MUSÉES

Cluny vise une réouverture au printemps 2022 

Par Jade Pillaudin - QDA - 17 octobre 2021  

Actuellement investi dans le parachèvement du plan « Cluny IV», vaste chantier enclenché en 2015 et délégué par l'État à l'OPPIC (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture), le musée national du Moyen Âge, fermé au public depuis le 28 septembre 2020, s'attelle cet automne au renouvellement de son parcours d'exposition, à quelques mois de sa réouverture au printemps prochain : « Toutes nos collections seront réorganisées chronologiquement, du Ve siècle aux années 1520, avec des insertions thématiques, si bien qu'elles sembleront être une redécouverte, y compris pour nos habitués, indique Séverine Lepape, directrice du musée depuis 2019. Des ensembles jusqu'à présent épars seront enfin regroupés : la salle consacrée à la Sainte-Chapelle donnera à voir ensemble les Apôtres, des vitraux et un reliquaire provenant de cet édifice ; la salle consacrée à l'art de la guerre et de la chasse, avec sa vitrine spectaculaire, sera sans doute très appréciée de nos jeunes publics ; la dernière salle déploiera pour la première fois l'intégralité de la tenture de chœur de la cathédrale de Saint-Étienne, longue de plus de 40 mètres. » Certaines des 1800 pièces du musée ont eu droit à un coup de jeune : parmi elles, l’autel en marbre du XIIe siècle du couvent de Montréjeau (Haute-Garonne), a été installé et soclé ce lundi 11 octobre après plusieurs semaines de restauration. Ces aménagements constituent l'avant- étape de la modernisation de l'institution qui, en sept ans, a procédé à la restauration de son patrimoine emblématique – notamment les thermes romains (Ie - IIe siècles) et la chapelle de l'Hôtel de Cluny (fin du XVe siècle) – ainsi qu'à l'édification d'un nouveau bâtiment d'accueil de 250 m2 donnant sur le boulevard Saint-Michel. Signé par l'architecte Bernard Desmoulins – installé à l'Académie des beaux-arts le 29 septembre dernier – il respecte les normes d'accessibilité pour tous, une innovation indispensable pour un musée autrefois caractérisé par un grand nombre de ruptures de niveaux qui le rendait impraticable aux personnes à mobilité réduite. La reprise de l'entretien du jardin médiéval, en friche depuis 2010, et l'optimisation de l'insertion urbaine restent à venir. Touche finale au chantier : « Un café des Amis (dont l'aménagement est financé par notre société des Amis) viendra en cours de parcours délasser les plus fatigués », conclut Séverine Lepape

Vivian Maier 

PAR ZOÉ KENNEDY
PUBLIÉ : SAMEDI 25 SEPTEMBRE 2021 

Si elle n’a jamais connu la renommée de son vivant, Vivian Maier fascine aujourd’hui les foules, la preuve avec cette énorme rétrospective. 

How many times my potential was anonymous?” demandait Kendrick Lamar en 2015. La mort de la discrète Vivian Maier ne fera pas plus de bruit que sa vie. Anonyme parmi les anonymes, elle incarne un mystère séduisant entre pratique autodidacte, succès posthume et débats animés sur sa légitimité. Faut dire que Vivian, c’est un peu une outsider qui dérange dans ce monde ultra fermé qu’est celui de l’art. Cette native de la Grosse Pomme garde des gosses pour vivre, ne s’adonne à sa passion que dans l’ombre et ne développe même pas tous ses négatifs, probablement par manque de moyens. Pas étonnant donc que la question que beaucoup se posent à son sujet soit bien : “bon, qu’est ce qu’elle fout là ?”. 

Alors comment une banale “artiste du dimanche”, décédée sans le sou ni le succès en 2009, s’est- elle retrouvée au Panthéon de la photographie, aux côtés d’un Robert Doisneau, d’une Diane Arbus ou d’un Henri Cartier Bresson ? Tout simplement parce que Vivian Maier sait trouver la beauté partout, absolument partout. Dans la rue. Chez elle. Chez les autres. C’est à travers un parcours thématique prenant place dans une scéno magnifique signée Anne Morin, commissaire de l’expo, qu’on comprend le génie qui caractérise Vivi. Entre street scene aux allures de ballets modernes, autoportraits savamment étudiés ou compo au style bien défini, tout le savoir-faire de la photographe prend vie dans une expo ultra réussie. Et alors que les historiens de l’art s’affrontent pour savoir si Vivian Maier est une réelle artiste ou un pur produit fabriqué, nous, on a choisi de se laisser bercer par ses images. Car parfois, il faut laisser l’art faire tout le travail. Et là, croyez-nous, le taf est fait

Musée du Luxembourg à Paris, jusqu’au dimanche 16 janvier 2022


Au Louvre, une expo ultra-léchée consacrée aux échanges entre les peuples 

La Petite Galerie du Louvre s’installe dans la cour des grands ! Pour sa sixième édition, l’espace s'intéresse aux échanges entre les peuples dans une expo ultra-léchée : 'Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs'. 

Time Out - En partenariat avec le Louvre - 27 septembre 2021 

Pensée comme un lieu d’initiation à l’histoire de l’art, la Petite Galerie du Louvre se veut pédagogique, explorant chaque année un thème grâce à des œuvres issues des collections du musée. Qu’on y accompagne son petit cousin de 9 ans ou son pote pas du tout branché art, chacun y trouve son compte grâce à un travail de médiation au top. Alors que le Louvre a la réputation d’être un peu le king des musées parisiens, sa Petite Galerie, elle, n’a rien d’élitiste, et c’est un bonheur ! 

Sa nouvelle expo Venus d’ailleurs. Matériaux et objets voyageurs illustre d’ailleurs parfaitement tout ce taf éducatif fourni par les équipes du musée. Imaginé en complément du cycle d’expo que le Louvre consacre aux découvertes et explorations (Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne 1675-1919 du 30 septembre 2021 au 7 février 2022 ; Pharaon des deux terres. L'Épopée africaine des rois de Napata du 27 avril au 25 juillet 2022), l’événement nous fait clairement voyager. Grâce à un ensemble de matériaux et d’objets provenant du monde entier et une médiation super bien pensée, on se surprendrait presque à se prendre pour un explorateur. 

Véritable Indiana Jones le temps de l’expo, on découvre avec émerveillement la cornaline, le lapis- lazuli ou encore l’ivoire, des matériaux chargés d’histoire venus des confins de la terre. L’occasion de découvrir une chope à bière en ivoire sculptée avec laquelle on a bien envie de trinquer, ou une défense d’éléphant taillée que l’on est même autorisé à toucher, renforçant l’aspect ludique de l’expo. 

Qui dit “venus d’ailleurs” dit également environnements différents, où les bébêtes exotiques ont aussi bien fait flipper que fasciné ceux qui y ont été confrontés. Autruches, girafes ou éléphants aux représentations diverses sont les témoins des échanges entre continents. D’ailleurs, pour comprendre ces flux migratoires un peu complexes, une petite vidéo explicative ultra-simple scinde l’expo en deux. 

Après l’avoir visionnée tranquillement, on découvre une seconde partie qui rassemble une pléiade d’objets tous plus dingues les uns que les autres. Le plus de cet espace ? Les cartels très détaillés et hyperfaciles à comprendre qui nous racontent des histoires aussi jolies que les œuvres qu’ils accompagnent. On ressort de cette expo avec plein de fun facts à raconter, et aussi émerveillé qu’un voyageur d'antan. C’est validé ! 

Adresse : Rue de Rivoli, 75001 Paris - Aile Richelieu
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h à 18h
Accès : métro Pyramides (ligne 14, 7) ; Palais-Royal - Musée du Louvre (ligne 1, 7)
Tarifs : de 0 à 17 euros (gratuit pour les moins de 26 ans citoyens de l’Union européenne).
 


Les musées décloisonnent les arts 

Par Magali Lesauvage, Marine Vazzoler - QDA - 30 septembre 2021

Si les arts dits « décoratifs » ont depuis longtemps leurs musées dédiés, la distinction avec la peinture ou la sculpture reste incontournable dans les musées de « beaux-arts ». Mais les lignes bougent, grâce notamment à la recherche et aux artistes. 

Depuis quelques mois, le prestigieux salon de la Norenchal, écrin néo-classique niché au premier étage du musée des Beaux-Arts de Lyon, accueille les céramiques contemporaines léguées à l’institution par divers donateurs au fil des décennies, rejoignant ainsi une collection d'arts du feu remontant à l'Antiquité. Deux cents objets de créateurs des XXe et XXIe siècles, inspirés en particulier de la tradition japonaise, trouvent ainsi tout naturellement leur place entre les salles d’antiquités et de sculptures. Pour Salima Hellal, commissaire de l'exposition « Par le feu, la couleur », « la dimension universelle du musée des Beaux- Arts, initiée au début du XXe siècle par Henri Focillon, permet ces jeux de résonances ». Elle ajoute : « La muséographie même du musée écrit dans l'espace et le temps cette histoire, et permet de comprendre l'évolution du médium à partir d'un matériau commun, la terre. » 

On le voit de plus en plus : les objets des « métiers d'art » (céramique, tapisserie, mobilier, orfèvrerie...) s'inscrivent dans une histoire de l'art qui tend à se défaire des hiérarchies héritées de l'Ancien Régime. En français, les termes mêmes d'arts de la main, arts décoratifs, arts mineurs ou arts appliqués semblent aujourd'hui anachroniques – on leur préfèrerait le mot anglais de craft, exprimant à la fois l’invention et le caractère manuel. Or, au Louvre comme dans les musées « universels », les objets d'art sont encore exposés séparément du reste, bien que relevant d'une grande pluralité de médiums. 

Depuis longtemps pourtant, les artistes ne s’embarrassent plus de ces catégories : des Arts & Crafts aux Nabis, du Bauhaus aux artistes d’aujourd’hui, beaucoup ont fait entrer sans complexe la céramique, le mobilier, le textile, le verre ou la mode dans leurs pratiques. Commissaire d’exposition au Musée d’art moderne (MAM) de Paris, Anne Dressen est une ardente défenseuse d’une relecture de ces arts afin, dit-elle, d'« embrasser une vision plus large de la création ». « Les Flammes. L’âge de la céramique », qui doit être inaugurée le 15 octobre, est la troisième exposition qu’elle consacre en tant que commissaire à un art « appliqué », après « Medusa », dédiée au bijou en 2017, et « Decorum », sur le textile en 2013. Anne Dressen explique par plusieurs facteurs l'intérêt – pas nouveau mais encore peu montré — des artistes qui s'emparent de ces pratiques, mais aussi celui du public. Tout d’abord, « la technique, qui démystifie l’art, est de moins en moins un tabou ». Et de faire le lien avec les musées de société, autrefois objets d’un certain mépris, et qui connaissent un nouvel engouement. En témoigne le succès du Mucem, à Marseille, héritier du musée des Arts et Traditions populaires fondé par Georges-Henri Rivière, et de son principe : avec l’objet, l’œil s’exerce, et apprend. Les fameuses vitrines synthétiques que l'ethnologue a inventées, juxtaposant des objets du quotidien plus ou moins sophistiqués, sont par ailleurs présentées dans des expositions d’art, comme « Dioramas » en 2017 au Palais de Tokyo. Pour Anne Dressen, « montrer des typologies permet de comprendre les formes et de raconter notre lien aux
objets
». La curatrice loue à ce titre les expositions de collections privées ou encore les « period rooms » ou « integrated displays », à rebours du décor abstrait qui esthétise l’objet. Complètement repensée pendant la crise sanitaire, la scénographie du Rijksmuseum d'Amsterdam propose ainsi quelques « period rooms » dans son parcours XIXe siècle. 

Des marges au centre 

Autre constat : depuis plusieurs années, l’histoire de l’art se déploie par ce qui était considéré autrefois comme périphérique. « C’est stimulant pour le musée de déplacer les disciplines », constate Anne Dressen. À rebours d’un récit « héroïque », en grande partie mythifié, de l'art par le chef-d'œuvre unique et le génie solitaire, des constellations se font jour, tant par les acteurs et actrices de l’art que par ses pratiques. Un phénomène à mettre en parallèle avec la multiplication des expositions et recherches sur les artistes femmes, qui se sont souvent, par défaut puis par choix émancipateur, dédiées aux arts « mineurs ». L’exposition actuelle du MAM de Paris consacrée à Anni et Josef Albers le démontre amplement : partant de l’observation des formes et rythmes du réel, les textiles, vitraux, peintures et mobilier réalisés par ces grands passeurs de l’art du XXe siècle ne souffrent pas d’être distingués en tant qu’arts « majeurs » ou « mineurs ».

C’est à Anni Albers que l’historienne de l’art Ida Soulard a consacré sa thèse de doctorat. La chercheuse est partie d’une observation : une grande partie des artistes femmes du XXe siècle sont entrées dans l’art moderne par le textile. « J’étais troublée par ce constat, raconte Ida Soulard. Il y a une explication historique : les femmes n'étaient pas les bienvenues dans les formations artistiques. À l’école du Bauhaus, son directeur Walter Gropius avait cédé sous la pression de certains maîtres d’atelier qui affirmaient que la formation ne serait pas prise au sérieux s’il y avait trop de femmes. » En 1920, le Bauhaus crée un département textile, destiné aux femmes. Beaucoup de créatrices sortent de cette formation. Autrice d'une thèse consacrée à Anni Albers et aux ateliers textiles, du Bauhaus au Black Mountain College, Ida Soulard poursuit : « Pour avoir plus de libertés, certaines femmes décidèrent de s’emparer de techniques et pratiques qui ne s’inscrivaient pas dans des siècles de tradition comme la céramique, le textile et plus tard, la photographie et la vidéo. » 

Par ailleurs, de nombreux historiens et historiennes de l’art, comme Aloïs Riegl, se sont intéressés au craft pour faire « bifurquer l’histoire de l’art », ajoute Ida Soulard. Dans les années 1990 notamment, naquit une histoire commune de l’ordinateur et du tissage. Et Ida Soulard d’expliquer : « L’émergence du réseau comme figure contemporaine majeure, l’attention portée à la manière dont les processus algorithmiques façonnent notre condition contemporaine, ainsi qu’un regain d’intérêt pour l’artisanat et le design ont donné aux problématiques textiles un poids nouveau. L’histoire de l’informatique et l’histoire textile, par leurs généalogies et opérations communes, ont convergé, ouvrant des champs de recherche nouveaux entre expérimentations textiles et technologies digitales. » Dans son ouvrage Bauhaus Weaving Theory : from Feminine Craft to Mode of Design, l’historienne de l’art T’ai Smith insiste sur la position centrale de l’atelier textile du Bauhaus qu’elle définit comme un moteur théorique de premier plan pour le projet moderne dans son ensemble. Ainsi, l’histoire de ces arts dits « mineurs » est revue à l’aune de l’actualité et du monde contemporain. Pour Ida Soulard, « l’intérêt renouvelé pour le craft est à la fois lié à la crise écologique qui nous force à repenser les grandes catégorisations du savoir moderne mais aussi à la dégradation des formes de travail où l’hyperspécialisation des tâches ne nous permet plus de savoir ce que l’on fait ». Il y aurait là une nécessité d’une compréhension plus holistique des manières de travailler et de créer : exposer et penser les arts « décoratifs » y participerait. 

Sens et conscience 

Le marché de l’art, qui alimente le storytelling de l'objet unique (et donc cher), a quant à lui plus de mal à se décloisonner. Certes, les céramiques d'un Johan Creten, vendues par Emmanuel Perrotin, de sa cadette Elsa Sahal ou de Françoise Pétrovitch connaissent un réel succès. Lucio Fontana a produit toute sa vie des céramiques, mais ce sont ses peintures et installations qui restent les plus connues... et les plus chères. En 2015, la toile percée Concetto spaziale, la fine di Dio (1964) s'échangeait aux enchères contre 24 millions d'euros. Un an plus tard, le prix le plus élevé pour l'une de ses céramiques (Madonna con bambino e putti de 1956) atteignait 363 000 euros. 

Pour contrer peut-être ce diktat du « chef- d'œuvre », objet pur détaché du monde, les artistes actuels se tournent vers les arts de la matière. La sérialité et l’utilité de l'œuvre ne sont plus des gros mots. Le retour à la matérialité — notamment en réaction à un virtuel déshumanisant –, ainsi que l’intérêt pour la sauvegarde des savoirs perdus motivent les recherches de nombreux artistes. Jusqu’à faire de certaines figures comme la sculptrice et céramiste Valentine Schlegel de véritables modèles à suivre pour la jeune génération. Pour Anne Dressen, ce mouvement va de pair avec « la recherche de sens et de conscience, le besoin de faire ou encore les thématiques décoloniales ». La curatrice cite la « vraie quête spirituelle » de Jean Girel, ce céramiste passionné qui depuis des décennies cherche avec ferveur les ingrédients précis de la recette d’un émail chinois... 

La dimension collective, utopique et sociétale des arts du quotidien est également largement revalorisée. Comme dans les ateliers du Wonder, à Clichy (92), où les artistes partagent l’usage de nombreux outils et machines coûteux, notamment un gigantesque four, dont la surveillance de cuisson peut être déléguée aux uns et aux autres. À La Borne, les traditionnels Grands Feux, au cours desquels chaque année 15 fours à bois cuisent des pièces de créateurs pendant une semaine, sont une vraie fête. Enseignant des pratiques très diverses, de la vidéo à la scénographie, l’École des Arts décoratifs elle-même – dont sont issus une grande variété d’artistes, tels Kader Attia, Philippe Quesne ou Camille Henrot – est au cœur de ces réflexions, dont la portée est aussi politique. Ainsi le premier numéro de sa revue, intitulée DÉCOR, explore-t-il cette notion comme « proposition esthétique, sociale et politique dont la pertinence comme la cohérence doivent être réfléchies ». Les objets parlent pour nous : exposer ce « décor » est l’un des enjeux passionnants d’un musée d'art au XXIe siècle. 


Les musées boostent leur notoriété 

Par Roxana Azimi, Magali Lesauvage, Marine Vazzoler - QDA - 23 septembre 2021  

Dis-moi quel musée tu visites, je te dirai qui tu es... Les études de notoriété des musées permettent non seulement de mieux connaître leur public, mais aussi d'orienter leurs choix. 

