PRESSE

 

ART ABSOLUMENT


La revue Art Absolument a été fondée en mai 2002 par Pascal Amel, écrivain, et Teddy Tibi, entrepreneur amateur d'art. La société Subjectile art, créée par eux-mêmes et Charles-Henri et Marie Filippi en février 2009, innove dans l’art à travers plusieurs actions dont la principale est l’édition de la revue Art Absolument, de monographies d'artistes et de multiples ainsi que l'organisation d'expositions à l'Espace Art Absolument


Publication de référence pour la connaissance des arts plastiques, la revue Art Absolument a été fondée avec la vocation d’exprimer pleinement le « choc esthétique » ressenti pour le patrimoine artistique des différentes civilisations que les liens puissants entre l’art du passé et celui qui se crée aujourd’hui. Dans ses pages, le pari de montrer la diversité des artistes (en France et dans le monde) a également concouru à la reconnaissance – ou à la redécouverte – d’œuvres souvent minorées par l’air du temps, alors que l’histoire de l’art s’écrit au long cours et dans le déplacement des cultures et des individus. 


Approfondissant le sens de cette contribution, la revue Art Absolument privilégie une approche transversale, où les arts plastiques et leur connaissance sont sources d’émotion et de beauté, et éclairent également des dynamiques culturelles et sociales. La valeur de l’art – cette capacité à façonner notre univers mental – tient aussi à son appréhension. Une œuvre suscite une concentration de notre attention, épaississant la présence de son expérience. Elle s’appréhende aussi dans un contexte plus large, s’augmente de tous les regards posés sur elles et s’inscrit dans un réseau de connaissances. La revue Art Absolument donne en premier lieu la parole aux artistes, quand les écrits de critiques, les parcours de collectionneurs et les regards d’acteurs du monde de l’art (conservateurs, galeristes, historiens, ...) expriment leurs visions sur la pratique de l’art, mais aussi les débats qui le traversent et le fonctionnement de son marché. 


En 2017, ce parti-pris s’est prolongé dans une nouvelle formule graphique et éditoriale clarifiée : c’est désormais à Découvrir, Collectionner et Débattre qu’invite le sommaire de la revue, tandis qu’un grand dossier thématique ancre la réflexion sur un temps long et des points de vue pluriels.
Dans le même temps, lEspace Art Absolument a ouvert à Paris, lieu d’expositions, de vente d’œuvres, de rencontres et librairie d’art, pensé en lien avec les artistes. 



L’OR DES ANNÉES FOLLES


Dans deux mois, à peine, le jeudi 8 février à 10h, le Salon des Indépendants ouvrira ses portes - 90e du nom.

Exceptionnellement en 1979, cette :manifestation printanière depuis un siècle sera devenue hivernale : Heureusement, dans un Grand-Palais tendu de velours clair, une chaleur bienfaisante surprend le visiteur. Rien n’a été ménagé pour satisfaire son confort et sa curiosité.


Les 3 coups sont frappés, « L’OR DES ANNÉES FOLLES » dévoile soudain ses splendeurs.

Dès l’abord, à la terrasse du Dôme reconstituée, descendant de son Hispano-Suiza, Picabia rejoint ses amis rapins, attablés non loin de lac : Mais qui est-ce ? Chagall ? Modigliani ? Lui, c’est Picasso… Est-ce Foujita ? De dos, Pascin et lui Soutine.

Oui, en cire et en os, ils discutent sous le regard débonnaire du « garçon » en rondin. Les soucoupes s’empilent. Le bruit cliquetant de la caisse enregistreuse couvre mal celui des discussions passionnées, tous accents mêlés. Au loin, en fond sonore, les rythmes rauques du jazz et saccadés du cinéma muet.

Très élégantes, à gauche, quelques jeunes femmes en chapeau cloche et taille basse, visiblement habillées par Poiret montent dans une limousine puissante et silencieuse… Paris-Deauville ?



Sur les colonnes Morice, les affiches annoncent la générale de Phi-Phi.

