GALERIES

Ceysson & Bénétière : l'ascension fulgurante d'une galerie d'art à contre-courant


NUMÉRO - 15 OCTOBRE 2021 - Par Matthieu Jacquet


Fondée en 2006 à Saint-Étienne, la galerie Ceysson & Bénétière s'est taillé, en à peine quinze ans, une place de choix dans l'art contemporain. Après s'être implantée à Luxembourg, Paris, Genève et New York, la galerie connue notamment pour défendre les artistes du mouvement Supports/Surfaces, inaugurait le 18 septembre dernier l'un de ses plus grands espaces... à Saint-Étienne. Un choix surprenant pour la plus françaises des galeries internationales, qui profite de cette surface de 1000 m2 pour présenter les sculptures monumentales de Bernar Venet. Retour sur les raisons de cette croissance exceptionnelle. 

La cartographie française de l’art est en pleine mutation. 

Après Marseille ou Montpellier, c’est bien la Loire qui pourrait bénéficier, à son tour, de la décentralisation : Saint- Étienne, ancienne ville minière peuplée d’à peine 200 000 habitants, serait-elle la prochaine place forte de l’art contemporain ? C’est en tout cas ce projet que la galerie Ceysson & Bénétière porte avec fierté. Quinze ans après avoir ouvert leur premier espace dans le bourg stéphanois, ses fondateurs viennent de faire construire un vaste bâtiment dont les 1000 m2 de surface d’exposition n’ont rien à envier aux 80 m2 qui avaient marqué leurs débuts. 

Située entre le Zénith et La Comédie de Saint-Étienne, dans le quartier industriel de la ville, la façade noire de ce bloc en tôle d’acier abrite quatre immenses et lumineuses salles, hautes de six mètres sous plafond, où l’artiste Bernar Venet invite actuellement ses œuvres monumentales, de ses fameuses Lignes indéterminées en acier corten couleur rouille à ses reliefs métalliques sur mur en passant par ses dessins au fusain et graphite sur papier. On aura rarement vu, en dehors de la capitale, une telle superficie en France pour une galerie d’art contemporain, rivalisant désormais avec les espaces des galeries Thaddaeus Ropac et de Gagosian, toutes implantées dans le grand Paris. Si Ceysson & Bénétière n’a pas l’ancienneté de ses homologues nées dans les années 80, elle connaît pourtant un succès florissant. Mais comment expliquer cette croissance si rapide ? 

Une histoire de famille 

Tout a commencé avec le coup de poker d’un triumvirat, qui s’apparente au début d’un jeu des sept familles. Dans la famille Ceysson, demandons d’abord le père, Bernard, historien de l’art et jadis directeur du musée national d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (aujourd’hui abrégé en MAMC+) dès son inauguration en 1987. Demandons ensuite le fils, François, étudiant en histoire de l’art et passionné de numérique qui commence au début des années 2000 à assister son père sur les expositions dont il est commissaire. Ami de François Ceysson depuis le collège, Loïc Bénétière, rejoint un jour le duo père-fils en tant que stagiaire. Les deux anciens camarades de classe ont alors une idée : monter une galerie d’art défendant les artistes fondateurs du mouvement Supports/Surfaces, dont Bernard Ceysson est un proche et fervent défenseur. Ce groupe phare de l’art contemporain français, composé entre autres des plasticiens Noël Dolla, Patrick Saytour et Daniel Dezeuze, ambitionne, dès la fin des années 60, de redorer le blason de la peinture en repensant ses outils et supports. Souvent boudé les décennies suivantes par les institutions, le mouvement commence à l’orée du vingt-et-unième siècle à retrouver la notoriété qu’il mérite, notamment avec l’ouverture d’une salle dédiée dans les collections permanentes du Centre Pompidou. Toutes les planètes semblent s’aligner : en avril 2006, alors encore relativement limités dans leurs moyens, les trois fondateurs de Ceysson & Bénétière inaugurent leur première galerie dans leur ville d’origine, Saint-Étienne, profitant ainsi du réseau de collectionneurs de Bernard Ceysson, déjà très implanté dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Sur les murs de l’exposition inaugurale, on découvre une quinzaine de peintures de Claude Viallat sur lesquelles est déclinée inlassablement à la peinture une même forme longue et sinueuse, entre l’éponge et l’osselet. L’artiste nîmois cofondateur de Supports/Surfaces signe le début d’une tradition pour la galerie : à l’ouverture de chaque nouvel espace, il fera l’affiche de la première exposition. 

Une stratégie d'implantation originale 

La sauce prend très rapidement. Fort de son réseau de collectionneurs et d’un intérêt croissant pour le mouvement, la galerie trouve son public et sa clientèle en France, mais aussi massivement du côté du Luxembourg, dont François Ceysson reçoit aujourd’hui “la moitié de [ses] coups de téléphone”. “Durant les premières années de la galerie, nous passions notre temps tous les trois à l’avant d’un 20 m3 rempli d’œuvres, se remémore le galeriste avec émoi, en route pour le Luxembourg avec des œuvres venant de notre région”. En 2008, le trio ouvre alors un deuxième espace dans ce pays, repaire de grands collectionneurs. Suivront Paris, Genève, New York, et enfin Lyon, en juin 2021. Ces implantations seraient-elles motivées par un ciblage spécifique ? Loïc Bénétière et François Ceysson nuancent : “Souvent, les galeristes se comportent comme si l’art était un domaine où il s'agit de répondre à une demande. Notre logique est différente. Pour nous, il s’agit d’abord de créer une offre, de décider quel artiste on pourra montrer, en fonction de notre surface, et d’ouvrir des espaces selon les opportunités.” Ainsi, leur antenne parisienne à deux pas du Centre Pompidou appartenait au peintre Louis Cane, l’un de leurs artistes historiques, tandis que leur adresse ouverte cet été au cœur de la Presqu’île lyonnaise a pour propriétaire Didier Courbon, fidèle collectionneur de la galerie. Pour l’occasion, le chef d’entreprise a invité l’architecte William Wilmotte, fils de Jean-Michel Wilmotte, à transformer son rez-de-chaussée et sous-sol en espace d’exposition chaleureux tout en moulures et boiseries, contre la froide et persistante image du white cube. “On s’est rendu compte que ce système d’antennes, que nous n’avons pas inventé du tout, offrait à nos artistes une grosse visibilité nationale et internationale et créait des échanges avec des collectionneurs au niveau de leur région”, ajoute Loïc Bénétière. Chacun des six espaces possède donc sa programmation et son identité propres, et aucune exposition ne sera présentée deux fois dans deux endroits différents. 

Une organisation familiale 

Avec une telle amplitude géographique, impossible aujourd’hui pour la galerie de fonctionner sans une organisation au cordeau. Son équipe reste pourtant relativement familiale, trois à quatre salariés dont un directeur pour chaque espace comme Loïc Garrier à Paris et Maëlle Ebelle au Luxembourg, pendant que François Ceysson et Loïc Bénétière supervisent l’ensemble. Si Bernard Ceysson, aujourd’hui âgé de 82 ans, a laissé depuis ses associés continuer en duo, les deux concernés savent jouer sur leurs atouts, qu’ils schématisent eux-mêmes : là où Loïc est très doué pour le front office – les relations publiques et les échanges avec les collectionneurs –, François s’illustre particulièrement dans le back office, la logistique numérique, l'inventaire et la communication, bien que leurs responsabilités restent interchangeables. Très tôt habituée à travailler à distance sur des serveurs centralisés, grâce à un système informatique performant et une régie efficace, la galerie ne s’est pas trouvée trop fragilisée par le confinement, qui lui a justement permis de se concentrer sur sa programmation et la construction ex nihilo de son nouvel espace à Saint-Étienne, sur le modèle de son antenne luxembourgeoise. Immense, celui-ci comporte une librairie- boutique, les bureaux de sa maison d'édition et même... un restaurant, avantage rare pour une galerie qui complète sa vision artistique par une cuisine régionale et crée ainsi un véritable lieu de vie. L’occasion de réaffirmer une position à contre-courant : là où de nombreuses galeries françaises ont quitté leur région pour Paris, Ceysson & Bénétière mise gros sur sa ville d’origine. “Ce n’est pas un chauvinisme exacerbé” mais le fruit d’une véritable volonté de démocratisation de l’art, précise François Ceysson, qui ne masque pas son admiration pour le célèbre galeriste Emmanuel Perrotin. En s’impliquant sans relâche sur ce territoire, les deux fondateurs ont renforcé l’attractivité de leur région pour les collectionneurs, désormais habitués à y faire un crochet lors de leurs déplacements où ils sont invités à passer le plus de temps possible. 

42 artistes de toutes générations 

Aujourd’hui, Ceysson & Bénétière a bien élargi son pré carré d’origine. Parmi ses 42 artistes, la galerie représente des figures aussi majeures qu’inclassables de l’art contemporain, telles qu’Orlan et Tania Mouraud, d’autres qui repoussent depuis plusieurs décennies la liste de leurs médiums comme Mounir Fatmi et Daniel Firman, autant que de plus jeunes talents, comme la photographe et plasticienne Aurélie Pétrel ou le duo Pugnaire & Raffini, que la galerie présentait fin août à Art-o-rama. Un large spectre qui lui permet aussi bien de participer à ce salon foisonnant, vivier de la création artistique émergente, que de conserver son assiduité – et sa crédibilité – au sein des plus grandes foires internationales grâce à ses noms plus établis. Quant à Supports/Surfaces, Ceysson & Bénétière conserve sa position de leader dans le mouvement dont la valeur marchande a explosé depuis dix ans, notamment grâce à son travail de regroupement des artistes et de leurs œuvres, et d'expositions récurrentes aux quatre coins de la planète. 

Le jour d’ouverture de son nouvel espace à Saint-Etienne, le 18 septembre, la galerie fait pour la première fois une infidélité à Claude Viallat en offrant son exposition inaugurale à l'un de ses plus célèbres – et lucratifs – artistes, Bernar Venet. Une aubaine à la fois pour Ceysson & Bénétière, qui prouve immédiatement l'intérêt d'une telle superficie, et pour le plasticien français, ravi de pouvoir montrer ses œuvres dans une galerie à l’envergure muséale. “Ce que je voulais, c’était une belle exposition pour montrer ce que je sais faire, confie, placide, celui qui fêtait ses 80 ans il y a quelques mois. Aujourd’hui, c’est mon seul objectif. Après, que les collectionneurs prennent ou ne prennent pas, j’ai dépassé cette angoisse depuis bien longtemps.” Au soir du vernissage, presque toutes ses œuvres étaient déjà vendues. 

Bernar Venet, “Reliefs”, jusqu'au 13 novembre à la galerie Ceysson & Bénétière, Saint-Étienne. 

En octobre, Gagosian ouvre sa troisième galerie parisienne

Rémi Morvan - 1 octobre 2021


C'est à un jet de pavé de la place Vendôme que la dernière pierre de l'empire Gagosian s'apprête à être posée ! Révélée par Le Figaro, il s’agira de la troisième galerie parisienne du tycoon américain de l'art contemporain. Et après la rue de Ponthieu et le Bourget, c'est donc sous les arches du palais Royal, au 9 rue de Castiglione, que Larry Gagosian prendra ses nouveaux quartiers à partir du 19 octobre, pour un lancement en fanfare de la FIAC

Avec Larry Gagosian, nous voilà quand même en face du nom le plus ronflant de l'art contemporain. Depuis quarante ans, le bonhomme représente les artistes les plus côtés de la planète, de Damien Hirst à Rachel Feinstein en passant par Donald Judd. Et attention, avec ce coup du chapeau tricolore, Gagosian ouvre ni plus ni moins que son dix-huitième spot ! Un nouvel espace réhabilité par le designer français Rémi Tessier, qui semble être, aux vues des premières descriptions, de taille bien plus modeste que ces cousines parisiennes. Toujours dans Le Figaro, Larry Gagosian évoque lui-même un « lieu plus discret que les autres, derrière sa longue vitrine de près de 15 mètres. Les plafonds sont extrêmement hauts, les fenêtres s'ouvrent largement sous les arcades.[...] De l'entrée au fond de la galerie, il y a moins de 4 mètres. » 

Et pour célébrer l'ouverture de la galerie et par la même occasion lancer la FIAC avec fureur, Larry Gagosian a vu dans la démesure en installant sur la place Vendôme le rougeoyant et monumental – l'œuvre fait près de six mètres de haut – Flying Dragon de feu sculpteur Alexander Calder. Et en parallèle, pour essuyer in situ les plâtres de la nouvelle galerie, les visiteurs apercevront tous pleins de travaux, préparations et maquettes autour de l'œuvre. La fameuse arrivée en toute discrétion

Ouverture de la nouvelle galerie Gagosian,  prévue le 19 octobre 2021, au 9 rue de Castiglione, 1er 

Regard sur la scène française : portrait et figuration. 

