans les sous-sols de Soho aux cachets les plus élevés de tout le pays. Peter Jones, journaliste au Record Mirror, nous raconte l’un des premiers shows de Tommy Steele : « À gauche du public, un jeune garçon, Dennis Price, est debout au piano. Debout, notez-bien : l’influence de Little Richard se fait sentir dans ce jeu de scène. Il porte une chemise blanche, un pull noir et des jeans noirs. Près de lui, le saxo-ténor Alan Stuart, le contrebassiste Allan Weighell et le batteur Léo Pollini. Dans la salle, une foule de bras se tendent, des programmes déchirés volent dans tous les coins, des filles s’évanouissent, le cri de guerre « Tommy, Tommy, Tommy » retentit. Tommy entre alors en scène ; les hurlements montent en un crescendo continu. Il chante « Giddy up a ding dong ». Ses cheveux se balancent à droite et à gauche. Ses jambes semblent être en caoutchouc ; ses membres ne restent pas un instant immobiles. Il chante « Don’t be cruel », « Rock with the caveman », « Singing the blues ». Il tient une guitare en bandoulière, la dirige tel un  fusil vers la partie la plus bruyante de l’auditoire. Tommy présente ses morceaux avec un fort accent cockney ; il explique à la salle qu’il ne réalise pas très bien lui-même ce qui lui arrive. Le show se termine en émeute… » 

Comme tous les jeunes Anglais de cette époque, Tommy aimait fréquenter Soho, le quartier pittoresque animé des étrangers, des boîtes de strip-tease et des cinémas, du show-business en général. Il existait à l’époque dans Old Compton Street, un coffre-bar appelé « The Two I’s » dirigé par deux ex-catcheurs australiens, Paul Lincolm et Ray HunterLe commerce marchait mal, mais lorsque les deux propriétaires se décidèrent à livrer leur sous-sol aux « guitaristes itinérants », tout alla beaucoup mieux. Par la même occasion, les Two I’s entraient dans la légende de la Pop Music anglo-saxonne. Depuis quelque temps y jouait une groupe de Skiffle, les Vipers, ensemble déjà très populaire grâce à un morceau : « Pick a bale of cotton ». C’est là qu’un jour Tommy descendit, sa guitare sous le bras, et que le plus naturellement du monde, il fit le bœuf avec les Vipers. Les choses en restèrent là, mais, lorsque trois mois plus tard, Tommy se retrouva en présence du groupe, un homme vient le contacter après le spectacle. John Kennedy, ex-photographe de presse à Fleet Street, lui proposa ses bons services en tant que manager. Tommy, qui n’avait rien à perdre, accepta. Et Kennedy allait s’avérer être « the right man, in the high place ».

En 1957, Tommy Steele s’imposa comme le seul chanteur de rock anglais capable d’atteindre le numéro un à tout coup. « Singing the blues » fut un Hit massif que les seules vedettes britanniques à réussir dans leur pays étaient des chanteurs à voix, comme Frankie Vaughan ou Jimmy Young. Le reste des charts étaient bloqué par Elvis Presley, Bill Haley, Little Richard, l’Alan Freed Big Band et une multitude de rockers américains. Bientôt John Kennedy s’associa à Larry Parnes et la carrière de Tommy prit un nouvel essor. « The Tommy Steele Story » fut le premier film ayant pour vedette un chanteur de rock’n roll britannique. Terminé en mars 1957, ce ne fut pas une production très inspirée ; néanmoins, elle remplit à bloc tous les cinémas. C’est à cette époque qu’il faut noter la première grande émission « pop » à la télévision, le « Six Five Spécial » de Jack Good. Jack, un producteur et animateur de talent, adorait la Beat-Music ; beaucoup de vedettes d’alors lui doivent leur réussite. Son show hebdomadaire était très varié ; il présentait à la fois des chanteurs de rock, des chanteurs noirs de Rythm & Blues, des groupes de Skiffle et de jazz New Orleans. Le « Six Five Spécial » était un évènement attendu dans la fébrilité par des millions de teenagers, et leur rêve à tous était d’obtenir une autorisation de la BBC pour danser devant les caméras pendant l’enregistrement de l’émission. 

Quant à la mode, elle avait beaucoup évolué ; les Teddy Boys avaient abandonné leurs oripeaux édouardiens pour se barder de cuir à la manière des rockers venus des États-Unis : Gene Vincent, Vince Taylor. Ils portaient désormais des casquettes en cuir constellées de badges métalliques à l’exemple de Marlon Brando dans « L’Équipée sauvage ». L’apparition des chaînes qu’ils portaient autour de la ceinture ou du cou est également typique de cette époque. D’ailleurs, par assimilation aux forçats américains, on les avait surnommés les « chain gangs ». Cependant on peut encore difficilement associer cette partie de la jeunesse aux Rockers, avec un R majuscule, parce que la notion de Rockers n’interviendra que beaucoup plus tard, vers 1961-1962, à une époque où, les pionniers du rock étant retombés dans l’oubli, une minorité qui aura gardé les vêtements, les goûts et les attitudes sociales de 1957 viendra prendre la défense d’ex-grands noms tels Eddie Cochran, Buddy Holly, Carl Perkins et Bill Haley. Face aux rockers, ex-Teddy Boys, on trouve pêle-mêle deux types de teenagers : les Trads amateurs de New Orleans et de Skiffle ; ils sont habillés d’une manière assez bohème, blue-jeans délavés à franges, chemises flottantes et cheveux bouclés ; les Mods, sophistiqués, dont les prédilections vont au jazz moderne. Ceux-ci fréquentent plus particulièrement le Flamingo dans Wardour Street et les Two I’s devenus désormais les clubs « in » d’où sortent les idoles. 

À l’heure du lunch dans Old Compton Street, vous étiez certains de rencontrer des jeunes musiciens, la guitare sur le dos, qui entraient dans la boîte où Tommy Steele avait fait ses débuts, avec l’espoir secret que le même conte de fées se produirait pour eux. Pour revenir à la scène, un problème majeur se posait alors : Lonnie Donnegan et Tommy Steele venaient de recevoir les récompenses de l’Industrie du disque, décernées chaque année aux meilleures ventes nationales, mais les Compagnies voulaient savoir maintenant qui allait faire le gros boom. Depuis quelques mois, les nouveaux venus étaient de simples étoiles filantes ; un 45 tours ou deux, puis ils retombaient dans l’oubli. Maintenant tout le monde attendait. Et une fois de plus ce fut Larry Parnes qui trouva la solution. Depuis son association avec John Kennedy, Larry avait monté une écurie assez incroyable de « pop singers ». Il prospectait un peu partout à Londres et ailleurs, prenait des jeunes chanteurs en main et créait une image autour d’eu. Il insistait avant tout à ce qu’ils aient un nom qui frappe… Marty Wilde, Georgie Fame, Duffy Power, Vince Eager, Billy Fury, etc. 

