MUSIQUE CONTEMPORAINE, Tome 2

Pierre Perret

auteur-compositeur-interprète


Pierre Perret est né en 1934 à Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne. Après avoir suivi un enseignement au Conservatoire de Toulouse et obtenu un premier Prix au saxophone, Pierre Perret se lance dans la chanson en se produisant dans des cabarets parisiens, d’abord en accompagnant à la guitare puis en proposant ses propres textes. Il se fait remarquer et sort son premier disque en 1957 chez Barclay.

Il faut attendre 1966, pour que Pierre Perret connaisse un vrai succès populaire avec sa chanson "Les Jolies Colonies de vacances", puis en 1971, il chante "La Cage aux oiseaux" et en 1975, il est consacré avec "Le Zizi". Il écrit également des chansons sur des sujets de société comme le racisme avec "Lily" en 1977, le viol avec "Mon p'tit loup", ou encore la guerre du Golfe de 1992 avec "La Petite Kurde". En 1998, il écrit "La Bête est revenue" en réponse à la montée du Front National. Plus récemment, Pierre Perret a rendu hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo avec "Humour, Liberté". En réaction au confinement du printemps 2020, il a composé et mis en ligne avec succès "Les Confinis", chanson qui critique avec humour la gestion de l'épidémie par la classe politique. (France Culture)


Pierre PERRET est né le 9 juillet 1934 à Castelsarrasin. Il est auteur-compositeur-interprète, résidant dans la commune de Nangis en Seine-et-Marne. Ses parents Maurice et Claudia tiennent un café, le Café du Pont (un film sera par ailleurs réalisé sur son histoire par Manuel POIRIER en 2009, peu convaincant selon l'intéressé), dans lequel il passera une grande partie de son enfance, apprenant par là même de nombreux argots et langages de métiers.

C'est à 14 ans que Pierre PERRET intègre le Conservatoire de musique de Toulouse et s’inscrit parallèlement au Conservatoire d’art dramatique. Il obtiendra à 19 ans un premier prix de saxophone, et commencera à jouer dans des bals et des fêtes familiales avec son premier orchestre de quatre musiciens.

De 1953 à 1956, Pierre PERRET est à l'armée. Il visite régulièrement l’écrivain Paul LÉAUTAUD jusqu’à la mort de celui-ci en 1956. Pierre PERRET fait également la connaissance de Georges Brassens qui l’encourage à écrire et composer, et fréquente de plus en plus le milieu de la chanson parisienne. En 1956, il accompagne à la guitare la jeune chanteuse Françoise MARIN dans le cabaret La Colombe. Il y dévoilera ses premières chansons. Michel VALETTE le patron des lieux lui propose alors de l'engager pour chanter, mais Pierre PERRET refuse dans un premier temps, trop timide. Finalement, c'est avec succès qu'il y fera ses débuts de chansonnier.


L'année suivante, alors qu'il habite avec Françoise MARIN, il est remarqué un soir par Boris VIAN, Jacques CANETTI et surtout Emile HEBEY, qui deviendra son agent. Présenté par ce dernier à Eddie BARCLAY, Pierre PERRET signe son premier contrat et enregistre "Moi j'attends Adèle", son premier 45 tours.

En 1958,
Pierre PERRET continue la tournée des cabarets parisiens et sillonne les routes de France et d’Afrique en première partie du groupe américain THE PLATTERS. C’est dans les bureaux de sa maison de disques, qu’il fera la connaissance de Simone MAZALTARIM qui deviendra son épouse et qu’il rebaptisera, des années plus tard, Rébecca.

En 1963, Pierre PERRET connaît son premier succès avec la chanson "Le Tord Boyaux". Il quitte Barclay pour Vogue, et Lucien MORISSE devient son nouvel agent artistique.

En 1966, la chanson "Les jolies colonies de vacances" est un grand tube populaire.
Pierre PERRET se produit pour la première fois à l'Olympia en novembre, enchaînant avec le succès de "Tonton Cristobal" l'année suivante.

Dès 1969,
Pierre PERRET décide de s’autoproduire en fondant les éditions Adèle. Puis il fait ses premiers pas au cinéma dans "Les étoiles de midi", suivi des "Patates".

Son plus gros succès sera "Le zizi", en 1975 (quatre ans après celui de "La cage aux oiseaux"). Puis viendront "Lily" en 1977, devenu un classique des chansons anti-racistes, ou "Mon p'tit loup" deux années plus tard. Pierre PERRET écrira également sur la famine ("Riz pilé"), l’écologie ("Vert de colère"), la guerre ("La petite Kurde"), le tabac ("Mourir du tabac"), l’avortement ("Elle attend son petit"), la vie des travailleurs ("Ma nouvelle adresse") ou la remontée du fascisme ("La bête est revenue").


Auteur jouant sur les mots et la musicalité de la langue française, Pierre PERRET ne dénigre pas pour autant l’argot, qu'il emploie à dessein dans de nombreux textes (il a notamment réécrit les fables de La Fontaine). L'interprète dans un style apparemment naïf, voire enfantin, avec candeur et humanisme pose nombre de questions pertinentes qu'il déclame avec un sourire malicieux.

En 2007, Pierre PERRET dévoile "Le plaisir des Dieux", un disque de chansons paillardes. Il interprète, et parfois réécrit, certaines de ces chansons, comme l’avait fait Georges Brassens.

En 2010 sortira son opus "La femme grillagée" qui là encore fera parler de lui par ses textes engagés sur le port du voile. "Je l'ai commencé bien avant que ce soit un sujet d'actualité et de polémique. Ça me semblait déjà tellement aberrant qu'à notre époque, on puisse accepter que des femmes fassent l'objet d'un tel avilissement, que je ne pouvais qu'écrire une chanson sur le sujet. Le risque aussi est qu'elle puisse être récupérée de toutes parts, notamment par le Front National comme un pamphlet anti-islam, ce qui n'est pas le cas. La banalisation des pensées d'extrême droite, de l'usage de la croix gammée et de l'histoire d'Hitler, me fout vraiment la trouille. J'avais déjà écrit "La bête est revenue" sur ce sujet il y a quelques années. Marine Le Pen est beaucoup moins extrémiste et plus fédératrice que son père. Elle n'en a pas les outrances ce qui est assez rassurant pour son électorat, qui finit par trouver qu'elle est assez raisonnable, et qu'on fond tout le monde pense un peu ce qu'elle dit. C'est donc beaucoup plus dangereux !" déclare alors Pierre PERRET au magazine "Platine".

