PRESSE, ÉDITION

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ARTPRESS


Créée en 1972, artpress est une revue mensuelle d’information et de réflexion sur la création contemporaine. Acteur et témoin engagé de la création d’aujourd’hui, elle a pour vocation de couvrir l’ensemble de la scène artistique mondiale. En décembre 2012, le 40e anniversaire de la revue a été fêté par un ensemble d’événements à la Bibliothèque Nationale de France.


Bilingue (français/anglais) depuis 1992, artpress propose à ses lecteurs une approche éditoriale unique : lier les différentes formes de la création contemporaine – arts plastiques, littérature, photo, vidéo, cinéma, arts électroniques, architecture, danse, théâtre, musique, ... entre elles et les mettre en perspective.


Chaque mois, des articles de fond analysent les grands événements artistiques, les phénomènes culturels de notre époque, ainsi que les courants de pensée émergeants. Des dossiers présentent des scènes artistiques à travers le monde, des interviews permettent de rencontrer créateurs, conservateurs et marchands. Des comptes-rendus d’expositions et chroniques thématiques enrichissent également chaque numéro.

La revue est en vente en kiosque le 21 de chaque mois.


ARTPRESS2 

artpress publie également artpress2, revue trimestrielle consacrée à de grands événements, dossiers ou débats d’actualité, confrontant les opinions, accueillant de nombreux auteurs de tous pays. À titre d’exemple : Les expositions, La prostitution, La photographie, La tauromachie, Les séries télévisées, La céramique, ...
artpress publie également de nombreux suppléments à l’occasion d’événements. 

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Conçu et réalisé par l’équipe rédactionnelle de la revue artpress, artpress.com apporte un nouveau regard sur la création contemporaine à travers interviews et articles qui sont les prolongements éditoriaux de la revue papier. artpress.com propose également un accès à plus de quarante années d’archives.

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L'autre art contemporain

Vrais artistes et fausses valeurs

par Benjamin Olivennes



Ecrit par un non-spécialiste passionné, ce petit livre vif et brillant s’adresse à tous, et entend fournir un manuel de résistance au discours sur l’art contemporain. Ce dernier fonde son emprise sur une vision mythifiée de l’histoire de l’art : le XXe siècle aurait été avant tout le siècle des avant-gardes, chacune ayant été plus loin que la précédente dans la remise en cause de notions comme la figuration, la beauté, et même l’œuvre. Or non seulement ces notions anciennes ont continué d’exister dans les arts dits mineurs, mais surtout, il y a eu un autre XXe siècle artistique, une tradition de peinture qui s’est obstinée à représenter la réalité et qui réémerge aujourd’hui, de Bonnard à Balthus, de Morandi à Hopper, de Giacometti à Lucian Freud.

Cet essai présente cette autre histoire de l’art, dont l’existence infirme le discours, le mythe … et le marché de l’art contemporain. Cette histoire s’est prolongée secrètement jusqu’à nous : il y a eu en France, au cours du dernier demi-siècle, de très grands artistes, dont certains sont encore vivants, qui ont continué de représenter le monde et de chercher la beauté. Connus d’un petit milieu de collectionneurs, de critiques, de poètes, mais ignorés des institutions culturelles et du grand public, ces artistes sont les sacrifiés de l’art contemporain, les véritables artistes maudits de notre époque. Comme les artistes maudits de jadis, ce sont eux pourtant qui rendent notre modernité digne d’être aimée et sauvée. Ils sont la gloire de l’art français.


LE FIGARO MAGAZINE. - Ne vous y trompez pas, personne ne trouve aucun intérêt à Jeff Koons. Personne.» Ainsi commence drôlement votre livre. Pourquoi n’aimez-vous pas Jeff Koons? 

Benjamin OLIVENNES. - Ce n’est pas tellement que je ne l’aime pas, non plus que les Hirst, McCarthy, Cattelan ou leurs équivalents français. Les objets qu’ils produisent me sont complètement indifférents. Ce que je n’aime pas, en revanche, c’est que ces non-œuvres soient portées aux nues aussi bien par le marché mondial que par les institutions publiques et les musées ; alors que dans le même temps de grands artistes vivants demeurent méconnus… 


Commentaire d’un peintre contemporain :


A Benjamin Olivennes

Cher Monsieur, 

Le livre que vous avez écrit, cela fait quinze ans que je l’avais en tête. Fort heureusement, c’est vous qui l’avez écrit. Vous avez réussi à le faire malgré vos doutes, et je vous dis bravo. Vos phrases font mouche car elles en appellent au bon sens, par conséquent à la vérité simple et nue. 