Lorsqu’en septembre 2020, entre les deux confinements, le musée de l’Armée commande une étude de notoriété à l’agence l’Œil du public, son objectif est double : mesurer sa place dans le paysage culturel parisien, et évaluer son image auprès des nationalités les plus représentées dans son visitorat. Une analyse d’autant plus nécessaire que l’établissement public, qui avant la pandémie accueillait 1,2 million de visiteurs par an, compte s’engager dans un grand projet d’extension de 2024 à 2030. « On avait des hypothèses de départ, admet Angélina Infanti, responsable du service du développement du musée, mais on avait besoin d’un outil pour prendre les bonnes décisions par rapport à notre stratégie des publics. » 

Pour cela, l’Œil du public s’est appuyé sur un échantillon de 5 500 personnes âgées de 18 à 65 ans, en France, Espagne, Allemagne, Royaume-Uni et États-Unis. Deux types de notoriété ont été analysées, celle spontanée (« Quels sont les musées et monuments parisiens que vous connaissez, ne serait-ce que de nom ? ») et celle assistée (« Parmi la liste suivante des musées, monuments ou sites culturels, lesquels connaissez-vous, ne serait-ce que de nom ? »). L’étude, rendue publique lors de la 25 édition du SITEM (du 14 au 16 septembre derniers), souligne le « lien ténu, voire une confusion dans l’imaginaire collectif, entre le monument (Hôtel des Invalides) et le musée de l’Armée qu’il abrite » et une perception rendue complexe par la taille du site, le morcellement du parcours et la présence de multiples institutions au sein des Invalides – musée de l’Ordre de la Libération, musée des Plans-Reliefs... Si l’hôtel des Invalides, qui abrite le tombeau de l’empereur Napoléon Ier, est bien identifié, le musée qui le jouxte n’est pas forcément visité. Les Invalides arrivent en 9e position des musées et monuments spontanément cités par les étrangers, devant le musée de l’Armée qui se trouve en 13e place. Alors que les touristes internationaux, qui, avant la pandémie, représentaient 70 % de son audience, connaissent l’établissement, sa notoriété auprès des Français et Franciliens est faible. Pis, plus du tiers des visiteurs du musée de l’Armée n’en connaissent pas le nom ! D’où une campagne publicitaire lancée au printemps dernier avec ce slogan : « Aux Invalides, il y a aussi le musée de l’Armée. » L’image du lieu est aussi martiale. « Spontanément, les Français associent les Invalides à la dimension militaire », admet Joséphine Dezellus, en charge de l’observatoire des publics au musée. Le terme « monument » revient davantage que la dénomination « musée ». Au final, sans donner de recette magique, l’étude a fourni quelques pistes à explorer. « On pensait que Napoléon serait la porte d’entrée prioritaire, qu’il faudrait tout miser dessus, mais en fait ce n’est pas le cas, les gens sont intéressés par une variété de thématiques », conclut Angélina Infanti, qui juge judicieux de mettre davantage en avant la partie « histoire de France et du monde ». 

Levier de développement 

De telles études de notoriété restent rares dans la sphère muséale, quand les études de public sont rentrées depuis une quinzaine d’années dans les mœurs. Premier frein, le coût, de l’ordre de 8 000 à 20 000 euros sur un public français, de 15 000 à 30 000 euros sur un échantillon international. À Quimper, le musée des Beaux-Arts ne dispose pas d’instruments de mesure de sa notoriété. « C’est compliqué d’estimer la notoriété du musée, estime Fabienne Ruellan, médiatrice culturelle. Nous faisons un décompte des visiteurs et leur demandons systématiquement d’où ils viennent. » En cause : le coût de telles études pour l’établissement finistérien qui n’a pas une très grosse équipe. Faux problème, selon Olivier Allouard, qui a conduit de telles enquêtes pour le compte de la Monnaie de Paris, du château de Chantilly ou du musée d’art et d’histoire de Genève. « Dans n’importe quel secteur, on est prêt à dépenser 10 000 euros sur une enquête de notoriété, sauf dans les musées alors que la somme est dérisoire par rapport aux millions que coûte un chantier de rénovation », déplore le directeur du cabinet d’études et de sondage GECE. Et de poursuivre : « Beaucoup de gens de musées sont réticents car ils voient dans cette démarche quelque chose de mercantile, ou un blanc-seing pour obtenir des subventions. » Or, l’enquête de notoriété est surtout un levier précieux pour « savoir ce que le public connaît réellement d’un musée, ce qui le rend attractif à ses yeux », affirme Adrian Mohr, directeur de l’Œil du public.
À court terme, ces études permettent de tester les décisions, valider un tarif et améliorer le confort de visite. À moyen terme, elles permettent de dessiner des axes de développement. 

Comme les grands musées, le Mucem a mis en place dès son ouverture en 2013 un observatoire permanent des publics. « On recueille 4000 questionnaires par an, qui permettent de réaliser des synthèses saisonnières pour obtenir une ‘photographie’ des visiteurs : leur profil, leurs pratiques (fréquence de visite, choix d’expositions, etc.), leur satisfaction, leur intention de revenir », détaille Cécile Dumoulin, responsable du département du développement culturel et des publics. L’attractivité du tout jeune musée est grande : en 2015, une enquête de l’office de tourisme des Bouches-du-Rhône montrait qu’un touriste sur six affirmait être venu à Marseille pour visiter le Mucem. Premier atout, explique Cécile Dumoulin, « son site exceptionnel avec le fort Saint-Jean, emblème marseillais historique, et l’architecture de Rudy Ricciotti ». Ensuite vient la diversité des espaces et des expositions proposées, mais aussi le contenu de ce musée de société focalisé sur la Méditerranée et l’Europe : « Les études montrent qu'on touche un public très divers, qui aime notre ton ‘populaire’, qu’on parle de football ou de Giono. » Le défi alors est de faire entrer le public au musée, qui en a fait un point de chute : « On croit en la familiarité progressive : le lieu de promenade peut devenir un lieu de visite le jour où on a l’œil attiré par le thème d’une exposition. » Mais l’initiative la plus intéressante du musée marseillais est la création d’un « comité des usagers », consulté sur divers thèmes, notamment en amont des expositions ou pour la refonte régulière du parcours permanent. Le comité, qui nécessite une forte implication de ses membres, est constitué en grande partie de Marseillais ou d'habitants de la région, recrutés via les enquêtes ou sur les réseaux sociaux. 

Pour les 14 musées de son réseau, Paris Musées « utilise les mêmes leviers mais de façon différente », raconte quant à elle Josy Carrel-Torlet, directrice du développement des publics, des partenariats et de la communication. « En plus des rénovations et d’une programmation ambitieuse, accessible et pluridisciplinaire (expositions temporaires, programmation évènementielle), nous portons une attention particulière à la qualité de l’accueil, de la médiation, au choix des concessions (librairies-boutiques et café restaurants, le tout porté par une communication à 360° », détaille-t-elle. Des enquêtes et baromètres ont permis aux établissements du réseau de mesurer la satisfaction globale du public et d’orienter, en fonction, leurs actions. Pour Josy Carrel-Torlet, la fréquentation peut également être indicateur de notoriété : « La fréquentation est révélatrice de la réputation d’un musée, soutient-elle. Pour exemple, le Petit Palais a fait un bond, passant de 400 000 à plus de 1 million de visiteurs par an en très peu de temps grâce à ces leviers. » 

Être partout 

Au musée Rodin, à Paris, les problématiques sont autres. L'institution parisienne ne dispose pas d’observatoire des publics, mais pratique des sondages d’opinion, réalisés soit par un organisme extérieur, soit via un questionnaire en libre-service. « Cela n’est pas idéal car le résultat peut être faussé du fait que le questionnaire n’est pas traduit dans toutes les langues, notamment asiatiques », explique Clémence Goldberger, cheffe du service de la communication, des publics et du mécénat. Premier constat : « Notre meilleur ambassadeur, c’est Rodin lui- même. » Comme au musée Picasso, la notoriété de l’artiste fait l’affaire, et les œuvres iconiques du musée, qui, ayant ouvert en 1919, est aussi l’un des plus anciens de la capitale, sont ses meilleurs VRP. « On capitalise sur ces images, notamment le Penseur et le Baiser, qui représente le Paris éternel de l’amour : beaucoup font leur demande en mariage à ses pieds... », fait remarquer Clémence Goldberger, notant aussi des phénomènes ponctuels : les Américains adorent Rodin, surtout depuis que Woody Allen y a tourné des scènes de Midnight in Paris (2011). Le lieu, avec notamment son élégant jardin, ses perspectives et la vue sur la tour Eiffel, représenterait aussi « l’esprit à la française ». « On nous demande régulièrement l’autorisation de faire des cérémonies de mariage dans les jardins, rapporte la dircom. Les réceptions ne sont pas autorisées, mais on accepte volontiers, contre une somme modique, qu’on installe un dais et des fleurs pour un court événement... » Le musée, décor parisien typique, est également un site de tournage favori des émissions de télévision, bien au- delà du sujet Rodin. Il a peu recours à la publicité et, pour des raisons éthiques, refuse de payer pour apparaître dans le « top 10 des lieux à voir » des guides touristiques. Selon les études des organismes de tourisme, le musée Rodin apparaît en général lors de la troisième visite du touriste étranger à Paris (dont la durée est de trois à quatre jours en moyenne), soit après Disneyland, dont l’ouverture en 1992 lui a porté préjudice. De fait, le visitorat de Rodin est en grande majorité étranger – même si depuis les débuts de la pandémie, il est passé de 75 % à 35 %. Aussi le musée fournit-il un effort important sur les réseaux sociaux, avec 275 000 followers sur Instagram : « On insiste sur le visuel, qui permet de mieux communiquer avec un public non- francophone », souligne Clémence Goldberger

Pour le musées, les réseaux sociaux sont aussi un support important, en particulier par le biais des « influenceurs ». Tarif moyen des prestations, selon l'un d'eux : autour de 300-400 euros pour un post, 1000 à 1500 euros pour une vidéo. Comptant 190 000 abonnés sur Instagram, Paris Musées a commencé cette année à collaborer avec l’« influenceuse » Margaux Brugvin. La créatrice de contenus a ainsi imaginé la série « Exceptionnelles » qui présente à ses quelque 35 000 followers le parcours de créatrices présentes dans les collections des musées de la ville de Paris. Une manière pour Paris Musées de faire connaître ses établissements à un public notablement plus jeune. Margaux Brugvin a aussi collaboré avec le Centre Pompidou dans le cadre de l’exposition « Elles font l’abstraction » et le musée du Luxembourg pour « Femmes peintres, naissance d’un combat ». En plus de ses vidéos, elle a organisé des concours pour faire gagner à ses abonnés les catalogues et autres produits dérivés des expositions. Ceux-ci participent également de la notoriété d’un établissement culturel. « La réputation d’un musée se développe sur différents canaux : le numérique, la communication, le tourisme, la régie des œuvres, la médiation ou encore le marketing », développe Fabienne Ruellan au musée des Beaux-Arts de Quimper. Une dernière manière de toucher un public « sophistiqué » ? Le lien avec la mode. L’association du musée Rodin avec la maison de couture Dior qui y organise ses défilés depuis de longues années a accru sa visibilité. Et Clémence Goldberger d’affirmer qu'ainsi, « le musée existe partout ». 


Botticelli 

Avis aux romantiques ! Le maître absolu de la Renaissance italienne vient faire fondre les p’tits cœurs au musée Jacquemart-André. Jusqu’au 24 janvier 2022.

L’heure est à la volupté au Musée Jacquemart-André ! Exit les silhouettes décharnées de la NYFW et vive les courbes des madones italiennes et des déesses antiques. Véritable reusta du Quattrocento, Sandro Botticelli s’illustre ici par une cinquantaine d'œuvres issues de grandes collections internationales, de la National Gallery de Londres au Rijksmuseum d’Amsterdam en passant par les musées et bibliothèques du Vatican. Si la Naissance de Vénus ou son célèbre Printemps n’ont pas pu être de la partie, on est tout de même saisi par la qualité indiscutable des œuvres. Y a pas à dire, le mec sait peindre. Mais pas que. 

A la manière d’un Koons ou d’un Damien Hirst de l’époque, c’est d’une main de fer que Sandro dirigeait son atelier. On découvre alors, au détour d’un parcours thématique, un Botticelli créateur, formateur mais aussi businessman, à l’origine de toute une génération d’artistes plus que largement influencée par le maestro. Son atelier devient ainsi vite un spot mythique pour tous les peintres en herbe qui rêvent, eux aussi, de décorer le plafond de la Chapelle Sixtine (parce que oui, il n’y avait pas que Michel Ange sur le coup). 

La scéno, so chic, participe à la découverte du personnage et de ses œuvres, aussi douces que puissantes. Murs sombres et cadres dorés ornementés révèlent la grâce de Judith, de la Madone Campana ou encore de la Vierge du Magnificat dans une ambiance feutrée. De quoi rivaliser avec ces septembristes en vacances en Italie qui nous foutent le seum sur insta ! 

PAR ZOÉ KENNEDY
PUBLIÉ : LUNDI 17 MAI 2021
 


Legs Baudoux : 88 œuvres au musée des Beaux-Arts de Rouen 

Par Jade Pillaudin - QDA - 22 septembre 2021 

Le musée des Beaux-Arts de Rouen présente depuis le 18 septembre 31 tableaux de maîtres de l'art moderne et contemporain, 50 objets d'art et 7 meubles issus du legs des médecins rouennais Lucien (1922-1989) et Simone Baudoux (décédée en 2021). Le couple, habitué des ventes aux enchères de son vivant, fréquentait notamment la galerie Maeght, où il acquit l'une des pièces maîtresses de sa collection, Vierge, Lune et colombe au coucher du soleil de Marc Chagall. « Ce legs complète les collections permanentes et gratuites du musée des Beaux-Arts avec des artistes importants, abordant tout un pan de l’histoire de la peinture du milieu du XXe siècle, celle des représentants de la figuration face à l’abstraction (Buffet, Minaux, Oudot, Vlaminck), qui n’avaient jamais été intégrés dans les politiques d’acquisition du musée », indique Florence Calame-Levert, conservatrice en chef. « Le musée s'est beaucoup construit grâce aux legs, et celui du couple Baudoux, initié dès 1993 à l'époque de la rénovation du musée, s'inscrit dans cette tradition », précise Sylvain Amic, conservateur en chef et directeur de la Réunion des Musées Métropolitains. Par ailleurs riche de vues marines et de la Seine avec trois tableaux impressionnistes d'Eugène Boudin et deux de Raoul Dufy (Régates au Havre, 1942 ; Le Pannock à Deauville, non daté), la collection contient également plusieurs paysages provenciaux par Renoir et Bonnard, ainsi que des vues normandes de peintres locaux ou grands appréciateurs de la région, à l'image d'une vue des bords de Seine à Bercy d'Albert Lebourg et de la lieutenance à Honfleur de Paul-Élie Gernez. Un profond ancrage territorial qui se manifeste également à travers la présentation de rares faïences bleues issues des manufactures rouennaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Avec 5900 visiteurs enregistrés pour les Journées du patrimoine (6300 en 2019), Sylvain Amic note un élan de la curiosité du public, et envisage la possibilité de prêts de certaines œuvres « à des institutions régionales et nationales, dans le cadre de notre initiative hors-les-murs ». 

Picasso : une nouvelle dation signée Maya 

Sarah Hugounenq - QDA - 20 septembre 2021 

Maya Picasso, fille du maître et de Marie- Thérèse, signe une dation exceptionnelle en faveur du « musée de papa », selon ses mots. Neuf œuvres importantes sont entrées hier dans les collections nationales.

Né d’une dation suite à la disparition de Pablo Picasso en 1973, enrichi en 1990 par une seconde dation suite au décès de Jacqueline, le musée Picasso poursuit l’écriture de cette histoire familiale mais cette fois sans funérailles !
« Maman a toujours anticipé ce genre de choses, et envisageait la dation à son décès. Ce dispositif a le grand intérêt d’éviter de vendre à l’étranger des œuvres d’importance historique pour s’acquitter de ses impôts. Elle a été conseillée pour le faire de son vivant et avoir le plaisir de choisir les œuvres, et profiter de ce transfert », nous explique
Olivier Ruiz-Picasso, fils de Maya et donc petit-fils de Pablo Picasso. Pensée sous André Malraux en 1968 pour s’acquitter des droits de succession en nature par le truchement d’œuvres d’art, la dation est depuis étendue aux droits de mutation, donations partage, ou encore à l’impôt sur la fortune immobilière (ex-ISF). Résultat, l’État signait hier l’une des plus importantes dations de son histoire, chiffrée à plusieurs dizaines de millions d’euros. 

La preuve par neuf 

Neuf œuvres, comme un résumé de Pablo Picasso, ont été choisies au gré d’un dialogue nourri entre la fille de l’artiste et Laurent Le Bon, alors qu’il était encore à la tête du musée national Picasso à Paris avant de rejoindre les équipes du Centre Pompidou en tant que président. Sélectionnées avec soin, les œuvres retracent la carrière de l’artiste depuis ses premiers pas dans la veine cézanienne (Portrait du père de l’artiste, 1895), aux dernières années (Tête d'homme, 1971), en passant par le surréalisme (Étude pour une joueuse de mandoline, 1932), ou son admiration pour les grands maîtres (carnet de croquis sur ses études du Déjeuner sur l’herbe ou El Bobo, peinture en référence non dissimulée pour la figure du nain de Vélasquez). « La dation, c’est de l’intuition dans le choix des œuvres car cela peut être refusé. On a alors cherché la plus grande multidisciplinarité, reflet de l’œuvre de mon grand-père », glisse Olivier Ruiz-Picasso en référence aux huiles, dessins et au ready-made de 1945 (Vénus au gaz). 

Le Maire accepte 

Au-delà de la diversité technique, l’ensemble dessine en creux un destin privé et la traversée d’un siècle sous l’œil silencieux d’une statuette océanienne, Tiki, provenant de la collection personnelle de Picasso. Ici, les deux portraits de son père et celui de la mère suédoise de Marie-Thérèse parlent d’une histoire familiale, quand cet Enfant à la sucette assis sous une chaise (1938) aux contours anguleux trahit les tensions d’un monde et d’un homme entre guerre civile espagnole et Seconde Guerre mondiale.
« On retrouve dans cette dation un petit résumé de la France. À un moment de repli sur soi, il est bon de se rappeler que la France est l’inverse de tout cela, est une nation grande et ouverte qui, quand elle a conscience de sa culture, peut résister à la force de la fermeture », lance
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie qui a présidé à l’acceptation de cette transaction. 

Bouffée d'oxygène par temps de crise 

Alors que les crédits d’acquisitions sont indexés sur les revenus de billetterie réduits comme peau de chagrin par l’épidémie, cet enrichissement exceptionnel des collections nationales vient à point nommé. Réputé peu favorable au mécanisme de la dation qui prive les caisses de l’État de revenus substantiels liés à l’impôt, Bercy refuse près d’une proposition de dation sur deux selon le dernier bilan du dispositif en 2009. « La décision n’est pas si simple à prendre entre un bénéfice immédiat en numéraire et un gain perpétuel pour la nation. Pour moi, mieux vaut une œuvre éternelle que de l’argent qui file entre les doigts ! », reconnaît le « beau et bon ministre » selon l’expression de Maya Picasso. « Ce dispositif encore trop confidentiel est essentiel dans le domaine de l’art moderne et contemporain dans lequel il est presque impossible aux musées de se positionner pour acquérir, explique Claire Chastanier, au ministère de la Culture. Quand on regarde les collections du Centre Pompidou, on remarque combien la proportion d’œuvres acquises par dation est importante. » En effet, depuis un an, le musée national d’Art moderne a reçu 14 œuvres de Morellet, une œuvre de Picabia et un ensemble du couple Lalanne


Maya Picasso cède neuf œuvres de son père à la France 

La fille de Picasso, Maya, ainsi que ses trois enfants, cèdent à l'État français neuf tableaux du grand peintre dans le cadre d’une dation. 