Marty Wilde fit une entrée très remarquée dans la profession avec « Endless Sleep », resté depuis un classique du rock anglais. Marty se spécialisa surtout dans les chansons tristes et dans les ballades ; beau garçon, ses passages à la télévision lui firent le plus grand bien, et ses débuts au théâtre ne s’avérèrent pas mauvais du tout. Malheureusement son rôle dans « Bye, Bye Birdie » lui fut plutôt néfaste ; c’était une parodie de sa propre vie de pop star, et ses fans n’apprécièrent pas du tout cette « dégradation théâtrale ». La désaffection du public pour Marty Wilde reporta la faveur populaire sur un des plus gros noms de la Pop-Music britannique : Cliff Richard


Cliff avait une idole, Elvis. Il chantait tout son répertoire, portait comme lui des favoris, jouait de la guitare comme lui. Son premier disque fut « Schoolboy Crush ». Comme « B side », il enregistra « Move it », qui devint son premier tube. Jack Good lui demanda de passer dans on programme ; leur première rencontre fut assez vive. Jack voulait que Cliff abandonne la guitare, et il insistait pour qu’il rase ses favoris. Cliff voulait un compromis. Il abandonnerait sa guitare mais jamais ses favoris. Jack décréta que les deux choses devaient disparaître ou Cliff ne passerait pas dans le programme. Après avoir vu le premier show, Cliff tomba d’accord avec Jack Good. Il ressemblait vraiment trop à Elvis. Ce fut le départ d’une carrière glorieuse qui est loin d’être achevée puisque chaque disque de Cliff atteint régulièrement le Top-en depuis 8 ans.

La carrière cinématographique de Cliff n’est pas moins importante ; son premier film fut « Serious Charge » dans lequel il chantait « Living Doll » un morceau de Lionel Bart, qui se vendit à un million d’exemplaires. Puis il y eut « Expresso Bongo », « The Young ones », « Summer Holiday », « Wonderful life » et une quantité d’autres longs métrages qui furent tous des succès immédiats au box-office. En 1959, Cliff était la vedette d’une émission de télévision très populaire, « Oh Boy », à laquelle participaient aussi Vince Taylor et Billy Fury. Depuis, Cliff a gagné huit fois les référendums qui désignent chaque année le chanteur numéro un pour la Grande-Bretagne. En 1967, il a reçu une récompense spéciale appelée « The Credit to Show-Business », pour ses services rendus à l’industrie, pour son sens de la courtoisie et pour sa simplicité. Cliff n’a jamais été un rocker très turbulent, bien que ses débuts aient soulevé à travers le pays de nombreuses passions ; en fait il devint rapidement le type du gentil garçon bien élevé que chaque mère anglaise aurait souhaité avoir. On était bien loin des émeutes et de la violence de 1956 ! À cela, une autre raison : le groupe le plus populaire de l’époque était composé de quatre jeunes gens très polis et bien habillés, je veux naturellement parler des Shadows.

Tony Meehan, batterie, Bruce Welch, rythmique, Hank Marvin, guitare solo et Jet Harris, basse, s’étaient connus aux Two I’s. Par la suite, Tony Meehan allait être remplacé par Brian Benett et Jet Harris par Brian Locking puis John Rostill. Mais en dépit des changements de personnel, les Shadows restèrent toujours des gentlemen. Et après le style débraillé et voyou de Tommy Steele les teenagers se mirent tous à acheter des lunettes à montures épaisses comme Hank Marvin et à faire des pas de quatre en dansant.


Un nouveau poulain de l’écurie Larry Parnes fit son apparition : Billy Fury. Billy, un caractère solitaire et rêveur, reste une totale énigme pour la Pop-Music. Ses passages en scène étaient du délire d’un bout à l’autre du spectacle. À tel point qu’à Dublin, on lui demanda un jour de calmer quelque peu son jeu de scène ou alors de quitter la tournée. Cependant Billy disait : « Je n’ai jamais fait quoi que ce soit de délibérément sexy. Je me plonge dans la musique et je me laisse aller ». C’était le même genre d’arguments qu’utilisait Elvis Presley aux États-Unis. D’ailleurs, il faut signaler que Billy fut l’un des très rares chanteurs britanniques à être photographié avec le King en personne. Billy participa aussi à des films : « Play it cool » et « I motta horse ». Sa carrière débutée avec « Maybe tomorrow » tint le choc des Beatles trois ans plus tard ; malheureusement Billy perdit rapidement son enthousiasme pour la scène et pour le monde du show-biz. Il obtint des demi-succès jusqu’en 1965 où sa dernière entrée dans les charts à une place honorable fut « In thoughts of you ». À vrai dire Billy n’était pas très courageux et il préférait de beaucoup s’occuper des oiseaux abandonnés et des chiens blessés qui envahissaient son cottage du Sussex.

Craig Douglas et « Only sixteen », Anthony Newley avec les chansons du film « Idle on Parade » passèrent très rapidement. Ceci nous amène à un autre nom important de l’histoire de la « popular music » en Angleterre : Adam Faith

Adam Faith, né Terry Nelhams, se fit connaître avec « What do you want » et demeura au sommet très longtemps. Adam possède une voix douce mais capable d’exploser en un rock endiablé à tout moment. Le groupe qui l’accompagnait alors : les Roulettes. Et tout de suite il faut parler de John Barry. C’était à John que l’on devait les arrangements de « What do you want ». Grâce à lui, chaque disque d’Adam devint immédiatement reconnaissable. À vrai dire, Adam avait mené jusque-là une véritable existence de beatnik. Il hantait les coffee-bars du West End, ayant quitté l’école à 15 ans (il est né en juin 1940) et étant devenu peu après coursier d’une compagnie cinématographique. Il avait même dirigé un groupe de Skiffle, les Worried Men


En réalité, il avait enregistré un disque « Heartsick feeling » qui n’avait pas marché. De retour à l’obscurité des laboratoires de sa compagnie - en tant que « producteur », un beau titre, mais qui ne lui apportait que très peu d’argent - il fut un jour appelé par John Barry qui lui suggéra une audition pour un nouveau programme télévisé de la BBC, « Drumbeat ». Adam arriva sa guitare sous le bras, et comme à Cliff, on lui fit comprendre qu’il valait mieux l’abandonner dans un coin. Le producteur, Stewart Morris lui trouva un visage photogénique et ce fut le début d’une série d’émissions dont Adam devint la vedette. La carrière d’Adam Faith s’est prolongée jusqu’à ces dernières années, son dernier hit étant « Someone’s taken Marie away » ; beaucoup de gens en Angleterre sont persuadés qu’Adam possède les atouts nécessaires à un retour en force, qu’en sera-t-il ? L’avenir le dira…