Par Armelle Malvoisin  - QDA - 08 septembre 2021  

La foire a invité le commissaire d’exposition indépendant Hervé Mikaeloff à livrer sa lecture de la scène française. Un parcours autour de la question du portrait, du renouvellement de la peinture figurative et un questionnement sur notre rapport à l’image et au monde.

« Pour Art Paris, j’ai sélectionné vingt artistes de différentes origines et de différentes générations qui montrent un panorama éclectique et foisonnant du portrait figuratif de la scène française en 2021. Ce qui lie ces artistes, c’est d’abord un hyper-réalisme des personnages, une critique de la société, un ''déterminisme social'', une fenêtre sur notre manière d’habiter le monde. On peut aussi parler d’un témoignage d’un temps social. Une ''photographie du monde'', de l’espace dans lequel ils vivent. Leurs peintures nous confrontent à une réalité sociale du quotidien. » 

Les corps fantômatiques d'Alin Bozbiciu Galerie Suzanne Tarasiève 

Voilà un an et demi que Suzanne Tarasiève a eu un véritable coup de foudre pour la peinture à la touche expressionniste de ce génial artiste roumain, « avant même d’avoir visité son atelier, ce qui est extrêmement rare » raconte-t-elle. Ses toiles sur les corps dansant ont tout autant subjugué le public lors de son premier solo show à la galerie à l’automne 2020, qui « sont parties comme des petits pains ! » Il propose une série sur ce thème pour Art Paris. Passionné d’opéra, de musique classique, de poésie et d’histoire de l’art qui l’inspirent tout autant, Alin Bozbiciu (né en 1989) a une parfaite maîtrise des techniques picturales qu’il met au service de sa sensibilité. Ses compositions monumentales ont la majesté de la grande peinture d’histoire. 

Cette sensation de déjà vu chez Jean-Luc Blanc Art : Concept 

D’où vient ce caractère ambigu, ce sentiment de déjà vu et d’étrangeté à la fois qui émane des œuvres de Jean-Luc Blanc (né en 1965) ? Sans doute de sa pratique singulière de la ré-appropriation des images, celles qu’il recueille dans des films, revues, articles de presse, cartes postales, publicités ou dernièrement des peintures sur visage de Serge Diakonoff. « Ma passion me porte vers ces images déjà constituées que j’organise d’une manière très disparate pour leur trouver une autre respiration, une autre voix », explique-t-il. Tel un réalisateur, il re-cadre ses sujets, souvent en plan rapproché, et leur ajoute une touche personnelle qui modifie leur expression et leur confère un caractère énigmatique. 

Il y a du Schiele chez Ana Karkar ! Galerie Hors-Cadre 

L’œuvre d’Ana Karkar (né en 1986) se nourrit d’images collectées sur Internet, qu’elle a repérées au cinéma, à la télévision ou dans des clips vidéo, et qu’elle retravaille à sa manière, pour faire de ces photos « objectives » des peintures « subjectives ». Elle cite Francis Bacon, Peter Doig ou encore Daniel Richter comme ayant influencé sa façon de transformer les clichés. Son sujet d’étude est principalement le corps féminin qu’elle ré-interprète en le faisant onduler et en lui imposant des distorsions un peu comme le faisait Egon Schiele. Ainsi souhaite-t-elle provoquer une lecture libre du spectateur sur des compositions affranchies de toute objectivation.

Thomas Lévy-Lasne ré-interprète Rosa Bonheur Galerie Les Filles du Calvaire 

Pour son Champ, Thomas Lévy-Lasne (né en 1980) s’est inspiré du tableau Le labourage nivernais (1849) de Rosa Bonheur qui, au- delà de la banalité apparente du sujet, est aujourd’hui devenu un témoignage sur un travail existentiel. « Et puis il y a la boue peinte, la réussite spectaculaire du tableau pour celui qui traine ses yeux généreusement », commente Thomas Lévy- Lasne qui a voulu à son tour « rendre la boue par la boue ». Le Champ renvoie à la culture de la betterave sucrière. « Les méfaits du sucre à trop haute dose dans nos alimentations n’est plus à prouver, rien d’existentiel donc à calibrer le paysage par le tracteur, à éteindre la terre par la monoculture, ses additifs, ses pesticides. Je ne me retrouve pas à peindre le petit monde poétique des herbes folles comme Rosa mais bien un paysage de la fin de l’époque thermo-industrielle. » 

Les moments d'inertie de Marcella Barceló Galerie Anne de Villepoix 

Il faut lâcher prise pour apprécier la peinture de Marcella Barceló (née en 1992), ses paysages oniriques aux coloris féériques qui sont animés de figures adolescentes évanescentes, inspirées par l’univers de Balthus, Lewis Carroll, Nabokov ou encore Laura Kasischke, et dont l’atmosphère fait aussi référence à l’ukiyo-e japonais (le « monde flottant »). « J’aime l’idée de cet âge de métamorphoses, moment déséquilibré que j’essaie de représenter par des poses maladroites, attitudes avachies, des états d’ennui provoqués par les moments d’inertie : idéalement, je souhaiterais représenter les pensées d’une lycéenne qui scrute l’horloge en attendant qu’elle sonne, livre l’artiste. Il y a dans mes peintures une dimension autobiographique, à la manière d’un journal intime : les scènes d’extérieur sont des souvenirs de mon enfance passée sur l’île de Majorque, des étés chauds et de l’odeur des fleurs cueillies qui pourrissent au soleil. » 

Jérome Zonder réinvente le dessin Galerie Nathalie Obadia 

« Dessiner revient pour moi à créer un espace symbolique qui fonctionne ; construire un système dans lequel on peut faire entrer le monde et ses questions », confie Jérôme Zonder (né en 1974), qui développe depuis près de vingt ans une œuvre centrée sur la pratique constamment réinventée du dessin qu’il explore à sa limite. À partir d’un flot d’images numériques, son œuvre polygraphique au fusain et à la mine de plomb procède d’un travail critique qui oscille entre réel et fiction, posant des interrogations sur la condition humaine. En référence aux trois protagonistes du film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné, Garance, Baptiste et Pierre-François sont par exemple devenus des personnages récurrents de ses œuvres, évoluant dans le temps. Tandis que ses séries Fruits de l’histoire et Chairs grises proposent une mise en scène de notre histoire collective, titillant notre conscience. 

Les autoportraits de Yan Pei-Ming Galerie Thaddaeus Ropac 

Mondialement connu et apprécié pour son coup de pinceau expressionniste, notamment hérité de Goya et de Rembrandt, qui donne à ses portraits monumentaux, souvent monochromes, un point de vue inédit sur ses sujets, Yan Pei-Ming (né en 1960) a une actualité intense dans l’Hexagone. Montré actuellement à Avignon (Palais des Papes et collection Lambert) et à Colmar (musée Unterlinden), il est aussi à l’honneur à Art Paris, à travers une série d’autoportraits, marquant un retour du peintre à sa propre image. Créées au cours des derniers mois, ces œuvres reflètent les sentiments d’isolement et de solitude vécus par l'artiste pendant le confinement, et mettent en exergue les formes du conflit intérieur dans une double démarche à la fois intime et universelle. 

Marjane Satrapi redonne le pouvoir à la femme Galerie Françoise Livinec 

Reconnue internationalement pour sa bande dessinée Persepolis et ses films d’animation, Marjane Satrapi (née en 1969) s’impose magistralement en peinture en représentant des femmes qui évoquent les personnalités fortes de son enfance en Iran. Bien que figuratifs, ses tableaux ne sont pas narratifs : chaque œuvre est construite comme un plan séquence qui ouvre un mystère jamais élucidé, même pas par un titre qui reste énigmatique. L’artiste a choisi de s’exprimer dans une gamme chromatique forte mais limitée à quatre coloris principaux : le noir profond qui marque la chevelure, souligne un vêtement et structure un décor, le rouge vif des lèvres et des robes épousant les corps sculptés, le bleu et le rose en complément. Enfin, dans des proportions volontairement exagérées, les femmes monumentales occupent tout l’espace. Histoire de bien marquer le coup. 



RUE DES BEAUX-ARTS

Évènement inédit et de circonstance, l’exposition en plein air A visage découvert propose, tout au long de la rue des Beaux-Arts à Paris un parcours lèche-vitrine invitant les galeries à faire de leur façade le support d’une création qui ne peut plus se montrer. 

En sécurité et à son rythme, chacun peut ainsi flâner au gré des propositions de la vingtaine de galeries participantes et de l’Ecole des Nationale supérieure des Beaux-Arts ayant organisé avec une belle énergie cette rencontre entre les mondes, de pièces rares de l’art africain à la création contemporaine. Du 1er au 20 avril, ce sont plus de vingt artistes issus d’univers différents qui voient leurs œuvres mises à l’honneur dans une mise en scène reliée par les figures éphémères de Jean-Charles de Castelbajac


Paris est en manque d’art... Après les musées, les galeries sont désormais empêchées d’exercer leur activité normalement. Mais la capitale mondiale des galeries fourmille d’idées et d’initiatives. Au cœur de cet écosystème, les marchands de la rue des Beaux- Arts ont décidé de redresser la tête : tenant compte des préconisations sanitaires, ils s’unissent pour offrir aux passants une exposition de qualité muséale, accessible tous les jours de la semaine.


Le quartier de Saint-Germain-des-Prés abrite historiquement une concentration inégalée d’enseignes culturelles. Contrairement à d’autres quartiers de la capitale, les galeries y fleurissent à visage découvert, permettant aux promeneurs de se délecter de chefs d’œuvres visibles depuis la rue ! Réunissant plus de vingt enseignes, l’exposition À visage découvert se déroule ainsi dans les vitrines des galeries, visibles depuis l’extérieur. 

Autour de ce thème fédérateur, le visage comme expression de l’humanité mise à nu, du masque chamanique de la collection Breton à l’autoportrait de Marina Abromovic, les galeries proposent un parcours éclectique et stimulant, à l’image des spécialités qui sont réunies dans cette rue historique : art contemporain, art moderne, arts graphiques, arts primitifs, design, antiquités... 


Située au débouché de la rue, l’École des Beaux-Arts s’associe naturellement à la manifestation, en s’inscrivent dans la logique dynamique du quartier et s’associe aux galeries de Saint-Germain-des-Près dans un dialogue urbain fructueux offrant sa célèbre guérite d’accueil à un étudiant. 

A l’invitation des galeries, le créateur et artiste Jean-Charles de Castelbajac investit la rue avec fantaisie, traçant à la craie des visages angéliques qui surprennent le promeneur, dans le renfoncement d’un porche ou sur une armoire électrique... L’exposition À visage découvert sera symboliquement dévoilée le jeudi 1er avril, date du rendez-vous mensuel du Jeudi des Beaux-Arts, et restera visible jusqu’au 20 avril. 


Artistes et œuvres exposées : 

Marina Abramović / Francis Bacon / Jean-Michel Basquiat / Vincent Bioulès William Chattaway / Robert Combas / matali crasset / Elsa & Johanna / Erró / Jean Hélion / Hopare / Christos Kalfas / Wang Keping / André Masson / Henri Michaux / Zoran Mušič / Antoine Schneck / Alina Szapocznikow / Pierre Tal-Coat / Yacine Ouelhadj (atelier Stéphane Calais) / Masque chamanique (ancienne collection André Breton) / Masque de Nouvelle-Irlande (ancienne collection de la galerie du Dragon) / Important masque Punu / Masque Murik lewa... 


Galeries participantes : 

Applicat-Prazan Rive Gauche / Galerie J-B Bacquart / Galerie Bayart / Galerie Berthet- Aittouares / Galerie Claude Bernard / Galerie Raymond Dreyfus / Galerie Entwistle / Esquisse / Galerie Flak / JSC gallery / Galerie La Forest Divonne / Galerie Abla et Alain Lecomte / Galerie Arnaud Lefebvre / Galerie Le Minotaure / Galerie Loft / Galerie Loeve&Co / Love&Collect Galerie Meyer / Galerie Olivier Nouvellet / Galerie Ratton / Galerie Patrice Trigano... 


Avec la participation de

l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et de Jean-Charles de Castelbajac 



Henry Taylor, rencontre avec une légende afro-américaine de l'art

NUMÉRO - ART 12 JUILLET 2021 

Figure tutélaire de la scène africaine-américaine, Henry Taylor a pris cet hiver ses quartiers dans la campagne anglaise du Somerset. Pendant plusieurs semaines d’intense créativité, l’exubérant sexagénaire a réalisé de nouvelles œuvres exposées par la galerie Hauser&Wirth. Visite d’atelier et rencontre animée avec un personnage haut en couleur.