20.09.2021 - CLARA BAUDRY - CONNAISSANCE DES ARTS

La fille de Picasso, Maria de la Conception (dite « Maya »), ainsi que ses trois enfants, réalisent une dation en cédant à la France neuf œuvres de la main du grand artiste. Parmi elles se trouvent six peintures, une œuvre ethnographique, une statue et un carnet de dessins. Toutes feront partie des collections du Musée Picasso dès 2022, et y seront exposées. Lors d’une cérémonie officielle à laquelle seront présents la ministre de la Culture Roselyne Bachelot et le ministre de l’économie Bruno Lemaire, le tableau Enfant à la sucette assise sous une chaise sera dévoilé dans un premier temps. Il représenterait Maya elle-même, alors âgée de six ans, selon son fils Olivier Widmaier Picasso

Huit œuvres 

Les autres œuvres sont un portrait de Don José Ruiz (le père du peintre), une étude pour une joueuse de mandoline, un portrait d’Émilie Marguerite, un brûleur d’un fourneau à gaz dressé à la verticale intitulé Vénus du gaz, ainsi qu’une statuette océanienne Tiki issue de sa collection personnelle. La plus ancienne œuvre de cette collection, le portrait de Don José Ruiz, remonte à 1895. 

Une dation exceptionnelle 

Cette dation, que Roselyne Bachelot a qualifiée d’ « événement exceptionnel », permet à Maya de régler auprès de la France des droits de succession. Ce système, mis en place dès 1972 par le ministre de la Culture André Malraux, avait déjà permis de faire rentrer plus de 3 000 œuvres dans les collections françaises au décès du peintre et ainsi de créer le Musée Picasso. La ministre de la Culture a déclaré aujourd’hui célébrer l’entrée dans les collections de ces neuf œuvres « avec une profonde émotion ». On ne connaît néanmoins pas la valeur de cette collection, le secret fiscal étant appliqué. 


Des Journées du patrimoine pour tous et toutes 

Marine Vazzoler - QDA - 16 septembre 2021  

Pour leur 38e occurrence et après une édition 2020 tronquée par la crise sanitaire, les Journées européennes du patrimoine, les 18 et 19 septembre, proposent plus de 22 000 rendez-vous dans de multiples lieux et monuments historiques autour du thème « Patrimoine pour tous, ensemble, faisons vivre le patrimoine ». Par ailleurs, 2021 étant « l'année du rail », le patrimoine ferroviaire est particulièrement mis à l'honneur au cours de cette édition, tandis que l'opération de valorisation du patrimoine auprès de publics scolaires « Levez les yeux ! », lancée en 2019, est reconduite. Organisées quant à elles depuis six ans par l'association HF Île-de-France, les Journées du matrimoine font écho aux Journées du patrimoine comme tentative de « revaloriser l'héritage artistique et historique des créatrices qui ont construit notre histoire culturelle ». Tout le week-end, des parcours architecturaux, lectures, performances, spectacles et concerts permettent de se pencher sur l'œuvre de nombreuses créatrices, dont l'autrice de pièces de théâtre et résistante Charlotte Delbo (1913-1985), à l'honneur cette année. Au Louvre-Lens aussi on a décidé de mettre en place une série d'événements pour valoriser le matrimoine avec le spectacle Frida Kahlo, autoportrait, le 19 septembre, et des visites « sous l'angle des femmes » de la Galerie du temps proposées tout le week- end. 


À voir à Bâle... et plus loin 

Julie Chaizemartin - QDA - 17 septembre 2021 

Tinguely Museum 

Une riche programmation et un week-end anniversaire, les 25 et 26 septembre. Et une exposition consacrée à Bruce Conner (1933-2008), pionnier du clip vidéo, artiste subversif et militant, auteur de Crossroads (1976), film expérimental constitué d’images du premier essai atomique sous-marin des États-Unis dans l’atoll de Bikini en 1946. 

Kunsthalle 

Pensée comme un contrepoint à Information de 1970 au MoMA, l’exposition collective de la Kunsthalle dresse un panorama de propositions artistiques qui s’intéressent aux flux d’informations. En parallèle, l’installation monumentale de l’artiste américain Matthew Angelo Harrison – dont c’est la première exposition en Europe –mêle artéfacts africains et technologie 3D. 

Kunstmuseum 

Mondialement connue pour ses papiers découpés évoquant les ombres chinoises, l’artiste américaine Kara Walker déroule plus de 600 dessins réalisés ces 25 dernières années. Une plongée dans son imagerie engagée qui brosse sans concession l’histoire de l’esclavage, la politique des États- Unis ou encore les visions et les mythes liés à la sexualité de la femme noire. En même temps, la rétrospective sur Pissarro souhaite remettre à sa juste place cette figure importante de l’impressionnisme. 

H. Geiger Foundation 

En août 2020, en pleine pandémie, la Fondation H. Geiger (fondée en 2018) se dote d’un lieu d’exposition de 500 M2 au centre-ville de Bâle. L’objectif : fournir une offre culturelle diversifiée dans des directions non explorées par les institutions culturelles voisines. En témoigne l’exposition actuelle autour de la musique. 

Fondation Beyeler 

La Fondation Beyeler fait aussi son exposition 100 % femmes. Un cru excellent : Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton. Avec un focus sur les portraits et les autoportraits et l’analyse de leur évolution formelle à travers le temps. 

Vitra Design Museum
Où sont les femmes dans le design ? Pionnières, inventives, révolutionnaires, elles ont participé pleinement à son renouveau. 80 femmes designers sur les 120 dernières années sont mises en lumière dont
Eileen Gray, Charlotte Perriand, Lilly Reich, Florence Knoll et des moins connus comme la réformatrice sociale Jane Addams

Kunsthalle 

Nos forêts brûlent. Clarissa Tossin, Brésilienne vivant à Los Angeles, en sait quelque chose. Même si l’artiste esquisse le rêve d’un monde meilleur sur une autre planète, ses œuvres, conçues comme des agrégats de ce qui constitue notre surconsommation et notre impact pollueur, cartographient la souffrance de notre monde. En point d’orgue de ce manifeste artistique et écologique, le squelette moulé d’un érable mort, œuvre monumentale échouée au centre de l’exposition. 

Musée des Beaux- Arts 

On connaît de lui le musée parisien qui porte son nom et ses femmes sensuelles à la chevelure de feu alanguies dans une pénombre symboliste. Le musée – qui conserve la plus grande collection du peintre en région – dédie cette exposition à des œuvres moins connues, ses dessins et carnets, proposant un voyage intime aux sources de l’imaginaire de l’artiste. 

CRAC Alsace 

Jorge Satorre croque les amoureux dans le bois de Chapultepec à Mexico. En résultent 22 dessins puis leur réinterprétation dans des moules creusés dans le jardin. L’artiste met en image et en sculpture une pratique populaire du Siècle d’or espagnol consistant en l’ingestion de morceaux de céramique, réputés pour leurs propriétés rajeunissantes, suivies de promenades érotiques dans les bois. 

CRAC 19 

Tout est multiple dans cette exposition. Les artistes, les œuvres d’art, les inspirations, les provenances. Mais tout est aussi réuni pour justement réfléchir, à travers diverses propositions artistiques (des années 50 à nos jours), à l’art de l’assemblage et ses significations symboliques, rituelles ou politiques. 

Musée Unterlinden 

Avec plus de 50 œuvres majeures, c’est une rétrospective monumentale, comme le retable d’Issenheim, trésor du musée, à quelques mètres de l’exposition. Le regard rétrospectif, intime, politique, historique de Yan Pei-Ming se livre avec force au travers des autoportraits et des portraits qui jalonnent le parcours. En clôture, Pandémie, magnifique nocturne peinte pendant le confinement. 


Georgia O’Keeffe au Centre Pompidou : son obsession pour... les ossements d'animaux  

09 SEPTEMBRE 2021 -NUMÉRO - Matthieu Jacquet


Elle est l’une des plus grandes peintres du XXe siècle mais n’avait jusqu’alors jamais eu de rétrospective en France. C’est désormais chose faite : Georgia O’Keeffe, figure artistique majeure et un temps représentante du modernisme américain, connaît jusqu'au 6 décembre au Centre Pompidou sa consécration, trente-cinq ans après sa mort. L'occasion de parcourir l'ensemble de sa peinture aux portes de l'abstraction, de ses célèbres fleurs érotiques à ses paysages du Grand Ouest Américain. Retour sur l'une de ses obsessions, étonnante mais non moins cruciale dans son œuvre : les ossements d’animaux.

La lune pâle et presque transparente s’efface derrière le bleu azur du ciel. Une forme blanche et laiteuse encercle la scène, ses bosses soulignées par les rayons d’un soleil que l’on devine au zénith. Peinte en 1944 par Georgia O’Keeffe, la toile intrigue : où l’artiste américaine y établit-elle la frontière avec le réel ? Car si cette composition bâtie sur des lignes circulaires et des contrastes nets entre bleu et blanc paraît abstraite, elle s’inspire en réalité d’une scène tout à fait existante, où la vision de l’infini céleste se trouve circonscrite par les ouvertures d’un os animal en gros plan. Remarquée durant les années 1920 à New York, son auteure née en 1887 s’y est fait connaître pour ses vues de fleurs en gros plans, dont les multiples couleurs, les lignes sinueuses autant que le potentiel suggestif restent encore aujourd'hui le phare de la notoriété. Pourtant, associée un temps aux précisionnisme et modernisme américains (courants très en vogue dans les années 20), l'artiste contrera la froideur de ces courants par la sensualité explicite de sa peinture, son jeu facétieux avec les limites de la figuration et sa volonté de célébrer sans mélancolie les merveilles qui peuplent notre monde – une ligne qu'elle suivra jusqu'à sa mort, à l'âge de 99 ans. Célébrée pour la première fois au Centre Pompidou cet automne par une grande rétrospective, la prolifique carrière de Georgia O'Keeffe y est abordée sous ses multiples facettes, bien plus vastes que ses fleurs emblématiques. Le décor désertique du Nouveau Mexique, où elle réside durant la seconde moitié de sa vie, lui souffle une grande partie de ses toiles où apparaissent régulièrement des ossements d’animaux. Tels les contrepoints de ses œuvres florales, ces morceaux de squelette l’éloignent encore davantage du motif ornemental en affirmant sa profonde obsession pour le vivant, incarnent son intérêt pour le monde spirituel jusqu'à l'accompagner dans sa recherche incessante de l'essentiel. 

Des fragments tangibles et vivants du désert américain 

En 1929, après voir traversé un épisode dépressif majeur, Georgia O’Keeffe séjourne pour la première fois au Nouveau-Mexique. Grande habituée de New York, dont elle a maintes fois représenté les gratte-ciels au clair de lune, l’artiste s’épuise de sa densité et de sa frénésie. Dans le dépouillement de l’ouest américain qui lui fait l'effet d'une révélation, elle retrouve une solitude bienfaitrice et un rapport direct à la nature, précieux pour celle qui vit le jour dans une ferme du Wisconsin. Aussi vaste et brut qu'immaculé, le paysage qu’elle y rencontre la fascine autant qu'il l'intimide, excitant chez elle l’envie de parcourir ses environs. Capable de peindre pendant des heures sous un soleil brûlant, l’artiste récolte comme à son habitude de nombreuses traces de ses pérégrinations, du Colorado à l’Utah et l’Arizona, en passant par les Montagnes Rocheuses. Les restes d’animaux desséchés par le soleil éveillent alors son intérêt, fragments matériels et palpables de cet immense et insaisissable décor dont elle pense qu’ils sont “pétris des mêmes sensations”. Peu à peu, les vertèbres, fémurs et pelvis s'ajoutent aux feuilles mortes et coquillages qui composent sa riche collection d'objets, dans sa résidence principale de New York puis dans son “Ghost Ranch”, une maison isolée qu'elle acquiert en 1940 dans le nord du Nouveau Mexique. En 1931, elle peint sur fond bleu, blanc et rouge un crâne de bovidé à cornes : la tête apparaît frontale, presque menaçante, tel l'emblème de cette région des Etats-Unis dont on reconnaît en arrière-plan les trois couleurs du drapeau. Georgia O'Keeffe y transpose alors la sensualité tant appréciée de ses fameux daturas, iris, jonquilles ou encore coquelicots aux reliefs de cette ossature, dont les lignes et les angles traduisent la résistance au temps. Passionnée par leurs formes, la peintre écrira des ossements qu'ils “semblent tailler au cœur ce que le désert a de profondément vivant.” 

Des présences mystiques incarnées 

À la fin des années 20, Georgia O’Keeffe peint une croix grise érigée contre un ciel bleu. Entre le menhir et le totem, cette forme blanchâtre monumentale est mise en majesté, tout comme le seront quelques années plus tard les premiers ossements présents dans ses toiles. Mais l'œuvre intitulée Gray Cross with Blue, une fois de plus aux portes de l’abstraction et de la figuration, dégage également une aura presque spirituelle. Lorsqu’elle visite le sud-ouest américain, Georgia O’Keeffe ne fait pas seulement la rencontre de ses étendues arides et de ses montagnes mais aussi de ses populations locales et autochtones. Outre les catholiques hispaniques dont elle visite les églises, elle sympathise avec une communauté d'Indiens hopis, installés dans l’actuel Arizona. Leurs rituels séculaires et leurs objets sacrés tels que les poupées Kachina inspireront particulièrement l’Américaine, jusqu’à en devenir le sujet de plusieurs de ses toiles. Ces découvertes spirituelles renforceront également l’importance des ossements dans sa peinture : en plus de leurs qualités esthétiques et picturales caractéristiques du Grand Ouest, ceux-ci revêtent désormais aux yeux de la peintre une dimension mystique en devenant les manifestations concrètes des esprits qui habitent la région depuis des siècles. Dans Ram’s Head, White Hollyhock-Hills (1935), l’artiste peint un crâne aux longs bois enroulés, en apesanteur devant la vue d’un ciel chargé et de montagnes orangées, et dont les orbites vides semblent fixer le spectateur. A ses côtés, une délicate fleur blanche et jaune évoque les rites d’enterrement des populations hispaniques, mais illustre également avec sérénité le cycle inévitable de la vie en composant une véritable vanité moderne. 

Un pas de plus vers l'abstraction du monde 

Très influencée par la photographie de son époque et le succès croissant des gros plans, Georgia O’Keeffe décide dans les années 20 de s’approcher davantage de ses sujets et les grossir “comme d'énormes immeubles en construction”. Dès lors, ses fleurs, jadis représentées de la pétale à la racine, occupent l’intégralité de la surface de la toile au point d'absorber le regard du spectateur dans leurs volutes et spirales envoûtantes. L’artiste utilise ces cadrages serrés comme moyen d’abstractiser ses sujets, mais aussi d'inciter à une lecture moins naturaliste et plus ambiguë de ses formes, indéniablement érotiques. Un procédé qu’elle applique également aux os qui, lorsqu’ils ne se montrent pas avec frontalité, segmentent la toile d’un bout à l’autre et font disparaître leurs extrémités hors du cadre. Dans Pelvis with the Distance, les lignes et cavités d'un bassin animal découpent l’horizon à la manière d’une immense montagne, qui bouleverse notre appréhension des échelles : nous trouvons-nous ici au plus près du sujet, ou adoptons-nous au contraire un point de vue bien plus lointain ? Dès la fin des années 40, l’artiste pousse un cran plus loin ce jeu perceptif et peint de nombreuses vues du ciel, où les lignes sinueuses et contrastes lumineux s’appliquent désormais à celles des fleuves et reliefs observés depuis les avions qu'elle emprunte lors de ses voyages. Winter Road I, une route enneigée qu'elle représente en 1963 vingt-trois ans avant son décès, synthétise les différentes périodes de sa carrière : désormais, la blancheur osseuse a englouti la toile et n'y laisse émerger que la trace serpentine d'un chemin, qui pourrait aussi bien évoquer un trait d'encre de Chine calligraphié. L’aboutissement indubitable d'une quête de l’essentiel. 

Georgia O'Keeffe, jusqu'au 6 décembre au Centre Pompidou, Paris 4e. 


L’exposition « La couleur crue » contraste au musée des Beaux-Arts de Rennes

L’art contemporain prend aussi ses quartiers au musée des Beaux-Arts de Rennes avec l’exposition La couleur crue, pied de nez au noir et blanc de la collection Pinault. La matière est au cœur des créations.


Avec la nouvelle exposition de la collection Pinault pour locomotive, la ville de Rennes veut s’inscrire sur la carte des villes d’art contemporain. Au Beaux-arts, l’exposition a été pensée en contrepoint à celle du Noir et blanc du collectionneur. « Notre parti pris est radicalement différent, nous avons élaboré un projet parallèle autour de la couleur, axé sur le rapport entre couleur et matière », explique Jean-Roch Bouiller, directeur du musée des Beaux-Arts, commissaire de l’exposition avec Sophie Kaplan, à la tête de l’espace d’art contemporain La Criée, et Anne Langlois qui pilote le centre d’art 40mcube.


Les troncs d’arbres colorés de Katarina Grosse affichent d’emblée ce parti pris dans le patio. La pièce assez monumentale imbrique 6 troncs d’arbres mis en scène sur le tissu portant les traces de leur peinture du jaune au mauve. Une approche de la couleur par le geste de l’artiste. Tout autour, les murs du patio se fondent dans un dégradé de pastel : c’est l’œuvre de Flora Moscovici, créée pour le lieu, qui fait tendre le jaune rosé du mur vers le bleu du ciel.


Mur thermosensible

L’exposition se poursuit par une expérience d’immersion dans une forêt d’arbres d’Ulla von Brandenburg, rendue abstraite par sa couleur orange, peinte sur le long d’un couloir. Elle débouche sur une œuvre sonore créée pour l’exposition par Vincent Malassis, qui travaille sur l’équivalence entre couleur et son. On passe de l’impalpable au toucher, avec le mur orange de Véronique Joumard : sensible à la chaleur, on peut y laisser la trace de ses mains (préalablement passées au gel hydroalcoolique !).


La première salle fait place aux œuvres d’artistes qui ont utilisé la matière brute dans leur travail. Couleurs vives et pourtant naturelles des pierres semi-précieuses d’Evariste Richer. Terre crue des monticules de terres figurant le village imaginaire des Meulen, de Gérard Gasiorowski. Céramique, bois et laine des assemblages mi-artisanaux mi-industriels de Daniel Dewar et Grégory Gicquel. Ou encore photolithographie de spores de champignons de Dove Allouche. Matière encore et toujours avec les tapisseries monumentales de Caroline Achaintre dans la salle suivante.


Les pétales bleus d’Anish Kapoor

C’est une explosion de couleur qui nous embarque en fin d’exposition. Les échelles de couleurs de tons géologiques d’Evariste Richer. La couleur des paquets bleu de Jean-Luc Moulène suffit à évoquer les paquets de gauloises. Le néon rouge de de Dan Flavin, emprunté à la collection Pinault ( de même que le tableau de perles en plastique de de Mike Kelley), dialogue avec le fragile bâton sculpté recouvert d’ailes de papillons de Perrine Lievens.