Pierre PERRET évoque également au sein de ce disque, les thèmes des femmes battues ("Femmes battues") "On ne fait jamais rien contre le mec qui cogne. On l'avertit et on le somme de se calmer, c'est tout ! Après il ressort les mains dans les poches. Tant qu'il n'aura pas tuer quelqu'un, il ne sera pas puni. C'est la réalité, je n'invente rien", du sexe ("Le cul"), des enfants défavorisés dans les pays en guerre souffrant de famine ("Les enfants de là-bas"), de l'inconstance en amour ("Un jour ça va"), du plaisir féminin ("Clémentine"), ou des internautes frustrés derrière leur écran ("La mère des cons"). "Je vois de telles raclures de bidet dans les commentaires anonymes d'internautes sur tel ou tel sujet... Dans l'absolu, c'est pour moi la pire expression de la bassesse humaine. Comme je l'ai écrit, ils échangent entre eux la diarrhée de leur cerveau : je le pense fermement. Si la race des cons n'est jamais éteinte, c'est que la mère des cons est toujours enceinte. Le paradoxe c'est que le con croit que c'est les autres qui le sont. Si les enfants de pays occidentaux se penchaient sur le film qui se déroule en face, ils mesureraient déjà la chance qu'ils ont d'être vivants et en bonne santé, avec des parents qui les aiment. Au lieu de ne rien foutre à l'école ou de passer des heures devant leur écrans, ils réfléchiraient peut être un peu plus" poursuit-il.

Chanteur populaire et auteur reconnu, Pierre PERRET s'illustrera toute sa carrière par un répertoire hétéroclite composé tour à tour de chansons enfantines, comiques, grivoises, légères ou engagées, qui naviguent entre humour et tendresse. En marge de la chanson, il a publié de nombreux ouvrages sur la langue française, mais aussi plusieurs sur la gastronomie, son autre grande passion. (Melody TV)



Rencontre avec Marina Abramovic, l'interprète grandiose de la Callas à l'Opéra de Paris


Plus qu’aucun autre artiste, Marina Abramović a voué sa vie à l’art de la performance. À partir des années 70, cette pionnière née dans l’ex-Yougoslavie communiste a repoussé les limites de son corps et de son esprit lors de ses actions dangereuses ou extrêmement intenses. Inspirée par une autre immense héroïne, la diva Maria Callas, elle présentait début septembre, à l’Opéra de Paris, son tout premier opéra, fusionnant sa propre expérience au vécu extraordinaire de la chanteuse et menant une réflexion sur l’intrication étroite de la vie et la mort.

Propos recueillis par Delphine Roche - 13 SEPTEMBRE 2021 - NUMÉRO

Numéro : Marina, vous êtes souvent décrite comme la “marraine” [“godmother”] de l’art de la performance, et... Marina Abramovi: ... Je vous en supplie, n’utilisez pas ce mot. Je ne l’ai mentionné qu’une fois et je ne cesse de le regretter depuis. Je suis juste une pionnière de l’art de la performance. Quand les gens utilisent un mot comportant le nom de Dieu, je déteste cela. 

Vous vous êtes donc fait connaître, très tôt, à travers vos performances, mais vous vous êtes tournée plusieurs fois vers le théâtre. Avant cet opéra que vous présentez aujourd’hui, vous aviez cocréé, avec Bob Wilson, The Life of Marina Abramovic, ou encore une version du Boléro de Ravel, avec Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet et Riccardo Tisci. Quelle est votre relation au théâtre en tant que médium ?
Au début de ma carrière, je détestais le théâtre. Je trouvais que c’était trop artificiel : les gens assis dans le noir, et toutes ces répétitions vouées à créer quelque chose qui n’est pas vraiment vous. À l’époque, j’étais en train de me positionner en tant qu’artiste de performance, et, pour cela, naturellement, je devais officiellement détester tout le reste. Mais quand les années ont passé et que j’ai enfin été reconnue, j’ai pu me tourner vers d’autres médiums, et parmi eux, le théâtre m’a vraiment plu. J’ai porté à la scène six autobiographies, pas seulement la version que j’ai créée avec Bob Wilson. Avant lui, cinq autres metteurs en scène ont adapté ma biographie. Mais la version de Bob Wilson était, bien sûr, plus proche d’un opéra moderne. C’est fabuleux de mettre en scène, pour la première fois, mon propre opéra, 7 Deaths of Maria Callas, et d’y participer en tant qu’actrice. 

Quelle est la connexion entre vous et la Callas ? 

Cela a à voir avec mon enfance. À l’âge de 14 ans, je me trouvais dans la cuisine de ma grand-mère quand j’ai entendu la voix de la Callas à la radio. Je ne savais pas du tout qui elle était, mais j’ai commencé à pleurer. J’ai eu une réaction émotionnelle immédiate à sa voix. Puis le présentateur de radio a expliqué qu’il s’agissait d’une aria tirée d’un opéra interprété par la Callas. J’ai ensuite voulu savoir qui était cette femme. À l’époque, elle était au sommet de sa carrière, elle avait cette histoire d’amour avec Aristote Onassis, sa vie était pleine de glamour [l’armateur grec quittera Maria Callas pour épouser Jackie Kennedy, veuve du président américain, la laissant brisée de douleur]. Je ne l’ai jamais vue sur scène, mais je suis restée fascinée par elle. J’ai commencé des recherches sur sa vie, qui a été absolument tragique. Je me suis intéressée aux personnes qui l’ont entourée, sa femme de chambre, sa mère, ses amoureux. Elle était un mélange unique de vulnérabilité et de force, et il y avait de nombreuses similitudes entre nos vies. Elle a eu une mère très difficile à vivre, et c’est aussi mon cas. Elle est morte d’amour [après le décès d’Aristote Onassis en 1975, Maria Callas s’est coupée du monde, et est morte en 1977], et je suis presque morte d’amour. J’ai perdu l’appétit, je me suis vraiment effondrée. C’est mon travail qui m’a sauvée, contrairement à Maria Callas. J’avais donc envie de lui rendre hommage. 

Montaigne a dit que “philosopher, c’est apprendre à mourir”. Quel est votre rapport à la mort ?
J’y pense chaque jour. Il y a un proverbe soufi qui dit que la vie est un rêve et que mourir, c’est se réveiller. Il est important de penser à la mort pour pouvoir profiter de la vie à chaque moment. 

Mais peut-on vraiment apprendre à mourir ? Est-ce que vos performances les plus extrêmes d’un point de vue physique vous ont enseigné à mourir ?
Dans mon Manifesto, si je me souviens bien, je disais ceci : “Je veux mourir en pleine conscience, sans peur et sans regret. Je veux pouvoir accepter pleinement ce moment quand je le sentirai arriver.” Et c’est quelque chose qu’on apprend à faire tout au long de sa vie. 

Dans les opéras, la mort est très présente sous ses formes les plus violentes, le meurtre et le suicide. Comment avez-vous traité ces thèmes dans votre œuvre ? 

J’ai choisi sept morts violentes : par strangulation, en sautant dans le vide, brûlée vive, mourir d’un infarctus, de folie, d’irradiation... ce sont celles que Maria Callas a connues sur scène, à travers les rôles qu’elle a interprétés. À la fin, sa huitième mort arrive. Puis le spectateur entend sa voix à travers un gramophone, la célèbre aria Casta Diva [dans la Norma de Bellini], et le public est donc confronté à son fantôme : cette voix qui ne mourra jamais. Selon ce qu’on laisse derrière soi, la mort peut être absolue ou non. 