Portraits par Maurits Sillem .
Propos recueillis par Charlotte Jansen

La réputation d'Henry Taylor en tant qu'artiste serait presque éclipsée par l'exubérance du personnage. Même sur Zoom, son énergie est immédiatement palpable, débridée – et la conversation, ponctuée ici et là de quelques notes chantées, rebondit vers des endroits assez inattendus. Né en 1958 à Ventura, en Californie, l'homme a grandi dans la ville voisine d’Oxnard. Il a toujours montré une certaine prédilection pour la peinture, mais n’en a fait son métier que beaucoup plus tard. Après avoir suivi, à Oxnard, des cours d’arts plastiques avec James Jarvaise, légende de la peinture abstraite, il s’inscrit au California Institute of the Arts, d’où il sort diplômé en 1995. Avant cela, il était infirmier en psychiatrie au Camarillo State Mental Hospital.

Son éternelle curiosité pour les gens et son insatiable appétit de vivre sont peut-être ce qui rend son travail si particulier. 

Henry Taylor est un portraitiste d’exception. Comme peintre et comme sculpteur, sa fluidité et son panache sont sans égal parmi les artistes travaillant aujourd’hui aux États- Unis. Il peut s’emparer de tous les sujets imaginables : un autocollant raciste que son frère a vu et dont il lui a parlé, son ami Emory, ou Jay-Z, ou encore Obama – tout est susceptible d’être incorporé à son travail. Il mêle librement le réel et la fiction, la mémoire et l’invention, le mouvement et l’émotion, sans introduire aucune hiérarchie entre ces éléments, planant bien au-dessus de tout cela. Son éternelle curiosité pour les gens et son insatiable appétit de vivre sont peut-être ce qui rend son travail si particulier.

Le jour de notre entretien, nous sommes au cœur de l’hiver, en plein confinement, et Taylor vient de parcourir 8 447 km depuis la Californie pour arriver dans le pittoresque village de Bruton, dans le Somerset, au beau milieu de la campagne anglaise. C’est la dernière des quelques semaines qu’il aura passées ici dans le cadre d’un programme de résidence, en préparation de sa première grande exposition personnelle européenne, qui a été présentée jusqu’au mois de juin à la galerie Hauser&Wirth du Somerset. L’événement s’est ouvert sur Internet, et, même si tout aurait dû se passer différemment, il reste l’un des plus importants jamais organisés sur son travail en Europe, avec notamment sa première sculpture en plein air. Cela dit, Taylor expose régulièrement depuis 1999 dans tous les États-Unis, et, en 2012, le MoMA PS1 lui a déjà consacré une rétrospective de mi-carrière. Son premier solo show institutionnel s’est tenu au Studio Museum d’Harlem en 2007. En 2022, si tout se passe comme prévu, il aura deux expositions majeures, l’une au Fabric Workshop and Museum de Philadelphie, l’autre au MOCA de Los Angeles, une ville qui l’a défini – et que lui a définie en retour. Son atelier se trouve dans downtown L.A., tout près de Skid Row, où résidents et habitués passent régulièrement le voir. Parfois, il leur prépare un repas, d’autres fois, il les peint. 

Numéro art : Vous êtes le plus jeune d’une fratrie de huit enfants. J’aimerais en savoir plus sur vos frères et sœurs, dont je sais qu’ils sont importants pour vous. Quelles sont vos relations avec eux ? 

Henry Taylor : Mon frère aîné s’appelle Ardmore. Il est sagittaire, libre, complètement timbré, loufoque, super cool et je l’adore. [Il se met à chanter.] Ensuite, il y a William Gene, qu’on appelle Gene tout court. Il a été militaire, appelé sous les drapeaux. Il a fait le Vietnam... Il prétend avoir inventé le shag, la coupe de cheveux qui a détrôné l’afro. Il est docteur en théologie et vit dans le Tennessee. Mon autre frère Hershel Earl Taylor a été grièvement blessé au Vietnam à l’âge de 22 ans. Je relis sans cesse les lettres qu’il a envoyées à ma mère de là-bas, ce qui me donne l’impression d’avoir moi-même assisté à cette guerre, aux premières loges. Il est mort cinq ou six ans après, en Allemagne, à cause d’un éclat d’obus. Hershel était un mec génial. Il portait des boutons de manchette tous les jours, même au collège. Comme cet enfoiré de “Dapper Don”, le mafieux esthète de Harlem, toujours tiré à quatre épingles. Un soir, à un dîner du MoMA PS1, j’étais assis à côté de Jerry Speyer, qui portait des boutons de manchette en or. Je lui ai raconté l’histoire de mon frère, et il me les a donnés. Moi, je ne savais pas qui était Jerry Speyer. Ensuite, il y avait ma sœur Anna Laura, qui était fonctionnaire et que j’aimais énormément, mais qui est morte d’un cancer. Et ensuite Robert, que nous appelons Randy, hyper intelligent, étudiant brillant. Puis Johnie Ray, baptisé ainsi en hommage au chanteur américain des années 50. Il a été brûlé sur une grande partie du corps, et cela m’a profondément marqué. Et puis ma sœur Evelyn, et pour finir, moi-même, Henry VIII, le huitième!

C’est Randy qui vous a donné l’idée de l’une des principales sculptures présentées dans cette exposition. J’ai réalisé ici cette sculpture d’un type en train de courir, vêtu d’une longue veste en cuir. [Il se met à chanter.] Vous voyez ? Un jour, mon frère m’a parlé d’un autocollant qu’il avait vu sur une voiture et qui disait : “Je n’ai pas trouvé de cerf, alors j’ai abattu un Nègre.” Il avait dû voir ça au Texas, ou un truc dans le genre. Et moi, j’ai fait cette sculpture, qui maintenant est ici. Dans les années 60, Randy avait fondé une branche locale du mouvement Black Panthers. J’ai mis une veste en cuir à cette sculpture... au départ, j’ai hésité, mais pas mal de gens m’ont dit : “Tu sais, ton frère nous faisait porter des vestes en cuir, comme Huey P. Newton [le cofondateur des Black Panthers].” Que voulez-vous savoir d’autre? 

Eh bien, vous étiez le plus jeune... Est-ce que ça veut dire que vous étiez aussi le plus craquant, le plus mignon, celui auquel tout le monde faisait attention? Parce que vous me trouvez craquant ? “Nugget Doré”, c’était ça, mon surnom ! Moi, je ne me suis jamais trouvé mignon. J’ai toujours eu ce grand front, et les gens me posaient la main sur la tête en criant : “Nugget!” Donc non, honnêtement, je n’ai jamais vécu ça comme ça. Mais j’étais le plus jeune, et ça m’a donné l’occasion de passer du temps avec de nombreuses personnes. Avec mon père, qui était peintre – peintre dans l’industrie. Dès l’âge de 5 ou 6 ans, je l’accom- pagnais au travail, et je le regardais peindre. J’étais aussi très proche de ma mère. Plus tard, mes parents ont divorcé et, à l’âge de 19 ans, j’ai vécu avec mon père, donc je sais des choses sur lui que mes frères et sœurs ignorent. Il m’a raconté plein de trucs, par exemple sur le jour où on a tiré sur mon grand-père, quand mon père avait 9 ans, et sur la façon dont lui l’avait vécu. Je me suis senti “privilégié”, à défaut de trouver un terme plus approprié. Je me souviens que ma mère me demandait de venir lui frotter le dos lorsqu’elle était nue dans son bain. Tout ça était complètement naturel. Elle me racontait l’histoire des cicatrices qu’elle avait aux genoux. Elle parlait des objets comme de cicatrices. Dans le quartier de Skid Row, à L.A., j’ai rencontré des gens qui racontaient avoir été les premières victimes des émeutes liées à Rodney King [un Afro-Américain victime de brutalités policières en 1991]. Ils m’ont montré les cicatrices laissées sur leur crâne par des coups de matraque ou de torche électrique. Tout ça a fait de moi quelqu’un qui écoute ; j’ai écouté les autres toute ma vie. Quand on est le cadet, on n’a pas toujours le droit de parler, alors on observe. 

Est-ce de là que vient votre sens de la narration, du storytelling ?
Je crois que j’ai eu l’idée de commencer à peindre vers l’âge de 5 ans, mais à ce moment-là, je ne l’ai pas fait. J’imaginais déjà des histoires, j’observais en douce, dedans et dehors. J’aurais voulu être écrivain, mais je suis trop angoissé pour ça – ça demande trop de discipline.

Et votre père ? Vous avez tourné un film sur lui, sur ce qu’il a vécu quand, à l’âge de 9 ans seulement, il a vu son père (votre grand- père) se faire tirer dessus.
Mon père nous appelait souvent ses bullets (ses “balles”). Et je me disais : “Mais putain ! d’où ça vient, ça ?” Au bout du compte, on est obligé de penser à ce genre de choses. Je n’ai vraiment compris qu’une vingtaine d’années plus tard. J’étais artiste en résidence au Texas et on m’a suggéré d’en faire un film. Ce que je veux dire, c’est que souvent les choses n’entrent pas immédiatement en résonance. Et pourtant... mon père nous appelait ses bullets, son propre père avait été abattu, il y a six balles dans le chargeur d’un revolver, et il a eu six garçons. Mon père avait cette sorte de créativité-là. Je voyais en lui un poète. Pour mon diplôme de CalArts, j’avais placardé des mots à lui sur les murs. Il savait pousser les gens dans leurs retran- chements. Parfois, on ne prend pas toute la mesure des gens. Sur mon certificat de naissance, on peut lire : “Profession du père : peintre.” Pour moi, ça ne voulait pas dire grand-chose. Et puis je me suis dit que c’était énorme. Je le regardais souvent peindre. Des murs, principalement. Mais là, il y a quelque chose, non ? Vous voyez votre père courir, sans être un sprinter, il y a là un motif familial récurrent. Mon père courait vite. Mon frère, celui qui était coiffeur, coupait les cheveux plus vite que personne. Du coup, la rapidité est devenue une composante essentielle de ma pratique. J’ai toujours voulu peindre à toute vitesse. Ça me fait penser à lui. 

En tant qu’artiste, vous êtes connu pour cette rapidité, mais aussi pour la ressource que vous semblez toujours avoir...
Parfois, il faut apprendre à faire avec ce qu’on a. Quand on est pauvre, il faut savoir se montrer créatif avec trois bouts de ficelle. Il faut se débrouiller. Comment rétablir une forme d’équité, tout ça, tout ça. Avant, quand on allait à la pharmacie pour un médicament contre le rhume, on trouvait du Vicks 44, et c’était tout. Aujourd’hui, il y en a pour tous les moments de la journée, du DayQuil, du NightQuil, de l’AfternoonQuil... Ce que je veux dire, c’est qu’on a rendu les choses trop faciles. Mais franchement, quand on fait les choses à l’ancienne, le goût est meilleur. Et c’est pareil pour la peinture. Parfois, il n’y a qu’à appuyer sur le tube, et ça sort, mais de temps en temps, il faut en faire un tout petit peu plus.  

Pour cette exposition dans le Somerset, vous avez peint un autoportrait, ce qui est plutôt rare chez vous.
En arrivant ici, j’avais pas mal de références musicales en tête, et je lisais notamment des choses sur Peter Noone [le chanteur d’Herman’s Hermits, groupe de pop anglaise des années 60]. Si j’avais été en Arizona, ça aurait été la musique des Amérindiens hopi, ou quelque chose dans ce goût-là. En général, je pense à ceux qui vivent ou ont vécu dans le pays où je me trouve. Mais en arrivant ici, j’avais surtout du rock’n’roll à l’esprit, Chuck Berry, Little Richard... et je ne voulais pas non plus trop réfléchir. J’avais surtout envie de bosser. Il y a des années de ça, dans la rue, je suis tombé par hasard sur Peter Noone. Il a dû me prendre pour un SDF un peu dérangé quand je l’ai alpagué en criant : “Eh, arrête-toi ! Je suis Henry VIII, c’est moi.” [“I’m Henry the Eighth, I am”, en référence au titre de la chanson des Herman’s Hermits.] Il était médusé, mais moi j’écoute cette chanson depuis que j’ai 5 ans ! Je n’ai découvert que plus tard qu’il y avait eu un roi Henry VIII, et j’ai trouvé ça marrant. Et donc, j’ai peint cet autoportrait en Henry VIII. Mais pour être honnête, je n’aime pas beaucoup les autoportraits. Celui-ci semblait tomber à pic, mais en général ce n’est pas du tout ma came. Il m’arrive parfois d’en faire un, comme ça, à la va-vite, juste pour m’entraîner, au réveil par exemple – le reflet de ce que je vois dans le miroir de ma salle de bains. C’est une sorte d’exercice, c’est comme faire des abdos. 