Pour réaliser cette exposition, les œuvres ont été empruntées au Frac, à des galeries, deux à la collection Pinault et deux autres au centre Pompidou. C’est le cas de Rose, d’Ann Veronica Janssens dont les spots plongent une pièce dans un rose immatériel. L’autre est le mur de Michel Blazy, réalisé en algues agar agar décomposées et teintées d’une glaçante couleur rouge sang. Il voisine avec la vidéo Damni i Colori d’Anri Sala, sur la ville de Tirana repeinte en couleur par son maire artiste. Ou comment la couleur peut prendre le pouvoir politique.


Du 12 juin au 29 août, au musée des Beaux-Arts à Rennes, quai Emile-Zola, du mardi au dimanche, de 10 h à 19 h, nocturnes jusqu’à 22 h les mercredis et jeudis.




RENNES. Le lauréat du premier Prix Frac Bretagne-Art Norac

Lancé en 2020, le Prix du Frac Bretagne-Art Norac accompagne le développement professionnel international des artistes vivant et travaillant en Bretagne.


C’est Corentin Canesson, qui a été proclamé lauréat du premier Prix Frac-Bretagne Art Norac, « un prix autour de la rencontre et de l’ouverture » a souligné Jean-Loup Lecoq président du Frac. 

Âgé de 33 ans, Corentin Canesson vit et travaille à Brest et Paris. 

Diplômé de l’EESAB-site de Rennes en 2011, il a participé au 21e Prix de la Fondation d’entreprise Ricard Le Fil d’Alerte. Son travail a notamment fait l’objet d’expositions personnelles à la galerie Sator (2020), à la galerie Nathalie Obadia (2018), au Centre d’art contemporain d’Ivry-sur-Seine (2017) et à Passerelle Centre d’art contemporain de Brest (2015). Peintre, mais également guitariste au sein du groupe de rock expérimental The Night He Came Home, il creuse parallèlement une veine abstraite et une veine figurative avec des références plus ou moins appuyées ou dissimulées aux toiles de Bram Van Velde ou Philip Guston

Jamais complètement terminées, ses séries continuent de se développer sur des années, intégrant des variables comme le format de la toile ou le budget de l’exposition. 


Exposition au Frac Bretagne 

Parmi les 43 candidatures reçues, un jury de professionnels de l’art avait établi une sélection de sept artistes finalistes dont les travaux sont présentés au Frac Bretagne jusqu’au 19 septembre 2021 dans l’exposition Mauve Zone. Corentin Canesson y présente des tableaux réalisés entre 2010 et 2017, côtoient ainsi des toiles fraîchement peintes sur place, au sein d’une triple frise. 

C’est après avoir rencontré chaque artiste dans son atelier, à Rennes, Brest, Quimper et Paris, que MacKenzie Stevens, directrice artistique du Visual Art Center, Austin, Texas, États-Unis, a décerné le Prix du Frac Bretagne – Art Norac 2021 à Corentin Canesson. Son travail fera l’objet d’une exposition personnelle au Visual Arts Center d’Austin aux États-Unis en 2022. 

Lors de la remise du Prix, l’artiste a émis le souhait que l’exposition d’Austin soit « une exposition collective avec les six autres artistes » Une demande qui a surpris le jury et qui demande à être examinée. OUEST-FRANCE - Agnès LE MORVAN - 17 juin 2021



Giacometti, une galaxie 

Par Julie Chaizemartin, Claudine Le Tourneur d'Ison QDA - 20 juillet 2021 

Le Forum Grimaldi de Monaco consacre une rétrospective à Alberto Giacometti tandis que la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence dédie une exposition inédite aux cinq artistes de la famille. Autour de ces autres visages, l’art du sculpteur émerge, intime et sensible. 

Encore des expositions Giacometti, soufflent certains. « Avec les 10 000 œuvres que détient la Fondation Giacometti, le travail de recherche est infini, et l’on explore encore des archives méconnues », justifie Christian Alandete, directeur artistique de l’Institut Giacometti, ouvert en 2018. Dans cette vitrine parisienne de la Fondation, se tient actuellement l’exposition « Giacometti et l’Égypte » (jusqu’au 10 octobre) tandis que le MMIPO de Porto au Portugal présente le dialogue entre le sculpteur et les photographies de Peter Lindbergh (jusqu’au 24 septembre). À chaque fois, les prêts de la Fondation sont conséquents.

Sculptures mais aussi peintures 

Presque exclusifs sur les 2500 m2 de la rétrospective du Forum Grimaldi de Monaco (50 peintures, 70 sculptures, 80 œuvres graphiques) : « la plus importante de ces dernières années » selon Émilie Bouvard, sa commissaire, directrice scientifique de la Fondation. Dans ce lieu rompu aux monographies (Warhol en 2003, Picasso en 2013, Bacon en 2016 ou Dalí en 2018), la scénographie épurée de William Chatelain favorise « le syndrome de Stendhal » et permet de percevoir le « réel merveilleux », titre de l’exposition. Le regard que Giacometti pose « sur l’infime beauté du monde qui l’entoure », souligne la commissaire. Les aquarelles de jeunesse, la première tête sculptée de son frère Diego exécutée d’une main déjà virtuose à 14 ans, les paysages des années 1950 révélant une attention insoupçonnée à la nature, la bouleversante série des portraits noirs, inspirés des peintures du Fayoum, les peintures des proches, notamment de son grand ami, le philosophe japonais Isaku Yanaihara. « Il a autant produit de peintures que de sculptures mais on le sait moins car beaucoup sont en mains privées », explique Christian Alandete. Ce corpus moins connu, œuvres rarement voire jamais montrées, résonne avec sa production sculptée, judicieusement mise en regard de son attachement aux escarpements suisses, ceux de son village natal de Stampa qui abritait son deuxième atelier (après celui de Paris). 

Un Giacometti, sinon cinq 

La famille, les proches, les montagnes aimées restent sa source inépuisable d’inspiration. La figure de Diego, le frère alter ego, assistant fidèle, est indissociable de sa vie et de son œuvre, sans pour autant que l’on sache qu’il fut aussi un créateur apprécié pour son mobilier raffiné – celui du Mas Bernard de Marguerite et Aimé Maeght ou celui sur lequel on s’assoit toujours au café de la Fondation Maeght. Un autre frère, Bruno, l’architecte du pavillon suisse de la Biennale de Venise en 1952, est le passeur de mémoire de la famille, mort en 2012 à l’âge de 105 ans. Puis, la figure tutélaire du père, Giovanni, peintre reconnu, ami de Hodler et de Segantini, qui perçut la lumière froide des ciels suisses. Enfin, Augusto, un cousin, le moins connu et pourtant le plus avant-gardiste, précurseur de l’art abstrait, proche de Picabia et de Kandinsky. À la Fondation Maeght, sous le commissariat du photographe et directeur artistique Peter Knapp – qui connut un temps Alberto – l’émotion de la redécouverte se diffuse en cinq salles dédiées à chacun des Giacometti. 

300 œuvres 

« Cette exposition, c’est une première mondiale. Avec des œuvres jamais exposées et rarement reproduites. Elle rend hommage à Diego, Augusto, Bruno, inconnus en France. C’est aussi la relation d’amitié d’une famille à la nôtre », appuie Isabelle Maeght, en soulignant les prêts d’objets intimes, des collections privées des Maeght, des fidèles collectionneurs. Près de 300 œuvres dont un portrait de Marguerite Maeght de 1961, un grand lustre de 1949 sorti pour la première fois du salon des Maeght... Dans la dernière salle consacrée à Alberto, se détachent les incontournables Homme qui marche et Grande femme debout, qui raccrochent le propos à la rétrospective monégasque, échos signifiants à la cour Giacometti de la Fondation Maeght où l’artiste installe le projet initialement conçu pour la Chase Plaza de New York. L’Objet invisible, sculpture surréaliste de 1935, nous accueille, également vue dans sa version de plâtre à Monaco. Celle « que Breton préférait, qui a tout bouleversé à nouveau dans ma vie », confiera l’artiste. Le parcours se termine devant l’assemblée des Femmes de Venise, attachantes et distantes. Merveilleuses. 

« Alberto Giacometti, une rétrospective. Le réel merveilleux » au Forum Grimaldi, Monaco, jusqu’au 29 août.


Le FRAC des Pays de la Loire se dédouble

Par Alison Moss

QDA - 04 juillet 2021 


Créé en 1982 par Jean de Loisy, le FRAC des Pays de la Loire a longtemps été nomade avant de s'installer, en 2000, dans un bâtiment signé par l'architecte Jean-Claude Pondevie, dans la banlieue nantaise de Carquefou. La structure a inauguré, le 28 mai, un nouveau site de 480 m2 de surface (dont 380 m2 sont consacrés aux expositions, le reste étant occupé par un espace régie et, en mezzanine, de bureaux et une salle de réunion). La nouvelle adresse se trouve à deux pas du centre d’art HAB Galerie (compris chaque année dans le parcours du Voyage à Nantes), ainsi que de nombreux bars et restaurants. Cette localisation plus centrale a permis d'attirer entre 15 et 20 000 visiteurs lors de ses deux semaines d'ouverture (du 28 mai au 13 juin) à l'occasion de son premier accrochage de la collection du FRAC (contre 6000 et 8000 par an à Carquefou). Les deux antennes mèneront leurs opérations parallèlement : la collection du FRAC sera présentée à Carquefou dans le cadre d'expositions plus longues, tandis que le nouveau site accueillera 3 à 4 expositions par an d'artistes émergents, qui pourront aussi présenter leur regard sur la collection. La rénovation a été assurée par l'atelier d'architectes nantais Claas, qui a souhaité adopter « une posture humble et une architecture peu bavarde, qui s'efface au profit des artistes, des œuvres et des diverses utilisations des espaces » avec une approche sobre, lumineuse (une grande façade vitrée offre un cadrage sur la Loire) et décloisonnée. Le mobilier d'accueil à l'entrée a été conçu par l'atelier Fichtre. Le chantier s’est étalé sur environ six mois et son coût s'est élevé à 900 000 euros (financés à hauteur de 750 000 euros par la Région des Pays de la Loire et la DRAC). Depuis le 2 juillet, le nouveau lieu accueille sa première exposition, consacrée à l'artiste belge Rinus Van de Velde (né en 1983), dont les créations hyperréalistes au fusain, associées à des vignettes de texte, peuvent être aussi bien rapprochées du cinéma expressionniste que des retables religieux. Son travail est montré à côté d'une sélection d’œuvres du FRAC choisies par l'artiste (John Armleder, Jimmie Durham, Armen Eloyan, Tomasz Kowalski, Peter Saul, Ettore Spalletti, Laurent Tixador, Rosemarie Trockel et Kati Heck). En outre, un lieu de stockage supplémentaire de 900 m2 a été construit en périphérie de Nantes afin d'accueillir les réserves. 



Paris déconfine son histoire à Carnavalet

Par Sarah Hugounenq

QDA - 23 mai 2021 


Après cinq ans de fermeture et d’intenses modifications, le musée Carnavalet rentre dans le XXIe siècle à partir du 29 mai. Au programme : un bâti réenchanté, un fil chronologique révolutionné, des collections présentées pour la première fois, mais aussi quelques tours de passe-passe pour réussir à présenter une œuvre au mètre carré.

Musée de la Libération, Catacombes, Maisons de Victor Hugo et Balzac, musée d’Art moderne, musée de la Vie romantique... Dans cette salve sans précédent de travaux, le cœur battant du réseau des musées de la Ville attendait son tour. Après quatre ans de travaux, et un an de pandémie permettant de peaufiner le parcours et une médiation hautement réussie, Carnavalet se montre ce samedi 29 mai sous un nouveau jour. Pourtant, « l’objectif était de ne rien changer !, sourit François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques en charge des travaux, aux côtés des Norvégiens de Snohetta et de l'agence Nathalie Crinière pour la scénographie. Ce musée avait une poésie et une musique à conserver absolument. »

Ouvrir caves et voûtes 

Connu pour ses period rooms et son atmosphère feutrée, le musée relève le pari d’entrer dans la modernité sans sacrifier à son charme. Pour refondre un parcours devenu abscons et emmêlé, l’architecte a dû « intervenir dans les interstices d’un bâtiment modulé au fil du temps, creuser le sol pour ouvrir les caves et leurs voûtes à la visite, fabriquer des rampes dans des endroits inattendus, mais aussi concevoir deux escaliers modernes qui assument leur contemporanéité et refusent d’uniformiser le musée... Nous avons aussi travaillé sur les anciennes écuries transformées en un nouvel espace d’accueil. En fluidifiant le parcours, à leur manière, ils mettent en valeur les bâtiments eux-mêmes, qui font partie de la collection. Hormis la complexité qui fut celle de dissimuler les kilomètres d’éléments techniques, nous avons agi sur les fenêtres qui ont été rouvertes, sur de faux-plafonds qui ont été supprimés pour redonner à voir la structure des voûtes, une mosaïque originelle, ou un vestige de corniches datant de la Révolution. La valorisation de toutes ces redécouvertes de l’architecture originelle n’était pas prévue et n’impliquait pas le même budget. Pourtant, la Ville nous a suivis. Carnavalet est un lieu qu’on habite plus qu’un musée. C’est la maison de vacances des amoureux de Paris », se réjouit François Chatillon.


Où est passé Étienne Marcel ? 

Malgré l’intervention aussi discrète que naturelle de l’architecte, ce chantier dépasse la simple rénovation pour repositionner le musée. Autrefois connu pour son accrochage dense, sa concentration sur le siècle des Lumières et les très riches collections révolutionnaires qui se taillaient la part du lion, le musée a accepté de trancher dans le vif au profit d’une vision plus globale de l’histoire de la capitale. Sur 3900 petits mètres carrés, le parcours déroule en version marathon une histoire de près de 10 000 ans, du Mésolithique au confinement de mars 2020. Alors qu’un effort important a été mené pour conduire l’accrochage à l’aune de l’histoire de la Ville et non plus en regard de celle du pays et de la succession des rois, les ellipses historiques sont inévitables. Certaines sont étonnantes – comme le peu de place laissé à Étienne Marcel et à la Jacquerie –, d’autres inconcevables, du passage sous silence de l’Occupation à celui de l’urbanisme des années Mitterrand et de la reconquête de certains quartiers, comme le 13e arrondissement. À l’inverse, le parcours bénéficie d’espaces nouveaux consacrés tantôt aux fouilles antiques jamais mises en avant, tantôt à une salle introductive efficace où trône la belle acquisition de 2015, un plan de Paris du XVIIIe siècle par Giovanni Maria Tamburini, ou, plus étonnant, une salle dite d’actualité qui, au vu du manque de place, n’était pas forcément indispensable. 


3800 œuvres 

Les esprits chagrins dénonceront un sacrifice dans la présentation des collections, riches de 625 000 œuvres, dont seules 3800 sont in fine visibles (dont 60 % peu ou pas présentées auparavant), soit quelques centaines de moins qu’avant la fermeture. « Ce musée est polysémique, j’ai voulu un parcours qui ne fige pas ses collections dans telle ou telle position, mais qui joue sur plusieurs registres pour le faire évoluer au cours du temps », explique la directrice, Valérie Guillaume. De fait, le propos prend de l’ampleur grâce à la multiplicité des approches proposées : peintures et sculptures dialoguent avec la numismatique, les affiches, une collection de photographies jamais présentée, ou des objets anecdotiques formant la mémoire de Paris, comme les poignées de la salle de bain de Marat, saisies par Charlotte Corday. Malgré le tumulte provoqué par la traduction en chiffres arabes de quelques rois, la médiation est hautement réussie, à grand renfort de problématisation des vitrines, d'activités ludiques dans de nombreuses salles – comme la création d'un jardin à la française à partir d'un puzzle –, de maquettes nombreuses et de supports numériques enrichissants. Le seul reproche qui tienne est donc celui d’un manque cruel de place. Inclassable, Carnavalet, ni musée d’art ni d’histoire ni d’archéologie, fait tomber les barrières et réconcilie les disciplines.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19790-paris-déconfine-son-histoire-à-carnavalet.html



Le « musée-mémorial » du terrorisme sera à Suresnes 

 · LEJOURNALDESARTS.FR LE 12 MAI 2021 - 

 

Le président Emmanuel Macron a choisi Suresnes, dans la banlieue ouest de Paris, pour site du premier musée-mémorial du terrorisme, dont la première pierre pourrait être posée en mars 2022, a annoncé mardi l’Elysée.

« Le Chef de l'Etat a retenu une implantation à Suresnes, à l'immédiate proximité du Mémorial de la France combattante », précise la présidence dans un communiqué. « La résilience est inscrite dans l'origine de ce bâtiment moderniste construit pour l'enfance en difficulté dans les années 30. La résistance est inhérente à sa localisation même car le bâtiment est au Mont-Valérien, haut lieu de notre mémoire nationale », explique l'Elysée. 

Le site de l'ancienne école de Plein Air, inaugurée en 1935 pour les enfants tuberculeux et accueillant actuellement les locaux de l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA), a été retenu par l'Elysée. 

La mise en chantier de ce projet inédit en France avait été annoncée par le président Macron en septembre 2018. Le responsable du projet, l'historien Henry Rousso, avait indiqué en mars à l'AFP que l'inauguration était prévue pour 2027. 

Il existe à travers le monde moins d'une dizaine de musées-mémoriaux dédiés à des attentats, dont celui d'Oklahoma City (attentat de 1995) ou encore à Oslo (tuerie d'Utoya en 2011) et ceux à New York dédiés aux attaques du 11 septembre 2001. 

Le projet français couvrira l'ensemble des victimes et des actes de terrorisme depuis 1974, date de l'attentat du Drugstore Publicis à Paris jusqu'à nos jours. 

« L'État continuera à apporter à la mission de préfiguration, en liaison notamment avec la ville de Suresnes, son concours pour l'accomplissement de toutes les dimensions de ce projet », ajoute la présidence qui précise se situer « dans la perspective d'une première pierre à poser en mars 2022 ». 

« L'équipe municipale a fait de la renaissance de ce lieu remarquable un enjeu de son mandat, afin de redonner vie à ce patrimoine classé aujourd'hui très dégradé et de lui redonner sa mission de transmission des savoirs », a déclaré le maire Guillaume Boudy (LR), dans un communiqué transmis à l'AFP, souhaitant la « rénovation complète » de ce lieu à l'architecture « si originale ». 

Le musée accordera une place importante aux victimes, aux survivants, aux blessés physiques et psychiques, aux primo-intervenants ainsi qu'aux aidants de première ligne. 

La partie « mémorial » permettra « l'inscription exhaustive » des noms de toutes les victimes françaises du terrorisme, mortes sur le territoire national et à l'étranger. 



La Fondation Pernod Ricard triple de volume 

Par Yamina Benaï
QDA - 10 mai 2021  

Après son changement de nom, l'institution se déploie dans un nouveau bâtiment adossé à la gare Saint-Lazare, avec l’ambition de consolider son soutien à la scène française.