C’est en 1960 que la Performing Rights Society décida de commencer sa politique de protectionnisme en réaction contre l’invasion de plus en plus intense des chansons américaines. Ce fut un évènement primordial pour la Pop-Music britannique, désormais les maisons d’éditions devraient pousser avant tout les auteurs-compositeurs britanniques et délaisser d’une manière systématique les oeuvres importées d’outre-Atlantique. La radio, la BBC, seule à opérer à l’époque, réduisait au strict minimum les heures de rock afin de diminuer les passages des trop nombreux disques américains dans le Hit-Parade. Cette mesure allait être soigneusement appliquée par le show business tout entier. Deux conséquences logiques en découlèrent : une raréfaction des hits en provenance des États-Unis, Cliff Richard devenant entre 1960 et 1963 la première grande vedette anglaise internationale ; la deuxième conséquence allait être le boom, l’explosion de toute la Pop-Music à partir de 1963. On avait favorisé des talents britanniques ; le rendement n’avait pas été brillant pendant quelques années, mais avec les Beatles, il allait s’avérer payant au-delà de toutes limites.


En attendant, on était pas encore en 1963, l’année de la révolution, l’Année avec un grand A. Pour l’instant, une atmosphère de stagnation se répandait un peu partout dans le monde de la Pop-Music. Eddie Cochran venait de se tuer alors qu’il allait s’envoler de London Airport vers sa terre natale… Le rock britannique souffrait d’un défaut majeur : il était beaucoup trop respectable.

Les Shadows sortirent alors « Apache », le premier rock instrumental à se classer au Hit-Parade. Mais les Shadows amenaient beaucoup plus une technique et des qualités musicales qu’une présence en scène et une ambiance délirante. Joe Brown, un guitariste formidable, changea vite son fusil d’épaule, et après avoir des débuts réels prometteurs en tant que « pop star », se dirigea vers la comédie musicale. Eden Kane fit également une courte apparition avec « Well I ask you » ; John Layton fut ensuite lancé avec une publicité essentiellement basée sur sa ressemblance avec James Dean. Il fut même un jour débordé par une foule de teenagers qui le voyant sortir de sa voiture de sport, crurent un instant que Dean était de retour sur notre terre.

De cette politique négative, on peut aussi retenir un autre aspect ; la publicité des nouveaux venus avant tout dans un style : « Le nouveau Buddy Holly », « Le nouveau Presley » ou « Les nouveaux Everly Brothers ». À ce train-là, le rock ne pouvait plus progresser. Contrepartie normale, le jazz traditionnel repartit en flèche. Chris Barber était toujours présent. Il venait d’épouser Ottilie Patterson une des meilleures chanteuses de jazz d’Angleterre. Il y avait Acker Bill le barbu, un joyeux clarinettiste du Somerset, il y avait Kenny Ball, un trompettiste quadragénaire dont tous les 45 tours pendant deux ans allaient se classer dans les Hit-Parades. Cela semble incroyable aujourd’hui, mais c’étaient ces gens-là qui récoltaient l’enthousiasme des foules et qui remplissaient les salles de spectacle. Les clubs de jazz New-Orleans connurent un développement incroyable à travers tout le pays. Les promoteurs firent des fortunes. Jusqu’à ce qu’ils étouffent la poule aux œufs d’or en devenant trop gourmands ! Les passages à la radio devinrent de plus en plus fréquents. Mais le boom du Trad était basé sur de trop faibles éléments, et les fans se lassèrent rapidement. Naturellement, Kenny Ball et Acker Bill s’installèrent dans une position solide au sein de l’industrie discographique ; mais la plupart des autres groupes s’évanouirent rapidement.

Il faut cependant signaler l’exception des Tornados et de « Telstar ». Ce morceau se vendit à environ sept millions d’exemplaires à travers le monde entier ; c’est après avoir vu à la télévision les premières transmissions du satellite artificiel que Joe Meek composa en quelques instants ce super hit. Mais ici encore, les Tornados furent dans l’incapacité de renouveler un succès identique. Mais alors que Londres avait été depuis toujours le centre de l’industrie disquaire, il se passait une révolution fort intéressante dans le nord du pays, à Liverpool. Alors que dans la capitale l’inspiration dépérissait et que personne n’était plus capable de montrer la direction à suivre, du côté de Liverpool, tout allait fort bien pour le rock’n’roll. Chaque semaine, un hebdomadaire, Mersey Beat, mettait à son tableau d’hommeur les groupes qui attiraient dans les boîtes le plus de monde. 


Et fin 1961, un groupe surnommé les Beatles était régulièrement au sommet, bien que pratiquement inconnu en dehors de Liverpool. À qui doit-on vraiment le lancement des Beatles ? Bob Wooler, le rédacteur en chef de Mersey Beat, fut sans doute le premier à s’intéresser à eux. Il était par ailleurs disc-jockey et connaissait personnellement chaque membre des quelque cent vingt orchestres de rock de Liverpool. En décembre 1960 il avait fait passer les Beatles dans un dancing et immédiatement était devenu un de leurs plus chaleureux supporter, affirmant qu’ils possédaient un physique magnétique et qu’ils étaient des révolutionnaires de la beat-music. Les membres fondateurs du groupe se connaissaient depuis environ quatre ans - par membres fondateurs entendez John Lennon, Paul McCartney et George Harrison - mélangeant le travail de classe et les répétitions. Ils s’étaient même rendus en Écosse pour accompagner Johnny Gentle, la dernière découverte de l’écurie Larry Parnes.

Grâce à un long entraînement à Londres et Hambourg, où ils accompagnaient Tonny Sheridan, les Beatles étaient devenus très habiles de leurs instruments comme dans l’exercice de leurs voix, en raison surtout du fait que les patrons des boîtes germaniques où ils s’étaient produits, Top T’en et Star Club, exigeaient d’eux sept heures de musique sur vingt-quatre ! À ce train-là, leur répertoire était devenu immense : Rock’nRoll, Country and Western, Folk et surtout du Rythme and Blues noir américain.