Canotier en bataille, gouailleur, « Ça c’est Paris », « Maurice » nous assure que « Dans la vie faut pas s’en faire ! »

Décidément le rythme est pris. 

Tout cela est trop engageant pour ne pas continuer.

Sur un mât, en bleu et rouge, à l’ombre coloniale d’un palmier, s’annonce le prochain salon des Indépendants.

1920… 1929, les Années folles, le calendrier se déroule à gauche et à droite sur les cimaises d’entrée, 1920… 1929, si loin déjà, si près pourtant : Sacco et Vanzetti, Deschanel, Clemenceau, Marcel Proust, les réparations allemandes, Prokofiev, Pirandello, la Marche sur Rome, 140 000 morts à Tokyo, Pacific 231, mort de Lénine, Gershwin j’en passe, quelle richesse, quelle imagination. A-t-elle pris le pouvoir ? la ruée vers l’Or, le 1er laser, 360km/h en avion, la télévision en couleur.

Des nouveautés, en voici en voilà, Lindberg à Paris, Vitamine B 1 ! il en faudra… jeudi soir à Wall Street.


Mais « L’OR DES ANNÉES FOLLES » où est-il, où se cache cet or ? Il est là. Sur les cimaises à pupitre dans le grand carré d’honneur. Nos amis de la terrasse du Dôme ne le savent pas encore.

C’est bien trop tôt. Les comptes en banque sont plats. Utrillo n’a-t-il pas réussi à échanger un ballon de beaujolais contre une gouache ? Sa langue râpeuse de plâtrier claque goulûment sur le palais. Il l’aime frais, le Beaujolais !

Splendeurs, surréalistes, Ernst, Miro, Chirico, Masson, ne l’oublions pas nous sommes aussi à Montparnasse, vous venez de voir leurs auteurs attablés, en grande discussion.

Voici Pascin, Soutine et Kisling, Kremeagne et Van Dongen, Léger, Picasso, Matisse, Delaunay, aussi Le Corbusier, Vlaminck, Kupka, Villon et d’autres, beaucoup d’autres. La tradition, l’avant-garde, les Montparnos…

Tout ce qui compte en art moderne est là.



L’or véritable, plus solide que celui, vacillant et sinistre de Wall Street 1929, est là pour les cimaises du 90e Salon des Indépendants. Aujourd’hui, célébré, il y a 50 ans raillé par un public ricanant, sur nos mêmes cimaises ! Transmutation sublime.

Mais le rêve à l’heure présente ne peut nous détourner des immenses difficultés dans lesquelles m’organisation d’une telle entreprise nous plonge. Aggravée par le déplacement de notre calendrier traditionnel en hiver.

Risques accrus. Mais pourquoi un tel effort, une telle exposition phare, au sein même de l’exposition des Indépendants.


C’est qu’un Salon a une identité particulière. Surtout le nôtre. Les Indépendants par leur esprit, la permanence depuis un siècle de cette idée de liberté jamais démentie, leurs statuts, ont permis de révéler au public les plus grands noms de la peinture alors que ceux-ci étaient raillés et méprisés partout ailleurs. Alors peut-on me donner la raison valable nous interdisant de mobiliser le prestige de ces grands Artistes révélés chez nous au service des jeunes inconnus d’aujourd’ui. S’il y a une solidarité, une fraternité entre Artistes, c’est bien là qu’elle doit se manifester.

Y a-t-il une légitimité permettant aux seuls organismes officiels d’organiser des expositions ? Ne serions-nous que des vitrines-laboratoires, coupées arbitrairement de leur riche passé ?

Pourquoi nous refuserions-nous nos « locomotives » qui dans tous domaines provoquent l’attraction du grand public. Notre devenir est justement dans la conquête d’une très grande audience.


Nous devons exploiter notre identité ; nous avons le droit et le devoir de montrer comment les artistes expliquent l’art ; de montrer des expositions où après avoir vu des œuvres, le public en ressort les ayant comprises.