Est-ce pour laisser un héritage que vous avez créé votre Marina AbramoviInstitute ?
C’est très important de laisser un héritage. Pour ma part, j’ai fait émerger l’art de la performance dans le mainstream, en continuant à le pratiquer sans cesse, depuis cinquante ans, alors que d’autres artistes de mon époque ont rapidement abandonné ce médium. J’ai ensuite introduit la “reperformance”, le fait qu’on puisse performer à nouveau des pièces historiques pour leur donner une nouvelle vie. Puis j’ai inventé la méthode Abramovic, qui enseigne aux jeunes performeurs comment se connecter à eux-mêmes. Elle comporte notamment un procédé qui s’appelle “cleaning the house” [nettoyer la maison] pour apprendre la concentration et la volonté. Car l’art de la performance nécessite des efforts physiques importants. Puis j’ai introduit les performances de longue durée, qui peuvent se dérouler pendant huit heures, tous les jours, trois mois d’affilée, de façon à faire du musée une force de vie. Et à travers mon institut, effectivement, je m’assure que l’art de la performance ne meure jamais. 

Vous êtes aujourd’hui une véritable figure de culte, certains de vos fans vous considèrent comme une guide spirituelle ou une chamane. Comment percevez-vous cette sorte d’idolâtrie ?
Je ne me qualifierai jamais de chamane ou de guide spirituelle. Joseph Beuys se considérait comme un chaman et je ne ferai pas de commentaires à ce sujet, mais je pense que c’est tout de même incroyablement arrogant de s’attribuer un tel statut. Je suis une artiste, et mon travail développe une grande puissance émotionnelle. Un ami new- yorkais critique d’art me disait : “Je déteste ton travail parce que tu me fais pleurer.” Car les critiques aiment comprendre les choses de façon rationnelle, à travers leur intellect, or c’est impossible pour mes performances. Elles peuvent toucher l'homme de la rue aussi bien que le président des États- Unis, car leur réception est d’abord émotionnelle. Ensuite viennent le concept et éventuellement le message. L’émotion naît du fait que dans mon travail je donne 150 % de moi, et pas seulement 100 %, ce que tout un chacun peut très bien faire. C’est là que se crée la magie. 

Vous avez grandi dans l’Est communiste, vous êtes aujourd’hui une artiste célèbre en Occident, vous vous rendez en Inde chaque année pour méditer et vous détoxifier, et vous avez vécu avec une tribu aborigène. Que retirez-vous de ces différentes cultures ? 

Je suis née en ex-Yougoslavie. La culture des Balkans, je ne pourrai jamais la perdre, elle fait partie de moi. Ensuite, j’ai voulu que le vaste monde devienne mon studio, car je ne comprends pas comment un artiste peut aller chaque jour dans son studio, c’est comme un banquier qui va au travail tous les matins. Je suis une nomade moderne, et toutes mes idées viennent de la vie elle-même. J’ai fait plusieurs fois le tour du monde, et je me suis inspirée de différentes cultures : de l’Asie, mais aussi, par exemple, des chamans brésiliens. Les gens appartenant à ces cultures ont une relation très forte à leur corps et à leur esprit, que les Occidentaux n’ont plus du tout. Nous nous reposons sur les technologies, plutôt que sur nos intuitions. 

Était-il crucial, dans votre opéra, d’interpréter Maria Callas vous-même ?
Je mélange l’histoire de Maria Callas avec la mienne, et c’était très important. Quand je suis sur scène, à la fin, je regarde des photos d’Aristote Onassis ou d’autres souvenirs de la Callas. Mais en réalité, c’est ma propre enfance que je contemple, et mon mariage qui s’est brisé. Maria Callas a eu une vie très difficile, mais je pense que c’est nécessaire, pour avoir quelque chose à dire. Il est très facile de baisser les bras, mais ma devise est : si vous me dites non, c’est là que tout commence. 

Votre ami de longue date, Riccardo Tisci, a conçu les costumes de votre opéra. Est-il votre alter ego ?
Quand j’ai rencontré Riccardo, j’ai tout de suite vu qu’il était un vrai artiste, un original, pas un suiveur. J’ai eu la chance de participer à un de ses défilés mémorables, à New York, et j’ai compris que la mode est un domaine beaucoup plus stressant que l’art. J’aime vraiment Riccardo, et j’admire la façon dont il a rebondi de Givenchy à Burberry. Sur mon opéra, je lui ai laissé une liberté créative absolue. Il a eu l’idée de créer sept costumes de domestique, car la dernière personne qui se trouvait avec Maria Callas était sa femme de chambre Bruna, à qui elle a légué sa fortune. Il y a aussi cette scène où
Willem Dafoe est en robe dorée, alors que je porte un costume masculin – Riccardo est familier de ces jeux sur le genre. Je suis aussi très heureuse d’avoir collaboré avec Nabil Elderkin, un excellent réalisateur de clips musicaux. Je voulais que les films incorporés dans mon opéra ressemblent à des clips. Ils sont aussi bien présents dans le fond qu’au premier plan, je voulais créer des tableaux continus avec ces images filmiques et les décors. Je dois aussi absolument mentionner Marko Nikodijevic, qui a composé la musique, créant les transitions entre les sept arias tragiques chantées à son époque par Maria Callas. Et aussi Petter Skavlan, qui a écrit le livret avec moi. Les opéras durent généralement quatre heures, et ils sont très ennuyeux. Le mien dure une heure trente-six. Je voulais toucher aussi les nouvelles générations, qui suivent beaucoup mon travail, ce qui me rend toujours très fière. 

7 Deaths of Maria Callas, opéra mis en scène par Marina Abramovi


Comment Aretha Franklin est-elle devenue un symbole féministe ?  

Alors que Respect, le biopic musical retraçant la vie d'Aretha Franklin, est sorti en salle le 8 septembre, Numéro revient sur ce qui a fait de la chanteuse soul iconique un symbole féministe. 

Par Anna Venet - 10 SEPTEMBRE 2021 - NUMERO

Avec plus de soixante quinze millions de vinyles vendus, Aretha Franklin est la détentrice du record de ventes mondiales sur ce support. Si elle est majoritairement connue du grand public pour ses refrains entêtants et sa voix incroyable, celle que l’on surnomme aujourd’hui la reine de la soul est bien plus que ça. Tout au long de sa vie, la chanteuse originaire de Détroit (Etats-Unis) s’est également engagée pour de nombreuses causes, à l’instar du mouvement pour les droits civiques des Afro-américains (aux côtés de Martin Luther King) mais aussi de la lutte pour l’émancipation des femmes et l'engagement contre la domination masculine. C'est d’ailleurs le fil rouge du biopic musical retraçant la vie d'Aretha Franklin, réalisé par la Sud- africaine Liesl Tommy (Mrs Fletcher), sorti en salle le 8 septembre dernier. Intitulé Respect, le long-métrage raconte le parcours de l’artiste, de son enfance passée dans la chorale de l’église de son père à sa célébrité internationale, en passant par les démons qui l’ont hanté tout au long de sa vie. Pour incarner cette femme si singulière, c’est l’actrice et chanteuse R’n’B Jennifer Hudson qui a été choisie, il y a des années déjà, par Aretha Franklin elle-même. Comme cette dernière, l’artiste de trente-neuf ans a aussi fait ses premiers pas dans la musique en chantant du gospel dans l’église de son quartier, avant de connaître le succès. Dans le biopic, l’actrice interprète à la perfection la chanteuse soul iconique, reprenant même ses classiques de sa propre voix. Des chansons qui ont fait vibrer toute une génération et même au-delà, mais qui ont aussi porté de nombreuses causes. 