L’étape suivante dans la carrière des Beatles fut leur rencontre avec Brian Epstein. Il avait été élevé dans une des meilleures public schools du pays et avait suivi les cours de la Royal Academy odf Dramatic Art. Il aurait très bien pu devenir comédien mais après quelques désillusions, il préféra se plier aux désirs de ses parents et aborder le domaine des affaires. Son but était de créer le rayon disques le plus efficace de Liverpool ; lorsque quelques fans locaux vinrent lui demander s’il possédait les disques que les Beatles avaient enregistrés en Allemagne, il se mit à leur recherche. Et quand soudain les demandes se firent de plus en plus nombreuses, Brian commença à se demander à quoi pouvait ressembler ces fameux Beatles ! Les quatre garçons étaient de retour d’Allemagne en juin 1962 et un accueil fantastique leur fut réservé au Liverpool Cavern Club. Brian Epstein se décida à aller jeter un coup d’œil de ce côté. Il fut à la fois impressionné et déçu. Il pensa qu’ils devaient être les garçons les plus débraillés qu’il ait jamais vu. Pas particulièrement polis non plus. Mais il dut reconnaître qu’ils jouaient un rock très pur et que leurs qualités vocales valaient largement leur excellente technique instrumentale. Bien qu’il n’ai jamais pensé à la carrière de manager, il leur propose de s’occuper d’eux.

Après leur avoir appris comment s’habiller et parler, il se mit à chercher un contrat avec une maison de disques. Il invita un des directeurs de chez Decca à venir les entendre… mais celui-ci à son plus grand regret leur préféra un groupe du sud de l’Angleterre : Brian Poole et les Tremeloes. Cependant la chance était du côté des Beatles. Après des semaines passées de maisons de disques en maisons de disques, Brian se rendit un jour au magasin « His Master’s Voice » d’Oxford Street à Londres. Dans ce magasin on pouvait transformer des bandes enregistrées en disques de démonstration. Et le responsable du service trouva les bandes tellement bonnes qu’il recommanda le groupe à George Martin de chez EMI. Rendez-vous fut pris.

George, autrefois flutiste dans un orchestre classique, se rendit compte que cette musique sortait de l’ordinaire. Un contrat fut signé. Fin 1962, « Love me do » sortit sur le label Parlophone. Ce disque ne bouleversa pas l’industrie d’un seul coup, mais lentement, il se hissa jusqu’à la dix-septième place du Hit-Parade. On était encore loin de la Beatlemania. Mais au moins, on commençait à parler du groupe. Ils firent la tournée des salles de presse, impressionnant les journalistes par leur coupe de cheveux, leurs vêtements de cuir noir et leur humour vif et piquant.

Et puis il y eut « Please, please me », « From me to you », « She loves you » et leur premier EP, « Twist and shout », qui se vendit plus que tous les simples qu’ils avaient produit auparavant.

Le Merseybeat était né. Il faudrait presque consacrer un livre entier à ce nouveau « sound » sauvage et rude ; les paroles étaient prononcées avec le fort accent de la région de Liverpool, ce même accent que des millions de jeunes à travers le monde allaient bientôt chercher à imiter. Brian Epstein lançait peu après dans la course au Hit-Parade Gerry et les Pacemakers, Billy J. Kramer et les Dakotas et surtout Cilla Black qui grâce à « Anyone who had a heart » devenait la première chanteuse féminine à atteindre le numéro un depuis des lustres…

D’un seul coup la Pop-Music britannique dirigeait le monde. Des États-Unis, une pluie d’éloges s’abattait sur les Beatles et sur les magnifiques compositions de John Lennon et Paul McCartney. Dès leur premier 45 tours, Ringo Starr (un nom bien connu parmi les groupes de Liverpool) avait remplacé Pete Best à la batterie. Les tournées à travers le pays commencèrent, semant partout l’hystérie et l’émeute. Une constatation nouvelle : alors que depuis dix ans la Pop-Music en Angleterre avait été une musique où l’élément mâle du public se mettait avant tout en exergue, la gent féminine semblait cette fois-ci beaucoup plus concernée. À chaque concert des dizaines de filles entraient en transes à la seule vue de John, Paul, George et Ringo ; désormais dans chaque ville où le groupe se produisait, plusieurs ambulances stationnaient à l’entrée du stade ou de la salle de concert, prêtes à recueillir les nombreuses victimes à la fin du spectacle. 

Les Beatles étaient partout, à la télévision, dans les journaux - on venait même de créer le Beatles book, mensuel entièrement consacré au groupe et à ses activités - à la radio. Toute une industrie se montait sur leur nom ; avec le mot « Beatles », on pouvait assurer une vente record de n’importe quels lessives ou produit de beauté. L’emploi publicitaire le plus étonnant fut sans doute la fabrication du papier peint Beatles, grâce auquel chaque teenager pouvait contempler nuit et jour les visages de ses idoles favorites sur les murs de sa chambre.

Mais pourquoi le phénomène Beatles ? Tout d’abord, parce qu’en 1963, la génération d’après-guerre, trop jeune au moment des débuts du rock, sept ans plus tôt, attendait qu’il se passe quelque chose. Quoi, personne n’aurait pu le dire, mais quinze millions de teenagers, ça cherche une manière de vivre bien à soi, un comportement qui en aucun cas ne saurait s’identifier à celui des adultes ou même des aînés. Et pourtant les Beatles auraient pu plaire aux aînés ; car avant de rencontrer leur manager, John, Paul, George et Ringo étaient de vrais rockers. leurs premiers cachets, il les avaient employés à s’acheter un arrachement complet de cuir noir ; leurs idoles d’alors : Presley et Carl Perkins ; leur langage effleuraient sans cesse la grossièreté. S’ils étaient restés ainsi, ils n’avaient aucune chance de percer. Heureusement pour eux, Brian Epstein transforma intégralement leur image. Il les força à abandonner le cuir pour des tenues plus civilisées : costumes de velours avec des vestes sans col, chemises roses, cravates noires, cheveux longs mais très soignés et bien coupés. Du même coup ils devenaient les leaders des mods.

Les mods - pour modernes - se définissaient avant tout par leur attitude ont-rockers. À l’opposé de ceux-ci, leur mise était recherché, souvent sophistiquée. Ils sortaient dans des clubs bien à eux ; leur moyen de déplacement : le scooter, en général bardé de phares, de klaxons et d’un tas de gadgets qui en faisaient plus une pièce de musée q’un véhicule à deux roues !

Et il faut le reconnaître, la majorité des jeunes étaient « mod ». Leur condition sociale - petite et moyenne bourgeoisie - les prédisposait à cet état de chose. Même dans la classe ouvrière, où se recrutait la plupart des rockers, ils commençaient à s’implanter solidement.