Nous avons les clefs de cet alphabet en situant le couleur, l’âme, la qualité, les émotions d’un temps dont nos plus grands sociétaires ont été les protagonistes éclairés. Et c’est notre conviction de replacer l’art dans le contexte général d’une époque et de situer avec la plus grande vigueur ce qui peut le mieux évoquer l’évolution de l’art, des idées, des sciences et des techniques et d’en exalter l’osmose secrète, profonde.

Cette philosophe est celle que notre Comité a peu à peu comprise et acceptée depuis le jour où le programme d’une politique de renouveau pour les Indépendants lui a été proposé  par moi le 22 octobre 1976.

Nos idées commencent à faire leur chemin.

Les résultats ne se sont pas fait attendre : plus 170% pour les ventes des exposants, plus 317% pour les entrées, plus 385% pour les recettes d’entrées. Bénéfice pour tous les Sociétaires.



Nous sommes dans le peloton de tête des grandes expositions du Louvre, du Centre Pompidou, des Galeries Nationales : 1950 entrées par jour… Mieux que « Paris-New-York » au Centre Pompidou, mieux que « Chagall » au Louvre, que « Marcel Duchamp » ou « Malevitch » aux Galeries Nationales.

La résonance contemporaine de la Société auprès du Public ?

70 quotidiens français ou étrangers, 50 revues, 30 millions de lecteurs, 20 radios, 18 télévisions !

Cet élan de promotion du Salon amorcé en 1978 ne peut être stoppé net.

Il nous faut confirmer l’image d’organisation, de travail, d’originalité dans la manière de concevoir notre rôle qui a amené les résultats exceptionnels de 1978.

IL faut même le dépasser !

Notre politique d’avenir est dessiné sur cet axe.

La société des Indépendants malgré les 90 expositions qui la précédent est jeune, parce que ses statuts sont jeunes, conçus par des jeunes, sans distinction de sexe ou de nationalité, offrant une chance égale à tous, mais en laissant la priorité à 75% de moins de 35 ans.


1884, quelle jeunesse ! Quelle leçon ! Puisque nous sommes sous son signe, empruntons pour conclure, ces lignes émouvantes du fond du cœur à un grand parmi les grands, Fernand Léger : « Paris devrait être fier d’être l’endroit choisi pour cette grande manifestation picturale des Indépendants. Ces pauvres salles en toile et en planches ont vu éclore plus de talents que tous les musées officiels réunis. C’est le salon des inventeurs et, à côté des folies qui peut être ne se réaliseront jamais il y a quelques peintres qui seront l’honneur de leur époque. C’est le seul endroit où le bon, goût bourgeois n’ait pu pénétrer, c’est le grand salon moche, et c’est très beau, on n’y écrase pas de tapis, on y accroche des rhumes de cerveau en même temps que les tableaux. Mais jamais autant d’émotion, de vie, d’angoisse et de joie très pure n’ont été amoncelées dans un si modeste endroit.

Il faut avoir exposé là-dedans pendant des années de jeunesse, il faut y avoir apporté en tremblant à l’âge de vingt-ans, ses premières ébauches, pour savoir ce qu’il est. L’accrochage des tableaux, l’éclairage, le vernissage, cette lumière brutale qui vous heurte et ne laisse rien dans l’ombre, toutes ces choses inconnues qui, d’un seul coup, bousculent votre sensibilité et votre timidité. On s’en souvient toute sa vie. C’est tout ce que l’on a de plus cher que l’on apporte là. Les bourgeois qui viennent rire de ces palpitations ne se douteront jamais que c’est un drame complet qui se joue là, avec toutes ses joies et ses histoires.

S’ils en avaient conscience, car au fond ce sont de braves gens, ils entreraient là avec respect, comme dans une église. »


Jeune, penses-y. Ta place est aux Indépendants.