Si Aretha Franklin est aujourd’hui considérée comme un modèle qui a représenté non seulement le combat pour les droits des Afro-américains mais aussi pour l'égalité hommes-femmes, son enfance y est pour quelque chose. Respect, le biopic de Liesl Tommy, aborde notamment les nombreux démons de la chanteuse, ainsi que les traumatismes qui la suivront toute sa vie. Alors qu'elle n'a que six ans, la petite fille fait face à un premier déchirement : le divorce de ses parents. Elle vit donc majoritairement avec son père, pasteur baptiste, et reçoit une éducation stricte orientée vers la religion et le gospel. Quatre ans plus tard, la petite Aretha est confronté à un second traumatisme, sûrement celui qui la hantera jusqu’à sa mort : le décès de sa mère, pianiste et chanteuse de gospel, qu’elle voyait comme un véritable modèle de réussite. Malgré le chagrin, la jeune Aretha doit quand même participer aux tournées de la chorale de son père à travers les Etats-Unis, jusqu’à en devenir la soliste, à seulement onze ans. L’année d’après, alors qu’elle est dans sa chambre lors d’une fête organisée à la maison, le pire arrive. Un homme présent à la soirée, proche de sa famille, entre dans sa chambre et la viole. De cette agression résulte une première grossesse pour Aretha, alors qu’elle a tout juste douze ans. Avant même d'être adolescente, elle a déjà vécu un traumatisme qui la perturbera toute sa vie... mais aussi ce qui fera d’elle la chanteuse culte que l'on connaît aujourd'hui. 

Après avoir enregistré son premier disque à quatorze ans, elle enchaîne les albums sans véritablement connaître le succès, sous la houlette de son père autoritaire. Au même moment, Aretha rencontre Ted White, son premier amour avec qui elle se mariera. C’est cette relation, qui s’avère très vite toxique, conjuguée par de multiples abus sexuels et violences domestiques, qui poussera la jeune femme à s’émanciper de l’emprise masculine. En 1967, Aretha Franklin change de label, arrête de suivre ce que lui ordonne son père, et réalise alors son premier grand tube : I Never Loved A Man (The Way That I Love You). Dans ce titre, elle parle de son couple et de son amour pour son mari, tout en dénonçant ses actes. Alors que le morceau se classe rapidement en numéro un du classement rythm'n'blues, c’est le début d’une longue série de succès pour la chanteuse, qui canalise désormais sa douleur dans ses chansons et les utilise comme passerelle pour faire passer des messages. Si Chain of Fools, I Say a Little Prayer, Do Right Man, Do Right Woman ou encore Think sont tous devenus des hymnes féministes, c’est véritablement le titre Respect qui en est l’emblème. Dans le biopic, une scène raconte la création du morceau dont le nom du film est tiré : en pleine nuit, Aretha réveille ses deux sœurs pour réarranger le classique d’Otis Redding en y ajoutant le célèbre riff “re-re-re” et en y infusant son style soul légendaire. La chanteuse appelle, dans le titre, à l’égalité entre hommes et femmes et Respect devient la référence pour celles qui désirent s’émanciper du patriarcat. Plus tard, Aretha Franklin sera même la première femme à faire son entrée au Rock 'n' Roll Hall of Fame (plus connu comme le panthéon américain du rock), et sera aussi la première femme noire à faire la une du Time

Respect (2021) de Liesl Tommy, actuellement en salle. 

 IVAN REBROFF

Hans Rolf Rippert dit Ivan Rebroff est un chanteur allemand né le 31 juillet 1931 à Berlin-Spandau et mort le 27 février 2008 à Francfort-sur-le-Main . D'origine russe selon ses dires , il a mené une carrière internationale basée sur un répertoire très varié : chansons traditionnelles russes, mais aussi chants religieux classiques ou orthodoxes, chants de Noël, variété française ou allemande, opéra, opérettes, chansons folkloriques de nombreux pays et de multiples airs connus. 

Il disposait d’un registre vocal remarquablement étendu (plus de quatre octaves), ce qui le fit entrer dans le Livre Guinness des records . Il chantait aussi bien en allemand qu'en russe, en français, en anglais, en afrikaans, en italien et en hébreu (il parlait d'ailleurs couramment les quatre premières de ces langues ainsi que le grec). 

Ivan Rebroff explique son passage à la « musique légère » par un « accident » : jouant le rôle de Jupiter dans Orphée aux Enfers à l’opéra de Munich, il se rompt malencontreusement le tendon d'Achille sur scène. Obligé d’interrompre les représentations, il se consacre à l’enregistrement de son premier disque, incluant les chansons russes Plaine, ma plaine et La Légende des douze brigands. Cette seconde chanson passe à la radio Europe 1 et le standard téléphonique est submergé d’appels d’auditeurs voulant connaître le nom du chanteur. Arrivé à Paris à la suite de cela, il se voit offrir en 1968 le rôle du laitier Tevje dans la comédie musicale Un violon sur le toit, où il interprétait entre autres Ah ! Si j’étais riche. Les représentations débutent en novembre 1969 au théâtre Marigny avec pour partenaire principale Maria Murano qui interprète Golde, sa femme. Il y en aura 653 à Paris, et, avec les tournées, 1476 au total selon son imprésario. Ce rôle apporte à Ivan Rebroff la célébrité, tant en France qu’en Allemagne, et est le point de départ de sa carrière internationale.

Ivan Rebroff est particulièrement célèbre auprès du grand public, pour son interprétation de chansons folkloriques russes. Sa reprise, en russe, de la chanson popularisée par Mary Hopkin Those Were the Days (à l’origine, une chanson russe), sous le titre Le Temps des fleurs, reprise également en français par Dalida, tient plusieurs semaines à la première place du hit-parade français en décembre 1968. 

Au cours de sa carrière, il obtient 49 disques d'or décernés dans des pays des cinq continents et notamment dans presque tous les pays européens ainsi qu'un disque de platine pour dix millions de disques vendus depuis 1975.

Rebroff disait de lui qu’il était « international » (sa patrie c’était la Terre) et qu’avec son répertoire il essayait de faire la connexion entre l’Est et l’Ouest. L'ancien chancelier d'Allemagne fédérale, Helmut Schmidt lui remet d'ailleurs en 1985 la croix de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne en remerciement de sa contribution au rapprochement des peuples. Début 1989, il est l'un des premiers artistes d’Europe de l'Ouest à se produire en public en ex-URSS sur invitation de Mikhaïl Gorbatchev. 

Du début de sa carrière jusqu'à l'an 2000, il a donné plus de 7 200 concerts en soliste devant plus de 5,8 millions de spectateurs, dont une période de deux ans, sept jours sur sept, sur les scènes françaises. 