Seconde raison du phénomène Beatles : leur acceptation presque immédiate par les adultes. La principale raison, nous l’avons déjà dit, fut sans doute leur tenue et leur attitude correcte à la télévision comme dans les journaux. Et puis les éléments les plus âgés de la population en avaient aussi peut-être assez de cent ans de puritanisme, de victorianisme et de contrainte : voir leurs enfants se défouler, ça les soulageait en même temps ! Beaucoup d’entre eux eurent le bon goût et l’intelligence de reconnaître aux Beatles un talent musical certain ; lorsque la reine mère et toute la famille royale suivirent l’exemple de leur bon peuple, la Beatlemania devint Outre-Manche une institution officielle, consacrée, à laquelle tout sujet britannique pouvait se livrer sept jours sur sept, même en-dehors des heures ouvrables des « public houses » !

Vers la fin de 1963, les Hit-Parades anglais étaient sous la complète domination des groupes de Liverpool, Freddie and the Dreamers, les Searchers, Gerry ans the Pacemakers, les Merseybeats… Le Dave Clark Five venait d’obtenir u n hit massif : « Glad all over ». Dave Clark était l’exception qui confirme la règle ; cockney originaire de l’East End, il s’était bâti une solide réputation à travers tous les danse-halls londoniens. À chacun de ses déplacements, une cohorte féminine l’accompagnait ; sa popularité grandit encore après son second hit, « Bits and Pieces ». Jouant à la fois le rôle de batteur, chanteur, directeur artistique et financier du groupe, il devint rapidement millionnaire comblé. Son tour de force fut surtout de savoir imposer son orchestre au marché américain, où encore aujourd’hui il tient une place de choix aux côtés des Beatles et de Herman’s Hermits.

D’une autre ville d’Angleterre, les Hollies apparaissent avec « Stay ». Ces cinq jeunes garçons originaires de Manchester avaient trouvé un « sound » très distinctif, basé principalement sur l’association vocale d’Alan Clarke - chant -, Graham Nash - guitare rythmique - et Tony Hicks - guitare solo -. Grâce à une droite cohésion au sein du groupe, les Hollies renouvelèrent habilement leur matériel et, en 1967, ils demeurent un des ensembles les plus solides en Angleterre. Des titres comme « On a carrousel » et « Carrie-Ann » leur ont permis d’atteindre le Top-Tel sans difficulté, quatre ans après leur premier succès. En Angleterre c’était maintenant la folie : le Pop-Music s’installe partout. Un vent de liberté soufflait sur les côte anglaises. Or, souvenez-vous qu’en matière de radio, une station était reine, la BBC. Il existait bien une radio commerciale, Luxembourg anglais, mais ses émissions n’avaient lieu que le soir de 20h à 3h du matin. Il fallait remédier à cet état de choses. 

Le dimanche 29 mars 1964, jour de Pâques, la nation entière apprenait à sa plus grande surprise qu’une station pirate était née. Radio-Caroline sur 259 m, de 6h du matin à 20h, proposait aux jeunes, et aux moins jeunes également, un programme continu de Pop-Music, présenté sur un ton décontracté, humoristique et bourré de gimmicks. C’en était fini de la radio de papa ! Bientôt d’autres stations allaient suivre l’exemple de Caroline : Radio-London, Radio-England, Radio-Scotland, Radio-City, etc. Il y aura jusqu’à dix stations pirates. Le rôle des radio « off-shore », au-delà des côtes, au-delà de la limite des eaux territoriales, fut primordial dans l’évolution de la musique populaire ; la BBC se contentait de programmer les principales vedettes du Hit-Parade, les gros noms : Cliff Richard et les Shadows, Billy Fury, les Beatles… Les stations pirates accordèrent leurs antennes aux disques les moins commerciaux et aux nouveaux groupes qui, sur le poste national, n’avaient aucune chance. Le succès de disques comme « Mr Tambourine man » (les Byrds), « Shotgun wedding » (Roy C), « Winchester Cathedral » (New Vaudeville Band) est dû avant tout aux pirates. Les stations-pirates, à cause de leur exacte connaissance de ce qui se passe aux États-Unis et ailleurs dans le monde ont toujours été à l’avant-garde de l’événement pop.

Cela dit, parlons du développement des shows télévisés sur la BBC 1 et sur la chaîne commerciale, la ITV. Les deux shows importants de la station officielle devinrent rapidement « Top of the Pops », émission du jeudi consacrée aux groupes du Hit-Parade, et « Thank you Lucky Star », programme plus général du samedi après-midi. Mais l’émission que des millions de teenagers attendaient avec la plus grande impatience, c’était sans aucun doute celle de Cathy Mc Gowan, « Ready, Steady, Go ». Pendant plus de deux ans RSG demeura le meilleurs spectacle pop européen ; puis vint une période de stagnation après laquelle le programme fut supprimé. Aujourd’hui, c’est « Top of the Pops » qui a repris le flambeau, talonné de près par « Juke Box Jury » cette émission où diverses personnalités du show-business viennent formuler leur opinion sur tel ou tel nouveau disque.

Pendant que les Beatles et les dizaines d’autres groupes quittaient les bords de la rivière Mersey pour envahir les studios londoniens, non loin de la capitale, à Richemond précisément, une autre aventure prenait forme : je veux parler du Rythm & Blues et de ses représentants de choc : les Rolling Stones. Tout avait commencé deux ans auparavant, et devinez dans quel orchestre : le Chris Barber Jazz Band, naturellement ! Eh oui, une fois encore il y avait un musicien mécontent au sein du groupe. Cette fois son nom n’était pas Lonnie Donnegan, mais Alexis Korner qui y jouait de la guitare. Alexis avait pris pour maître musical Elmore James, l’un des rois du city blues de Chicago. Décidé lui aussi à former son propre orchestre, il s’associe avec plusieurs musiciens qui partagent ses goûts : Cyril Davis, Long John Baldry, Jack Bruce, Ginger Baker, Ronnie Jones, et crée l’Alexis Korner Blues Incorporated. À l’époque il est un des très rares ensembles à interpréter ce style musical. Seul Alex Harvey et son Blues Band le rejoignent dans la tradition du « down home blues », à la suite de Howling Wolf et de Jimmy Reed

Alex Harvey a fait ses débuts à Hambourg au Star Club (c’est d’ailleurs là, en public que sera enregistré son premier album) ; de son côté, Alexis Korner est président au Marquee Club, cette nouvelle boîte de Wardour Street qui deviendra célèbre par la suite. Or un jour, Alexis reçoit une bande enregistrée par une petite formation de la banlieue sud de Londres : du meilleur Rythm 1 Blues à la Buddy Waters, Chuck Berry et Bo Diddley ! Très impressionné, il invite le groupe en question. Mick Jagger, Keith Richard et Dick Taylor se présente ; ils viennent de choisir leur nom de scène d’après un vieux morceau de Buddy Waters. Désormais ils sont les Rolling Stones. Alexis les introduit auprès de son batteur Charlie Watts et d’un autre fan de R’n’B, Brian Jones. Voilà, nos cinq Stones sont au complet. Dick Taylor sera remplacé un an plus tard par Bill Wyman, qui donnera au groupe sa constitution définitive. Ensemble ils vont lutter ; ils mangeront de la vache enragée pendant deux ans, subsistant de quelques shillings par semaine, se nourrissant de « fish and chips », matin, midi et soir. Puis c’est la chance de leur vie : Giorgio Gomlski les engage à l’Hôtel de la Gare, à Richmond. 