Sans vous montrer vindicatif, vous expliquez avec raison en quoi l'art contemporain ne rime à rien. Si le soutien d'un peintre d'aujourd'hui peut que conforter la légitimité de votre analyse, vous avez le mien. Vous avez lu ou entendu comme moi certains discours qui aimeraient convertir les esprits réfractaires que nous sommes à l'admiration conceptuelle. Cependant, je pense que, si nous pouvons comprendre les raisons qui poussent tel ou tel esprit de génie à se passionner pour des concepts, nous faisons partie de cette humanité qui aspire à l'émotion et au mystère. Or, qu’attend-on de l’art, si ce n'est de l'émotion ? 

Pour moi, qui suis un genre de Brassens de la peinture, vous ne serez pas surpris d'apprendre que je ne trouve nulle part ma place en ce marché et en ce fameux art contemporain qui laminent mon entrain. J’en arrive aujourd’hui à une limite; j’en délaisserais presque mes pinceaux avec amertume. Pourtant, à chaque fois que je suis sur le point de tout laisser tomber, de finir par accepter d'endosser pour toujours la vie morose d'un petit employé, voilà qu’un signe inattendu vient me redonner juste la pointe d’espé- rance qui me manquait. En ce début d’année 2021, c’est la lecture de votre livre qui m’a redonné quelques couleurs. Je vous en remercie pour cela, et pour m'avoir fait découvrir quelques artistes dont j'ignorais même le nom. Ne perdez pas la ligne claire et raisonnée avec laquelle vous avez structuré cet ouvrage-ci, vous tenez le bon bout. 

Hugues Folloppe










Cet article tend à montrer que les ventes de catalogues d’exposition ne dépendent finalement pas tant que ça des visiteurs de ladite exposition… Manque provoqué par la fermeture des musées ou enseignement ?



Le livre d'art résiste à la crise

Par Roxana Azimi, François Salmeron

QUOTIDIEN DE L’ART - 25 février 2021 


Malgré la fermeture des librairies de musée, les ventes de livres d’art ont connu un boom impressionnant fin 2020. Mais le nombre de publications devrait chuter dans les prochaines années. 

Les librairies craignaient le pire. Finalement le marché du livre a endigué les pertes, accusant une baisse contenue de 2,7 % en 2020 par rapport à 2019, selon l’étude GFK publiée début février. L’exceptionnelle activité en librairie en décembre a presque entièrement gommé les effets des deux confinements. Un constat qui se vérifie aussi pour le livre d’art. La maison d’édition Hazan avance « d’excellentes ventes » au moment des fêtes de fin d’année, à l’image des 4000 exemplaires écoulés de L’art qui guérit de Pierre Lemarquis, qui éclaire sur les vertus thérapeutiques de l'art sur le cerveau. Quand bien même les expositions « Spilliaert » et « Aubrey Beardsley » n’ont ouvert que peu de temps, leurs catalogues publiés en co-éditions avec le musée d’Orsay se sont bien vendus. De même, le catalogue de « Pompéi » a trouvé preneurs avant même l’ouverture de l’exposition au Grand Palais, grâce à la diffusion en ligne de nombreux contenus pendant le premier confinement sous le hashtag #PompéiChezVous. Le Grand Palais ne regrette surtout pas d’avoir mis en vente le catalogue de l’exposition « Noir et Blanc » dès la rentrée de septembre, avec l’espoir de bénéficier d’une bonne mise en place sur table en fin d’année. « Si l’exposition n’a pu ouvrir ses portes au public, le livre a trouvé son public et continue à être bien acheté », précise l’établissement public. Et Jérôme Gille, directeur éditorial chez Hazan, d’admettre que « l’absence a créé le besoin ». 