Longtemps, son identité s’est incarnée  rue Boissy d’Anglas, où depuis 1999, elle a officié comme véritable incubateur-révélateur de la création française. Sous la direction de Colette Barbier, la Fondation Ricard s’est hissée au rang des institutions privées les plus reconnues en matière d’art contemporain, son action de soutien aux artistes s’étant rapidement étendue à l’étranger : à la Biennale de Venise et via des expositions organisées dans des lieux partenaires. La fondation, devenue Pernod Ricard au 1er juillet 2020, connue pour sa programmation affûtée d’expositions et de conférences et son prix annuel assorti d’une exposition médiatisée et de l’achat d‘une œuvre offerte au Centre Pompidou, est désormais domiciliée au sein d'un bâtiment de verre de quelque 20 000 m2.

De 350 à 1000 m2 

Adossé à la gare Saint-Lazare – plus fréquentée de France et deuxième d’Europe (110 millions de voyageurs annuels) – il abrite le siège mondial du groupe de vins et spiritueux créé en 1975, et accueille 900 collaborateurs, sur les près de 18 500 que compte l’entreprise, avec ses 86 filiales. De cet imposant bâtiment conçu par les architectes Jacques Ferrier et Pauline Marchetti, une partie du rez-de-chaussée a été dévolue à la fondation, désormais accessible de plain-pied (et non plus située à l’étage). Un quartier bruissant, aux antipodes de l’environnement feutré de sa précédente adresse, et en phase avec le projet nourri dès 2007 d’une installation dans un lieu délesté d’un voisinage trop associé au luxe. Les recherches ayant alors été infructueuses, la fondation avait trouvé un biais architectural en faisant aménager par Jakob et Mac Farlane l’entrée principale non plus via la galerie de la Rue Royale et ses enseignes de prestige, mais rue Boissy d’Anglas, plus discrète. Le désir de gagner un quartier ancré dans un rythme de vie plus soutenu s’étant cristallisé ces deux dernières années, allié à la volonté de Pernod Ricard de réunir ses filiales et entités en un même lieu, a offert à la fondation l'opportunité de rejoindre le siège, et naturellement de changer de nom pour embrasser l’ensemble de l’identité. Ce qui permettra de renforcer le déploiement d’expositions d’artistes à l’étranger. « Nous étions très heureux de cette perspective car nous changions d’échelle, tout en demeurant dans un environnement à taille humaine », souligne Colette Barbier. De fait, la superficie d’action passe de 350 m2 (dont 50 étaient occupés par les bureaux de la direction et de l’administratif) à 1000 m desquels l’espace d’exposition stricto sensu continue de s’étendre sur 300 m2 assortis toutefois d’une remarquable vue sur les quais de la gare, dont les artistes ne manqueront pas de s’emparer.

Les artistes à la manœuvre 

Dans la nouvelle configuration, confiée par Colette Barbier à l’agence NeM (Lucie Niney et Thibault Marca) qui a œuvré notamment pour le Centre d’art Bétonsalon et la Bourse de Commerce, de nouveaux « outils » étoffent l’offre de la fondation. Un café- restaurant (de 10h à 19h), orchestré par Franck Baranger – à la tête des restaurants Caillebotte, Pantruche, Belle Maison et Coucou – et ouvrant sur le parvis, procure une perspective de halte. Dans le prolongement se trouve une librairie dont le catalogue de 400 références est piloté par A#er 8 Books – éditeur indépendant d’ouvrages et d’éditions limitées d’artistes – qui dispose d’une librairie, et assure également la sélection d’ouvrages du très pointu KW Berlin. Une bibliothèque d’environ 500 ouvrages, revues, magazines en libre consultation, un auditorium de 112 places ouvrant par des baies vitrées sur la rue et l’esplanade de la gare, ainsi qu'un espace intermédiaire baptisé « Traverse » enrichissent le dispositif. Dotée de gradins, de rideaux occultant, si besoin, d'une vue sur rue, et d’une importante hauteur sous plafond, cette « Traverse » permet d’envisager de nombreux usages : performances, projections, théâtre, installations d’œuvres monumentales, etc. Autant de nouvelles ressources pensées pour le public, pour... et par les artistes. Ainsi, Mathieu Mercier a dessiné la bibliothèque et, à l’invitation de la fondation, a doté l’espace rectangulaire situé en hauteur d’une peinture sur toile qui sera visible durant six mois. Puis, sur le principe du passage de relais d’un artiste à un autre, proposé par Mercier, une nouvelle œuvre sera installée. Robert Stadler (cofondateur de Radi design) a conçu les chaises ; Neïl Beloufa (commissaire d’exposition du 20e prix Fondation Pernod Ricard) a imaginé deux luminaires ; Katinka Bock (lauréate du prix 2012) a dessiné un tapis, posé sur le sol en béton ciré ; Benoit Maire, lauréat 2010, est présent via deux chaises acquises par la fondation ; Marie Lund a réalisé les poignées de porte ; Natsuko Uchino a élaboré la vasque et des carreaux de céramique ornant les toilettes. « Nous allons continuer d’enrichir le lieu de ces différentes collaborations avec des artistes », souligne Colette Barbier. Pour parfaire l’accueil, des détails qui ont leur importance : casiers fermant à clef sont librement accessibles ou table à langer installée dans les toilettes pour hommes…

Objectif : 50 000 visiteurs 

Si le montant des travaux demeure confidentiel (le budget en a été voté avant la pandémie et ils ont été réalisés entre les deux confinements), Colette Barbier indique que le budget de soutien aux artistes a été augmenté de 20 % pour répondre à l’évolution du prix qui, désormais, prévoit leur accompagnement sur une année entière. Afin de capter de nouveaux visiteurs, dont ceux de proximité, une chargée du développement des publics et de la médiation a été recrutée, portant à sept le nombre de salariés de la fondation, dont la directrice envisage un doublement de la fréquentation, plaçant ainsi son objectif à 50 000 visiteurs. L’exposition collective inaugurale « Le Juste Prix », confiée à Bertrand Dezoteux, par son humour et une certaine joie de vivre devrait mobiliser les visiteurs. À commencer par les 900 collaborateurs du groupe présents dans l’édifice, dont la moyenne d’âge se situe autour de 40 ans : « Les sensibiliser à notre programmation artistique et culturelle est l’une de nos missions, indique Colette Barbier, c’est la volonté de notre président, Alexandre Ricard, de faire irradier l’art au sein du groupe, comme avant lui, son grand- père et son oncle, qui ont toujours manifesté un vif intérêt pour l’art. » 



Musées et galeries pourront rouvrir mercredi 19 mai

 PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR LE 29 AVRIL 2021 -  


Les fuites de l’entretien de Macron qui doit paraître demain indiquent également que les foires pourront se tenir le 9 juin.


Le journal Le Progrès n’a pas pu tenir sa langue et a grillé la politesse à ses confères de la presse quotidienne régionale à qui Emmanuel Macron a réservé l’annonce du plan de déconfinement dans un entretien qui doit paraître demain. 

Il ressort de ce plan en 4 étapes qui démarre le 3 mai (avec des mesures déjà annoncées sur les déplacements) que les musées, monuments et galeries, mais aussi cinémas et théâtres pourront rouvrir le mercredi 19 mai. Le président a rabioté quelques jours sur les annonces initiales qui prévoyaient une ouverture de certains lieux culturels « mi-mai » mais en contrepartie rouvre tous les lieux culturels, sous réserve du respect des jauges discutées avec les représentants de chaque type de lieu. A cette date, le couvre-feu est décalé à 21h et les terrasses des bars et restaurants sont à nouveau ouvertes. 

Le 9 juin marque une étape importante pour les foires et salons (de moins de 5 000 personnes) qui pourront enfin rouvrir après de longs mois d’attente. Mais les visiteurs devront présenter un pass sanitaire indiquant qu’ils sont vaccinés ou testés négatifs. Les touristes étrangers pourront aussi entrer en France avec un pass sanitaire. Le couvre-feu est décalé à 23 heures et les bars et restaurant pourront enfin ouvrir leur salle intérieure. 

Enfin le 30 juin marquera la fin du couvre-feu. Il sera possible de participer à des événements de plus de 1 000 personnes, (on pense aux festivals), sous réserve là aussi de présenter un pass sanitaire. Les réductions de jauges dans les musées et monuments sont levées. 

Ces mesures s’appliquent à l’échelle nationale. Mais elles sont assujetties à une baisse du taux d’incidence. Si celui-ci est supérieur à 400 pour 100 000 habitants pendant plusieurs jours, le Gouvernement se réserve le droit de ne pas lever les restrictions dans les départements concernés. Un taux peu contraignant puisqu’il est aujourd’hui de 301 dans toute la France et de 441 à Paris (et 541 en Seine-Saint-Denis). Mais la dynamique va dans le bon sens, le taux d’incidence était de 600 à Paris il y a 2 semaines. 




La réouverture en ordre dispersé des musées en Europe

PAR LEJOURNALDESARTS.FR ·  LE 26 AVRIL 2021 -  


Le Danemark a rouvert ses musées le 21 avril et l’Italie le 26. La France reste prudente sur l’ouverture annoncée de mi-mai. 

La situation des musées dans le monde change d’un jour sur l’autre en fonction de la dynamique de l’épidémie et du planning de vaccination. Globalement la tendance est cependant à la réouverture. 

Le tableau en fin d’article recense la situation au 26 avril 2021, tandis que la chronologie des derniers événements est rappelée. 

26 avril 2021 / Italie 

14 régions italiennes (notamment les régions de Venise, Florence, Rome et Naples) sont placées en zone jaune, autorisant les musées à rouvrir (cf 16 avril / Italie). Toutefois les autorités régionales ont la possibilité d’apporter des restrictions aux mesures nationales. 

26 avril 2021 / Etats-Unis 

Les musées new-yorkais sont autorisés à augmenter leur capacité d’accueil des visiteurs de 25 % à 50 %, après une décision récente du Gouverneur Cuomo. Les musées du Smithsonian (Washington) qui avaient préféré rester fermés ont annoncé une réouverture progressive entre le 5 et le 21 mai. 

24 avril 2021 / Allemagne 

La réouverture des musées est toujours assujettie à un taux d’incidence inférieur à 100 pendant trois jours consécutifs, mais à compter du 24 avril, la mise en œuvre est automatique partout en Allemagne alors qu’auparavant (loi fédérale), elle dépendait des régions. 

22 avril 2021 / France 

Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre Jean Castex a maintenu l’objectif d’une réouverture des commerces et de certains lieux culturels « à la mi-mai », éventuellement territorialisée, mais sans autres précisions. 

21 avril 2021 / Danemark 

Réouverture des musées et galeries, avec accès réservé aux détenteurs d’un pass sanitaire (test négatif de moins de 72 heures, certificat de vaccination, preuve d’une infection dans les 2 à 12 semaines précédentes). 

18 avril 2021 / France 

Emmanuel Macron a indiqué sur la chaine de télévision américaine CBS que des restrictions allaient être levées début mai. Quelques jours auparavant (15 avril), lors d’une visioconférence avec des élus, il avait évoqué la « réouverture des terrasses et des musées lors de la première phase », soit vers la mi-mai. 

16 avril 2021 / Italie 

Le Président du Conseil Mario Draghi a annoncé le « retour » des zones jaunes à compter du 26 avril. L’Italie a en effet instauré quatre catégories de risque de transmission du virus : rouge (risque maximal), orange (risque élevé), jaune (risque modéré), blanc (risque réduit). Le placement dans l’une de ces trois catégories est décidé par le ministre de la Santé. A ce jour, aucune région n’est en zone jaune ou blanche. A chaque catégorie sont attachées des dispositions particulières. Dans les zones jaunes, les musées peuvent rouvrir, tandis que les théâtres, cinémas et salles de spectacles pourront rouvrir avec des mesures de limitation de capacité. 

5 avril 2021 / Portugal 

Alors que le nombre de nouveaux cas de contaminations ne cesse de baisser depuis fin janvier à la suite d’un confinement « dur » de plus de 2 mois (le taux rapporté à la population est dix fois moindre qu’en France au 5 avril), le Portugal poursuit son plan de déconfinement débuté le 15 mars en réouvrant à partir du 5 avril, les musées, monuments et galeries. 

31 mars 2021 / France 

Emmanuel Macron annonce pour une durée de 4 semaines une adaptation du calendrier scolaire et laisse entrevoir une réouverture de certains lieux culturels mi-mai. 

24 mars 2021 / Belgique 

Le nombre d’hospitalisation et la circulation du virus ne cessent d’augmenter. Les galeries, considérées comme des commerces non essentiels, ne peuvent recevoir que sur rendez-vous et ce jusqu’au 25 avril. Les musées restent ouverts. 

23 mars 2021 / Allemagne 

Les mesures en place sont prolongées jusqu’au 18 avril. Si le taux d’incidence dépasse 100 pendant trois jours consécutifs dans une région donnée, les musées doivent fermer.

19 mars 2021 / France 

Fermeture des galeries jusqu’à nouvel ordre (au moins 6 semaines) 

13 mars 2021 / Italie 

Les musées sont fermés dans toutes les zones jaunes, oranges et rouges, en fait les 21 régions d’Italie. 



Pourquoi le Frac Normandie devient un établissement public

 PAR CHRISTINE COSTE · LE JOURNAL DES ARTS LE 22 AVRIL 2021 - 


À la fin 2020, les deux Frac de Normandie, à Caen et Rouen, ont été réunis sous la forme d’un établissement public de coopération culturelle.


Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). En 2017, la décision du président de la Région Normandie, Hervé Morin, de fusionner le Frac Normandie Caen et le Frac Normandie Rouen avait fait débat. La création le 20 octobre 2020 du « Frac Normandie » a entériné la dissolution des deux Fonds régionaux d’art contemporain sous leur forme associative et la création du statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC) pour la nouvelle entité. La ville de Sotteville-lès-Rouen en abrite désormais le siège social tandis que l’appel à candidature pour la direction du Frac Normandie a été lancé. Les deux sites néanmoins demeurent, avec leurs 22 employés au total, tandis que le budget, regroupant celui des deux Frac et financé à 60 % par la Région, s’élève en 2021 à 1,5 million d’euros. 

Le choix du statut d’EPCC peut surprendre. Sur les 22 Frac que compte désormais le réseau, ils ne sont que trois à avoir ce statut, les autres étant sous un régime associatif. Le Frac Réunion, le plus petit, a été le premier à se transformer, en 2007, bien qu’il affiche une taille en deçà des conditions requises pour y prétendre. Le budget minimal annuel recommandé pour passer en EPCC est en effet de 1 million d’euros. Dans le cas de La Réunion, ce statut a permis à l’État et à la Région de réactiver un lieu en sommeil. 

Un statut protecteur 

Le passage en EPPC du Frac Bretagne en 2013 puis du Frac Centre-Val de Loire en 2015, s’il relève également de la volonté politique, s’inscrit plutôt dans un contexte de changement d’échelle pour ces structures ; l’initiative est venue de la Région, pour le Frac Centre-Val de Loire comme pour le Frac Normandie. Pour ce dernier, Catherine Morin-Desailly, ancienne présidente du Frac Normandie Rouen et proche d’Hervé Morin, s’est révélée particulièrement offensive sur un dossier que la sénatrice de la Seine-Maritime connaît bien en tant que membre de la commission de la culture du Sénat et instigatrice du passage en EPCC de l’Opéra et du Centre dramatique national à Rouen. 

De fait, ce statut marque avant tout la reconnaissance par la Région de l’importance de l’institution, établie comme tête de pont de la politique culturelle. Il la protège aussi à différents niveaux car il relève du droit public. Il lui assure un budget plancher en dessous duquel aucun partenaire ne peut descendre, tandis que le caractère inaliénable de ses collections s’en trouve renforcé. Il induit également une montée en puissance des moyens financiers, humains, et permet l’élargissement du conseil d’administration à d’autres collectivités publiques – Département et/ou agglomérations de communes. Précieux atouts dans une région où le Frac est régulièrement mis en cause par les élus étiquetés Rassemblement national. 

Le statut d’EPCC présente néanmoins pour inconvénients d’importantes charges administratives et une gestion plus lourde, pointent Béatrice Binoche, directrice du Frac Réunion, et Abdelkader Damani, directeur du Frac Centre-Val de Loire. 

Pour l’heure, le conseil d’administration du Frac Normandie, présidé par Pierre Gaumont, maire de Bayeux, reçoit les candidatures pour son poste de directeur(trice). Le nom de la personne retenue ne sera connu que fin juin, soit après les élections régionales. 



Réouverture des musées : l'interminable exception française

Par Sarah Hugounenq

QDA - 20 avril 2021 


Alors que nos voisins déconfinent progressivement leurs lieux culturels, la France détient le triste record de six mois de paralysie contrainte de ses musées et, cas presque aussi unique, d'une désespérante absence de calendrier de réouverture. Petit tour d’horizon de la situation européenne. 

« En décembre, mes collègues étaient combatifs. Aujourd’hui, ils sont résignés.» En quelques mots, Richard Dagorne, directeur des musées de Nancy, résume la lassitude des professionnels de musées, ces lieux taxés de « non-essentiels » et donc fermés depuis près de 175 jours. Le corps médical est pourtant à l’unisson. En novembre, l’Institut Pasteur indique que la fréquentation des lieux culturels « n’est pas associée à un sur-risque d’infection ». En mars, l'Université technique de Berlin enfonce le clou et affirme que les musées sont parmi les lieux où il est le moins probable d'être contaminé. Alors que chacun s’agite sur les modalités déconfinement, la France a-t-elle laissé passer le coche de la réouverture de ses musées ? C’est le sentiment de Constance Delaugerre, chef de service à l’hôpital Saint- Louis qui travaille sur les modalités d’un concert-test. « Les musées avaient, avec de protocoles sanitaires comme ceux mis en place en Europe, tout pour permettre une ouverture quand l’incidence le permettait », explique la virologue devant la mission d’information mise sur pied au Sénat début février, sur l’effet de la crise sur les établissements culturels. 