En pleine forme à 70 ans passés, il entame début 2004 une tournée en Australie et Nouvelle-Zélande chantant dans douze concerts en quatorze jours. Il continue jusqu'à sa mort à se produire régulièrement à travers l'Europe, principalement dans des églises, et à être invité fréquemment dans des émissions télévisuelles allemandes. Ivan Rebroff affirmait en effet son profond attachement à la foi chrétienne. 

Il était domicilié dans l'île grecque de Skópelos dont il était « citoyen d'honneur » depuis 1991 et où il possédait une villa dans laquelle il allait se reposer entre les tournées. Mais il possédait aussi plusieurs résidences en Allemagne, dont l'une notamment près de Francfort, ainsi que des pieds-à-terre dans différents pays (en Provence, dans les régions de Saint-Pétersbourg ou de Lisbonne). L'artiste était connu pour son amour des animaux : sa maison d'édition Lisa portait le nom de la petite chienne qu'il avait recueillie sur une plage grecque. 

Ivan Rebroff avait prévu d'effectuer une tournée de décembre 2007 à juillet 2008 mais le chanteur est hospitalisé d'urgence à Vienne où il venait de donner un récital le 9 décembre 2007 à l'Église votive. Il meurt d'un arrêt cardiaque dans une clinique de Francfort (Allemagne) le 27 février 2008 à l'âge de 76 ans. 

Selon sa dernière volonté, il est incinéré et ses cendres sont dispersées en mer Égée, non loin de l'île de Skopelos. 

Quelques jours après sa mort, Horst Rippert, le pilote de la Luftwaffe ayant déclaré en mars 2008 avoir abattu l'avion d'Antoine de Saint-Exupéry, a affirmé dans la presse allemande qu'il était son seul frère, espérant hériter. (Wikipédia)

Alain Bashung

L'une des personnalités majeures du rock français, Alain Bashung (né Baschung) voit le jour à Paris, 1er décembre 1947 et décède d'un cancer du poumon le 14 mars 2009. Après des débuts longs et difficiles au milieu des années 1960 et une carrière de musicien de séances au cours de la décennie suivante, il enregistre son premier album Roman-Photos (1977), avec la collaboration du parolier Boris Bergman. Extrait de l'enregistrement suivant Roulette Russe (1979), le titre surréaliste « Gaby, oh ! Gaby » lui apporte son premier tube et ouvre une décennie fructueuse durant laquelle il s'impose comme l'une des voix les plus originales du rock français. Le succès de « Vertige de l'amour »(1980, extrait de Pizza) précède une collaboration suicidaire avec Serge Gainsbourg pour l'album Play Blessures (1982), écrit en commun. Après le style électronique de Figure Imposée (1983) et de « S.O.S. Amor » l'année suivante, il renoue avec Boris Bergman sur Passé le Rio Grande (1985) et son hit « L'Arrivée du Tour ». En 1989, l'album Novice voit l'apparition de Jean Fauque, qui devient son second parolier attitré sur Osez Josephine (avec le morceau-titre et « Madame Rêve », 1991), Chatterton (« Ma petite entreprise », 1994), puis Fantaisie Militaire (« La Nuit je mens », 1998) et L'Imprudence (2001), albums ambitieux aux arrangements sophistiqués. En 2002, Alain Bashung et son épouse Chloé Mons enregistrent Le Cantique des cantiques, suivi de La Ballade de Calimity Jane (2006), avec Rodolphe Burger. Sorti en 2008, l'album Bleu Pétrole réunit d'autres auteurs comme Gérard Manset, Raphaël, Gaétan Roussel, Arman Méliès et Joseph D'Anvers. Affaibli par la maladie, l'artiste entame une ultime tournée avant la cérémonie des Victoires de la musique de 2009 où il reçoit trois récompenses, portant son total au record de onze trophées. Il décède peu après, à l'âge de 61 ans. L'album en public Dimanches à l'Élysée paraît de façon posthume en 2009, suivi deux ans plus tard par son interprétation de l'album L'Homme à Tête de Chou de Serge Gainsbourg, destinée à un spectacle. En 2018 apparaît un nouvel enregistrement, En Amont, rassemblant des chansons enregistrées entre 2002 et 2008.


Claude Alain Baschung (avec un « c ») est né le 1er décembre 1947 à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris, dans le XIVème arrondissement. Un père absent et une mère bretonne ouvrière chez Renault qui ne parvient guère à finir les mois, et l'enfant Baschung est envoyé dans la ferme de sa grand-mère adoptive à Wingersheim, en Alsace, où il chante dans la chorale de l'église, apprend l'harmonica, et fait la découverte du rock 'n' roll à la radio : Elvis Presley, Little Richard, et Gene Vincent qu'il ira voir sur scène, tout comme Édith Piaf. Adolescent, il retrouve la capitale, hébergé chez une tante pendant des études commerciales (BTS de comptabilité).


Baschung tâte aussi de la guitare, et se joint bientôt à son premier groupe, les Dunces (les « cancres »), tendance country-folk, en 1965. Quand l'été arrive, la formation part vers les plages de Royan pour y jouer dans les bars et assister aux concerts des vedettes de passage dans les bases américaines. Un autre choc survient, celui du plaisir des mots joués par Boby Lapointe. C'est décidé, Baschung veut faire de la musique son métier.


Installé à Paris dans le quartier de Pigalle, le guitariste fait des rencontres : le folk-rocker Noël Deschamps avec qui il compose « Lola Hey », Claude Channes (le futur Challe des compilations Buddah Bar) pour qui il crée « Il est grand temps de faire... Boom ! » et Pussycat (« Moi je préfère ma poupée »). Repéré par un directeur artistique du label Philips, Baschung saisit l'opportunité d'enregistrer sous son nom un premier disque 45-tours E.P. dominé par la chanson « Pourquoi rêvez-vous des États-Unis ? » (7 octobre 1966) dans une veine anti-impérialiste : début cocasse quand on sait l'attirance du chanteur pour le Nouveau continent.


En juin 1967, il fait l'ouverture du premier festival pop français au Palais des Sports, avec à l'affiche les Troggs, Pretty Things, V.I.P.'s, et le power trio Cream. Jusqu'en 1973, Bashung (qui perd son « c » en 1968) se fait la main sur une flotille de 45-tours qui n'ont d'autre intérêt que la plume qui les signe, soit Pierre Delanoë, Boris Bergman (« La Paille aux cheveux », 1970) ou l'arrangeur Jean-Claude Vannier. Hippie, il adapte Cat Stevens (« Du feu dans les veines », 1971) ou crooner, interprète le tube à la mode « What's New Pussycat ? » (Tom Jones), ou s'essaie à l'italien (« Ho gli occhi chiusi »). Rien de bien passionnant, la coupe est pleine. Fini la variété, place à La Révolution Française ! Une double dose d'opéra rock dans lequel il joue Robespierre au Palais des Sports et chante trois chansons.