Idem chez Flammarion, qui n’a jamais autant vendu son manuel Raconter l’histoire de l’art que lors de la rentrée 2020. « Les étudiants en avaient sans doute marre d’être sur écran », observe Julie Rouart, responsable du secteur des livres d’art chez Flammarion, qui se réjouit « d’un chiffre d’affaires de folie en décembre 2020, supérieur à 30 % par rapport à 2019 ». Malgré ces bonnes performances, la maison d’édition accuse une perte d’environ 15-20 % sur toute l’année. En cause : la fermeture des librairies de musées, qui concourent à 80 % aux ventes des catalogues d’exposition publiés par Flammarion.

Les librairies de musées en souffrance 

De fait, si le chiffre d’affaires des libraires français n’a chuté que de 3,3 % selon le syndicat de la librairie française, la donne est tout autre pour les librairies des musées, durablement fermées. Ainsi des 34 boutiques-librairies RMN-Grand Palais, dont les revenus ont plongé de 66 %, passant d’un chiffre d’affaires de 56,8 millions d’euros en 2019 à 19,5 millions en 2020. À lui seul, le segment livre est en baisse de 60 % par rapport à 2019. « L’ensemble des sites a subi un arrêt total des activités de mi-mars à fin juin puis à compter de fin octobre, détaille l’établissement public. Entre les deux, les quatre mois d’activité de la période estivale ont pâti de la très forte baisse de la fréquentation touristique internationale. » Directrice des éditions du Centre Pompidou, Claire de Cointet rappelle d’ailleurs que « pendant les mois d’ouverture, les jauges réduites de 30 à 50 % n’ont pas favorisé la venue du public ». Un désarroi que partage Arnaud Frémaux, responsable de la librairie du Palais de Tokyo, à Paris : « Nous dépendons de l’ouverture de l’institution pour accueillir du public, et nous nous trouvons actuellement au chômage technique. Toutefois, le chiffre d'affaires de la librairie était très convenable à la mi- octobre grâce au lancement de l’exposition "Anticorps". » 

Il faut dire que les librairies de musée surfaient jusque-là sur une bonne vague : « Elles ont un public captif, ce qui est un atout. La clientèle est déjà sur place et son intérêt pour les publications est acquis. Les meilleures ventes sont d’ailleurs liées aux expositions, par exemple "Bacon" et "Vasarely" dernièrement », indique Claire de Cointet. Au Jeu de Paume, « 17% des visiteurs réalisent un achat à la librairie », selon son responsable Pascal Priest. En témoignent aussi leurs récentes rénovations pour agrandissement. Visible depuis le jardin des Tuileries, la librairie du Jeu de Paume s’est ainsi élargie sur le hall d’entrée en 2017 et fonctionne comme une librairie de quartier, grâce aux éditions jeunesse qu’elle commercialise aux côtés d’essais pointus et de catalogues, dont celui d’André Kertész devenu « une somme de référence » selon Lætitia Moukouri, responsable des éditions. 

Avec une superficie de 1000 m2 répartie au rez-de-chaussée ainsi qu’à la sortie des galeries d’exposition des 4e et 6e étages, Beaubourg dispose de la plus grande librairie d’art moderne et contemporain d’Europe. En 2019, 320 000 volumes y ont été vendus, dont 30 à 40 % de nouveautés, et 25 % pour les seules éditions du Centre Pompidou. Après l’aménagement d’un espace de signature et d’un espace dédié aux enfants en 2017, la librairie vient de changer de main en passant du groupe Madrigall (qui occupait la concession depuis 1977 !) à la RMN–Grand Palais. À l’horizon : une restructuration de la librairie du 6e étage et un nouvel agrandissement des espaces de rencontre et de lecture. Ainsi, plus qu’un lieu de flânerie ou de recherche, la librairie d’art diversifie désormais ses activités en se présentant comme un authentique « lieu de culture, pas seulement par le biais du livre, mais également par le biais de l’échange », dixit Claire de Cointet. Refaite à trois reprises depuis sa création en 2000, la librairie du Palais de Tokyo mise quant à elle sur une internationalisation de son offre. 