Les gens réagissent-ils parfois bizarrement quand ils découvrent comment vous les avez représentés?
Ah oui, tout le temps! Ça m’est encore arrivé le week-end dernier. C’est fou à quel point les gens peuvent être conventionnels. L’exemple que je donne toujours, c’est que si Van Gogh, Picasso, Dubuffet, Goya et toute la clique avaient fait des portraits à Disneyland, les gens leur auraient sans doute préféré les portraitistes qui font dans le “ressemblant”. “Pas question de payer pour ce machin, avec mes yeux complètement défoncés, placés n’importe où!” Il y a toujours des réactions quand les gens sont pris à rebrousse-poil. Pensez à Jimi Hendrix jouant l’hymne américain à Woodstock. On connaît tous son interprétation du Star-Spangled Banner... Même chose pour la version de Marvin Gaye. Il faut ajouter du funky. J’y ajoute ce que je suis. Plein de trucs fonctionnent comme ça. Quand j’étais en cinquième, un de mes profs me disait que j’avais soixante- dix idées à la fois, tellement de pensées qui me traversaient la tête... On pourrait penser qu’il faut apaiser tout ça, mais en même temps, on peut y voir autre chose. Il arrive qu’on soit entouré de sycophantes, d’hypocrites, de béni-oui-oui. Donc oui, parfois, mes portraits foutent les gens en l’air. Un jour que j’étais dans un train, au Texas, je me suis mis à peindre tous les voyageurs. Les premiers portraits étaient très ressemblants, et tout d’un coup, je me suis carrément lâché. Les gens s’énervaient : “Mais je veux que le mien soit comme le sien !” C’est là que ça devient redondant et chiant. On a envie de choses descriptives, par confort. Quand on ne parvient plus à cerner quelque chose, quand on se perd, c’est là que ça finit par foirer... Et c’est bien aussi de foirer. Mon objectif est toujours de faire quelque chose de beau, donc quand je me perds, ce n’est pas de ma faute. Je pense à Picasso au début de sa carrière. La représentation, c’est important, la ressemblance aussi. Tout le monde commence par une forme de réalisme, et après, on l’explose.

Qu’est-ce que le succès pour vous? Parfois, j’ai l’impression de n’avoir rien accompli. Je ne suis ni Kobe Bryant ni Lionel Messi. Je peins des toiles, et c’est tout. Elles plaisent à certains, pas à d’autres. Je n’aime peut-être même pas la moitié des trucs que je fais. Et j’essaie constamment de faire des trucs différents. Ce que je préfère, je crois, c’est de me perdre avant de me retrouver. Faire des œufs brouillés tous les matins, ça ne me dérange pas, mais la peinture, il faut que ce soit toujours autre chose, il faut que j’exprime ma liberté autrement. Je ne sais pas si ça répond à votre question, ni ce que vous allez pouvoir tirer de tout ça. 

Disons que vous avez répondu à la moitié de mes questions, mais que vous m’avez aussi donné bien plus que je n’avais demandé. Une dernière question, si vous permettez : de quoi avez-vous peur?
De ne pas accéder à la vérité. Certaines choses peuvent vous venir très facilement – et je ne pense pas que ce soit mal d’en profiter. Ce dont j’ai peur, c’est de ne pas prendre de plaisir. Je me fiche d’être sérieux parce que j’ai déjà de la profondeur. C’est de là que je viens, et cela transparaîtra toujours. En peinture, il faut prendre des risques, ça ne peut pas faire de mal. Ma crainte, c’est de ne pas prendre ces risques. Je veux les prendre – toujours. Je ne veux pas regarder une toile et me dire : “Ah, si j’avais su, j’aurais dû, j’aurais pu...” C’est comme dire je t’aime à quelqu’un. Ce sont des mots, mais il faut les sortir. Parfois, il faut peindre, tout simplement.

À la suite de son exposition chez Hauser & Wirth Somerset, Henry Taylor sera présenté chez Hauser&Wirth Southampton (New York), du 1er juillet au 1er août. 


La photographie émergente secoue les Rencontres d’Arles avec le Prix Découverte Louis Roederer 

NUMÉRO - ART 16 JUILLET 2021 

Sous l’impulsion du nouveau directeur des Rencontres Christophe Wiesner, soutenu par la maison de champagne Louis Roederer, le Prix Découverte fait peau neuve et semble avoir trouvé cette année sa forme la plus aboutie. 11 photographes ont ainsi été sélectionnés, sur proposition des galeries, mais aussi – c’est une des nouveautés – d’institutions internationales. La présentation des travaux sous la houlette d’une commissaire, Sonia Voss, offre à l’ensemble une cohérence et suscite les dialogues féconds qui manquaient jusqu’alors entre les œuvres. “Il fallait remettre la photographie émergente au centre de la ville et des Rencontres, nous confie Christophe Wiesner. Installer le Prix Découverte Louis Roederer à l’Eglise des Frères Prêcheurs en est un des symboles, ce lieu magnifique ayant été réservé jusque-là aux figures installées comme Martin Parr et Mickael Wolf. ” Lors de cette édition renouvelée, 5 artistes ont particulièrement retenu notre attention. 

Farah Al-Qasimi : derrière l’éclat des Émirats arabes unis 

Si l’artiste originaire d’Abu Dhabi, aujourd’hui installée aux États-Unis, n’est plus une véritable découverte, elle n’en offre pas moins la proposition la plus percutante de ce Prix Roederer. En choisissant de présenter des photographies issues de sa série Imitation of Life, Farah Al- Qasimi se focalise sur ses clichés d’intérieurs bourgeois et de la classe moyenne supérieure des Émirats arabes unis. Au sein de l’Eglise des Frères Prêcheurs, elle déploie un détonant festival d’images pop aux couleurs saturées, de collisions visuelles entre des cultures esthétiques hétérogènes. Un certain show-off clinquant du Golfe persique, trop facilement relégué dans les limbes d’une esthétique kitsch et vulgaire, se mêle à de multiples couches d’histoire et de géographie : les nouvelles technologies issues des États-Unis (mais fabriquées pour beaucoup en Asie) qui envahissent les espaces privés, les reliquats du protectorat anglais... Le cadrage est précis, la mise en scène rigoureuse et la composition sophistiquée : chaque couche visuelle et conceptuelle se superpose, s’hybride ou s’entrechoque pour créer du sens. Le feu d’artifice de couleurs et de textures est un plaisir pour les yeux, ainsi qu’un agrégat de pensées sur le post-colonialisme, les échanges internationaux, les cultures locales, et notre regard occidental orientalisant autant que sur ces nouvelles sociétés et leur rapport ambigu à l’espace domestique ou public, et, bien sûr, à la place de la femme. L’accrochage en offre une belle démonstration, proposant dans un premier temps des clichés d’espaces domestiques – cadre limitant l’espace féminin – pour s’ouvrir aux espaces sociaux et de réception que sont les salons. Des espaces de représentation, puisqu’il est avant tout question ici de cela : un jeu perpétuel entre le caché et le montré, façon de jouer avec le regardeur autant que de mettre subtilement en lumière les diktats sociaux et les jeux d’imitation répondant aux normes sociales. L’une de ces photos semble présenter un salon privé. Il s’agit en réalité d’un magasin de meubles. Un miroir nous laisse entrevoir la rue comme si toute cette réalité n’existait que pour le regard extérieur, regard politique et social presque invisible (comme ce miroir dans l’image) et pourtant toujours présent. Que reste-t-il d’une vie intime et de l’individu dans ce jeu social ? Toujours, ils résistent et subsistent dans les détails capturés par Farah Al-Qasimi, prêts à bondir. Le tabou du corps féminin est ainsi contourné à l’aide d’objets érotisés : linge féminin, vaporisateur de parfum... 

Tarrah Krajnak : l’empowerment des femmes artistes 

Lauréate du prix Découverte Roederer cette année, l’artiste d’origine péruvienne, adoptée par une famille nord- américaine, enseigne la photographie depuis 18 ans. Spécialiste de l’histoire du médium, Tarrah Krajnak développe depuis plusieurs années des séries en forme d’hommages critiques aux grands maîtres... blancs et masculins dans un XXe siècle qui laissait peu de place aux femmes et aux minorités. À Arles, l’artiste rejoue les nus d’Edward Weston : même qualité de papier, même tirage argentique en noir et blanc... À ceci près que la photographe pose elle-même, mettant en lumière son corps métissé à la place des corps blancs anonymisés de Weston. À l’époque, l’Américain faisait pourtant poser deux muses, deux modèles récurrents : les artistes Bertha Wardell et Charis Wilson. Cette entreprise d’empowerment de la femme artiste – Krajnak est à la fois modèle et photographe, l’obturateur à la main – s’accompagne d’une déconstruction de l’image elle-même. Alors que Weston cadrait ses images sur un détail, une forme presque abstraite, Krajnak donne à voir l’ensemble de la situation qu’elle met en scène dans son studio, plaçant délibérément dans le cadre les panneaux de bois et briques trouvés à Los Angeles où elle est désormais installée. “À l’inverse du travail d’exclusion à l’œuvre chez Weston”, résume la commissaire Sonia Voss. 

Zora J Murff : lumière sur le quartier noir de North Omaha 

Les évènements qui ont bouleversé le monde trouvent également écho dans le travail de Zora J Murff. L’installation photographique de l’Américain prend évidemment une dimension spécifique à l’aune du mouvement Black Lives Matter. Son travail, pourtant, ne peut se réduire à un simple engagement conjoncturel. Murff a photographié au long cours les habitants et les rues du quartier noir de North Omaha dans le Nebraska. Délaissant l’aspect purement documentaire, l’Américain parvient à créer au sein de son installation une série de liens visuels rendant perceptible ce qu’il appelle “la violence lente”, une violence systémique du politique, des plans d’urbanisme et de la ghettoïsation. Les stigmates se laissent subtilement deviner, laissant advenir derrière une apparente douceur de la photo une violence qui se reproduit de génération en génération. Au centre de son installation, l’artiste rend d’ailleurs hommage à deux figures : Will Brown et Vivian Strong, assassinés respectivement en 1919 et 1969. Ailleurs, une jeune femme noire est photographiée en contre-jour, laissant à peine entrevoir son regard... La mise en lumière est ici plus qu’un enjeu photographique : un enjeu politique. Murff renforce ses multiples dialogues photographiques à l’aide d’images d’archives ou vernaculaires dont il est collectionneur. Au milieu de ses clichés du quartier, apparaît un portrait représentant un groupe d’hommes blancs venant de lyncher un Noir. Ils posent, fièrement. Rien ne laisserait entrevoir qu’ils viennent de commettre l’innommable. “À l’époque, rappelle la commissaire Sonia Voss, des photographies de scènes de lynchage étaient même reproduites au format carte postale aux Etats-Unis...” 

Marie Tomanova : Nan Goldin à la campagne 

L’artiste tchèque qui vit aux États-Unis est revenue en Moravie du Sud, dans sa famille, après plus de 10 ans d’absence. Entre-temps, Marie Tomanova aura capturé toute la jeune scène artistique new-yorkaise et acquis une certaine renommée dans le milieu de la mode. De retour dans sa campagne natale, le jeune femme doit faire face à une nouvelle réalité : son fantasme d’un foyer accueillant et rassurant laisse place à la réalité de la vie paysanne, de la traite des chèvres au dur labeur des tâches quotidiennes rythmées par les saisons. À mille lieues de New York, l’artiste nous fait le récit avec humour et sensibilité du décalage entre ces deux temporalités. Habituée à capturer l’énergie de la ville, elle s’essaie avec réussite à capter celle de la campagne, avec la frontalité et le naturalisme d’une Nan Goldin teintés d’humour, d’auto-dérision (elle revêt avec espièglerie les habits de son père) et d’une poésie qui lui est propre. Un titre, très beau, résume peut-être le mieux ce travail, réalisé en à peine deux semaines, pendant les vacances de Noël : “Etait-ce seulement un rêve ?” 

Andrzej Steinbach : le photographe et son corps 

Resituant les artistes par rapport à l’histoire de la photographie, la mise en abîme de la pratique de ce médium orchestrée par la commissaire Sonia Voss trouve une autre incarnation dans le travail d’Andrzej Steinbach. L’Allemand d’origine polonaise présente à Arles le 3e volet d’un ensemble de séries dans lesquelles il interroge le système et l’héritage de la photographie : ses codes visuels, la question de l’appareil lui-même ou, ici, les gestes archétypaux du photographe. Steinbach photographie un modèle jouant au photographe : chacun de ses gestes semblent reprendre une attitude et un geste “déjà vu”, un archétype de scène de guerre, de manifestation, de prise de vue lors d’un shoot de mode façon Blow Up d’Antonioni... La photographie est un jeu, bien sûr, mais surtout une forme d’engagement du corps : l’appareil ne fait qu’un avec le physique du photographe. “Il me semblait important, explique la commissaire, de remettre le corps et l’œil du photographe au cœur de l’exposition, dans un contexte politique mondial où leur liberté est de plus en plus menacée. Leur corps empêché d’exercer.” 