Réouvertures protocolaires 

Si les musées néerlandais, grecs et danois sont dans la même situation que l’Hexagone, à savoir sans perspective de réouverture aucune, la liste s’arrête là. Les musées belges sont depuis décembre la seule activité culturelle autorisée. En Suisse, le Conseil fédéral a décidé la réouverture dès le 1er mars. L’Allemagne lui emboîtait le pas neuf jours plus tard pour les régions au taux d’incidence inférieur à 50. Au Portugal, après deux mois de fermeture, les musées sont redevenus accessibles à partir du 5 avril. La Slovaquie a rouvert les siens ce lundi. À Londres, le réveil est programmé pour le 17 mai. En Italie, les musées vivent au rythme d’un « stop and go » depuis novembre selon l’état sanitaire de chaque région. Si tous les musées sont pour l’heure fermés, la prochaine étape est fixée au 26 avril avec réouverture dans les régions à moindre taux de contagion, dites « jaunes » dans la grille de couleur choisie par le pays. De son côté, l’Espagne n’a jamais fermé depuis le printemps dernier et le Luxembourg s'est contenté d'un mini- confinement de Noël, du 26 décembre au 10 janvier. Condition sine qua non, les protocoles sanitaires adoptés sont globalement semblables à celui mis en place en France au premier déconfinement. Partout, la réservation en ligne de créneaux horaires fixes, l’établissement de jauges basses, le port du masque (FFP2 pour l’Allemagne), la suspension des visites guidées et la fermeture des cafétérias (sauf en Espagne) sont les conditions de réouverture. L’Espagne impose en plus la prise de température à l’entrée, et l’Allemagne active le tracing des visiteurs. Cette adaptation se fait le plus souvent par établissement et non par pays. « Nous avons obtenu la réouverture en nous engageant dans une lettre commune à mettre en place des mesures de protection à partir d’une analyse des risques de chacun de nos musées (volume des salles, ventilation, capacité maximale d’accueil...). L’administration ne nous a rien imposé, nous nous sommes fédérés et avons partagé les expériences y compris par la publication de guides sectoriels », se souvient Sarah Bastien, directeur général administratif des six musées de la Ville de Gand. 

Le gouvernement reste sourd 

Cet ensemble de mesures a pour effet de réduire les visites spontanées et d’augmenter les coûts logistiques. « Il est évident qu’à la réouverture, les visiteurs ne se sont pas précipités, en particulier les personnes âgées », note Alexandre Chevalier, président d’ICOM Belgique. En réponse, Genève a décrété la gratuité de ses musées le week-end. « Laisser la culture ouverte dans ces conditions coûte cher, c’est évident, témoigne Sylvain Bellenger, directeur du Museo e Real Bosco di Capodimonte de Naples, dont la fréquentation plafonne à 200 visiteurs par jour quand les espaces en permettent le triple. Mais la fermer coûte encore plus cher à la santé psychologique de la société. » La virologue Constance Delaugerre se joint à cette plaidoirie en faveur du rôle des musées dans la santé mentale. « La grande difficulté en France est l’absence totale de perspective. Ailleurs, la situation est aussi compliquée de devoir ouvrir, fermer, rouvrir, etc... Mais la science a besoin d’expérimentations pour avancer. Prendre des risques encadrés est mieux que de ne rien faire. » Le Sénat a affirmé le 13 avril le « caractère fondamental de la culture » expliquant que « la fermeture des établissements culturels restreint considérablement l’accès à la culture et la possibilité pour les citoyens de jouir de leurs droits culturels, consacrés par la loi NOTRe et la loi CAP ». Il plaide donc en faveur de la réouverture prioritaire des musées sous condition d’une jauge réduite (à adapter selon les établissements), du port du masque, de la fermeture des cafétérias et de mise en place de billets horodatés. Pour l’heure, le gouvernement reste sourd aux considérations venues de l’étranger ou de son Parlement. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19585-réouverture-des-musées-l-interminable-exception-française.html


Retrouver les musées : mode d’emploi 

Par Sarah Hugounenq
QDA - 14 avril 2021  

Rouvre-t-on ses portes indemne après un an de restrictions sanitaires contraignant les musées et monuments à la fermeture ? Cette question délicate a été posée mardi lors des Rencontres IESA Patrimoines et Innovation co-organisées avec Correspondances Digitales au format webinaire. Les débats se sont articulés autour de trois axes distincts. Une première rencontre s’est concentrée sur la révolution numérique vécue en un an par le patrimoine. Les expériences d’Orsay ou de start-up innovantes comme GuestViews ont esquissé des pistes pour rééquilibrer les usages culturels après six mois de tout virtuel. Cette distorsion des liens avec le public pourrait également se résoudre dans une nouvelle manière de mettre en récit les institutions. Vaux-le-Vicomte ou la Monnaie de Paris ont partagé leurs initiatives en matière d’approche renouvelée de la médiation dans cette période de fort besoin d’évasion. Enfin, la journée s’est clôturée sur une question : l’ancrage territorial des institutions patrimoniales peut-il être un élément de leur réinvention ? Face à la désertion touristique et à la catastrophe financière en cours, le MAC Lyon, l’École Pro du Centre Pompidou ou le CMN Institut tentent, chacun par des voies diverses, de réinventer le travail en réseau avec des partenaires inhabituels pour la culture. Autant de pistes à méditer pour se préparer au « monde d’après ».

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19550-retrouver-les-musées-mode-d-emploi.html 


Les musées sont restés fermés en moyenne cinq mois dans le monde en 2020 

PAR CHARLES ROUMÉGOU · LEJOURNALDESARTS.FR LE 14 AVRIL 2021 - 

L’Unesco publie un rapport sur la situation des musées dans 87 pays et fait trois recommandations. 

Sur la base de données fournies par 87 des 193 États membres de l’Unesco, l’agence des Nations Unies spécialisée dans la culture dresse, un an après le début de la pandémie de Covid-19, un premier bilan provisoire de la situation des musées à travers le monde, lesquels sont estimés au nombre de 104 000. 

Sans surprise, le constat est préoccupant : les musées sont ainsi restés fermés 155 jours en moyenne sur l’année 2020 (soit un peu plus de cinq mois), et près de 43 % des établissements ont encore connu une période de fermeture au premier trimestre 2021. La fréquentation des musées a diminué de manière drastique pour tous les États membres car même pour les établissements demeurés ouverts, les mesures sanitaires associées à la chute du tourisme mondial (moins 74 % en 2020), ont causé une diminution de l’ordre de 70 %. Conséquence logique, les recettes des établissement ont diminué elles aussi entre 40 et 60 % par rapport à 2019. Parallèlement, le soutien public est encore trop inconsistant selon les pays pour 50 % des établissements nationaux ayant répondu à cette question. 

A partir de ce bilan, l’Unesco formule trois recommandations à destination de ses États membres en vue de soutenir davantage le secteur muséal, frappé de plein fouet par la crise sanitaire : 

1. L’Unesco encourage les États membres et les institutions muséales à poursuivre leur réflexion sur les enjeux et le futur des musées à l’aune de la crise de Covid-19, en fournissant un cadre de références commun et en favorisant la coopération internationale. 

2. L’organisation internationale appelle les pouvoirs publics à un financement accru des musées dans le cadre de politiques culturelles ambitieuses, au nom de la protection du patrimoine et de la diversité des expressions culturelles. 

3. L’Unesco entend, conjointement avec les États membres, accompagner l’essor du réseau muséal, notamment dans les régions du monde où celui-ci est encore fragile comme pour les musées en Afrique ou dans les petits États insulaires en développement, notamment par le biais du numérique.

https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/les-musees-sont-restes-fermes-en-moyenne-cinq-mois-dans-le-monde-en-2020-153911

Hémorragie de revenus dans les musées français 

Par Sarah Hugouneng
QDA - 22 mars 2021 

Il y a un an, la France se confinait et les musées fermaient. Très dépendants de la fréquentation touristique, leurs portes toujours closes, les musées sont parmi les premières victimes collatérales de la crise sanitaire. 

Les mises à l’arrêt, entrecoupées de périodes d’activité dégradée soumise à des jauges réduites, ont entraîné une chute drastique de leurs recettes de billetterie, de locations d’espaces, de concessions, de mécénat ou de produits dérivés. Avant le deuxième confinement, on évaluait à environ 360 millions d'euros les pertes nettes des principaux opérateurs patrimoniaux en 2020. Globalement, la fermeture totale coûte 30 millions d’euros de pertes par moisaux grands établissements publics (Versailles, Louvre, Opéra…).

- 100 millions pour le Louvre 

Au cas par cas les chiffres donnent le vertige : 100 millions d’euros pour le Louvre soit une chute de 60 % de ses revenus propres, 5 millions d’euros pour Chantilly, près d’un million d’euros pour le seul premier confinement au musée des Beaux-Arts de Lyon. Le drame n’a rien de franco- français. Les Musées royaux de Belgique ont perdu les deux tiers de leurs revenus soit 5 millions d’euros. Les musées du Vatican ont vu s’envoler 90 % de leurs recettes habituelles. En France, cette crise intervient dans un contexte de finances déjà affaiblies par les grèves et la crise des Gilets jaunes des hivers derniers, en plus du recul progressif du concours financier de l’État aux institutions culturelles : à lui seul, le Louvre a perdu 11 millions d’euros de dotation en 2020. Certes ces pertes financières ont été en partie absorbées par des « non-dépenses » estimées à 100 millions d’euros pour les mêmes opérateurs : moindres frais de fonctionnement, décalage ou annulation de la programmation, moindre recours à des contrats temporaires et étalement des travaux dans le temps. Ainsi, sur les 20 millions d’euros perdus par le Centre Pompidou à Paris, 40 % ont été épargnés selon les chiffres de l'Assemblée nationale. Des économies hélas vite compensées par des surcoûts, estimés à 20 millions d'euros, liés aux mesures de lutte contre l'épidémie, à la mise en place du télétravail, ou au renforcement de la politique de numérisation des musées. 

Éviter la faillite 

Conséquence, ce choc budgétaire fragilise directement la trésorerie des plus grands musées menacés de cessation de paiement. Alors que le Louvre craint une telle situation en 2022, le fonds de roulement d’Orsay affichait un débit de 5 millions d’euros en fin d’année, quand il était crédité de 23,5 millions un an avant. Ironie du sort, cette fragilité est la conséquence des efforts menés par ces musées pour s’autofinancer et ne pas peser sur les finances publiques. Pour éviter le pire, l’État vole donc à leur secours : avancement du versement des subventions, soutien de trésorerie exceptionnel dès juillet de 42,4 millions d'euros dont un quart pour le musée d'Orsay et plus d’un tiers pour l’INRAP, gel du transfert des charges de personnel vers les finances propres des musées. Le plan de relance dédie en 2021 231,7 millions d’euros pour renflouer les gros musées sur les 614 millions d'euros répartis sur les années jusqu’en 2022 pour l’ensemble des patrimoines, tandis que le budget 2021 est revu à la hausse de 57,5%.

Perspectives noires 

Malgré l’ampleur inédite de ces aides, elles pourraient s’avérer insuffisantes pour atteindre les marges financières d’avant- crise. De plus, le patrimoine en région, soit 80 % des musées français, reste le grand oublié. Bien que moins impactés car le plus souvent en régie directe et moins avancés dans la politique de course aux ressources propres, ces établissements souffriront des finances fragilisées des collectivités privées de la taxe de séjour touristique, et des impôts des entreprises qui ont fermé ou qui ont bénéficié d’un sursis pour leur règlement. Pis, avec un milliard d’arrivées internationales en moins et une pandémie qui se prolonge, les principaux acteurs du tourisme ne prévoient pas de retour à la normale avant 2024. Il va donc falloir composer sans la manne étrangère et inventer un nouveau modèle économique. Devant le Sénat, Roselyne Bachelot a annoncé la couleur. Les aides ne seront pas éternelles. « Des efforts de gestions peuvent sans doute être consentis par les opérateurs avec une réflexion à mener dossier par dossier », a-t-elle expliqué.

Les pertes comptabilisées dans le tableau concernent la période de mars à novembre 2020, date à laquelle les établissements ont fait état de leurs comptes au Parlement pour la préparation de la loi de finances 2021. Les données globales ne seront communiquées que dans plusieurs mois dans le rapport d'activité 2020. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19411-hémorragie-de-revenus-dans-les-musées-français.html


Des étudiants en arts occupent un opéra, fermé pour cause de pandémie 

 · LEJOURNALDESARTS.FR  · 16 MARS 2021  

Une cinquantaine d'étudiants issus des filières artistiques de Lyon ont débuté lundi matin une occupation de l'opéra de la ville, la 3e de France, fermé en raison de la pandémie, en solidarité avec les intermittents du spectacle.

« On voulait réagir car on est à la jonction de deux endroits : le monde de la culture et celui des étudiants », explique Lucas Martini, 23 ans, étudiant en première année à l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT), et l'un des porte-parole de cette action. 

L'entrée dans les lieux s'est faite dans le calme selon les étudiants et la direction de l'opéra, via une porte latérale du bâtiment du XIXe siècle rénové par l'architecte Jean Nouvel. Les participants devaient se réunir dans l'après-midi pour élaborer les modalités précises de leur occupation en tenant compte du protocole sanitaire.

« La scène et la salle de spectacles où il y a actuellement des répétitions ne seront pas occupées », explique Matéo Esnault, étudiant à l'ENSATT. « Les étudiants concentreront leur présence dans le hall et la cafétéria du bâtiment. »

Dans un communiqué, la direction de l'opéra affirme partager « l'objectif que cette occupation ne mette pas en péril les répétitions, les résidences et les captations audiovisuelles prévues dans les prochains jours et semaines » et qu'elle se fasse « selon un protocole sanitaire défini et rigoureusement respecté ». L'opéra de Lyon se dit également « à l'écoute » des inquiétudes des étudiants « qui seront demain les artistes et les artisans de notre vie culturelle ».

La semaine dernière, l'occupation d'une grande salle parisienne, le Théâtre de l'Odéon, a déclenché un mouvement qui s'est étendu notamment au Théâtre de la Colline et au Théâtre national de Strasbourg avant de faire tache d'huile dans de nombreuses salles du pays.

Cet article a été publié par l'AFP le 15 mars 2021. 

https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/des-etudiants-en-arts-occupent-un-opera-ferme-pour-cause-de-pandemie-153603

Réouverture des musées : la pression monte 

Par Rafael Pic
QUOTIDIEN DE L’ART - 02 février 2021
 


Les pétitions se succèdent pour demander la réouverture au plus vite en France des musées et autres espaces culturels, indispensables à la santé mentale et que rien n’indique comme lieux privilégiés de contamination. 


Chez eux, les coiffeurs sont fermés et les musées ouverts. Chez nous, les coiffeurs sont ouverts et les musées fermés. C'est une histoire belge, mais en notre défaveur... Sans avoir rien à reprocher à nos figaros, force est de constater que l'on est au moins autant à risque de contamination dans un salon de coiffure, immobile pendant une demi-heure sous les ciseaux, que dans les grands espaces du Louvre ou de Guimet, où l'on se croise à bonne distance, sans se parler et sans longue station à l'arrêt. Cet argument a été maintes fois invoqué, notamment dans ces colonnes, sans qu'il émeuve les responsables politiques, ou du moins sans qu'il soit suivi d'effet – ce qui revient au même. Alors que les choses bougent en Europe, le silence de la France devient assourdissant. Les musées sont restés ouverts en Belgique, au Luxembourg, en Espagne, au Portugal (et même les salles de concert et théâtres). Ils rouvrent à grande vitesse en Italie : dans 4 régions depuis le 18 janvier, dans 10 autres depuis avant-hier, avec, notamment les musées du Vatican. Même la Pologne, qui a pourtant connu une deuxième vague meurtrière et où le pouvoir n'a pas d'atomes très crochus avec le monde de la culture, a emboîté le pas ce lundi. On objectera qu'il y a la Grande- Bretagne - mais elle peut invoquer la contagiosité accrue des variants - ou l'Allemagne - mais elle doit aussi être classée dans les États traumatisés par la virulence de la deuxième vague. Le pays de la culture, le pays qui veut souvent donner la leçon aux autres, joue ici une « exception française » peu enthousiasmante... 


L'année de la jauge 


Les opposants donnent de plus en plus de la voix : en quelques jours, les pétitions se sont multipliées. Les signataires et la forme changent mais le fond est le même, tenant en quelques arguments simples : la culture est un besoin essentiel et les musées (en agrégeant sous ce terme les centres d'art et autres lieux d'exposition) en sont un maillon majeur ; avec un système de jauge déjà expérimenté cet été, des réservations à distance, et aucun objet à toucher, les musées sont bien mieux équipés que les transports en commun ou les supermarchés pour assurer la distanciation sociale et minimiser la transmission par contact ; enfin, les musées représentent un secteur économique substantiel déjà frappé par la fin de la mobilité internationale. On peut aller admirer de belles carrosseries chez son concessionnaire et de beaux flacons chez son caviste (et même les manipuler) mais aller au musée est considéré comme trop dangereux. L'exécutif, prisonnier d'un principe de précaution mal placé, veut absolument nous protéger de cette tentation... 


Un chœur en crescendo 


Il faut aussi penser au monde d'après et évoquer un risque : la disparition des structures plus petites et fragiles, qui font toute la richesse du tissu culturel français, au profit de très grosses cylindrées ou d'institutions publiques lourdement subventionnées. C'est tout un écosystème qui est en péril et qui aura besoin d'un apport de ressources qui ne sera sans doute pas disponible, les besoins étant pressants de toute part. La pétition « Le monde de l'art se mobilise ! » du 29 janvier appelait à une augmentation des budgets d'acquisition des FRAC, des aides à la recherche et à la production pour les centres d'art, des bourses d'écriture, des aides matérielles pour les étudiants et jeunes diplômés, une augmentation de la commande publique. Autant d'indices rappelant que le panorama à venir risque d'être bien désolé et que toute journée de fermeture supplémentaire ne ferait que l'aggraver. « Tous les lieux d'art contemporain sont prêts pour rouvrir leurs portes dans des conditions garantissant la sécurité des publics et des équipes », concluait le texte, remarquable pour avoir fédéré des institutions publiques - mais aussi quelques privées - dans un même chœur (pour n'en citer qu'une poignée, Emma Lavigne du Palais de Tokyo, Colette Barbier de la Fondation Pernod Ricard, Aude Cartier, coprésidente de Tram réseau d'art contemporain d'Île-de-France, Benoît Decron du musée Soulages à Rodez, Nathalie Ergino de l'IAC Villeurbanne, Xavier Franceschi du FRAC Île-de-France, Éric Mangion de la Villa Arson, Chiara Parisi du Centre Pompidou Metz). 


SOS Musées 


Dans Le Monde du 1er février, à l'initiative d'une étudiante en art, Carla Pecquerie, un collectif de 12 personnalités (de Carla Bruni à Patrick Pelloux, de Stéphane Bern à Frédéric Jousset, président de Beaux Arts, propriétaire du Quotidien de l'Art, créateur de la fondation Art Explora) invoque une privation de libertés mortifère, un appauvrissement de notre imaginaire, une disette artistique et la rupture du principe d'égalité de traitement (galeries et bibliothèques sont ouverts). Cette pétition se place sous l'invocation de Malraux que notre actuelle ministre de la Culture est invitée à reprendre à son compte : « Le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort. » Relayée sur change.org, elle avait recueilli plus de 1000 signatures en quelques heures. Il y a quelques années, lorsque le musée des Beaux-Arts de Montréal, dirigé par Nathalie Bondil, les avait instituées, on y avait vu un clin d’œil mais on peut le prendre aujourd’hui pour un geste visionnaire : des ordonnances « muséales » par lesquelles les médecins prescrivaient à leurs patients des visites au musée... Va-t-on devoir les invoquer en désespoir de cause pour sauvegarder notre équilibre mental ? Espérons que le bon sens et, plus encore, l'ambition, la vision parleront avant : rouvrez les musées ! 