Le livre d'art, objet total 

Pour pallier leur fermeture, certaines librairies ont basculé leur activité en ligne. À la RMN, le e-commerce (avec le site boutiquesdemusees.fr) a vu son chiffre d’affaires progresser de 42 % par rapport à 2019. À Beaubourg, où le plan Vigipirate interdit tout « click and collect », les ventes en ligne restent peu développées : « En art, les clients ont davantage besoin de voir l’objet qu’ils achètent, notamment sa forme ou sa qualité d’impression », justifie-t-on. Julie Rouart ne dit pas autre chose : « On doit voir un livre d’art, le toucher, c’est un objet total qui se dérobe au téléchargement. Il faut justifier du prix et ce n’est pas une couverture en format étiquette sur un écran qui le permet. » Au Jeu de Paume, toutefois, « les commandes ont augmenté de 60 % depuis juillet avec un retrait sur place. Mais le chiffre d’affaires ne peut parer à la fermeture du musée depuis mars », concède Pascal Priest. 

Si les livres d’art ne représentent que 5 à 10 % des ventes d’une librairie généraliste, celles hyperspécialisées ont de fait bien tiré leur épingle du jeu. « Elles occupent une place que les musées ont laissée », constatent Isabelle Leblanc et Samuel Hoppe, fondateurs de la librairie Volume, voisine de Beaubourg, centrée sur l’architecture, le design, la photo et les arts. Et d’ajouter : « L’offre de loisirs s’est réduite et cela profite au livre : il n’est plus perçu comme un objet cher, quand on ne fait plus de dépenses pour aller au musée, au théâtre ou au ciné. » Raphaël Lamarche- Vadel, directeur de la librairie Marian Goodman, abonde. « Les gens viennent chez nous pour trouver un objet rare, car nous fonctionnons sur beaucoup de livres importés, en anglais, introuvables dans la plupart des librairies », explique-t-il. Même son de cloche à la librairie Artcurial, qui s’en sort bien grâce à son fonds important de catalogues raisonnés et de livres épuisés. 

« La grande médiatisation des libraires, les dispositifs mis en place par l’État comme la gratuité des frais de port nous ont profité », concède sa directrice Géraldine Martin, qui confie avoir toutefois perdu la clientèle de cadres désormais en télétravail. 

Productions gelées 

L’édition d’art n’en est pas moins à un tournant. Chez certains éditeurs, dont MFC- Michèle Didier, spécialisée en livres d’artistes conceptuels depuis 1987, « l’impact financier de la crise est énorme. Quatre productions sont gelées, même si l’on constate une fréquentation exponentielle de la galerie où je présente mes éditions ». Partout, les perspectives de publications sont revues à la baisse. D’autant que les contraintes sanitaires ont bousculé le rythme et calendrier de sortie. 

Flammarion a dû reporter la publication du catalogue de l’exposition « Modernités suisses » reprogrammée – sous réserve – en mars. En 2020, les éditions de la RMN- Grand Palais ont sorti 44 nouveaux titres contre 82 en 2019 et 74 en 2018. Pas moins de 25 titres ont été décalés ou reportés et une révision des plannings éditoriaux a été nécessaire pour éviter l’engorgement du marché en fin d’année. La chute du tourisme, qui risque de rester en berne en 2021, a aussi conduit l’établissement public à mettre en sommeil la production de guides en langues étrangères en 2020 et en 2021. « Nous avons toujours été attentifs à ne pas produire trop de nouveautés afin de pouvoir bien les porter », précise-t-on à la RMN-Grand Palais, en ajoutant que « les solutions imaginées pour l’accompagnement des publications continueront à être développées : #GrandPalaisChezVous, newsletters, actions sur les réseaux sociaux, jeux
concours, calendriers de l’avent, mise à disposition de feuilletages, partenariats avec des librairies... » Flammarion, qui avait déjà réduit depuis 2017 l’activité de publication de catalogues d’exposition, trop peu rentables et chronophages, entend réduire le nombre de titres en 2022 « pour mieux accompagner les livres et les faire vivre en librairie », précise Julie Rouart. 