3 nouveaux talents de la peinture à découvrir en galerie 

NUMÉRO - 21 JUIN 2021 

Cela fait maintenant un mois que le monde de la culture est en ébullition depuis la réouverture des musées, salles de spectacle et cinémas. Outre cette offre foisonnante, les galeries d'art recèlent elles aussi de nombreuses pépites, offrant au public de découvrir de plusieurs jeunes talents. Focus sur trois artistes exposés actuellement à Paris, qui donnent à la peinture figurative une impulsion nouvelle : Matthias Garcia, Anthony Cudahy et Louis Fratino. 

Par Matthieu Jacquet

1. Les fantasmagories printanières de Matthias Garcia 

Matthias Garcia a trouvé sa saison favorite il y a bien longtemps : le printemps. Mais pas n’importe lequel. Un printemps éternel s’étirant dans le temps et l’espace, où l’humain et la nature ne font qu’un, ou la terre et l’eau s’entremêlent dans des paysages florissants et jubilatoires. Dans l’imaginaire de ce jeune peintre, les nymphes lascives cohabitent avec les sirènes à deux têtes, les fleurs adoptent des visages chérubins et de discrètes fillettes se promènent parmi les plantes grimpantes. Toujours situés entre l’enfance et l’adolescence, ces personnages se fondent dans une végétation luxuriante telles des présences juvéniles évanescentes, tandis que le spectateur se perd dans leurs couleurs rabattues de ces œuvres, réveillées par quelques pigments fulgurants. Tout juste diplômé de l’Ecole des Beaux-arts de Paris, le Français de 26 ans n’a pas peur d’investir aussi bien des supports réduits que de très grands formats, mêlant la finesse de son trait de dessinateur aux superpositions de peinture à l’huile et d’acrylique, dont les multiples couches apportent texture et relief. En résultent de douces et denses fantasmagories, qui pourraient bien se faire l’allégorie des méandres de notre inconscient. 

Matthias Garcia, “Fakelores”, jusqu'au 24 juillet à la galerie Sultana, Paris 20e. 


2. La peinture de genre expressive d'Anthony Cudahy 

Dans la hiérarchie des genres picturaux, la peinture d’histoire et le portrait ont longtemps été en tête. Pourtant, dès le XVIIe siècle, un autre type d’œuvres a commencé à s’affirmer : la scène de genre, représentant des situations du quotidien dans lesquelles ne triomphaient ni héros, ni homme de pouvoir, mais davantage l’ambiance d’un moment voyant sa banalité sublimée. Si Jean-Siméon Chardin et Jean-Baptiste Greuze se sont faits les chantres de cette peinture en France au XVIIIe siècle, Anthony Cudahy pourrait bien en reprendre le flambeau aujourd’hui. Surpris dans des conversations nocturnes ou des confessions entre deux portes, capturés en train de déchirer un tableau au couteau ou nus en train d’installer un appareil photo, les personnages de ses œuvres sont chaque fois si absorbés dans leur activité qu’ils en oublieraient le spectateur qui les regarde, caché comme derrière un miroir sans tain. Fragments isolés d’un récit incomplet et silencieux, ces instants de vie se prolongent parfois d’une œuvre à une autre comme plusieurs facettes d’une même réalité. Outre ses traits de peintures énergiques brossant ou griffant presque la toile, toute la force plastique et l'expressivité du trentenaire américain résident sans doute dans son utilisation des couleurs qui, surnaturelles et éblouissantes, donnent le ton de la scène et imprègnent le réel d'émotion. Bleutées, elles évoquent la douceur et le rêve, jaunes, la joie et la gloire, ou rouges, la colère et la passion – en atteste un ensemble de toiles dans lesquelles on aperçoit deux figures de dos en plein coït, à la fois intime et pudique. 

Anthony Cudahy, "The Moons Sets a Knife”, jusqu'au 3 juillet à la galerie Sémiose, Paris 4e. 

3. L'homoérotisme doux et domestique de Louis Fratino 

Chez Louis Fratino, la rondeur et la tendresse passent d’abord par le geste. Celui du pinceau qui, par ses mouvements continus et circulaires, caresse la toile pour y tracer les contours de ses acteurs figés. Puis celui du crayon qui, sur ces traces d’ombres, de lumières et de couleurs, vient chatouiller le support et lui apporter sa texture et ses détails. Enfin, celui des corps masculins charpentés qui, souvent dénudés dans ses œuvres, s’y prélassent, s’y enlacent voire s’y imbriquent dans des scènes homoérotiques plus ou moins explicites. Attentif à la bidimensionnalité de la peinture, des hiéroglyphes et bas- reliefs aux peintures cubistes ou naïves, l’artiste new-yorkais l’a longtemps appuyée en amenant tous ses sujets au premier plan de ses toiles. La domesticité des couples queer y devient le sujet central : à l’aide d’une palette de tonalités chaudes voire flamboyantes, le peintre compose des atmosphères accueillants où le spectateur se sent invité comme auprès de l’âtre ou au coin du lit. Une rassurante convivialité à laquelle répondent parfois des tables dressées remplies d’appétissants repas, des bouquets garnis de fleurs multicolores jusqu’à, plus récemment, des paysages dépouillés et mélancoliques en demi-teintes où s’élèvent avec grâce tantôt une hirondelle majestueuse, tantôt des arbres éclairés par la lueur automnale. 

Louis Fratino, “Growth of the Earth”, jusqu'au 10 juillet à la galerie Ciaccia Levi, Paris 3e. 


Valérie Delaunay migre vers le Marais 

Par Léa Amoros
QDA - 04 mai 2021

Valérie Delaunay s'installe au 42, rue de Montmorency (3e), quittant sa première adresse rue du Cloître Saint-Merri (4e) que l'ancienne responsable juridique en propriété industrielle chez L’Oréal avait ouverte en 2015. Avec cet espace, elle double de volume, se déployant en forme de « U » sur 120 m2 la création émergente avec un penchant pour la peinture, elle entend faire de ce nouveau lieu un « bouillon de culture » qui permette de « décloisonner les disciplines artistiques ». « En France, nous sommes plutôt frileux quand il s'agit de croiser les arts. Avec ce projet, j'aimerais bousculer les frontières, mélanger la peinture à la danse, la musique, la performance. En sous-sol, nous avons une cuisine de 40 m2 : pourquoi ne pas inviter de jeunes chefs ? La gastronomie, c'est aussi un art ! » En attendant de réaliser ces ambitions, la galerie ouvrira aux professionnels dès le 6 mai et présentera son exposition « 300 dpi av. J.-C. », consacrée au plasticien Yoan Béliard et à ses collages sculpturaux autour du vestige et de la mémoire. Suivront trois monographies de peintres, celles de Timothée Schelstraete, Arnaud Adami et Ulysse Bordarias. Enfin, deux expositions collectives sur les thèmes de la nature morte et du médium textile sont prévues pour l'automne 2021 et l'hiver 2022.

Podcasts et magazines, nouvelles armes des galeries 

Par Éléonore Théry 

QDA - 15 avril 2021  

Les grandes enseignes internationales multiplient les contenus journalistiques en éditant podcasts et magazines. De nouvelles plateformes qui permettent aux galeries de rayonner et d’élargir leur audience, jusqu'à parfois en faire pâlir les médias. 

Une histoire de la série de tableaux "Cage" de Gerhard Richter par le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist, une nouvelle de l’autrice dominicaine Cleyvis Natera, une interview de la chorégraphe Aileen Passlov, récemment décédée... Voilà le sommaire du dernier numéro du copieux magazine Quarterly, édité par le géant américain Gagosian depuis 2017. « Ni de la critique d’art ni du journalisme d'investigation, mais une façon de voir le monde à travers les yeux de toutes sortes de créateurs qui offrent des perspectives différentes », définit Alison McDonald, directrice des publications de la galerie. Une conversation sur l’influence du Bauhaus aujourd’hui, de notre mobilier jusqu’aux iPhone, avec Nicholas Fox Weber, directeur de la fondation Josef et Anni Albers. C’est cette fois le menu du dernier épisode du podcast Dialogues produit par la galerie allemande David Zwirner depuis 2018. Depuis quelques années, les grandes enseignes internationales multiplient les contenus qui, fut un temps, étaient l’apanage des journalistes, alors que la presse connaît dans le même temps de sérieux soubresauts. Au rayon des magazines on compte aussi la galerie genevoise Cahn ou la suissesse Hauser & Wirth, à celui des podcasts, les britanniques Sean Kelly et Lisson Gallery, les américaines Postmasters et Acquavella et d’autres encore. 

Ces contenus sont en relation plus ou moins lointaine avec les programmations des galeries. The Picture, produit par Acquavella, propose ainsi systématiquement une conversation avec un artiste dont l’exposition est en cours. D’autres prennent des chemins de traverse comme Ursula, magazine d’Hauser & Wirth, qui invite ses artistes à parler de leur livre préféré ou propose des conversations transversales, ainsi du développement durable dans le monde de l’art, au programme du dernier opus. « Depuis des siècles, les galeries ont publié des livres, périodiques, pamphlets et livres d’artistes qui sont devenus des ressources inestimables pour le monde de l’art. Un magazine de galerie trouve ses racines dans son programme et ses artistes mais peut aussi aller bien au-delà et apporter son expertise globale pour aborder une variété de sujets » soutient le rédacteur en chef Randy Kennedy, transfuge du New York Times où il est resté plus de 20 ans. D’autres encore s’éloignent franchement de leur affiche, comme Sean Kelly avec Collect Wisely, qui invite des collectionneurs à s’interroger sur leur pratique. 

Une nouvelle audience 

Quel intérêt ces enseignes ont-elles à monter de tels projets ? « Nous avons lancé les podcasts après avoir vu le succès de nos publications de livres », explique Lucas Zwirner, responsable des contenus. « Nous avons pensé qu’il s’agissait d’un canal naturel pour les voix des artistes. Nous les voyons comme une extension de la tribune qu’offrent les galeries aux créateurs qu’elles représentent. » Après les duos Robert Crumb/Art Spiegelman ou Sofia Coppola/Rainer Judd, le prochain épisode verra l’un des poulains de la galerie discuter avec le controversé Beeple. Podcasts et magazines permettent à ces acteurs d’élargir leur public et de faire rayonner leur marque auprès de lecteurs ou auditeurs qui ne poussent pas toujours leur porte. « C’est une façon formidable d’être connecté à nos collectionneurs et visiteurs. Et cela nous amène une nouvelle audience très intéressante », confirme Alison McDonald. Les podcasts ont l’avantage de toucher les jeunes, et grâce à leur ton intimiste, d’offrir une porte d’entrée moins intimidante vers ces enseignes. Depuis les débuts de la pandémie, les deux médias se sont révélés être de bons moyens pour les galeries de rester en contact avec leur public, pendant qu’elles étaient portes closes. Gagosian a ainsi vu doubler le trafic du Quarterly dans sa version en ligne. 

Des projets coûteux 

L’audience de certains de ces contenus pourrait en effet faire pâlir quelques médias traditionnels. À l’image de son enseigne tentaculaire, Quarterly est largement diffusé dans le monde entier – 50 000 exemplaires –, à ses clients, mais aussi pour 20 dollars le numéro, dans les kiosques, les librairies, les boutiques de musées, les foires ou sur abonnement. Chez David Zwirner, les quatre saisons de Dialogues ont été téléchargées plus de 750 000 fois. Mais ces projets ont évidemment un coût – que les galeries n’entendent pas révéler – d’autant que les plumes et spécialistes invités sont payés plus cher que dans les médias ou institutions qui les emploient traditionnellement. Lesquels coûts sont contrebalancés pour les magazines par les pages de publicité de Vuitton, Dior, Gucci et autres acteurs du luxe. « La version imprimée du magazine n’a pas été conçue comme une source de revenus pour la galerie », botte en touche Randy Kennedy. L’équipe du Quarterly, qui emploie cinq personnes à temps plein, assure quant à elle que le titre est à l’équilibre financier. En France le phénomène reste timide. 