Peter Jones, qui était présent au départ de leur carrière raconte :

- Je fus invité ce dimanche-là au tournage d’un film d’avant-garde produit par Giogio Gomelski et dont les Stones étaient les vedettes. Je déjeunai avec Brian Jones, Mick Jagger, Keith Richard, Charlie Watts et Bill Wyman et ils me dirent alors combien ils devenaient populaires dans le coin de Richmond ; néanmoins, ils n’arrivaient pas à décrocher un contrat d’enregistrement. Je leur ai promis de les aider dans la possibilité de mes moyens… Je parlai ensuite à Andrew Oldham, un jeune homme dynamique et efficace qui avait participé à la campagne de promotion des Beatles. Je lui recommandai les Stones et lui conseillai d’aller les voir le plus rapidement possible. Ce qu’il fit en compagnie d’un agent réputé, Eric Easton. Ils furent si vivement impressionnés qu’ils engagèrent le groupe sur le champ. Ils produisirent leur premier disque eux-mêmes, et le vendirent ensuite à Decca !

Ce premier disque, c’était un classique de Chuck Berry, « Comme on ». Le succès ne fut pas foudroyant, mais il permit à ce titre d’atteindre la 30e position dans les charts. En tous cas, il fit assez de bruit pour attirer les Beatles à Richmond. Pour eux aussi les Stones étaient une révélation. John Lennon et Paul McCartney leur proposèrent une de leurs premières compositions, « I wanna be your man ». Avec le battage de la presse, à la télévision qui révélait à des millions de spectateurs effrayés les têtes incroyables de Mick Jagger et de ses acolytes, mais aussi parce que leur musique était sauvage et jeune, les Stones firent un malheur. « I wanna be your man » atteignit le Top-Tel. Et plus ils devenaient populaires auprès des teenagers, plus les parents les haïssaient ! Les Beatles étaient mignons ; les Stones avaient de vraies têtes de sauvages. Les Beatles étaient bien habillés ; les Stones arrivaient en scène n’importe comment, en jeans, en foulards de soie, en veste aux couleurs criardes. Les Beatles écrivaient de jolies mélodies ; les Stones inscrivaient à leur répertoire une majorité de rocks sauvages et débridés. Et puis, à la fin, ils étaient vraiment schoking ! Absolutly revolting ! On fit d’abord courir le bruit qu’ils ne se lavaient jamais. Puis des scandales éclatèrent un peu partout ; les gros titres des quotidiens annonçaient régulièrement : « Refoulés d’un grand restaurant parce qu’ils s’y présentaient en T-Shirt » ; « Arrêtés alors qu’ils se soulageaient la vessie sur les pompes à essence d’une station-service » ; « Brian Jones aurait sept enfants illégitimes » ; « Interrogés à Juke Box Jury, ils répondent par des grognements inintelligents ».

La presse à sensation, toujours friande de ce genre d’événements, suivait les Stones à la trace dans l’espoir, à chaque instant, d’obtenir des potins défrayant la chronique. Cette mauvaise publicité n’empêchait pas leur cote de monter à un rythme vertigineux auprès de leurs fans. Anti-conformisme et jeunesse sont des mots pratiquement synonymes. cependant, toujours pas de numéro un. Tous leurs disques, « Not fade away », « It’s all over now », « Little red rooster », flirtaient avec la première place mais ne l’atteignaient jamais. Il fallut attendre janvier 1965 et une composition de Mick et Keith « The last time », pour qu’enfin ils touchent le sommet du Hit-Parade britannique.


La raison de ce barrage systématique dans les classements nationaux : les parents, qui représentaient un marché tout aussi important que les moins de vingt ans, étaient résolument contre. Ils auraient tous acheté « A hard day’s night » mais jamais « Satisfaction » ! Et encore aujourd’hui, les Stones ont gardé cette image d’anti-conformisme provocateur qui les distingue tellement de la masse des autres groupes. Que ça soit des perquisitions de la police pour détention de stupéfiants, ou, d’une manière moins sérieuse, leur refus de participer au final du Palladium Show, les cinq gaillards font toujours parler d’eux. Et tandis que les Beatles semblent définitivement retirés du monde du spectacle - sauf en ce qui concerne les enregistrements - les Rolling Stones continuent leurs tournées dévastatrices à travers les cinq continents. De fait, ils sont cinq bêtes de scène extraordinaires, les seuls à ma connaissance capables de déclencher encore le délire général, comme il y a trois ans. Il suffit de se souvenir des quatre passages à l’Olympia qu’ils ont effectués en octobre 1964, avril 1965, mai 1966 et lors de leur dernière venue dans la capitale, en avril 1967 ! Il suffit de se souvenir des émeutes de l’Albert Hall à la fin de l’année dernière ! Les Stones sont cinq légendes vivantes.

Mais revenons un peu en arrière. La révolution culturelle commencée par les Beatles n’a pas eu que des conséquences strictement artistiques et musicales. Elle a été beaucoup plus loin : elle a suscité chez les jeunes Anglais, puis à travers le monde entier, une prise de conscience générale, la découverte d’un univers propre aux teenagers, un univers en réaction contre celui des adultes. la première manifestation de ce comportement a été le développement extraordinaire de la mode à partir de 1964.


Si la mode fut une première prise de position, le Révolution pop s’engagea bientôt dans une voie réellement sérieuse et profonde avec l’amorce du mouvement beatnik et l’arrivée en force en Angleterre d’une forme musicale jusqu’alors très américaines, le protest-song. Il avait trouvé des défenseurs convaincus parmi une élite de folk-singer : Phil Ochs, Tom Paxton, Eric von Schmidt, Mark Spoelstra et avant tout Joan Baez et Bob Dylan.