L’avenir du livre d’art n’en est pas pour autant compromis, car il reste « un objet de collection que l’on ne peut dématérialiser », selon Vanessa Clairet de la galerie Perrotin, qui a publié plus de 50 monographies depuis 2011. À la galerie Lelong, qui publiera d’ici deux mois deux livres d’Etel Adnan et un volume d’entretiens de l’artiste Juan Uslé, « la partie édition ne ramollit pas », sourit son directeur Patrice Cotensin, rappelant que cette niche, qui comprend à la fois livres et estampes, a généré un chiffre d’affaires supérieur à 2 millions d’euros en 2020. Et de poursuivre : « La librairie est un lieu où les gens peuvent bavarder un peu plus avec les membres de la galerie, c’est un lieu de documentation et un sas pour les primo-acheteurs. » L’optimisme est aussi partagé par la jeune maison d’édition In Fine, fondée en 2018 par le groupe Les Échos-Le Parisien. « La matérialité du livre ne sera jamais remplacée, défend son directeur Marc-Alexis Baranes, car tout ce qui reste d’une exposition, à la fin, c’est le livre. » 


Livre recommandé :








ART ABSOLUMENT


La revue Art Absolument a été fondée en mai 2002 par Pascal Amel, écrivain, et Teddy Tibi, entrepreneur amateur d'art. La société Subjectile art, créée par eux-mêmes et Charles-Henri et Marie Filippi en février 2009, innove dans l’art à travers plusieurs actions dont la principale est l’édition de la revue Art Absolument, de monographies d'artistes et de multiples ainsi que l'organisation d'expositions à l'Espace Art Absolument


Publication de référence pour la connaissance des arts plastiques, la revue Art Absolument a été fondée avec la vocation d’exprimer pleinement le « choc esthétique » ressenti pour le patrimoine artistique des différentes civilisations que les liens puissants entre l’art du passé et celui qui se crée aujourd’hui. Dans ses pages, le pari de montrer la diversité des artistes (en France et dans le monde) a également concouru à la reconnaissance – ou à la redécouverte – d’œuvres souvent minorées par l’air du temps, alors que l’histoire de l’art s’écrit au long cours et dans le déplacement des cultures et des individus. 


Approfondissant le sens de cette contribution, la revue Art Absolument privilégie une approche transversale, où les arts plastiques et leur connaissance sont sources d’émotion et de beauté, et éclairent également des dynamiques culturelles et sociales. La valeur de l’art – cette capacité à façonner notre univers mental – tient aussi à son appréhension. Une œuvre suscite une concentration de notre attention, épaississant la présence de son expérience. Elle s’appréhende aussi dans un contexte plus large, s’augmente de tous les regards posés sur elles et s’inscrit dans un réseau de connaissances. La revue Art Absolument donne en premier lieu la parole aux artistes, quand les écrits de critiques, les parcours de collectionneurs et les regards d’acteurs du monde de l’art (conservateurs, galeristes, historiens, ...) expriment leurs visions sur la pratique de l’art, mais aussi les débats qui le traversent et le fonctionnement de son marché. 


En 2017, ce parti-pris s’est prolongé dans une nouvelle formule graphique et éditoriale clarifiée : c’est désormais à Découvrir, Collectionner et Débattre qu’invite le sommaire de la revue, tandis qu’un grand dossier thématique ancre la réflexion sur un temps long et des points de vue pluriels.
Dans le même temps, lEspace Art Absolument a ouvert à Paris, lieu d’expositions, de vente d’œuvres, de rencontres et librairie d’art, pensé en lien avec les artistes. 



L’OR DES ANNÉES FOLLES


Dans deux mois, à peine, le jeudi 8 février à 10h, le Salon des Indépendants ouvrira ses portes - 90e du nom.

Exceptionnellement en 1979, cette :manifestation printanière depuis un siècle sera devenue hivernale : Heureusement, dans un Grand-Palais tendu de velours clair, une chaleur bienfaisante surprend le visiteur. Rien n’a été ménagé pour satisfaire son confort et sa curiosité.


Les 3 coups sont frappés, « L’OR DES ANNÉES FOLLES » dévoile soudain ses splendeurs.

Dès l’abord, à la terrasse du Dôme reconstituée, descendant de son Hispano-Suiza, Picabia rejoint ses amis rapins, attablés non loin de lac : Mais qui est-ce ? Chagall ? Modigliani ? Lui, c’est Picasso… Est-ce Foujita ? De dos, Pascin et lui Soutine.

Oui, en cire et en os, ils discutent sous le regard débonnaire du « garçon » en rondin. Les soucoupes s’empilent. Le bruit cliquetant de la caisse enregistreuse couvre mal celui des discussions passionnées, tous accents mêlés. Au loin, en fond sonore, les rythmes rauques du jazz et saccadés du cinéma muet.