Jean MONNERET (Journal des Artistes, 1978)



JE CROIS EN VOTRE TÉMOIGNAGE SALON D’AUTOMNE 78

par E.MAC’AVOY


Montesquiou brandit sa canne à pommeau d’or et d’ivoire : l’éclatante splendeur des roses, des verts, et des bleus de Gauguin heurte ses regards accoutumés aux cristaux noirs de Jacques-Émile Blanche, et aux bitumes de Carolus. Marcel Proust, qui sent la ouate thermogène devine que l’impressionnisme d’Elster agonise, et que des fauves, tapis quelque part, sont prêts à rugir… Anna de Noailles, au cœur innombrable, un peu « dépassée », écoute Mirbeau défendre la violence de Georges Rouault. Nous sommes au vernissage du salon d’Automne, le 31 octobre 1903, dans les sous-sols du Petit Palais. L’assistance pressent l’importance de l’évènement. L’Art de notre siècle vient de naître.


Et voici que soixante quinze ans, jour pour jour, après ce vernissage mémorable, ce 31 octobre 1978, une foule énorme envahit la nef du Grand Palais. Le Salon d’Automne reçoit et célèbre ses trois quarts de siècles de vie ardente, parmi des milliers d’amis. Que signifie cette affluence ? Que nous sommes vivants. Que les efforts d’une équipe qui œuvre depuis onze ans sont reconnus, et approuvés.


Allons donc ! Si nous étions sclérosés comme nos détracteurs veulent le faire accroire, croyez-vous que six mille personnes, à Paris, gavées d’expositions, se dérangeraient à notre appel, un soir de brume ? Trois mille personnes les samedis et les dimanches, et plus de mille par jour, en semaine ?

- Mais il y a Gauguin, dira-t-on ! ou Van Gogh, ou Lautrec, ou tel autre ! Nous connaissons par cœur le couplet annuel de certains critiques : conscients de nos déficiences, nous appelons au secours la gloire chaude d’un grand maître-vedette, pour aguicher le public… !


Qu’on en finisse avec ce rabâchage et que les critiques se renseignent : dès 1903, constitutivement, et tout au long de son histoire, le Salon d’Automne a, chaque année, consacré une grande salle à un géant de l’art. Telle est sa tradition. Sait-on que nous avons eu une exposition consacrée à Ingres ? une autre à Manet ? et qu’en 1903 puis en 1906 nous révélions le génie d’un nommé Gauguin ? S’ils sont chez nous aujourd’hui, ces grands parmi les grands, c’est que nous les avons jadis fait connaître au monde. Ils sont nôtres. Et il nous appartient de les honorer, comme on honore les siens.


Voilà qui est net. Mais attachons plutôt notre réflexion, avec soixante-quinze ans de vie derrière nous, à l’utilité profonde des Salons, à mon sens beaucoup plus grande encore aujourd’hui qu’hier. Il y avait jadis un intense échange entre les artistes, des amitiés, des débats passionnés d’idées, des lieux de rencontre, à Montmartre, à Montparnasse, chez Vollard, chez Gertrude Stein. Il y avait des marchands mécènes, des Kahnweiler, des Paul Guillaume. Il y avait des groupes soutenus par des écrivains ; des collaborations étroites, Picasso, Cocteau, Satie ; Braque, Derain et Diaghilev… Toute cette effervescence n’est plus, chacun est chez soi, seul. Lutte seul. Sans la grande occasion de rencontres, sans l’effort collectif annuel du Salon, ce vaste affrontement, cet anti-musée, riche du pire et du meilleur, que se passerait-il, je vous le demande ?


- Or, il se passe quelque chose. Une révolution nette se précise, de salon en salon. L’abstraction est devenue un langage de forme classique. Et le mystère est détenue par une figuration troublante, aussi neuve que fut l’expression informelle, lorsqu’elle parut. C’était inévitable : après avoir atteint l’impasse, du tableau noir, du tableau blanc, du cadre de vie sur le mur, il fallait - et c’est ce qu’ont compris les jeunes - procéder à une ré-identification minutieuse et passionnée du monde, afin de lui voler de nouveaux secrets.


Alors, comment décrypter un salon ? Il s’agit de l’un de ces dessins faits d’un terrible embrouillamini de lignes enchevêtrées. La bonne ligne, la vraie, passe à travers ce fouillis. L’œil exercé la distingue aussitôt. Je crois très profondément en l’importance extrême de notre témoignage, à propos du temps présent. (Le Journal des Artistes)



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