Musées et centres d'art demandent à bénéficier d'une réouverture prioritaire 

LEJOURNALDESARTS.FR · 3 FÉVRIER 2021  


Une centaine de responsables de musées et centres d'art ont demandé mardi au gouvernement de pouvoir rouvrir partiellement et d'être parmi les premiers à bénéficier de la levée d’un nouveau confinement, s’il devait avoir lieu. 


Cela permettait de transformer la difficile période actuelle en un « hiver culturel et apprenant », plaide une pétition déjà signée par près de 100 directeurs et présidents de ces institutions culturelles. 

« Pour une heure, pour un jour, pour une semaine ou pour un mois, laissez-nous entrouvrir nos portes, même si nous devions les refermer en cas de nouveau confinement », supplient les responsables de ces centres d'art. « Nous voulons proposer des antidotes, être dans une démarche constructive, ne pas seulement être dépendants des courbes des nouveaux variants. On voit bien qu'il y a des alternatives comme en Italie. Il s'agit au moins d'entrouvrir les centres d'art », a expliqué à l'AFP une des initiatrices de la pétition, Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo. 


A la différence des galeries, les musées qui avaient espéré rouvrir le 15 décembre restent fermés, avec souvent les coûts importants qu'occasionne le maintien d'expositions qui n'ont pas de public. 

Les centres d'art, collectifs d'artistes, Fonds régionaux d'art contemporain (Frac), fondations et musées « sont des établissements recevant du public "circulant", dans lesquels les risques de contamination sont les moins avérés », font valoir les signataires. « Les protocoles sanitaires rigoureux mis en place (...) garantissent un accueil dans des conditions de sécurité renforcées », ajoutent-ils. « Ce constat devrait nous permettre d'être parmi les premières institutions culturelles à pouvoir rouvrir et cela en toute solidarité avec les cinémas et les lieux consacrés à la musique et aux arts vivants ». 


Si l'évolution de la pandémie devait amener un nouveau confinement, argumentent-ils, « il n'en resterait pas moins essentiel que nous puissions être parmi les premiers lieux à être autorisés à rouvrir nos portes dès la levée, même progressive, de celui-ci ». « Nous préférons sans hésitation à un silence pesant pour nos équipes et menaçant pour nos missions, une ouverture progressive, s'il le faut avec un protocole sanitaire encore renforcé et une jauge potentiellement encore plus réduite », proposent-ils. Et ils se disent « prêts à n'ouvrir, si besoin, qu'une partie de leurs espaces »

Parmi les premiers cent signataires figurent les dirigeants du Mucem de Marseille, du Musée d'art moderne de Paris, du Musée Carnavalet, des Rencontres d'Arles et du Centre Pompidou-Metz. 

Cet article a été publié par l'AFP le 2 février 2021. 


https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/musees-et-centres-dart-demandent-beneficier-dune-reouverture-prioritaire-152882



Lettre ouverte de la presse artistique au Président de la République pour la réouverture des musées 

Par Rafael Pic, Fabrice Bousteau 

QUOTIDIEN DE L’ART - 07 février 2021  


Après deux pétitions de professionnels du monde de l'art, l'ensemble de la presse artistique (Connaissance des Arts, Le Journal des Arts, Beaux Arts Magazine, Le Quotidien de l'Art et d'autres) s'associe pour demander la réouverture des musées. Une réunion doit avoir lieu ce lundi entre la ministre de la Culture et plusieurs directeurs d'institutions pour déterminer la date et les conditions de la réouverture.


Paris le 6 février 2021 


Monsieur le Président de la République, 


Nous sommes depuis plus de 30 ans, pour certains d’entre nous, des observateurs attentifs des musées, sites patrimoniaux et centres d’art. Nous les avons si souvent visités pour en rendre compte à nos lecteurs que nous savons combien ce sont des lieux d’intelligence et de convivialité. 


C’est pourquoi nous vous demandons de les rouvrir au plus vite pour que les enfants qui sont actuellement en vacances ou vont l’être prochainement puissent aller à la rencontre d’œuvres d’art autrement que sur un écran. Une déclinaison de « l’été apprenant », en quelque sorte. 


Nous avons bien conscience du chemin de crête étroit entre, d’un côté, les contraintes sur le système hospitalier et, de l’autre, les enjeux économiques et sociétaux. En l’espèce, les protocoles sanitaires, mis en place en mai dernier, sont de nature à éviter la contamination entre visiteurs. 


Aussi, nous pensons qu’il est possible d’ouvrir ces lieux a minima en semaine avec une fermeture à 18 heures. Nos voisins italiens et espagnols l’ont fait avant nous. 


Certes, ouvrir les sites patrimoniaux, c’est prendre le risque de mécontenter les théâtres et cinémas qui souffrent tout autant. Eh bien justement, profitons de la réouverture de ces sites pour mesurer l’impact sur le nombre de nouveaux cas de contamination et si, comme nous le pensons, il n’y a pas de conséquences négatives, cela permettra aux théâtres et cinémas d’accueillir eux aussi à nouveau leur public, quelques semaines après. 


Les enjeux économiques du secteur sont moindres que pour l’événementiel ou les bars et restaurants, mais ils sont réels. De nombreux sites patrimoniaux privés n’ont comme recettes que celles de leur billetterie. Par ailleurs, publics ou privés, ces lieux entretiennent un écosystème mis à mal par la crise : artistes, médiateurs, guides-conférenciers, scénographes, commissaires d’exposition, agences de communication, étudiants-stagiaires, critiques d’art, journaux et revues d’art. 


« Les musées et les monuments historiques pourraient être des structures qui, dans le cadre d’une stabilisation de l’épidémie, pourraient faire l’objet d’une réouverture encadrée », indiquait le 12 janvier dernier aux parlementaires Mme Roselyne Bachelot


Vous avez fait le pari d’un couvre-feu renforcé plutôt que d’un confinement total, faites aussi le pari d’une réouverture graduelle des lieux de culture, en commençant maintenant par les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 


En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération. 



« Monsieur le Président, rouvrez les musées ! » 


PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR · 8 FÉVRIER 2021


Onze directeurs de journaux d’art demandent à Emmanuel Macron de rouvrir les sites patrimoniaux et les centres d’art. 


C’est une démarche inhabituelle pour des journalistes. Les rédacteurs en chef de onze journaux et revue d’art - dont Le Journal des Arts et L’Œil - ont signé une lettre commune demandant au Président de la République de rouvrir immédiatement les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 


Une démarche inhabituelle justifiée par l’urgence de la situation, mais qui se veut responsable car la situation épidémiologique le permet dans une certaine mesure et ces lieux ne sont pas de nature à accélérer la circulation du virus. 


Nous reproduisons ci-dessous la lettre dans sa version complète.


LETTRE OUVERTE DE LA PRESSE ARTISTIQUE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE POUR LA RÉOUVERTURE DES MUSÉES 


Monsieur le Président de la République, 


Nous sommes depuis plus de 30 ans, pour certains d’entre nous, des observateurs attentifs des musées, sites patrimoniaux et centres d’art. Nous les avons si souvent visités pour en rendre compte à nos lecteurs que nous savons combien ce sont des lieux d’intelligence et de convivialité. 


C’est pourquoi nous vous demandons de les rouvrir au plus vite pour que les enfants qui sont actuellement en vacances ou vont l’être prochainement puissent aller à la rencontre d’œuvres d’art autrement que sur un écran. Une déclinaison de « l’été apprenant », en quelque sorte. 


Nous avons bien conscience du chemin de crête étroit entre d’un côté les contraintes sur le système hospitalier et de l’autre les enjeux économiques et sociétaux. En l’espèce, les protocoles sanitaires, mis en place en mai dernier, sont de nature à éviter la contamination entre visiteurs. 


Aussi, nous pensons qu’il est possible d’ouvrir ces lieux a minima en semaine avec une fermeture à 18 heures. Nos voisins italiens et espagnols l’ont fait avant nous. 


Certes, ouvrir les sites patrimoniaux, c’est prendre le risque de mécontenter les théâtres et cinémas qui souffrent tout autant. Et bien justement, profitons de la réouverture de ces sites pour mesurer l’impact sur le nombre de nouveaux cas de contamination et si, comme nous le pensons, il n’y a pas de conséquences négatives, cela permettra aux théâtres et cinémas d’accueillir eux aussi à nouveau leur public, quelques semaines après. 


Les enjeux économiques du secteur sont moindres que pour l’événementiel ou les bars et restaurants, mais ils sont réels. De nombreux sites patrimoniaux privés n’ont comme recettes que celles de leur billetterie. Par ailleurs, publics ou privés, ces lieux entretiennent un écosystème mis à mal par la crise : artistes, médiateurs, guides conférenciers, scénographes, commissaires d’exposition, agences de communication, étudiants-stagiaires, critiques d’art, journaux et revues d’art. 


« Les musées et les monuments historiques pourraient être des structures qui, dans le cadre d’une stabilisation de l’épidémie, pourraient faire l’objet d’une réouverture encadrée », indiquait le 12 janvier dernier aux parlementaires Mme Roselyne Bachelot. 

Vous avez fait le pari d’un couvre-feu renforcé plutôt que d’un confinement total, faites aussi le pari d’une réouverture graduelle des lieux de culture en commençant maintenant par les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 

En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération. 


Liste des signataires : 


Fabrice Bousteau (Beaux-Arts Magazine)

Guy Boyer (Connaissance des arts)

Jean-Christophe Castelain (Le Journal des Arts

Olivier Lange (La Gazette de Drouot)

Catherine Millet (Artpress

Françoise Monnin (Artension)

Rafaël Pic (Le Quotidien de l’art)

Philippe Régnier (The Art Newspaper

Didier Rykner (La Tribune de l’art

Fabien Simode (L’Œil




Le Centre Pompidou fermera pendant 3 ans en 2023

 PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR LE 26 JANVIER 2021 - 


L’Etat a finalement préféré une fermeture totale à des travaux en site ouvert, ce qui n’est pas sans poser plusieurs problèmes.


La décision était quasiment acquise depuis plusieurs mois, le Centre Pompidou l’a officialisée dans un communiqué hier soir : il devra fermer pour travaux de fin 2023 à début 2026. Le bâtiment construit dans les années 1970 par Renzo Piano et Richard Rogers est en effet une passoire thermique truffée d’amiante qui nécessite d’importants travaux. Roselyne Bachelot confirme dans Le Figaro le chiffre de 200 millions d’euros qui circulait dans la presse. 


Deux options étaient sur la table : réaliser les travaux par tranches sur une durée de 7 ans, en laissant ouvert le Centre ou le fermer pendant trois. C’est donc cette deuxième option qui a été choisie au motif qu’il est très difficile de mener des travaux de cette ampleur tout en conservant une qualité d’accueil minimum des visiteurs et un niveau de protection suffisant des œuvres. 


Le public peut d’ailleurs avoir un avant-goût de cet inconfort avec la réfection actuelle des escalators (La Chenille) et de l’entrée sur la Piazza. L’entrée se fait aujourd’hui par la rue Beaubourg et l’accès aux étages s’effectue par des ascenseurs provisoires. Ces travaux ont pris du retard et la réouverture par la Piazza et l’accès aux escalators sont maintenant prévus pour mai 2021. 


Mais alors que va devenir le Centre Pompidou pendant 3 ans ? « Un Centre Pompidou Alma n’est plus d’actualité » dit-on à l’Elysée, du nom du projet d’OPA sur le Palais de Tokyo que menait en son temps Alain Seban, l’ex-président du Centre Pompidou. Déjà à l’époque Alain Seban plaidait pour un deuxième lieu à Paris afin de donner plus d’espace au site Beaubourg qui en manque singulièrement. Officiellement on considère que ce lieu consacré à la création contemporaine doit garder sa personnalité. Mais il se pourrait bien que des raisons économiques prévalent : à l’époque, le coût des travaux pour une mise aux normes muséales s’élevait à 40 M€. 


L’actuel président du Centre Pompidou, Serge Lasvignes a poussé les feux de l’international - Malága, Shangaï, Bruxelles et peut-être bientôt Séoul (Corée) si les négociations aboutissent – sans vraiment avoir pris à bras le corps le problème de la présence à Paris intramuros. Il a décidé la création de réserves pour les collections, agrémentées de surfaces d’exposition, à Massy, prévue au mieux pour 2025 ; mais qui va aller dans cette banlieue parisienne peu avenante à 25 kilomètres de Beaubourg ? 


Pendant ce temps les lieux privés consacrés au moderne et au contemporain maillent progressivement la capitale : la Fondation Vuitton, bientôt la Bourse de commerce de François Pinault, puis la Fondation Cartier au Louvre des antiquaires. Paris ne manque pas de lieux d’exposition pour l’art moderne et contemporain, et le Centre Pompidou devra mobiliser beaucoup d’énergie et d’argent pour rattraper cette longue éclipse en pointillé de sept ans (qui démarre avec la fermeture liée au Covid et les travaux actuels). 


Subsidiairement cela ne va pas être simple d’attirer des bonnes candidatures pour remplacer en juin prochain le duo Serges Lasvignes – Bernard Blistène. Les candidats, on s’en doute, ne manquent pas et le petit milieu tourne en boucle la même dizaine de prétendants. Mais pour faire quoi jusqu’en 2027 ? Revoir l’accrochage et préparer la programmation des 50 ans du Centre que peut-être ils n’inaugurent pas eux-mêmes ? Courir le monde pour accompagner les œuvres et expositions du musée national d’art moderne louées par leurs confrères ? 


Une autre victime collatérale de cette fermeture ce sont les galeries du Marais. Daniel Templon dont la galerie jouxte le Centre garde un mauvais souvenir des travaux de 1997-2000 qui avaient entraîné une fermeture partielle puis totale du Centre. « Cela avait été extrêmement handicapant pour les galeries du Marais, explique-t-il, et avec cette fermeture annoncée à laquelle s’ajoutent les embarras de la circulation provoqués par les décisions de Mme Anne Hidalgo, cela va être dramatique »


Le Centre Pompidou fermera de 2023 à 2026 

Par Rafael Pic
Quotidien de l’Art - 25 janvier 2021 


Dans notre article du 2 avril dernier, au moment de la reconduction de Serge Lasvignes à la présidence du Centre Pompidou pour un dernier mandat, nous évoquions la question épineuse des chantiers à venir, déjà freinés par l'épidémie : la rénovation de la chenille (les escaliers mécaniques extérieurs, qui ont aussi une importante fonction statique pour l'équilibre du bâtiment) et, plus volumineux encore, le désamiantage complet, la mise à niveau du traitement d’air, de la sécurité incendie, de l’accessibilité et l’optimisation énergétique. Deux options se présentaient : fermeture partielle pendant 6 ou 7 ans ou fermeture complète pendant 3 ans. Après l’avis de la commission ministérielle des projets immobiliers, réunie vendredi, c’est finalement la deuxième solution qui a été choisie par la ministre Roselyne Bachelot, anticipée au Figaro et rendue publique hier soir, après que Serge Lasvignes l’avait présentée aux syndicats de l’établissement public. La ministre a justifié le choix de la fermeture complète par des raisons d'économie plutôt minime sur le budget des travaux – à peu près 10 % de différence (200 millions d'euros contre 226 millions) – et par le souci d'éviter des nuisances trop longues aux habitants et aux commerçants. Si les délais sont tenus, le Centre Pompidou devrait rouvrir juste avant son 50e anniversaire, qui sera célébré en 2027. Les mauvaises langues rappelleront que ce tout neuf quinquagénaire, symbole de l'architecture high-tech, aura alors passé près de 6 ans fermé (1997-1999 et 2023- 2026). La Bibliothèque publique d'information devrait rester en activité, dans un lieu à définir (entre 6000 et 10 000 m2), tandis que le chantier des réserves à Massy sur 22 000 m2 reste en attente de confirmation quant à son calendrier (initialement prévu sur la période 2023- 2025). Le mandat de Serge Lasvignes s'achève le 28 juin prochain (celui de Bernard Blistène, patron du musée national d'Art moderne, arrive à échéance en même temps) : c'est donc une autre équipe qui pilotera cette phase délicate. 



UN MUSÉE DE L'EUROPE - VALÉRY GISCARD D’ESTAING À VILLERS- COTTERÊTS ?

 

PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR - 9 DÉCEMBRE 2020 


Plutôt que le Musée d’Orsay, renommons le Château de Villers-Cotterêts qui serait transformé en musée de l’Europe. 


Hommage. Très peu de voix se sont élevées pour demander que l’on renomme le Musée d’Orsay en « Musée Giscard-d’Estaing » ou qu’à tout le moins on accole le nom de l’ancien président au nom habituel du musée. Emmanuel Macron n’en a pas dit un mot lors de son hommage télévisé. Ces choses-là ne se décident pas dans l’heure, elles nécessitent bien sûr l’accord de la famille et qu’un consensus se dégage à leur propos. On ne sait pas ce que veut la famille, mais de consensus, il n’y en a point ou très peu. 


La situation n’était pas la même pour le Centre Pompidou et le Musée du quai Branly- Jacques Chirac. L’un et l’autre ont été conçus, décidés et portés par chacun des deux présidents dès leur arrivée à l’Élysée, au point qu’ils incarnent véritablement « leur » musée. Si Georges Pompidou n’était pas décédé en avril 1974, il aurait presque pu inaugurer le Centre avant la fin de son septennat (le Centre a ouvert au public en février 1977). Jacques Chirac doit à sa réélection en 2002 et à l’obligeance du Premier ministre de la cohabitation d’avoir pu inaugurer le Quai Branly avant la fin de son mandat. VGE, que l’on suspecte d’avoir voulu revoir le projet, n’a cependant pas hésité à lui donner le nom de son prédécesseur dès décembre 1974. Quant à l’ajout pour le Quai Branly, il s’est imposé naturellement pour les 10 ans du musée, en 2016. Il en est de même pour le site François-Mitterrand de la BNF, fortement désiré par le président dont la passion pour les livres comme les qualités d’écrivain sont indiscutables. 


Si VGE a lui aussi soutenu la création du Musée d’Orsay (qui sera inauguré par François Mitterrand), il s’y est investi parcimonieusement et on ne lui connaît pas de passion particulière pour l’impressionnisme. Il serait alors embarrassant qu’il donne son nom à Orsay – lequel d’ailleurs vit fort bien avec son nom depuis plus de trente ans. 


Il est cependant d’usage qu’un équipement remarquable de la France porte le nom d’un ancien président. Outre les 3 900 routes, avenues, places et ronds-points (un record), un porte-avions et un aéroport arborent ainsi l’illustre patronyme du général de Gaulle. Osons ici une proposition. VGE fut un inlassable promoteur de la construction européenne, qui manque précisément d’incarnation en France. Installons un « Musée de l’Europe-Valéry Giscard d’Estaing » dans le château de Villers-Cotterêts en cours de restauration et confions la promotion de la francophonie à l’Académie française



CRÉATION DU MUSÉE D'ORSAY

 

Valéry Giscard d’Estaing : la création du musée d’Orsay racontée par l’ancien président 

Dans une interview exclusive, Valéry Giscard d'Estaing nous décrivait le projet du musée du 19e siècle, futur musée d'Orsay. Pour rendre hommage à l'ancien président de la République, Connaissance des Arts repartage avec vous cet entretien exceptionnel de février 1980. 