Très élégantes, à gauche, quelques jeunes femmes en chapeau cloche et taille basse, visiblement habillées par Poiret montent dans une limousine puissante et silencieuse… Paris-Deauville ?



Sur les colonnes Morice, les affiches annoncent la générale de Phi-Phi.

Canotier en bataille, gouailleur, « Ça c’est Paris », « Maurice » nous assure que « Dans la vie faut pas s’en faire ! »

Décidément le rythme est pris. 

Tout cela est trop engageant pour ne pas continuer.

Sur un mât, en bleu et rouge, à l’ombre coloniale d’un palmier, s’annonce le prochain salon des Indépendants.

1920… 1929, les Années folles, le calendrier se déroule à gauche et à droite sur les cimaises d’entrée, 1920… 1929, si loin déjà, si près pourtant : Sacco et Vanzetti, Deschanel, Clemenceau, Marcel Proust, les réparations allemandes, Prokofiev, Pirandello, la Marche sur Rome, 140 000 morts à Tokyo, Pacific 231, mort de Lénine, Gershwin j’en passe, quelle richesse, quelle imagination. A-t-elle pris le pouvoir ? la ruée vers l’Or, le 1er laser, 360km/h en avion, la télévision en couleur.

Des nouveautés, en voici en voilà, Lindberg à Paris, Vitamine B 1 ! il en faudra… jeudi soir à Wall Street.


Mais « L’OR DES ANNÉES FOLLES » où est-il, où se cache cet or ? Il est là. Sur les cimaises à pupitre dans le grand carré d’honneur. Nos amis de la terrasse du Dôme ne le savent pas encore.

C’est bien trop tôt. Les comptes en banque sont plats. Utrillo n’a-t-il pas réussi à échanger un ballon de beaujolais contre une gouache ? Sa langue râpeuse de plâtrier claque goulûment sur le palais. Il l’aime frais, le Beaujolais !

Splendeurs, surréalistes, Ernst, Miro, Chirico, Masson, ne l’oublions pas nous sommes aussi à Montparnasse, vous venez de voir leurs auteurs attablés, en grande discussion.

Voici Pascin, Soutine et Kisling, Kremeagne et Van Dongen, Léger, Picasso, Matisse, Delaunay, aussi Le Corbusier, Vlaminck, Kupka, Villon et d’autres, beaucoup d’autres. La tradition, l’avant-garde, les Montparnos…

Tout ce qui compte en art moderne est là.



L’or véritable, plus solide que celui, vacillant et sinistre de Wall Street 1929, est là pour les cimaises du 90e Salon des Indépendants. Aujourd’hui, célébré, il y a 50 ans raillé par un public ricanant, sur nos mêmes cimaises ! Transmutation sublime.

Mais le rêve à l’heure présente ne peut nous détourner des immenses difficultés dans lesquelles m’organisation d’une telle entreprise nous plonge. Aggravée par le déplacement de notre calendrier traditionnel en hiver.

Risques accrus. Mais pourquoi un tel effort, une telle exposition phare, au sein même de l’exposition des Indépendants.


C’est qu’un Salon a une identité particulière. Surtout le nôtre. Les Indépendants par leur esprit, la permanence depuis un siècle de cette idée de liberté jamais démentie, leurs statuts, ont permis de révéler au public les plus grands noms de la peinture alors que ceux-ci étaient raillés et méprisés partout ailleurs. Alors peut-on me donner la raison valable nous interdisant de mobiliser le prestige de ces grands Artistes révélés chez nous au service des jeunes inconnus d’aujourd’ui. S’il y a une solidarité, une fraternité entre Artistes, c’est bien là qu’elle doit se manifester.

Y a-t-il une légitimité permettant aux seuls organismes officiels d’organiser des expositions ? Ne serions-nous que des vitrines-laboratoires, coupées arbitrairement de leur riche passé ?

Pourquoi nous refuserions-nous nos « locomotives » qui dans tous domaines provoquent l’attraction du grand public. Notre devenir est justement dans la conquête d’une très grande audience.