Plus rock 'n' roll, Bashung s'acoquine avec un Dick Rivers sur le retour, à la recherche d'un compositeur sachant produire ses albums : Rock 'N' Roll Machine, Rockin' Along et Rock And Roll Star (1972-74). Plus confidentiel, il enregistre sous pseudonyme David Bergen (« Je ne croirais plus jamais à l'amour », 1975) et avec le groupe Monkey Business (« Delta Queen » et « Tears Make Memories », 1976-77).


Contrairement à une idée répandue de traversée du désert, Alain Bashung s'active depuis bientôt dix ans sans connaître le moindre succès. Il est temps de changer d'air, et de contacter celui qui un jour lui écrivit un titre parmi d'autres, le Slave Boris Bergman. Auteur à succès pour les chanteuses yé-yé (Eva), confirmées (Dalida, Juliette Gréco) et le groupe psychédélique Aphrodite's Child (le hit « Rain and Tears », c'est lui), Bergman vient de réaliser le superbe album de Christophe, Le Samouraï (1976). Il se joint pour six chansons du premier album tant attendu par Alain Bashung, Romans Photos (1977), qui fait un flop malgré « C'est la faute à Dylan ».


Mais le chanteur déjà commence à se démarquer du pré carré rock et de la chanson. Sur scène, il lui arrive d'improviser un nouveau titre « Bijou bijou » pendant vingt minutes avant le passage de Little Bob Story. Il lui faut attendre deux ans pour sortir l'album suivant, le sombre Roulette Russe (1979, avec « Toujours sur la ligne blanche »). Le vrai déclic survient peu après avec un 45-tours inédit au texte surréaliste, « Gaby, oh ! Gaby » (n°1), qui se vend à près de deux millions d'exemplaires et obtient le prix Charles Trenet et celui de la SACEM. Le tandem Bashung-Bergman est alors tenu en exemple d'un possible renouvellement du texte dans la chanson rock, après Gainsbourg et Higelin.


Deux ans plus tard, c'est au tour de Pizza de livrer un nouveau tube, « Vertige de l'amour », qui se voit couronné des même récompenses. Au printemps 81, Bashung tourne sur scène (un Olympia le 3 juin) et sur plateau sous la direction de l'auteur et cinéaste espagnol Fernando Arrabal qui lui confie un rôle de Jésus-Christ punk dans Le Cimetière des voitures.


En 1982, à sa demande, Bashung rencontre Serge Gainsbourg, le maître aîné capable de l'accompagner dans ses derniers retranchements. Le résultat débouche sur Play Blessures, un album désespéré et jusqu'au-boutiste qui est encensé par la critique rock (qui lui a décerné l'an passé le Bus d'Acier), mais ne connaît aucun succès (en single, « C'est comment qu'on freine ? »). Figure Imposée, qui sort l'année suivante, a tout autant de mal à imposer la loufoquerie de « What's In A Bird ? » et sa composante électronique. Le succès revient avec le 45-tours isolé « S.O.S. Amor » en 1984.


La même année, Bashung est à l'affiche de Nestor Burma, détective, aux côtés de Michel Serrault et Jane Birkin, et tourne dans Le Quatrième pouvoir de Serge Leroy, dont il compose la musique. L'activité musicale reprend son chemin avec le titre « Touche pas à mon pote » (1985), chanté au bénéfice de l'association S.O.S. Racisme qui l'invite également dans le grand « concert des potes » du 15 juin, place de la Concorde à Paris. Son premier album live Live Tour '85 (en version simple puis double) évoque une tournée chaotique. Alain Bashung retrouve Boris Bergman en 1986 pour un album-clé, Passé le Rio Grande, inspiré par le mythe du rock 'n' roll (« Helvète Underground », « Douane Eddy »). Ce disque qui l'établit comme une personnalité majeure du rock français signale également son retour au sommet des ventes avec « L'Arrivée du tour », et lui vaut la Victoire de la musique du « Meilleur album de l'année ». Sa musique s'exporte au Canada ou en Egypte où Bashung se produit au détour d'une tournée en outremer. Il apparaît au cinéma dans le film Le Beauf, dont il crée la musique.


Les deux années suivantes sont consacrées à l'écriture du nouvel album Novice (1989) avec ses complices Boris Bergman et Jean Fauque, un ami qui obtient ses galons d'auteur. Malgré les singles « Pyromanes » et « Bombez ! », le disque se révèle trop novateur pour atteindre un succès massif, mais est approuvé par un public suffisamment nombreux et fidèle. En 1990, Bashung jouent dans les téléfilms Les Lendemains qui tuent (avec sa musique) et Jusqu'à ce que le jour se lève, ainsi que dans le long-métrage Rien que des mensonges, puis participe au concert organisé par SOS Racisme à Vincennes.

Le huitième album, Osez Joséphine (octobre 1991), est celui de tous les succès. Toujours truffé de textes à tiroirs signés Jean Fauque, il recèle une production ample qui s'adapte comme un gant au chant sinueux de l'interprète de « Volutes », « Madame rêve » et « Osez Josephine ». Bashung hérite de deux Victoires de la musique sur cinq nominations. A la fin de l'année 1992 sort un coffret rétrospectif de 9 CD, tandis que l'acteur est sollicité tour à tour dans L'Ombre du doute et Ma soeur chinoise.


En 1994, l'association avec Jean Fauque se poursuit avec l'album Chatterton, un album en demi-teinte aux invités prestigieux, les guitaristes Link Wray, Sonny Landreth, Marc Ribot et le trompettiste Stéphane Belmondo, qui contient le classique « Ma petite entreprise » et l'élégant « J'passe pour une caravane ». Une série de concerts parisiens à l'Olympia, au Zénith et au Bataclan, documentée dans le CD Confessions Publiques (1995), lui apporte les faveurs d'un public varié entre rock et chanson.


Bashung se fait plus rare, peaufinant les structures et les harmonies, soignant la sonorité de ses disques et étudiant avec minutie les textes de son auteur Jean Fauque, afin d'obtenir à chaque fois une œuvre puissante et cohérente. C'est le cas de l'envoûtante Fantaisie Militaire (janvier 1998), qui représente un grand pas en avant pour la chanson. Au-delà de la réception critique (acclamation) et publique (modérée) de son temps, l'album de « La nuit je mens » et « Sommes nous » garde son mystère et se détache de la production ambiante. Composé avec Rodolphe Burger (Kat Onoma), Jean-Marc Lederman (Front 242) et Les Valentins, il est couronné par la profession avec trois Victoires de la musique (catégories album, artiste et clip de Jacques Audiard). La même institution lui décernera par la suite le trophée du « Meilleur album des vingt dernières années ».


Le 2 juin 1999, Bashung et Burger sont sur scène dans le spectacle Samuel Hall, et participe l'année suivante à l'album Organique de Zend Avesta (Arnaud Rebotini). En 2000 sort également la compilation Climax avec un deuxième CD de titres rares ou inédits. Le 30 juin 2001, Bashung épouse l'artiste Chloé Mons, avec qui il composera Le Cantique des Cantiques (2002).