Perrotin, qui avait lancé le magazine Bing en 2005, l’a arrêté trois ans plus tard et son podcast lancé en 2017 n’a pas vu d’épisodes édités depuis plus d’un an. Plusieurs enseignes sont actuellement en discussion avec le studio de podcasts Louie Média. 

Le Conseil d'État confirme la fermeture des galeries 

Par Léa Amoros
QDA - 14 avril 2021  

Le Conseil d'État a rejeté hier, sans surprise, la demande de réouverture des galeries. Fin mars, le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) avait déposé un recours en référé-liberté de 38 pages contestant leur fermeture. Il y dénonçait une grave distorsion de concurrence face aux salles de ventes, autorisées à accueillir du public, entraînant une atteinte grave aux libertés d’expression, de diffusion artistique et d’entreprendre. Le 8 avril, lors de l'audience au Conseil d'État, le ministère de la Santé, représenté par Charles Touboul, son directeur des affaires juridiques, manifestait clairement son opposition à ce recours, arguant de la situation sanitaire et du statut d'ERP (établissements recevant du public) des galeries. Si l'atteinte aux libertés est confirmée par le juge des référés, elle n'a pas suffi à entraîner la réouverture : « La fermeture au public des galeries d’art ne peut être regardée comme une mesure nécessaire et adaptée, et, ce faisant, proportionnée à l’objectif de préservation de la santé publique qu’elle poursuit, qu’en présence d’un contexte sanitaire marqué par un niveau particulièrement élevé de diffusion du virus », peut-on lire dans l'ordonnance rendue ce 14 avril.

Le ministère de la Santé contre la réouverture des galeries

Par Léa Amoros

QDA - 08 avril 2021 


Ce jeudi 8 avril, suite au dépôt, le 25 mars, d'un recours en référé-liberté, le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) contestait devant le Conseil d'État les dispositions du décret du 2 avril 2021, imposant la fermeture aux galeries d'art. Le CPGA demande que les galeries soient autorisées à accueillir du public au même titre que les maisons de ventes, librairies et disquaires, soulignant qu'elles présentent un risque sanitaire équivalent voire moindre. L'ouverture des maisons de ventes notamment, dont l'activité est très comparable à celle des galeries, entraîne, selon le CPGA, une distorsion flagrante de règle à la concurrence. Une dérogation justifiée pour le gouvernement par les ventes judiciaires, « essentielles au fonctionnement du service public, plus encore avec la crise sanitaire et le nombre accru de successions ». Un argument irrecevable pour le CPGA qui rappelle que « parmi les 24 % des maisons de vente qui ne s'appuient pas sur les ventes judiciaires figurent les plus importantes dont Sotheby's, Christie's ou Drouot ». Drouot qui réalisait en 2019 302 millions d'euros d'adjudication dont 299 millions de ventes volontaires. Le ministère sourd à ces revendications brandit inlassablement l'argument du statut ERP (établissements recevant du public), les galeries étant classées parmi les commerces dont il a décidé la fermeture. « Bien sûr si l'épidémie baisse, les règles concernant les galeries seront les premières à être réexaminées. Mais pour l'instant et vu la situation sanitaire désastreuse, le risque n'en vaut pas la chandelle », conclut Charles Touboul, directeur des affaires juridiques du ministère de la Santé. Malgré une audience en demi-teinte, Marion Papillon, présidente du CPGA, ne regrette pas d'être « montée au créneau ». « Il faut rendre publiques ces règles arbitraires. Les arguments invoqués par la défense étaient sans justification et montrent une méconnaissance flagrante du milieu. Espérons que le Conseil d'Etat sera sensible à cette atteinte grave et manifestement illégale, permettant aux galeries de rouvrir au moins partiellement ». Galeries et ministère de la Santé ont jusqu’au vendredi 9 à 18h pour étayer leurs dires. L'ordonnance sera prononcée la semaine prochaine. 


FINDLAY GALLERIES


Findlay Galleries est la deuxième plus ancienne galerie d’Amérique. Principalement dans l’impressionnisme, l’art moderne et un groupe établi d’artistes contemporains.


En 1870, William Wadsworth Findlay fonde sa première galerie, appelée City Art Rooms, à Kansas City, dans le Missouri.


En 1919, la présidence de la galerie est confiée au fils aîné de Findlay, Walstein C. Findlay, Sr. Findlay, Sr. a été chargé d’apporter l’art européen – y compris les paysages et les portraits anglais du XIXe siècle, les œuvres de genre allemandes et les peintures impressionnistes et barbizoniennes françaises – à la collection de la galerie.


La troisième génération de dirigeants de Findlay a vu le jour lorsque Walstein C. Findlay Jr. (Wally) s’est joint à l’entreprise familiale. La galerie, aujourd’hui appelée Wally Findlay Galleries, est devenue une destination culturelle connue à Kansas City. Wally Findlay Galleries a établi son deuxième emplacement, à Chicago, en 1931.


Répondant aux besoins de ses clients, les galeries continuent de se développer de manière spectaculaire, ouvrant des sites à Palm Beach (1961), New York (1964), Paris et Beverly Hills (1971).


Naturellement, les styles de travail représentés par Wally Findlay Galleries tout au long de son histoire ont reflété les différentes écoles d’art de chaque période, de l’impressionnisme dans les années 1870, au fauvisme au début du XXe siècle, et à travers les mouvements contemporains ultérieurs.


Aujourd’hui, le président et chef de la direction de l’entreprise, M. James R. Borynack, qui a fait l’acquisition de l’entreprise à la fin de 1998, perpétue l’excellence artistique.


En 2016, Wally Findlay Galleries a fait l’acquisition de la David Findlay Jr Gallery, réunissant l’entreprise d’art familiale de 146 ans et reprenant le nom original de Findlay Galleries.


Les galeries Findlay situées à :

Palm Beach :

165, avenue Worth, Palm Beach (Floride), 33480

New York :

724 Fifth Avenue, 7th & 8th Floor, New York, NY, 10019


Les galeries font de la résistance 


Par Rafael Pic, Alison Moss, Julie Chaizemartin, Léa Amoros 

QDA -  31 mars 2021 à 21h38 

Dans l'attente de la décision du Conseil d'État après la procédure de référé lancée la semaine dernière, les galeries essaient d'inventer de nouvelles manières d'exister. Une preuve de résilience qui est aussi un combat pour survivre, que les annonces présidentielles d'hier vont rendre encore plus ardu. 

Outre son tragique bilan humain, la pandémie restera dans nos mémoires pour la sensation d'absurde qu'elle dégage au quotidien. Oui au supermarché pour toucher et reposer des produits et s'agglomérer aux caisses car « essentiel », non au musée et à la galerie où l'on ne manipule rien car « non essentiel ». Jusqu'à quel point l'exécutif a-t-il mandat pour déterminer l'essence des choses ? Face à des décisions considérées comme arbitraires par les commerces visés, la résistance s'organise. Le référé déposé par le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) auprès du Conseil d'État (audience ce vendredi) s'ajoute aux appels lancés par d'autres voix : le Syndicat national des antiquaires (par une lettre du 22 mars à Roselyne Bachelot), le Salon du dessin, par l'intermédiaire de son président, Louis de Bayser, ou encore le conseil municipal du VIe arrondissement qui a voté hier à l'unanimité pour la réouverture des galeries et qui entend présenter ce vœu au Conseil de Paris du 13 au 16 avril. Dans cette situation adverse, voici quelques stratégies développées par des marchands qui veulent à tout prix défendre leur métier et leurs artistes.

Extension du domaine de la galerie en vitrine 

Étalagiste est un véritable métier, et de grands créateurs l'ont exercé au début de leur carrière, comme Andy Warhol ou Giorgio Armani. Les galeries étaient plutôt en retrait sur ce registre, préférant cacher leurs trésors à l'intérieur, d'autant plus qu'ils peuvent souffrir d'une trop grande exposition à la lumière. Mais il a fallu utiliser au maximum les espaces disponibles, d'où l'initiative « À visage découvert » qui fédère, du 1er au 20 avril, plus de vingt galeries de la rue des Beaux- Arts et l'ENSBA. « Nous avons souhaité humaniser le masque en abordant le portrait, qui présente par ailleurs l'avantage d'être très lisible et nous a aussi permis de mêler le contemporain à l'art primitif », explique Marie-Hélène de la Forest Divonne, dont la galerie a abordé la question avec humour, en présentant un cliché d'Elsa & Johanna dévoilant deux femmes allongées, le visage enduit d'un masque de beauté. Au programme : une Marianne masquée du street artist Hopare (Loeve&Co), un portrait hanté de Zoran Music (Applicat-Prazan), un masque « Murik lewa » provenant des Îles Schouten en Papouasie Nouvelle-Guinée (Entwistle) ou encore une étude de Bacon pour sa célèbre toile représentant le pape Innocent X d’après Vélasquez (JSC)... Afin d'attirer le regard du passant distrait vers les vitrines, le créateur de mode Jean- Charles de Castelbajac apporte son grain de sel en traçant à la craie des portraits sur les façades. Une manière de profiter des galeries tout en respectant à la lettre la notion de « confinement à l’extérieur » imposé par l'Élysée... 

Le salut par le livre 

Hervé Loevenbruck et Stéphane Corréard ont trouvé une nouvelle parade avec un fronton flambant neuf siglé « Librairie », passant en un week-end du statut de magasin d'histoire de l'art pour Love&Collect (créé lors du premier confinement) et de galerie pour Loeve&Co à une nouvelle aventure. « Ce mois-ci, nous sommes libraires : moyennant 80 euros de frais, nous avons fait modifier notre Kbis, ce qui entraîne automatiquement le changement de code APE. Naturellement, l’opération est parfaitement réversible », explique Stéphane Corréard. Durant les prochaines semaines de confinement, les deux adresses proposeront à la vente des livres d'art tout en conservant en décor l'exposition « Milan Kunc & Philippe Mayaux ». Pour Charles Geoffrion, en charge de l'espace, l'idée est venue naturellement : « Le livre d’art fait partie intégrante de notre métier de galeriste, et plutôt que de subir les décisions gouvernementales, nous avons décidé d'en profiter. » C'est l'occasion d'annoncer le lancement d'une collection éditoriale consacrée aux artistes dont le travail est mal documenté. « Depuis le début de cette campagne, nous avons reçu en dépôt plus de 80 ouvrages, vendus entre 6 et 1000 euros, d’artistes, galeristes, éditeurs et indépendants. D'ici la quatrième semaine, nous espérons atteindre plus de 150 références. » La galerie Waltman, rue Mazarine, avait déjà le statut de librairie, ce qui permet à l’exposition du peintre Julien Graizely, ouverte début mars, d’être accessible au public, d’autant que le quartier reste très passant, moyennant quelques livres installés en regard des œuvres. « Nous voyons arriver un nouveau public, les amateurs de musées frustrés, mais aussi les habitants du quartier qui redécouvrent leurs galeries et souhaitent les soutenir, et même certains professionnels qui ne venaient plus », indique Olivier Waltman, précisant que si les aides de l’État ont été les bienvenues, « cette période de crise nous a aussi obligé à revenir à une dimension plus entrepreneuriale avec la nécessité de penser sans cesse à court terme ». Ce modèle de galerie-librairie préexistait chez Perrotin, Ropac, Florence Loewy, Marian Goodman, Semiose, Artfever ou encore Yvon Lambert. La crise aura eu le mérite de le révéler à un plus large public.

Et pourquoi pas une épicerie ? 

À la Galleria Continua, qui a ouvert son antenne parisienne au 87, rue du Temple le 20 janvier dernier, la question de la fermeture ne s’est pas posée puisque son concept protéiforme permet légalement au lieu de rester ouvert : « Notre exposition inaugurale, curatée par JR, présente nos 70 artistes au sein d’un modèle particulier qui mixe la galerie avec une librairie d’art et une épicerie fine. » On y trouve du pecorino à la truffe, du salami de cochon sauvage au fenouil, de l'huile d'olive de San Gimignano, du Chianti Classico de Casenuove, l'idée étant de trouver des produits issus des lieux où sont implantés les galeries. « Après l’ouverture, dans le respect strict des règles sanitaires, nous avons accueilli en moyenne 600 à 700 personnes par jour. La visite se fait sur réservation pour respecter une jauge limitée et éviter la queue sur le trottoir », explique Lorenzo Fiaschi, co- fondateur de la galerie, en affirmant son soutien à l’action du CPGA car, selon lui, l’ouverture des galeries répond à « une urgence » pour l’ensemble des acteurs du secteur. 