Nous devons exploiter notre identité ; nous avons le droit et le devoir de montrer comment les artistes expliquent l’art ; de montrer des expositions où après avoir vu des œuvres, le public en ressort les ayant comprises.

Nous avons les clefs de cet alphabet en situant le couleur, l’âme, la qualité, les émotions d’un temps dont nos plus grands sociétaires ont été les protagonistes éclairés. Et c’est notre conviction de replacer l’art dans le contexte général d’une époque et de situer avec la plus grande vigueur ce qui peut le mieux évoquer l’évolution de l’art, des idées, des sciences et des techniques et d’en exalter l’osmose secrète, profonde.

Cette philosophe est celle que notre Comité a peu à peu comprise et acceptée depuis le jour où le programme d’une politique de renouveau pour les Indépendants lui a été proposé  par moi le 22 octobre 1976.

Nos idées commencent à faire leur chemin.

Les résultats ne se sont pas fait attendre : plus 170% pour les ventes des exposants, plus 317% pour les entrées, plus 385% pour les recettes d’entrées. Bénéfice pour tous les Sociétaires.



Nous sommes dans le peloton de tête des grandes expositions du Louvre, du Centre Pompidou, des Galeries Nationales : 1950 entrées par jour… Mieux que « Paris-New-York » au Centre Pompidou, mieux que « Chagall » au Louvre, que « Marcel Duchamp » ou « Malevitch » aux Galeries Nationales.

La résonance contemporaine de la Société auprès du Public ?

70 quotidiens français ou étrangers, 50 revues, 30 millions de lecteurs, 20 radios, 18 télévisions !

Cet élan de promotion du Salon amorcé en 1978 ne peut être stoppé net.

Il nous faut confirmer l’image d’organisation, de travail, d’originalité dans la manière de concevoir notre rôle qui a amené les résultats exceptionnels de 1978.

IL faut même le dépasser !

Notre politique d’avenir est dessiné sur cet axe.

La société des Indépendants malgré les 90 expositions qui la précédent est jeune, parce que ses statuts sont jeunes, conçus par des jeunes, sans distinction de sexe ou de nationalité, offrant une chance égale à tous, mais en laissant la priorité à 75% de moins de 35 ans.


1884, quelle jeunesse ! Quelle leçon ! Puisque nous sommes sous son signe, empruntons pour conclure, ces lignes émouvantes du fond du cœur à un grand parmi les grands, Fernand Léger : « Paris devrait être fier d’être l’endroit choisi pour cette grande manifestation picturale des Indépendants. Ces pauvres salles en toile et en planches ont vu éclore plus de talents que tous les musées officiels réunis. C’est le salon des inventeurs et, à côté des folies qui peut être ne se réaliseront jamais il y a quelques peintres qui seront l’honneur de leur époque. C’est le seul endroit où le bon, goût bourgeois n’ait pu pénétrer, c’est le grand salon moche, et c’est très beau, on n’y écrase pas de tapis, on y accroche des rhumes de cerveau en même temps que les tableaux. Mais jamais autant d’émotion, de vie, d’angoisse et de joie très pure n’ont été amoncelées dans un si modeste endroit.

Il faut avoir exposé là-dedans pendant des années de jeunesse, il faut y avoir apporté en tremblant à l’âge de vingt-ans, ses premières ébauches, pour savoir ce qu’il est. L’accrochage des tableaux, l’éclairage, le vernissage, cette lumière brutale qui vous heurte et ne laisse rien dans l’ombre, toutes ces choses inconnues qui, d’un seul coup, bousculent votre sensibilité et votre timidité. On s’en souvient toute sa vie. C’est tout ce que l’on a de plus cher que l’on apporte là. Les bourgeois qui viennent rire de ces palpitations ne se douteront jamais que c’est un drame complet qui se joue là, avec toutes ses joies et ses histoires.

S’ils en avaient conscience, car au fond ce sont de braves gens, ils entreraient là avec respect, comme dans une église. »


Jeune, penses-y. Ta place est aux Indépendants.