Pour L'Imprudence, paru en octobre 2002, Bashung s'entoure des fidèles Jean Fauque et Marc Ribot, auxquels s'ajoutent le chanteur Miossec, le guitariste brésilien Arto Lindsay, le duo électronique suisse Mobile In Motion et de nouveaux musiciens. L'album particulièrement complexe et austère remplace la dérision et l'humour des débuts par une atmosphère sombre et des textes plus personnels. A l'automne 2003, Bashung reprend la route pour la première fois depuis huit ans. La Tournée des Grands Espaces traverse tous les pays francophones, de la Belgique au Printemps de Bourges et de la Suisse au Canada, donnant lieu au double CD et DVD live du même nom.


À Paris, la Cité de la Musique l'invite pour une « Carte blanche » d'une semaine, du 23 au 30 juin, à établir sa propre programmation musicale constituée des chanteurs Christophe, Dominique A, Rodolphe Burger, Bonnie Prince Billy et des guitaristes Link Wray, Arto Lindsay et Sonny Landreth. Bashung est à nouveau à l'honneur les 13 et 14 avril 2007 pour l'ouverture de la nouvelle salle Pleyel, ouverte à la chanson.


Au mois de mars 2008, Alain Bashung sort Bleu Pétrole, un album qui rassemble de nouveaux collaborateurs, notamment Gérard Manset, co-signataire de trois titres dont « Vénus » et « Comme un Lego », et duquel est repris le classique « Il voyage en solitaire ». Autre personnalité importante du disque, le compositeur et producteur de Louise Attaque Gaétan Roussel, influe sur l'atmosphère country-rock de certains titres (« Résidents de la République »), et sur d'autres officient les jeunes compositeurs Arman Méliès et Joseph d'Anvers, ainsi que le producteur Mark Plati. Une tournée est lancée le même mois, dévoilant le nouveau visage d'un Bashung au crane rasé, atteint d'insuffisance respiratoire.


Malgré l'annulation de certaines dates pour raison de santé, la tournée est un grand succès. En février 2009, il est à nouveau honoré par trois Victoires de la musique dans les catégories meilleur interprète masculin, album de chanson et concert ou tournée. Son total personnel de onze trophées constitue un record pour celui que l'on nomme comme « le dernier des géants ». Le cancer du poumon qui le rongeait depuis plusieurs mois le terrasse le 14 mars 2009, à l'âge de 61 ans. Avec lui disparaît l'un des artistes majeurs du rock et de la chanson francophone.


En novembre 2009 sort l'album en public posthume Dimanches à L'Élysée. Au même moment, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta met en scène à la MC2 de Grenoble le spectacle tiré de l'album L'Homme à Tête de Chou de Serge Gainsbourg, que devait interpréter Alain Bashung au milieu des danseurs. Dernier enregistrement du chanteur, l'album voit finalement le jour en novembre 2011. Un nouvel enregistrement, En Amont, paraît en novembre 2018 et rassemble onze chansons enregistrées entre 2002 et 2008, produites par Édith Fambuena et Chloé Mons.


Devenu un artiste majeur de la chanson et du rock français, Alain Bashung n'a cessé de se renouveler et de repousser les limites du genre en dix années de galère et trente de succès. A l'instar d'un Gainsbourg, il a démontré la compatibilité de textes audacieux et intelligents avec la réussite commerciale, sans jamais renoncer à sa grande qualité, nommée exigence. (Universal Music)


https://www.universalmusic.fr/artistes/20000037042


https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Bashung


https://plus.lefigaro.fr/tag/alain-bashung


https://www.telerama.fr/musique/plus-rien-ne-s-oppose-a-la-nuit,40931.php



Initials S.G.


Il y a trente ans disparaissait Serge Gainsbourg. Inépuisable, sa musique demeure d’une ahurissante modernité


Un langage moderne mélangé à une finesse à l’ancienne. C’est ainsi, mardi dernier sur France Inter, que Charlotte Gainsbourg évoquait la musique de son père. Ce 2 mars, cela faisait trente ans que Serge avait été retrouvé mort, un mois avant son 63e anniversaire, au 5 bis, rue de Verneuil. Dans cet hôtel particulier devenu un mausolée pour sa famille et qui s’apprête à devenir un musée.


En ces temps de cancel culture, d’effacement de ce qui dérange, car c’est plus simple que de contextualiser, mais quel leurre, beaucoup se demandent comment serait aujourd’hui accueilli Gainsbourg, ce poète érotomane doublé d’un provocateur alcoolique. Franchement, est-ce important? Gainsbourg est mort il y a trois décennies, reste son œuvre, immense, inépuisable, sublime. Il faut écouter encore et encore ses 17 albums studio, s’immerger totalement dans ces chefs-d’œuvre absolus que sont Histoire de Melody Nelson et L’Homme à tête de chou, pour mesurer son génie mélodique. Personne n’a et n’aura jamais ce talent d’embrasser la musique dans sa totalité, de partir de la chanson et de sa formation classique pour frayer avec la pop, le rock, le jazz, le blues, le funk, le disco et le reggae… (Stéphane Gobbo, Le Temps, 5 mars 2021)


Lucien Ginsburg, dit Serge Gainsbourg, né le 2 avril 1928 à Paris et mort le 2 mars 1991 dans la même ville, est un auteur-compositeur-interprète français, également artiste peintre et scénariste, puis metteur en scène, écrivain, acteur et enfin cinéaste.

Apparu tardivement sur scène, au temps de la « chanson rive gauche » de la fin des années 1950, Serge Gainsbourg (1928-1991) a rattrapé le temps et devancé son époque à coups de refrains éternels, éclairs de poésie et provocations diverses qui ont fait de ce fils d'immigrés russes l'une des figures tutélaires de la vie artistique française. Le verbe cynique, l'élégance dandy, la poésie majeure et les coups de cafard de « Gainsbarre », noyé dans l'alcool et la cigarette, ont façonné la légende d'un auteur, compositeur et interprète dont l’œuvre et l'influence n'ont cessé de grandir après sa mort. Chanson, jazz, rythmes latins ou africains, rock yéyé ou psychédélique, reggae, funk, rap et musiques de films sont passés sous le filtre de sa plume moderne, qui a laissé de multiples classiques dont « Le Poinçonneur des Lilas » (1958), « La Javanaise » (1962), « Comic Strip » (1967), « Requiem pour un con » (1968), « Je t'aime moi non plus » (1969) et « Aux armes et caetera » (1979). Auteur d'albums ambitieux tels Histoire de Melody Nelson (1971) et L'Homme à Tête de Chou (1976), cet orfèvre de la mélodie a usé de son surplus de créativité - et de son pouvoir de séduction - pour des interprètes majoritairement féminines : Michèle Arnaud, Juliette Gréco, France GallPoupée de cire, poupée de son » et « Les Sucettes »), Brigitte BardotHarley Davidson »), Anna Karina, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, mais aussi Claude François, Serge Reggiani l'ont chanté, sans oublier les albums pour ses compagnes Jane Birkin et Bambou, ainsi que pour sa fille Charlotte Gainsbourg. En trois décennies d'activité, l'homme en jeans et Repetto à la barbe de trois jours a élevé la chanson en art et nourri sa postérité de mots et de musiques intemporels. 