Or, en avril 1965, ce dernier faisait une entrée fracassante dans les Hit-Parades britanniques avec « The times they are-a-changing », les temps vont changer… Suivi par Joan Baez, « They but for fortune » et par une copie anglo-saxonne : Donovan et son « Universal soldier ». Pendant tout l ‘été, l’Angleterre vécut au son des douze cordes, des harmonicas et des discours pacifistes que Joan Baez elle-même était venue prononcer contre la guerre au Vietnam. Sir Bertrand Russel organisa un meeting pacifiste qui remporta un succès monstre à Trafalgar Square. La BBC était désormais obligée de bannir de ses programmes des chansons telles que « Eve of destruction » par Barry Mc Guire ou « The sins of family » par PF Sloan. Ces mêmes morceaux soutenus par les stations-pirates grimpaient allègrement, malgré l’interdit officiel, vers le sommet du Hit-Parade. Les Hedg-Hoppers Anonymous proclamaient sinistrement :

« It’s good news week, someone’s dropped a bomb somewhere »

« Contaminating the atmosphere and darkening the sky… »

Les temps étaient vraiment en train de changer…

Parallèlement, le Rythm & Blues continuait sa carrière par le truchement de nouveaux groupes : Manfred Mann, Spencer Davis Group, les Kinks, les Pretty Things, les Moody Blues, Georgie Fame, Chris Farlowe, les Yardbirds et les Animals. Les Small Faces, ceux-ci, originaires de Newcastle on Tyne défendaient surtout les couleurs du blues traditionnel avec leur hit, « The house of the rising sun » et une pléiade de morceaux empruntés à John Lee Hooker (« Dimples », « Boom boom », « Maudie »), Memphis Slim (« Going down slow ») et Ray Charles (« Talking about you », « Halleluhia », « I love her so », « The right time »). Les Yardbirds, en obtenant leur premier succès avec « For your love », perdaient leur guitariste solo, Eric Clapton, un puriste du blues dont le « feeling » et la technique instrumentale faisaient déjà dire de lui qu’il était le meilleur. Eric rejoignait bientôt John Mayall et ses Bluesbreakers, le seul orchestre britannique à avoir pleinement assimilé le « big city blues » de Chicago.


D’autres groupes au style plus édulcoré connaissaient aussi leur heure de gloire : les Honeycombs, les Fortunes, les Seekers. Mais ce sont les Walker Brothers qui atteignaient le sommet avec des ballades d’une production similaire à celles de Phil Spector : « When my ship is coming in », « The sun ain’t gonna shine any more »…

À partir de cette année 1965, la notion de « sound » va se préciser de façon plus nette. Que ce soit les groupes de Liverpool ou ceux de Rythm & Blues, chaque ensemble possédait déjà une sonorité bien particulière qui le distinguait plus ou moins de ses voisins. Mais ce « sound » était en définitive assez naturel, basé sur une combinaison de voix ou sur un style très personnel de guitare. Ce sont les Rolling Stones qui vont commencer à expérimenter de nouvelles techniques, surtout avec « I can’t get no satisfaction » et l’usage de la buzz-box. Ce petit appareil permet d’obtenir une sonorité vrombissante, similaire à celle de saturation de l’ampli, alors que justement celui-ci n’est pas à saturation. « Satisfaction », est l’un des plus gros tubes de l’histoire de la Pop-Music, le trait de génie de Mick Jagger, Keith Richard et leur manager-producteur Andrew Oldham. C’est également à cette époque que d’autre part Jeff Beck, avec les Yardbirds, se lançait avant tout le monde sur la piste, depuis rebattue, des sonorités orientales.

Cependant le fait majeur de l’année, conséquence logique du mouvement « protest », demeure le retour en force des Américains. Cela faisait deux ans qu’ils n’avaient obtenu de hit important ; les Byrds avec « Mr Tambourine man », une composition de Dylan, venaient sauver l’honneur de leur pays. En octobre, la même année, Sonny and Cher effectuaient une tournée triomphale en Angleterre, peu après leur numéro un, « I got you babe ». Et les Anglais découvrent alors une Amérique qu’ils ne pouvaient imaginer. On leur avait raconté que là-bas tout individu aux cheveux sur les épaules se faisait conspuer dans la rue, était traité en paria ; des groupes de rock britanniques avaient eu en trounées des expériences plutôt désagéables. Bref, tout un chacun pensait que de l’autre côté de l’Atlantique le puritanisme maintenait encore sa mainmise sur la jeunesse. Or, choc, les premiers contingents de hippies débarqués à London Airport s’avéraient être tout aussi dingues que leurs homologues anglo-saxons, parfois même bien plus. Sonny and Cher étonnèrent par leur habillement aux couleurs vives, leurs costumes en fourrure, leurs vestes indiennes à longues franges. Qui plus est, la majorité des teenagers d’Outre-Atlantique portaient les cheveux plus longs qu’en Grande-Bretagne. C’était là un coup de boomerang auquel la béat-génération anglaise s’attendait peu. Et puis il y avait le fameux problème de la drogue dont nous reparlerons plus tard…

Mais en Angleterre, une seconde invasion « Made in the States » commence à déferler. Elle n’a d’ailleurs strictement rien à voir avec le protest. Ses représentants : Otis Redding, Wilson Pickett, James Brown, Solomon Burke ; cela s’appelle le « Rock’n’Soul » et deviendra quelques mois après le « Soul » tout court. Jusqu’alors en Angleterre seuls des groupes comme Georgie Fame et ses Blue Flames et Zoot Money’s Big Roll Band pratiquaient un Rythm’n’Blues très proche du jazz - façon Jimmy Smith, Brother Jack Mc Duff, Jimmy Mc Griff -. Mais l’arrivée sur le marché britannique de ce genre musical va renouveler le répertoire de centaines de formations. Les standards ne seront plus « Smokestack lightning », « I’m a man » et « Too much monkey business » mais « Knock on wood » ou « How sweet it is », venait des grands courants Stax ou Tamla Motown.


Heureusement les Beatles redressent une situation qui aurait pu devenir inquiétante grâce à leur album « Rubber Soul » ; extraits de ce 33 tours, « Michelle » et « Girl » seront deux gros hits internationaux. Mais l’influence américaine est irréversible ; Nancy Sinatra et son célèbre papa atteignent à leur tour le sommet du Hit-Parade avec « Theese boots are made for walking » et « Strangers in the night ». Puis vers le milieu de 1966, l’engouement pour la musique indienne, pour le « sound » du sitar remet tout en question. Donovan prêche en faveur de cet instrument depuis des mois ; George Harrison est parti aux Indes étudier l’art du raga avec Ravi Shankar ; les Rolling Stones sont à nouveau numéro un avec « Paint it black » ; enfin le chef-d’œuvre, ou plutôt l’un des chefs-d’œuvre des Beatles, sort ; il s’agit de l’album « Revolver » et l’une des plages, « Love you to », présente George au sitar, accompagné de Anil Bhagwat au tabla (petits tambours indiens).