Chaussures, cercueils et vente à domicile 

Afin d'insuffler un peu de « gaieté et de fraîcheur dans ce contexte de sinistrose », la marchande d'art Caroline Smulders a accueilli du 26 au 29 mars la collection printemps-été de la marque de chaussures Karine Arabian dans ses bureaux- showroom. Habituée à croiser les disciplines (elle ne possède pas de galerie « traditionnelle » et investit régulièrement différents lieux), Smulders a pu de cette manière « nouer de nouveaux liens » avec des personnes différentes, dans un cadre intime, discrètement orné d'œuvres de sa propre collection ou ayant un lien avec la chaussure (on retient notamment de délicates gravures d’Allen Jones). Même pied de nez ironique chez Hélianthe Bourdeaux-Maurin (H Gallery), représentative d'une nouvelle génération que la situation met sur la corde raide. « Il semblerait que nous soyons dans l'obligation de nous réinventer en ce que nous ne sommes pas alors que nous sommes absolument essentiels (les visiteurs privés de musées n'ont cessé de nous le répéter). Pas de librairie pour moi mais une transformation en magasin indémodable, avec de vraies urnes, des cercueils en bois et une tombe (avec de la vraie terre et une vraie pelle). Le tout customisé ou transformé en œuvre d'art et entouré d'une danse macabre faite de vanités créées par 18 formidables artistes. Le CPGA a engagé une action nécessaire et légitime et si nous n'obtenons pas gain de cause, j'ai l'intention de préparer une réouverture en... pompes funèbres ! » En décembre 2020, la galerie Guillaume entreprenait de son côté un voyage de deux jours, entre Paris et Saint- Émilion. « Avec la pandémie, nos clients de province n'étaient pas enclins à voyager à Paris, alors nous sommes allés à eux », explique, amusé, le fondateur, Guillaume Sébastien. Dans le coffre de sa camionnette de location, il avait embarqué une quinzaine d'œuvres, renouant avec « la bonne vieille méthode de la vente à domicile. Finalement, nos clients ont été reconnaissants de cet effort, ils ont pu se projeter plus facilement en voyant les œuvres accrochées dans leur intérieur, et presque toutes ont été vendues ! » Autant de pistes pour faire face et garder le moral dans l'attente du seul objectif fondamental : la réouverture.


Jean Brolly va fermer 

Par Julie Chaizemartin
QDA - 28 mars 2021  

À 80 ans, Jean Brolly a perdu le feu sacré. « J’arrête, non à cause de la pandémie, mais parce que je ne suis pas satisfait des affaires depuis plusieurs années », confie-t-il. Sa dernière exposition, avant la fermeture de sa galerie de la rue de Montmorency, titre avec émotion « Dans l’amitié de Bernard Aubertin » (prévue jusqu'au 7 mai) : hommage à douze ans d’harmonie avec l’artiste, mort en 2015. Une harmonie, doublée d’amitiés, qui a émaillé vingt ans d’activité d’un galeriste « défenseur des artistes » selon Mathieu Cherkit (exposé actuellement dans l’espace-vitrine de la galerie), peintre repéré en 2010 au Salon de Montrouge et devenu un des « artistes- maison de ces dernières années ». Jean Brolly a ouvert en 2001 – avec une exposition de Claude Rutault – pour occuper sa retraite, en créant plus qu’une galerie, « une maison pour les artistes ». Amateur d’art depuis sa jeunesse, il a évolué professionnellement dans l’univers des arts de la table et collectionnait au point de déposer une partie de ses œuvres au musée de Strasbourg, sa ville natale. Dès les années 1970, il s’intéresse à Buren, Toroni, Rutault, un goût pour l’art minimal et conceptuel qui se retrouvera dans sa galerie, un espace sous verrière qui accueille, de 2001 à 2021, près de 170 expositions d’artistes établis, tels que Yun Hyong-Keun, Steven Parrino, Ben, Felice Varini, Michel Verjux, François Morellet, Eugène Dodeigne, Alan Charlton, David Tremlett, Paul-Armand Gette, et de jeunes talents comme Nicolas Chardon, Mathieu Cherkit, Mathieu Bonardet ou Christelle Téa. La galerie participe à la FIAC (lorsqu’elle était Porte de Versailles), Art Paris, Art Bruxelles, Art Cologne, et même aux foires de Séoul, Abu Dhabi, Moscou. 

« J’aurais aimé être le doyen des galeristes parisiens, mais il y a Claude Bernard ! », lance-t-il, le sourire dans la voix. Ce printemps voit donc les deux dernières expositions avant le baisser de rideau. Mais son parcours va continuer : « J’aime trop les peintures, les objets de toutes sortes et je les accumule – un stand à Paul Bert Serpette sera mon prochain port d’attache ». 


GALERIE JEAN BROLLY

Montrer l’art contemporain à un large public, tant aux néophytes qu’aux connaisseurs, dépasser le stade du conseil privé, amical et donner accès aux œuvres à celui qui veut s’y intéresser… ce sont les objectifs que je me suis fixés en ouvrant une galerie, en 2002.

La galerie est le lieu où l’éblouissement devant l’œuvre d’art peut survenir et le désir du collectionneur se cristalliser. Le rôle du galeriste est celui d’un amplificateur, placé entre l’artiste et l’amateur d’art (collectionneur, étudiant, curieux, conservateur, critique, etc.). Le signal émis par l’artiste est en quelque sorte porté plus fort et plus loin.

L’exposition se parcourt comme une promenade autour du jardin du cloître. les galeries couvertes nous conduisent naturellement vers la salle principale. les grandes ouvertures vitrées sur le jardin laissent entrer une belle lumière qui met en valeur les œuvres accrochées sur les panneaux latéraux.

La déambulation dans les couloirs nous fait d’ailleurs vivre un moment subtil et particulier que l’on n’éprouve pas d’ordinaire dans les expositions. contrairement à la vision frontale plus courante, l’étroitesse relative du couloir nous invite à aborder l’œuvre de biais. Cette approche par un balayage latéral à la manière d’un travelling nous la fait découvrir peu à peu.

Les œuvres ont été choisies pour refléter un éventail des propositions artistiques de la galerie : peinture, sculpture, dessin, photographie.

Néanmoins, il m’est possible de dégager de leur diversité des traits communs dont le plus important me semble être cette volonté de tendre vers la limite du domaine choisi : la couleur (Bernard Aubertin, Alan Charlton), le protocole (Nicolas Chardon, Rémy Hysbergue, François Morellet, Claude Rutault), la figuration (Tatjana Doll, Daniel Schlier), le geste premier (Namgoong Whan, Sarkis, Pierre Savatier).

Cette spécialisation, la transversalité – qui est l’inverse de ce que l’on nomme le multimédia –, permet l’élaboration d’œuvres autonomes, libres, superbes.

Ces qualités de simplicité, d’efficacité vont droit au cœur des amateurs d’art et détermine en quelque sorte le beau.

 

Jean Brolly


La particularité de la galerie tient à la personnalité de Jean Brolly. 

Jean Brolly (né en 1941) est un amateur d’art contemporain qui a toujours cherché à entretenir des relations très étroites avec les artistes qu’il estime et qui lui ont accordé leur amitié en retour. Sa collection reflète l’histoire de ses rencontres. 

Au moment de sa retraite, il décide d’ouvrir une galerie afin de disposer d’un outil de diffusion tourné vers le public et dépasser ainsi le cercle restreint des relations privées. 

La galerie a ouvert ses portes en janvier 2002. Elle est située dans le quartier du Marais, non loin du Centre Georges Pompidou et occupe un espace sous verrière de 150 m2 en fond de cour. 

Le programme artistique de la galerie repose sur deux catégories d’artistes. D’une part, les artistes avec lesquels Jean Brolly a des relations anciennes : Bernard Aubertin, Alan Charlton, François Morellet, Sarkis, Pierre Savatier, David Tremlett, Felice Varini, Michel Verjux. D’autre part des jeunes artistes qui ont pour la plupart, fait leur première exposition personnelle à la galerie : Adam Adach, Simon Boudvin, Nicolas Chardon, Tatjana Doll, Rémy Hysbergue, Jan Kämmerling, Tadzio, Gabriel Vormstein, Namgoong Whan. 

Depuis janvier 2009, il ouvre sur rue, à la même adresse, un petit espace appelé « la vitrine » dévolu à des projets divers ou à de jeunes artistes. 

Elle réalise 7 à 8 expositions par an et participe à différentes foires d’art en France (Art Paris, Drawing Now) et à l’étranger (Abu Dhabi, Bologne, Bruxelles, Art Cologne, Art Genève, New-York, Séoul).

Par ailleurs, la galerie gère les successions de Bernard Aubertin et François Ristori. 

La galerie Jean Brolly est membre du Comité professionnel des galeries d'art

La Galerie Jean Brolly est une galerie d’art contemporain, située dans le Marais, à Paris. Active depuis 2002, la galerie cultive en priorité ses affinités avec un medium particulier : la peinture, figurative ou abstraite. La Galerie Jean Brolly propose surtout des expositions personnelles, mais ne se refuse pas quelques expositions collectives (« Sur le fil », 2016). Si la peinture reçoit la part belle, photo, techniques mixtes, sculpture et installation y font aussi parfois quelques incursions. Les matériaux naturels (peinture à l’huile, bois, métal, toile, verre...) sont ici omnipotents. 

La Galerie Jean Brolly : la part belle à la peinture contemporaine 

Si l’exploration des potentialités de la peinture relève ici presque du sacerdoce, pour autant, la picturalité est aussi interrogée au-delà du medium. Parfois elle déborde sur la lumière pure (avec les installations de Michel Verjux). Parfois, elle mord sur la photographie d’histoire (avec Adama Kouyaté). La photographie graphique s’invite aussi de temps à autre (avec Tadzio, Bernard Voïta). Et avec Ben, c’est l’écriture qui entre dans le champ du tableau. Avec François Morellet et Felice Varini, l’abstraction s’affirme, envahit les murs. Quant à Paul-Armand Gette, il lui arrive de revisiter des thèmes « classiques » de la peinture, Origine du monde incluse (avec son diptyque photographique Les divines jambes d’Artémis, 2003). 

Peinture contemporaine internationale, mais aussi multiples et éditions d’art 

Les choix de Jean Brolly, en matière de peinture et d’art contemporain, forment des constellations affectives. Sans se limiter à la création française, c’est toute une picturalité mondiale (Pologne, Royaume-Uni, États-Unis, Belgique...) qui circule dans l’espace de la galerie Jean Brolly, au fil des expositions. Des multiples sont également produits par la galerie, ainsi que les catalogues des expositions organisées. Intergénérationnels, les artistes représentés par la galerie cultivent un amour certain pour la peinture contemporaine. Loin des modes et des dernières tendances, la recherche d’une forme d’atemporel s’oriente ici, à contre-courant, vers des matériaux plus traditionnels. 


GALERIE GAGOSIAN


Fondée par Larry Gagosian à Los Angeles en 1980, Gagosian est une galerie mondiale spécialisée dans l'art moderne et contemporain qui emploie plus de trois cents personnes dans dix- sept espaces d'exposition aux États- Unis, en Europe et en Asie. En plus de ses galeries, Gagosian est à la pointe du marché numérique avec des salles de visionnage en ligne innovantes, programmées pour coïncider avec les grandes foires d'art, qui incluent des œuvres hautement désirables d'artistes de premier plan d'aujourd'hui, une tarification transparente, une bourse historique et une analyse approfondie du marché. 

Gagosian travaille avec un large éventail d'artistes vivants de renom, dont Georg Baselitz, Joe Bradley, John Currin, Rachel Feinstein, Urs Fischer, Ellen Gallagher, Reaster Gates, Katharina Grosse, Mark Grotjahn, Jennifer Guidi, Andreas Gursky, Michael Heizer, Damien Hirst , Titus Kaphar, Anselm Kiefer, Jeff Koons, Vera Lutter, Sally Mann, Brice Marden, Takashi Murakami, Albert Oehlen, Giuseppe Penone, Richard Prince, Nathaniel Mary Quinn, Nancy Rubins, Ed Ruscha, Jenny Saville, Richard Serra, Taryn Simon, Rudolf Stingel, Sarah Sze, Adriana Varejão, Jeff Wall, Mary Weatherford, Rachel Whiteread et Jonas Wood, ainsi que les maîtres du design Frank Gehry et Marc Newson

Depuis sa création, Gagosian a préparé et présenté des expositions de qualité muséale inégalées d'œuvres d'artistes historiques tels que Arakawa, Diane Arbus, Richard Artschwager, Francis Bacon, Louise Bourgeois, Alexander Calder, Willem de Kooning, Walter De Maria, Lucio Fontana, Helen Frankenthaler, Alberto Giacometti, Howard Hodgkin, Roy Lichtenstein, Man Ray, Piero Manzoni, Agnes Martin, Claude Monet, Henry Moore, Jackson Pollock, Cy Twombly, Andy Warhol, Tom Wesselmann et Zao Wou-Ki, entre autres. Les expositions Picasso révolutionnaires de la galerie, organisées par le savant John Richardson à New York et à Londres, ont attiré des centaines de milliers de visiteurs. En 2019, Larry Gagosian a organisé une exposition de chefs-d'œuvre de Picasso en hommage à Richardson après sa mort. 