En février 1980, Connaissance des Arts a rencontré Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République, pour raconter en exclusivité le projet de la transformation de la gare d’Orsay en musée du 19e siècle. Le Président de la République analysait les raisons qui ont inspiré cette réalisation d’envergure et les objectifs auxquels répondait son aménagement. 


Connaissance des Arts : Pourquoi un musée du 19e siècle à Orsay ? 


Valéry Giscard d’Estaing : L’année 1980, consacrée au patrimoine, sera, parallèlement, l’année de lancement effectif des travaux d’aménagement de l’ancienne gare d’Orsay, étape importante dans la création du nouveau musée du 19e siècle. Patrimoine et création : comme dans les autres domaines de l’action culturelle, ces deux préoccupations, en apparente contradiction, sont liées. Cela est évident à Orsay. La conception d’un nouveau musée dans une gare classée monument historique, entièrement « reconvertie » et « réhabilitée », est une entreprise difficile. Elle implique un équilibre entre le respect du patrimoine monumental et les nécessités de la présentation muséographique. 


Ce nouveau musée occupera une place essentielle dans la politique d’organisation des musées nationaux. C’est en fait le prolongement du musée du Louvre, décidée pour la première fois depuis cent cinquante ans. La vraie raison de cette création, à laquelle je pense depuis dix ans, alors que le sort des attributions ministérielles me faisait résider dans une partie du Louvre, est le besoin d’une organisation continue des musées nationaux, accompagnée du relogement du Jeu de Paume. Cette idée s’est développée pour donner naissance au projet de musée du 19e siècle. Cela tient à la richesse exceptionnelle de cette période de l’histoire de l’art et de la civilisation en France. En Europe et dans le monde entier —cela ressortirait, par exemple, d’une exposition sur le thème France-États-Unis au 19e siècle— le rayonnement et l’influence de la France ont été prépondérants. 


Le musée du 19e siècle exprimera ces courants artistiques qui traversent l’Europe, depuis le romantisme jusqu’au mouvement de l’Art Nouveau. Les collections nationales regroupées à Orsay sont constituées, pour l’essentiel, de la production artistique française. Il sera également intéressant de montrer les influences subies et exercées. L’exposition du Second Empire et l’exposition sur le post-impressionnisme actuellement présentée à Londres, ont mis en lumière l’extrême diversité des courants artistiques au 19e siècle. Cette richesse et cette diversité se retrouveront dans la conception du musée du 19e siècle. Ce musée va modifier l’image que nous nous faisons de ce siècle. Il entraînera de nouvelles appréciations et comparaisons. 

Il permettra de sensibiliser à cette tension permanente, tout au long du siècle, entre l’art officiel et l’art en rupture de Manet à Cézanne. Il permettra de déceler des convergences trop longtemps ignorées, qui se révèlent par exemple dans la période symboliste. Pour la première fois, apparaîtront au grand public les « correspondances » entre la peinture, la littérature et la musique, entre Monet, Mallarmé, Proust et Debussy, par exemple. L’idée d’une présentation complète de l’art, dans ses diverses manifestations, est particulièrement significative au 19e siècle. 


La conception muséographique présentera de nombreux éléments d’originalité, le principal étant la volonté de présenter simultanément les différentes formes d’expression artistiques. Pour la première fois, il ne s’agit pas de concevoir seulement un musée de peinture, mais de présenter aussi les arts décoratifs, la sculpture, si brillante, l’architecture, la littérature, notamment l’admirable œuvre romanesque, la musique, et d’évoquer ainsi l’évolution de la culture en France au 19e siècle. La photographie, qui y prit naissance, y trouvera une place privilégiée. De même, l’architecture — difficile à présenter — est exceptionnellement riche dans le 19e siècle français. Je pense à l’Opéra de Garnier, aux recherches de Viollet-le-Duc, mais aussi à l’architecture des ingénieurs (Eiffel), et aux audacieuses constructions de Labrouste ou de Guimard. 


CDA : Vous avez exprimé le souhait que le musée d’Orsay soit un « beau musée ». Qu’entendez-vous par là ?


Valéry Giscard d’Estaing : J’ai souhaité une qualité exceptionnelle dans la présentation muséographique. Il faut chercher un accord intime entre le bâtiment, monument historique, la décoration intérieure, et certaines des collections présentées. La nouvelle aile du Metropolitan Museum présentera prochainement une collection exceptionnelle de l’art français au 19e siècle dans un vaste hall uniforme doté d’un éclairage zénithal continu. À Orsay, le visiteur devra traverser successivement les salles de l’art officiel de la IIIe République, le grand salon de l’hôtel, les salles d’Art Nouveau, puis le restaurant de l’hôtel réaménagé... J’ai souvent exprimé le souhait que le musée du 19e siècle soit un « beau musée », je dirai au sens traditionnel et permanent de ce terme. Un « beau musée », c’est tout d’abord un musée qui laisse au visiteur une impression globale, forte, et inoubliable, comme le Prado, le Louvre, l’Ermitage, la National Gallery, ou le Rijksmuseum. Un musée qui présente de grandes œuvres, d’un exceptionnel intérêt, et cela sera le cas à Orsay avec Delacroix, Corot, Courbet, Manet, Cézanne... C’est aussi un musée où il est clair et affirmé que les fonctions de conservation et de présentation des œuvres sont prioritaires et constituent la raison d’être essentielle du musée. 


À cet objectif, tout doit être subordonné. Au stade de la conception et de l’exécution, c’est à la qualité de la présentation des œuvres (éclairage, accrochage), qu’il faut s’attacher en priorité. Lorsque le musée sera ouvert, les activités d’accueil et de services devront être organisées en fonction de la vocation fondamentale du musée. Un beau musée, cela signifie aussi une harmonie entre les œuvres et le bâtiment- musée. Une évolution récente et heureuse de la muséographie conduit à retrouver le charme de salles de musée structurées et présentant des caractères spécifiques. Tel sera le cas à Orsay. Il est souhaitable d’éviter la banalité des formes et des volumes, qui est souvent le résultat d’une volonté excessive de flexibilité. Un beau musée, c’est aussi un musée où les matériaux utilisés pour les sols, les murs, présentent une grande qualité et une valeur permanente, comme c’est le cas dans la nouvelle aile de la National Gallery de Washington ou le musée de Yale à New Haven. 


Concevoir et réaliser un « beau musée » : l’objectif est clairement défini. Mais la réussite dépendra de la sensibilité de la conception et de la qualité dans l’exécution. Dans ce type d’architecture, le soin du détail est essentiel. Le musée du 19e siècle doit être à la fois un musée accueillant, répondant pleinement aux exigences contemporaines et faisant appel, lorsque cela est nécessaire, aux techniques modernes de présentation. De même, les techniques contemporaines du son et de l’image trouveront leur place pour rendre plus attractive, plus vivante et plus sensible, la présentation de l’architecture, de la littérature, de la photographie et de la musique. 


CDA : Que pensez-vous du projet retenu à l’issue de la consultation des architectes ?


Valéry Giscard d’Estaing : En transformant l’ancienne gare d’Orsay et l’hôtel en musée, l’État donne l’exemple de la bonne utilisation de bâtiments anciens, particulièrement des monuments historiques. La protection, au titre des Monuments Historiques, de l’oeuvre de Laloux a été discutée. L’ensemble de la gare et de l’hôtel d’Orsay est pourtant représentatif de l’architecture industrielle de la fin du 19e siècle. On y retrouve la grande nef longitudinale et la symbolique des gares. On perçoit aussi le mélange d’audace dans la conception métallique du grand hall et de conformisme dans le lourd décor de pierre sur le quai Anatole France. La réalisation de Laloux — comme d’ailleurs les autres projets qui ont été écartés à l’issue du concours de 1898 — répond à une volonté d’insertion harmonieuse dans l’environnement et de réponse au Palais du Louvre qui lui fait face. 


C’est pourquoi, les éléments majeurs de l’architecture devront être respectés. Cet impératif était affirmé dans le règlement de la consultation des architectes, qui s’est déroulée d’octobre 1978 à mars 1979, pour choisir le parti d’aménagement du musée et l’équipe d’architectes. Cependant, le programme impliquait aussi le dégagement de surfaces muséographiques supplémentaires et une transformation profonde des espaces intérieurs, accompagnée d’une réhabilitation complète. Le projet retenu correspond — selon la formule de l’équipe Colboc-Bardon-Philippon — à une « réinterprétation » du bâtiment, pour l’adapter à ses nouvelles fonctions muséographiques. 


À l’extérieur, la gare restaurée retrouvera sa splendeur. À l’intérieur, le volume exceptionnel de la grande nef sera aménagé en une « rue-musée ». La grande nef sera ainsi mise en valeur et constituera l’élément original du musée du 19e siècle. Au quatrième étage, les volumes autrefois inutilisés sous les verrières des combles, et inconnus du public, abriteront la grande galerie réservée au prodigieux ensemble impressionniste. La dialectique « conservation » et « transformation » soulève des problèmes difficiles, qui ont été étudiés lors du colloque organisé à Avignon, sur le thème de la réutilisation des monuments historiques. Les aménagements proposés dans le projet de l’équipe Colboc-Bardon-Philippon me paraissent donner une réponse appropriée au problème sans doute unique de transformation d’une gare en musée ! 


CDA : Comment se déroule le processus de création du musée ? Quelles dispositions ont été prises par l’État pour assurer la qualité du projet et en maîtriser l’évolution ?


Valéry Giscard d’Estaing : L’État a mis en place les moyens administratifs et financiers nécessaires pour mener à bien le grand projet d’aménagement du musée du 19e siècle. À plusieurs égards, des solutions nouvelles ont été adoptées lors du conseil des ministres de mars 1978. La réalisation du musée du 19e siècle s’inscrit dans la loi- programme pour les musées, votée par le Parlement au mois de mai 1978 et présentée par Jean-Philippe Lecat la loi individualise les crédits affectés à l’opération d’Orsay et garantit l’échelonnement des crédits nécessaires sur les années 1979 à 1983. L’enveloppe financière prévue (363 millions de francs), qui peut apparaître à certains comme excessive, doit être mise en rapport avec l’importance des surfaces à aménager (55 000 m2), la complexité technique de l’ouvrage, et la nécessaire qualité de la présentation de ce qui doit être un des plus beaux musées du monde. 


Le programme de conception et de réalisation du musée prend la forme d’un dialogue organisé entre trois partenaires : le maître d’ouvrage, l’équipe de conception, et l’équipe scientifique. Le rôle du maître d’ouvrage a été affirmé et renforcé par la création d’un établissement public spécifique. L’Établissement Public du Musée du 19e siècle, présidé avec compétence par M. Lachenaud, restera un organisme léger et opérationnel. Il exerce la mission de coordination de la conception et de la réalisation du musée en assurant la responsabilité administrative, technique et financière. Son existence est limitée dans le temps jusqu’à l’ouverture du musée, prévue en 1983, où le musée du 19e siècle sera complètement intégré au Louvre. 


Une équipe scientifique, composée de conservateurs de musées, et animée par M. Michel Laclotte, conservateur en chef du Département des Peintures du Louvre, regroupe et complète les collections, conçoit les circuits de visite du futur musée, s’assure de la qualité des condtions de présentation des œuvres. L’équipe de conception regroupe les architectes (équipe ACT-Colboc, Bardon, Philippon), et les bureaux d’études ; elle a été choisie selon des modalités qui sont exemplaires, à bien des égards, par rapport aux pratiques actuelles des consultations d’ingénierie : l’équipe des architectes a reçu une mission très complète de conception et de réalisation. Après six mois de travail, on peut affirmer que l’équipe des concepteurs, avec toute leur jeunesse, a développé ce projet avec intelligence, énergie et sensibilité. Trop souvent les projets de construction ou d’aménagement sont lancés sans études préparatoires suffisantes, et sans que le maître d’ouvrage se dote des moyens de mener à bien sa mission. 


Pour le projet d’Orsay, la consultation des architectes a été précédée par une longue phase d’études pour l’élaboration du programme, menées par la Direction des Musées de France, avec le concours de l’équipe O’Byrne et Pecquet. Pendant les phases d’études et de travaux, l’Établissement Public poursuivra et adaptera les études de programmation : il recevra l’assistance d’organismes spécialisés pour le contrôle des coûts et des délais ; il conduira et développera les études de préfiguration de la gestion et d’évaluation des coûts de fonctionnement. Aux différentes phases de conception et de réalisation, le ministre de la Culture et de la Communication prend les dispositions nécessaires pour conduire le processus de création du musée. Il vient périodiquement m’en rendre compte, car c’est une grande œuvre nationale. 


Grâce à l’initiative de Connaissance des Arts, et à l’article de M. Kjellberg, les lecteurs vont imaginer leur prochaine visite au musée du 19e siècle : après l’accueil rue de Bellechasse, ils descendront le grand escalier, remonteront le « cours », visitant les salles de part et d’autre de la place où s’élèvera la Danse de Carpeaux ; après Delacroix, Courbet, l’art officiel du Second Empire, Manet, ils retrouveront, au 4e étage, sous les combles et avec un éclairage naturel, les collections impressionnistes actuellement présentées au Jeu de Paume. Redescendant au niveau du grand salon et du restaurant, les visiteurs parcourront les galeries côté rue de Lille et côté quai Anatole France, consacrées à la période post-impressionniste et à la fin du siècle... Ils y rencontreront aussi les reconstitutions de chambres ou d’ateliers d’écrivains, de musiciens, là où s’est forgé dans la peine, et souvent avec d’infimes moyens, l’immense message artistique du 19e siècle. Pour cela, il leur faudra attendre 1983. Mais en longeant la Seine, ils observeront à partir de la fin de cette année le début des travaux. Et, pour tromper leur attente, ils vont pouvoir lire votre article. (Connaissance des Arts - 03.12.2020 )

Une Nuit des Musées depuis chez soi 

Par Marion Bellal
12 novembre 2020 - Quotidien de l’Art 

Afin d'éviter un deuxième report de sa 16e édition, la Nuit des Musées, qui aurait dû avoir lieu le 16 mai, se tiendra bien ce samedi 14 novembre, mais en version uniquement numérique. Les animations habituelles sont transformées en visites virtuelles, en live Facebook, en quiz en ligne ou en parcours à distance éclairés à la bougie. Nombre de musées, ainsi que les réseaux sociaux de la Nuit des Musées et du ministère de la Culture, s'animeront toute la nuit sous le hashtag #NuitDesMuséesChezNous. Le musée national des arts asiatiques Guimet proposera par exemple un programme vidéo autour du jardin zen et de ses collections japonaises, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine mettra en vente, en partenariat avec l'association Act Up, des tee-shirts créés par des artistes, le musée de la Corse à Corte diffusera en direct un concert baroque et le musée des Impressionnismes à Giverny présentera des œuvres relatives à la nuit. Côté documentaires, Arte met en ligne pour l'occasion une émission sur le peintre Henri Matisse ainsi qu'une courte série humoristique sur les tableaux les plus célèbres, À Musée Vous, À Musée Moi


Le musée d’Art Moderne de Paris dépoussière La Fée électricité de Raoul Dufy 

Le projet de restauration de la fresque de Raoul Dufy, la Fée Électricité, vient de s'achever au musée d'Art moderne de Paris. Courant 2021, de nouvelles expériences immersives seront mises en place. 

Financée par la Ville de Paris à hauteur de 80 000€, l’opération de restauration de la fresque monumentale la Fée Electricité, réalisée par l’un des peintres phares des Années Folles, Raoul Dufy, aura duré trois mois. La fresque du musée d’Art moderne, qui n’avait jamais connu de restauration intégrale, a été chouchoutée par les pinceaux d’une dizaine de restaurateurs de juillet à octobre. Ces derniers n’ont pas touché à la couche picturale, en bonne état, mais ont nettoyé les jointures des 250 panneaux qui composent l’oeuvre de 600 m2. Ce dépoussiérage avait notamment pour but de protéger l’oeuvre de la formation d’éventuelles fissures. Grâce à la mise en place in situ d’outils numériques et pédagogiques innovants, le musée va inaugurer, courant 2021, de nouvelles expériences immersives qui permettront de redécouvrir ce chef- d’œuvre. 

Une composition titanesque 

Réalisée en seulement dix mois, la Fée électricité célèbre l’évolution des sciences de l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle et le développement de l’électricité. La commande de cette œuvre, de très grand format (60 x 10m), a été émise, dès 1936, par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité à Raoul Dufy, dans le cadre de l’Exposition universelle de 1937. Pour cette œuvre, destinée à être exposée dans le Pavillon de la Lumière, l’artiste réalise, en amont, un considérable travail de documentation. Un vaste hangar, à Saint-Ouen, lui est mis à disposition. Pour respecter les délais et les exigences des commanditaires, Raoul Dufy travaille par projection. Grâce à sa « lanterne magique », il reproduit ses dessins sur les 250 panneaux en contreplaqué qui sont par la suite assemblés pour former cette fresque incurvée, longtemps considérée comme le plus grand tableau du monde. 

Aidé de son frère, Jean, Raoul Dufy imagine une composition qui, selon ses mots, ne comprenant « ni sol, ni lointain, ni ciel ». L’artiste y dépeint les dieux de l’Olympe en frise surplombant la première centrale électrique de Vitry-sur-Seine. La fresque témoigne par ailleurs des thèmes phares de la peinture : voiliers, nuées d’oiseaux et bal festif. Pour ses figures humaines, Dufy s’inspire de la technique appliquée par David dans la réalisation du Serment du Jeu de paume (1792): dans un premier temps, il esquisse les personnages nus puis, dans un second temps, il les pare de leur vêtement. 

2021 : vers une expérience immersive aboutie 

Restaurer l’œuvre, imaginer une nouvelle scénographie et de nouveaux outils numériques in-situ : tels sont les trois principales ambitions du musée pour transformer l’expérience contemplative en véritable expérience immersive offrant toutes les clés de lecture au visiteur pour observer les 110 personnages dont les grands hommes du passé (Galilée, Archimède, Thalès, Léonard de Vinci) et les savants contemporains de Dufy, comme Thomas Edison ou Gustave Ferrié. 

En collaboration avec la Fédération des Industries Électriques, Électroniques et de Communication (FIEEC) et son laboratoire Le Club Rodin, le Musée d’Art moderne de Paris va mettre en place un dispositif de médiation numérique comprenant : un film introductif, des outils numériques proposant différentes visions de l’œuvre (lointaine, intermédiaire, rapproché) ainsi qu’une application « visite guidée » aux choix thématiques multiples (historique, artistique, scientifique). Un site web dédié, permettant de rendre accessible le contenu à tous, sera également développé. 

En attendant ces nouveautés, le public pourra, dès que les mesures gouvernementales le permettront, redécouvrir cette fresque polychrome monumentale. Pour les plus impatients, une visite virtuelle, réalisée avant l’enrichissement numérique, est disponible sur le site du MAM. (Connaissance des Arts)


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