À peu près en même temps, les Rolling Stones produisaient l’album le plus intéressant de leur carrière, « Aftermath ». Ici encore le sitar est utilisé ainsi que divers instruments tels le clavecin, le dulcimer, les marimbas… D’ailleurs la tendance générale des groupes de tête en Angleterre est maintenant de chercher de nouveaux sounds, d’expérimenter les instruments les plus hétéroclites, de produire des sonorités qui intriguent et séduisent le jeune amateur de Pop-Music. Ceci explique peut-être le succès du « sound » indien, succès qui dure toujours puisque la musique psychédélique d’aujourd’hui lui doit encore beaucoup de son inspiration. Succès peut-être aussi inexplicable en raison des connections de l’univers oriental avec la drogue.


Sans que l’emploi de la drogue soit aussi répandue en Angleterre qu’aux États-Unis, il existait déjà depuis plusieurs années le problème des pilules, des « purple hearts ». À l’origine souvent utilisée par les amateurs de jazz moderne, la benzedrine était connu surtout sous l’appellation « blue hearts ». Le mouvement mod, prenant l’extension qu’on sait avec les Beatles en 1963, fit des « blue hearts » devenus « purple hearts », l’un des divertissements favoris. Dans les boum, dans les clubs du West End, aucun difficulté à cette époque pour se procurer le dangereux excitant, dangereux parce qu’il peut provoquer des arrêts cardiaques. Les journaux nationaux étaient conscients de l’ampleur de la question et lui accordaient fréquemment leurs colonnes. Même les journaux pop spécialisés comme « Rave » et le « New Musical Express », devenu entre temps le premier hebdomadaire du show business britannique, consacraient d’importants articles à la drogue. Cependant la situation devint réellement sérieuse à partir de l’apparition du LSD, vers la fin de 1965. L’utilisation importante de cet hallucinogène dans les milieux universitaires américains et l’énorme battage de la presse à sensation à son propos contribuèrent énormément à sa propagation. Tout à coup, sans que la plupart des gens sachent pourquoi, il devint très à la mode d’avoir fait un « voyage ». Il devint également « dans le coup » de créer des chansons inspirées, ou enregistrées sous l’effet d’un hallucinogène ; ou des chansons ou le texte comporte un double sens comme « Epistle to Dippy » de Donovan. Les Beatles virent alors « A day in a life » interdit sur presque toutes les antennes des deux côtés de l’Atlantique.

Au printemps de 1967, les arrestations de Steve Marriot des Small Faces, de Mick Jagger, Keith Richard et Brian Jones, des Rolling Stones, firent rebondir le problème ; la police prenait des mesures exemplaires. Pourquoi la drogue ? Pour trouver des émotions fortes ? Par défiance à l’égard des parents ? Pour faire comme le voisin ? Peut-être. Mais il y a aussi la prise de conscience beaucoup plus précoce d’un monde instable, d’un climat d’insécurité général en dépit du confort bourgeois. Il ne faut pas oublier la régression progressive des idéaux qui animaient les générations précédentes. La disparition des croyances religieuses dans la vie de nombreux jeunes, la guerre, la soif de vivre heureux dans un monde qui ne l’est pas, cela explique beaucoup de choses. Qu’est-ce que cela à voir avec la Popo-Music ? Tout simplement que celle-ci se fait l’écho d’un problème humain, d’un cri d’angoisse de notre siècle. Certes, elle demeure une musique de danse, mais elle dépasse aussi ce stade. Elle devient un moyen de communication entre êtres humains qui affrontent les mêmes problèmes. Les Beatles ont contribué magistralement à cette évolution et leur dernier album, « Sergeant Pepper’s lonely hearts club band », dépeint, en un magnifique tableau, la société contemporaine ; le talent artistique de John Lennon et Paul McCartney décrit La Comédie Humaine du XXe siècle comme Balzac le faisait dans ses romans. À ce niveau on peut sans hésiter parler d’art. La question se pose donc : est-ce que la Pop-Music va devenir un art à part entière ?

Il ne faut pas perdre de vue que le show-business est, pour l’instant du moins, une activité commerciale avant tout. Mais le fait que les Beatles, Dylan, les Stones soient présents au sommet, c’est bien la preuve que la valeur artistique et le talent demeurent un facteur essentiel du succès. En Angleterre, l’évolution de la musique populaire vers un art complet s’appelle aujourd’hui comme en Amérique : « Psychedelic ». On peut en effet considérer que depuis une quinzaine d’années, l’élément de base dans un spectacle pop, c’est le côté musical. La partie visuelle est encore embryonnaire, à part quelques très rares exceptions comme James Brown ou les Rolling Stones. Or en ce moment à l’UFO, le club d’avant-garde de la capitale britannique ont lieu simultanément avec les États-Unis, les premiers soubresauts d’un show beaucoup plus complet où les éclairages jouent un rôle primordial et dans lequel des essais de chorégraphie ont été tentés.

Le Pink Floyd est l’un des premiers ensembles qui aient compris cette évolution. Le groupe comprend un projectionniste qui élabore les diapositives, ces jets de lumière qui dessinent sur chaque membre du groupe de fantasmagoriques marbrures multicolores. La musique est un compromis du rock, de sons indiens et de musique concrète ou électronique. Un happening instrumental permanent. L’expérience est passionnante, et si l’on considère qu’elle ne fait que débuter, on peut penser que d’ici peu le grand public aura l’occasion de participer à un spectacle total, beaucoup plus riche en émotions artistiques plus intenses et plus profondes.

Citons encore, dans ce même mouvement, un chanteur qui est en passe de devenir l’une des principales vedettes anglaises, Jimi Hendrix. Curieux transfuge du Rythm & Blues noir américain, il est devenu, avec l’apport anglais, la tête de file du mouvement psychedelic dans ce pays. Son petit groupe, le Jimi Hendrix Expérience, avec ses vêtements multicolores et ses coiffures crêpées et gonflées, sont absolument extraordinaires ; leur jeu de scène est réellement délirant : Jimi serre sa guitare contre lui comme si c’était une femme ; il la caresse, la frotte, la mord dans l’atmosphère prenante d’une sensualité exacerbée. D’un point de vue purement musical, ses morceaux comptent parmi les plus avancés (« The wind cries Mary »). Jimi Hendrix ou les Pink Floyd préfigurent sans aucun doute possible, avec les Beatles, ces éternels précurseurs, ce qu’il y a de plus sûr dans l’avenir de la Pop-Music anglaise. (Spécial Pop, 1967)




























































































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