Jean MONNERET (Journal des Artistes, 1978)



JE CROIS EN VOTRE TÉMOIGNAGE SALON D’AUTOMNE 78

par E.MAC’AVOY


Montesquiou brandit sa canne à pommeau d’or et d’ivoire : l’éclatante splendeur des roses, des verts, et des bleus de Gauguin heurte ses regards accoutumés aux cristaux noirs de Jacques-Émile Blanche, et aux bitumes de Carolus. Marcel Proust, qui sent la ouate thermogène devine que l’impressionnisme d’Elster agonise, et que des fauves, tapis quelque part, sont prêts à rugir… Anna de Noailles, au cœur innombrable, un peu « dépassée », écoute Mirbeau défendre la violence de Georges Rouault. Nous sommes au vernissage du salon d’Automne, le 31 octobre 1903, dans les sous-sols du Petit Palais. L’assistance pressent l’importance de l’évènement. L’Art de notre siècle vient de naître.


Et voici que soixante quinze ans, jour pour jour, après ce vernissage mémorable, ce 31 octobre 1978, une foule énorme envahit la nef du Grand Palais. Le Salon d’Automne reçoit et célèbre ses trois quarts de siècles de vie ardente, parmi des milliers d’amis. Que signifie cette affluence ? Que nous sommes vivants. Que les efforts d’une équipe qui œuvre depuis onze ans sont reconnus, et approuvés.


Allons donc ! Si nous étions sclérosés comme nos détracteurs veulent le faire accroire, croyez-vous que six mille personnes, à Paris, gavées d’expositions, se dérangeraient à notre appel, un soir de brume ? Trois mille personnes les samedis et les dimanches, et plus de mille par jour, en semaine ?

- Mais il y a Gauguin, dira-t-on ! ou Van Gogh, ou Lautrec, ou tel autre ! Nous connaissons par cœur le couplet annuel de certains critiques : conscients de nos déficiences, nous appelons au secours la gloire chaude d’un grand maître-vedette, pour aguicher le public… !


Qu’on en finisse avec ce rabâchage et que les critiques se renseignent : dès 1903, constitutivement, et tout au long de son histoire, le Salon d’Automne a, chaque année, consacré une grande salle à un géant de l’art. Telle est sa tradition. Sait-on que nous avons eu une exposition consacrée à Ingres ? une autre à Manet ? et qu’en 1903 puis en 1906 nous révélions le génie d’un nommé Gauguin ? S’ils sont chez nous aujourd’hui, ces grands parmi les grands, c’est que nous les avons jadis fait connaître au monde. Ils sont nôtres. Et il nous appartient de les honorer, comme on honore les siens.


Voilà qui est net. Mais attachons plutôt notre réflexion, avec soixante-quinze ans de vie derrière nous, à l’utilité profonde des Salons, à mon sens beaucoup plus grande encore aujourd’hui qu’hier. Il y avait jadis un intense échange entre les artistes, des amitiés, des débats passionnés d’idées, des lieux de rencontre, à Montmartre, à Montparnasse, chez Vollard, chez Gertrude Stein. Il y avait des marchands mécènes, des Kahnweiler, des Paul Guillaume. Il y avait des groupes soutenus par des écrivains ; des collaborations étroites, Picasso, Cocteau, Satie ; Braque, Derain et Diaghilev… Toute cette effervescence n’est plus, chacun est chez soi, seul. Lutte seul. Sans la grande occasion de rencontres, sans l’effort collectif annuel du Salon, ce vaste affrontement, cet anti-musée, riche du pire et du meilleur, que se passerait-il, je vous le demande ?


- Or, il se passe quelque chose. Une révolution nette se précise, de salon en salon. L’abstraction est devenue un langage de forme classique. Et le mystère est détenue par une figuration troublante, aussi neuve que fut l’expression informelle, lorsqu’elle parut. C’était inévitable : après avoir atteint l’impasse, du tableau noir, du tableau blanc, du cadre de vie sur le mur, il fallait - et c’est ce qu’ont compris les jeunes - procéder à une ré-identification minutieuse et passionnée du monde, afin de lui voler de nouveaux secrets.


Alors, comment décrypter un salon ? Il s’agit de l’un de ces dessins faits d’un terrible embrouillamini de lignes enchevêtrées. La bonne ligne, la vraie, passe à travers ce fouillis. L’œil exercé la distingue aussitôt. Je crois très profondément en l’importance extrême de notre témoignage, à propos du temps présent. (Le Journal des Artistes)


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