Issu d'une famille d'émigrés juifs Russes installés à Paris en 1921, Lucien Ginsburg est élevé dans la religion des arts, en particulier la musique classique que son père, pianiste de music-hall, joue pendant des heures à la maison. Après la guerre, passée sous le signe de l'exil de la peur de ceux marqués par l'étoile jaune (la « yellow star » comme il l'appellera), il veut devenir peintre mais, par nécessité alimentaire et impulsion paternelle, se retrouve dans les cabarets comme guitariste-pianiste. 

En 1954, c'est le début des saisons d'été Chez Flavio au Touquet et des nuits au Milord l'Arsouille à Paris. Lucien Ginsburg dépose ses premiers titres à la SACEM à partir de 1957, ils le seront sous le nom de Serge Gainsbourg et commenceront à être interprétés par sa patronne Michèle Arnaud. 1958, le patron du Milord, Françis Claude, lui fait ses premiers pas sur scène. Repéré par le label Philips, il entre en studio et commence sa fructueuse association avec Alain Goraguer, déjà arrangeur de Boris Vian. C'est le premier succès avec « Le Poinçonneur des Lilas ». Il entre vraiment dans la profession, part en tournée avec Jacques Brel et, supporté par Boris Vian, rencontre Juliette Gréco. Débute une collaboration qui durera tout au long de cette période « rive gauche » dont le point d'orgue sera « La Javanaise » à l'automne 1962. 

Albums, tournées, se succèdent. Sur scène, son hyper-sensibilité morgue et son physique particulier provoquent souvent des réactions de rejet. En coulisse toutefois, il est déjà un explorateur assidu du continent féminin et en tirera ses meilleurs textes. Mais son style, littéraire, sombre et très appliqué, commence à dater, l'heure n'est plus aux cabarets. Gainsbourg donne dans l'avant-garde et le jazz sur l'album Confidentiel (1963), puis dans les rythmes exotiques sur Gainsbourg Percussions (1964). Le changement est là...mais le succès non. Celui-ci, quasiment prémédité, va venir de sa collaboration avec la chanteuse France Gall et « Poupée de cire, poupée de son » qui remporte le Concours de l'Eurovision en 1965. La projection que Gainsbourg fait de ses textes à double-sens sur l'image enfantine de France Gall crée le décalage, le sommet étant atteint avec « Les Sucettes » en 1966. 

Argent, nouveaux interprètes, nouvelle période, certainement la plus mature, intense et créative. C'est la pop et les comics, les Beatles dominent la planète et à la télé Serge multiplie ses apparitions, notamment dans le Sacha Show de Distel. Avec Michel Colombier, son nouvel arrangeur, Serge Gainsbourg va parfaitement être dans la pulsation de l'époque et chercher le son de la pop anglaise au cœur du Swinging London. On notera entre autres « Comic Strip » (1967) mixé par Georgio Gomelski, la B.O. du film Le Pacha, véritable beat samplé avant l'heure (1968), « Elisa » (1969). En 1968, un événement va bouleverser et transcender sa production : sa brève mais intense histoire d'amour avec Brigitte Bardot, star mondiale à l'époque. C'est la sortie de « Bonnie and Clyde », l'enregistrement de « Je t'aime moi non plus » juste avant leur rupture. (titre dont B.B. bloque la sortie par peur pour sa carrière) et enfin l'hommage baudelaurien et baroque de « Initials B.B. ». 

Suit sur le tournage de Slogan, l'autre rencontre : l'Anglaise Jane Birkin, très jeune mère déjà séparée de son premier mari John Barry, et dont Gainsbourg devient le Pygmalion. La sortie ré-enregistrée avec elle de « Je t'aime moi non plus » va faire à la fois un scandale et un tube mondial. En 1971 sort l'album avant-gardiste Histoire de Melody Nelson, fruit de sa collaboration avec Jean-Claude Vannier. Chef-d’œuvre baroque, symbolique, concentrant la pop la plus aboutie et les orchestrations classiques. Jusqu'à L'Homme à Tête de Chou en 1976, et à l'exception de Vu de l'Extérieur (1973), Gainsbourg explorera cette veine du concept-album, notamment avec règlement de compte provocateur avec ses années de guerre sur Rock Around the Bunker, album encore injustement évité aujourd'hui. Il enchaîne ensuite une série très alimentaire de tubes de l'été, de « L'ami caouette » (1975) à « Sea Sex and Sun » (1978). 

À nouveau en décalage avec l'air du temps (entre temps les punks ont débarqués), il réapparaît sur scène lors d'une collaboration avec le groupe Bijou, puis trouve une nouvelle veine qui va le faire à nouveau, et même plus que jamais auparavant, entrer en résonance avec son époque : le reggae. Il enregistre avec Robbie Shakespeare et Sly Dunbar à Kingston les albums Aux Armes et caetera (1979) puis Mauvaises Nouvelles des Étoiles (1981). Le succès est énorme, doublé de polémiques liées à sa reprise de l’hymne national « La Marseillaise », devenu « Aux armes et caetera ». 

Mais en 1980, Gainsbourg-Birkin c'est fini, et ces albums introduisent un nouveau personnage : Gainsbarre (« Ecce homo »), personnage auto-destructeur et vulgaire. Gainsbourg a trouvé son ultime carapace, sa sensibilité à fleur de peau sera dorénavant cachée sous les provocations médiatiques. Pour ses deux derniers albums, Love on the Beat (1984) et You're Under Arrest (1987), « Gainsbarre » saura encore bien utiliser les pointures funk, rock et rap du moment, mais la redite n'est pas loin. On se souviendra davantage de l'extraordinaire engouement de la jeunesse pour ses concerts, qui, du coup, pouvaient retrouver des sommets d'émotion, tant cet accueil le touchait. 

Serge Gainsbourg meurt le 2 mars 1991 d'un arrêt cardiaque à l'âge de 62 ans, « tué par Gainsbarre pour se venger de l'avoir créé » (Charles Trenet). Les collaborations réussies de son vivant sont innombrables. Les années 1990 verront son influence grandir encore, notamment dans le monde anglo-saxon. Son génie pour l'évocation d'émotions fugaces, sous-tendues par une maîtrise étonnante dans l'utilisation du meilleur des musiques populaires, font de lui un des phares de la chanson française du XXème siècle. 

Jean Lou Lapinte

Début 2010, le film Gainsbourg (Vie héroïque) réalisé par le dessinateur Joann Sfar met l'artiste à l'honneur sur grand écran. L'acteur principal qui a la lourde tâche d'incarner le héros, Eric Elmosnino, est entouré de Laetitia Casta (Brigitte Bardot), Lucy Gordon (Jane Birkin), Anna Mouglalis (Juliette Gréco) et Philippe Katerine (Boris Vian). Le film remporte trois trophées, dont celui du meilleur acteur, lors de la cérémonie des Césars le 25 février 2011. Au même moment, le vingtième anniversaire de la disparition de l'homme à tête de chou (et à la barbe de trois jours) est célébré en grandes pompes avec la découverte de la version originale de « Comme un boomerang » (1975) et la parution d'une troisième Intégrale en 20 CD et 284 titres dont 14 inédits. (Universal Music)














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