Depuis 1985, lorsque Gagosian est devenue la première galerie à établir une maison d'édition qui produit une vaste gamme de catalogues raisonnés, de monographies, de livres d'artistes, de catalogues d'expositions savantes et d'éditions limitées, la galerie a publié plus de cinq cents titres, rivalisant avec la production de éditeurs spécialisés dans les arts traditionnels. Les éditions imprimées et en ligne du Gagosian Quarterly offrent un accès unique aux artistes dans leurs studios et chez eux grâce à des interviews et des profils perspicaces de et par les plus grands professionnels du monde de l'art. La boutique Gagosian de New York propose une sélection convoitée de livres rares, d'éditions d'art, de collaborations uniques, d'affiches, de bijoux, de vêtements et d'appareils photo Leica. 

Gagosian développe depuis longtemps une programmation culturelle et des événements avec des artistes, notamment des performances, des visites d'expositions, des conférences publiques, des projections de films et des visites de studios. La galerie s'engage depuis longtemps à travailler avec les artistes et à les conseiller sur tous les aspects de la planification de leur héritage. En 2018, la galerie a lancé son programme Building a Legacy, réunissant des artistes et leur personnel de studio avec des experts dans le domaine des successions d'artistes, des fondations à but non lucratif et de la gestion du patrimoine à travers une série de symposiums. 

Avec des espaces d'exposition conçus par des architectes de renommée mondiale tels que Caruso St John, Richard Gluckman, Richard Meier, Jean Nouvel, Selldorf Architects et wHY Architecture, Gagosian est en mesure de présenter un large éventail de projets convaincants, y compris des travaux aussi variés que ceux de Jenny Saville des représentations picturales de la forme humaine, des sculptures et des dessins monumentaux emblématiques de Richard Serra, et une recréation de la peinture murale temporaire et spécifique au site de Roy Lichtenstein, Greene Street Mural

Galeries, vers la fin de la sédentarité ? 

Par Roxana Azimi - Quotidien de l’Art - 22 octobre 2020 


Depuis la pandémie de Covid-19, les galeries tentent de compresser leurs charges jusqu’à remettre en question la viabilité d’une vitrine fixe. 



Pop-up, project-space, accrochage-salon, temps partagé façon La maison de Rendez-vous à Bruxelles. Depuis longtemps, les galeries se creusent les méninges pour trouver une alternative au lieu – et charges! – fixe(s). La crise liée au Covid-19 et les mois de confinement, qui les ont contraintes à payer d’importants loyers sans pouvoir ouvrir boutique, a ravivé cette question lancinante : faut-il renoncer à l’espace de la galerie ? Caroline Smulders en est convaincue. « On devra se montrer plus souple que jamais », estime-t-elle. L’exposition du sculpteur autrichien Stephan Balkenhol, dont elle est la commissaire au Palais d’Iéna, a certes été financée par une galerie puissante qui a pignon sur rue, Thaddaeus Ropac. « Mais ce que j’apporte, précise Caroline Smulders, c’est l’idée initiale et mon engagement à temps complet dans ce projet pour le mener à bien, ce qu’une galerie qui doit gérer le quotidien ne peut pas faire. »

« On peut s’en sortir sans espaces, d’autant que sans repères, on peut être créatif », veut croire Aline Vidal, qui vient d’achever la troisième édition de ses De(s)rives, expositions organisées dans des lieux inhabituels – cette fois le remorqueur Archimède amarré près de la Bastille. Pour Eva Taïeb, fondatrice de la galerie en ligne The Fibery, spécialisée dans les oeuvres textiles, l’idée n’est pas tant « de faire des économies que de changer de stratégie économique ». 


Être le plus agile possible 


C’est armée des mêmes intentions que Charlotte Ketabi, ancienne de la galerie Nathalie Obadia, a lancé en juillet Ketabi Projects. 

Cette structure nomade compte présenter dans des lieux à chaque fois différents de jeunes artistes émergents comme Inès Longevial, dont elle orchestre la première exposition du 1er au 10 décembre aux Grandes Serres à Pantin, ainsi que des accrochages plus mixtes mêlant art contemporain et ancien.


« Cela n’a pas de sens de louer un espace permanent dans le centre de Paris pour montrer des jeunes artistes pas encore assez chers pour que la location de l’espace soit rentable », observe la jeune pragmatique qui espère « réduire les frais d’au moins 30 % par rapport à une galerie classique, émergente, qui n’a qu’un ou deux salariés mais un loyer dans le centre de Paris à payer tous les mois ». En se libérant de toute attache, Charlotte Ketabi se veut surtout « le plus agile possible » pour monter des expositions « quand je le veux et où je le veux ». Et, pourquoi pas aux États- Unis, en Chine ou dans le Moyen-Orient dès que tels déplacements seront envisageables. Ces chevaux-légers ressentent d’autant moins l’impératif d’une vitrine que les foires, longtemps rétives, leur déroulent désormais le tapis rouge. Caroline Smulders a ainsi exposé en septembre sur Art Paris et précédemment à Drawing Now, tandis que Galeristes accueille jusqu’à dimanche the Fibery.

« Pendant le confinement, les galeries ont été fermées au public et leurs expositions annulées ou invisibles. Ont-elles pour autant cessé d’être des galeries ? Non, rappelle d’ailleurs Stéphane Corréard, patron de Galeristes. Ce qui leur paraissait parfois inenvisageable est devenu une nécessité, voire une évidence : faire vivre leurs liens avec leur communauté autrement qu’à travers leurs espaces physiques. » Pour Guillaume Piens, directeur d’Art Paris, « il faut rester ouvert d’autant qu’on voit l’émergence de nouveaux modèles de galerie, qui fonctionnent comme des bureaux de production, une évolution qu’on ne peut pas nier. » 


« Une vitrine permanente est rassurante » 


Reste que l’absence d’adresse fixe a ses limites. La courte durée des expositions et leur rythme discontinu réfrènent parfois les collectionneurs. Pas simple non plus de s’assurer l’exclusivité d’artistes qui aspirent à davantage de stabilité. D’anciens galeristes nomades ont d’ailleurs choisi de se sédentariser, tel Arnaud Faure Beaulieu, ancré dans un bureau et un espace à Paris, ou Sans titre (2016), qui, après avoir été nomades les trois premières années de son existence, a pris pied rue du Faubourg Saint Martin, dans le 10ème arrondissement. Charlotte Ketabi, qui finalise l’exposition d’Inès Longevial, le reconnait, « une partie du travail doit se faire en amont pour faire venir les conservateurs, critiques d’art, journalistes et collectionneurs sur une courte durée ». Tout en admettant « qu’une vitrine permanente est rassurante et elle a certainement du sens pour les galeries installées depuis longtemps, dotées d’un réseau solide », Eva Taïeb n’en démord pas et conclut : « pour les jeunes galeries, la mobilité est bénéfique ». 



GALERIE THADDAEUS ROPAC


La Galerie Thaddaeus Ropac est une galerie d’art contemporain présente à Salzbourg, Paris, Pantin et Londres. C’est en 1983 que le galeriste autrichien Thaddaeus Ropac crée sa première galerie, à Salzbourg. En 1990, la Galerie Thaddaeus Ropac ouvre une succursale à Paris, dans le Marais. En 2010, un second espace est ouvert à Salzbourg, avec une vaste surface de 2500 m2. Dans la même dynamique, en 2012, la galerie s’adjoint une espace de 5000 m2 à Pantin (à quelques stations de métro de Paris). Courant 2017, une vaste succursale londonienne doit voir le jour dans le quartier de Mayfair (1500 m2). Dans l’ensemble, la galerie défend des artistes internationaux confirmés. Tous sites confondus (Autriche et France), elle organise une trentaine d’expositions par an, essentiellement personnelles. Peinture, sculpture, photo, installation, vidéo, performance, danse, dispositif… Les galeries du Marais et de Pantin organisent respectivement, en moyenne, dix et cinq expositions par an.



« La sculpture de Tony Cragg offre un mélange fascinant d’ordre et de désordre, d’équilibre et de déséquilibre, de méthode et de folie, nous encourageant à réfléchir à notre place dans le monde et à ce qu’il y a en dessous. » La sculpture est vue jusqu’au samedi 17 octobre dans la galerie du Marais à Paris.



Galerie Lelong & Co


La Galerie Lelong & Co. est établie à Paris et New York. Elle a été fondée par Jacques Dupin, Daniel Lelong et Jean Frémon. Dans son espace parisien, la galerie expose depuis 1981 les œuvres récentes d'artistes de rayonnement international. Les années 80 ont été marquées par des personnalités aujourd'hui considérées comme historiques tels Joan Miró, Antoni Tàpies, Francis Bacon, Louise Bourgeois, Eduardo Chillida, Paul Rebeyrolle, Pierre Alechinsky, mais aussi de la génération suivante : Konrad Klapheck, Jan Dibbets, Donald Judd, Robert Ryman, Richard Serra, Jannis Kounellis, Arnulf Rainer, Nicola De Maria, Jan Voss. Dans les années 90, sont venus des artistes représentatifs de mouvements majeurs de l'art contemporain : Sean Scully, Günther Förg, Andy Goldsworthy, Ernest Pignon-Ernest, Antonio Saura. La galerie a aussi développé la reconnaissance mondiale de l’œuvre d’Ana Mendieta. Au cours des années 2000, la Galerie Lelong a accentué la diversité géographique et expressive des artistes : la sculpture et l'objet avec Jaume Plensa, David Nash, Wolfgang Laib, Kiki Smith, Rebecca Horn, Barry Flanagan, jusqu'aux installations de Barthélémy Toguo et Lin Tianmiao, mais aussi et toujours la peinture : David Hockney, Leon Kossoff, Robert Motherwell, Kate Shepherd, Nalini Malani, Nancy Spero, Juan Uslé et Ettore Spalletti. La Galerie Lelong dispose d’un important secteur d’éditions qui produit et diffuse des gravures, lithographies, impressions numériques et multiples, en assure leur connaissance par la réalisation de catalogues raisonnés. Elle travaille à la production de sculptures monumentales dans le cadre de commandes publiques et privées. Elle participe aux grandes foires internationales d'art contemporain (Art Basel, Art Basel Miami Beach, Art Basel Hong Kong, Fiac Paris, Frieze Londres, Frieze New York, Arco Madrid, Art Brussels, Expo Chicago…). La galerie est dirigée par Jean Frémon, Daniel Lelong et Patrice Cotensin à Paris et par Mary Sabbatino à New York. 


L’exposition "David Hockney : Ma Normandie" est désormais visible dans les trois espaces. Le spectacle rassemble onze nouvelles peintures ainsi qu’une série de tirages au jet d’encre sur papier de David Hockney. L’accès est gratuit mais limité en raison de la situation sanitaire actuelle. Il est fortement recommandé de réserver son billet en ligne, en cliquant sur le lien dans la bio de la galerie. En raison de la situation actuelle, il n’y aura pas de réception d’ouverture. 



David Hockney : Ma Normandie Jusqu’au 23 décembre 2020 13 rue de Téhéran & 38 avenue Matignon, Paris David Hockney Photo : Fabrice Gibert / Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris.



GALERIE PERROTIN


Emmanuel Perrotin fonde la galerie Perrotin en 1990 à l’âge de vingt-et-un ans. Il a depuis ouvert plus de dix-huit espaces différents, afin d’offrir des dispositifs de plus en plus stimulants à la création. Il accompagne les artistes, certains depuis plus de vingt-cinq ans, dans le développement de leurs projets les plus ambitieux. La galerie Perrotin compte neuf espaces dans le monde avec des galeries à Paris, Hong Kong, New York, Seoul, Tokyo et Shanghai. La totalité de ses espaces représente une superficie de 7100 mètres carrés.


A Paris, la galerie Perrotin est située dans le Marais : elle est installée au 76 rue de Turenne, dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle depuis 2005, ainsi que depuis 2007 au 10 impasse Saint-Claude, totalisant une surface de près de 1600 m² sur trois niveaux. Dans la même rue, la Salle de Bal, un showroom de 700 m², est inaugurée en 2014 dans l’Hôtel d’Ecquevilly dit « du Grand Veneur » datant du XVIIe siècle. En juin 2020, la galerie inaugure un nouvel espace de 70 m2 avenue Matignon dans l’ouest parisien, portant la superficie totale de la galerie à Paris à 2370 m².


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