GALERIES D'ART, MUSÉES...

Les jeunes artistes à l'assaut de Saint-Paul- de-Vence 

Par Alison Moss
QDA - 21 juillet 2021  

Son décor pittoresque, baigné par la lumière du Sud, avait séduit Signac et Pissarro au XIXe siècle, puis Matisse, Braque et Calder, au XXe. Siège de la Fondation Maeght et, depuis quelques mois, de la Fondation CAB, Saint-Paul-de-Vence s’impose également comme un incubateur d'art contemporain, notamment grâce à la création de sa propre Biennale, placée sous la présidence d’Olivier Kaeppelin et le commissariat de Catherine Issert. Jusqu'au 2 octobre, la deuxième édition de la manifestation fédère l'œuvre de 18 artistes – principalement jeunes ou émergents, afin de les soutenir pendant la crise. Elle se distingue ainsi de sa première édition, qui donnait plus de place aux grands noms connus de la scène internationale (Antony Gormley, Wang Keping, Jan Fabre...). Au gré des déambulations dans la cité médiévale, on découvre notamment l'œuvre de Stéphane Guiran (né en 1968), sur le parvis de la chapelle Saint Michel, jouxtant le cimetière : une sculpture éthérée constituée de 500 sélénites suspendus et formant un mandala, appel au repli sur soi et à la sérénité. Celle de Pierre-Alexandre Savriacouty (né en 1993) surélevée sur les remparts et composée de centaines de coquilles d'escargots coupées en lamelles, a pour sa part été pensée comme une ode à la renaissance puisant ses sources dans les mythes créateurs malgaches. Au détour de la place de l’église, Juliette Minchin (née en 1992) a quant à elle cristallisé le passage du temps, en dressant un autel recouvert de la cire pétrifiée de bougies, dont elle a délicatement enveloppé une structure en fer, tel un drapé – une référence aux bandelettes de laine qui protégeaient l'Omphalos (pierre sacrée symbolisant le centre du monde) de l'Antiquité grecque. Le parcours est en outre ponctué de concerts, expositions en galerie (Monique Frydman chez Bogéna, Martin Belou chez Catherine Issert...), et de conférences.



Le Printemps de l’Art Contemporain résiste jusqu'à l'été 

Par François Salmeron
QDA - 19 juillet 2021  

Premier festival français à rouvrir à la mi- mai, et fidèle à sa volonté de valoriser le tissu créatif marseillais, le PAC a regroupé 102 manifestations artistiques, dont des expositions à Arles, nouvelle venue dans ce réseau qui s’étend désormais à l’échelle régionale. L’ensemble (qui a battu son plein du 13 mai au 13 juin, mais qui se prolonge sous différentes formes) a offert un panaché de formats et de propositions de qualité allant des institutions aux galeries, en passant par les résidences (le pavillon South Way, le Berceau), les occupations temporaires de lieu (l’association Yes We Camp installée pour 18 mois dans les 16 000 m2 de Buropolis), les artist run-spaces (Sissi Club), les collections privées (Yazid Oulab à la American Gallery d’Endoume – fermée le 17 juillet mais l'artiste sera aussi présent dans l'exposition collective « Disobey Orders Save the Artists » à partir du 30 août) ou les projets hors-les-murs. En émane un parcours aux connotations poétique et politique évidentes. On pense notamment aux déambulations de Laurent Lacotte à la Urban Gallery, ainsi qu’à l’excellent accrochage de Gilles Pourtier au Château de Servières alliant photographie, peinture et installation. Ou encore aux mains de sorcières-sirènes en faïence de Juliette Feck, gisant comme un manifeste féministe  dans les eaux de l’anse du Mugel à la Ciotat.



Giacometti, une galaxie 

Par Julie Chaizemartin, Claudine Le Tourneur d'Ison QDA - 20 juillet 2021 

Le Forum Grimaldi de Monaco consacre une rétrospective à Alberto Giacometti tandis que la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence dédie une exposition inédite aux cinq artistes de la famille. Autour de ces autres visages, l’art du sculpteur émerge, intime et sensible. 

Encore des expositions Giacometti, soufflent certains. « Avec les 10 000 œuvres que détient la Fondation Giacometti, le travail de recherche est infini, et l’on explore encore des archives méconnues », justifie Christian Alandete, directeur artistique de l’Institut Giacometti, ouvert en 2018. Dans cette vitrine parisienne de la Fondation, se tient actuellement l’exposition « Giacometti et l’Égypte » (jusqu’au 10 octobre) tandis que le MMIPO de Porto au Portugal présente le dialogue entre le sculpteur et les photographies de Peter Lindbergh (jusqu’au 24 septembre). À chaque fois, les prêts de la Fondation sont conséquents.

Sculptures mais aussi peintures 

Presque exclusifs sur les 2500 m2 de la rétrospective du Forum Grimaldi de Monaco (50 peintures, 70 sculptures, 80 œuvres graphiques) : « la plus importante de ces dernières années » selon Émilie Bouvard, sa commissaire, directrice scientifique de la Fondation. Dans ce lieu rompu aux monographies (Warhol en 2003, Picasso en 2013, Bacon en 2016 ou Dalí en 2018), la scénographie épurée de William Chatelain favorise « le syndrome de Stendhal » et permet de percevoir le « réel merveilleux », titre de l’exposition. Le regard que Giacometti pose « sur l’infime beauté du monde qui l’entoure », souligne la commissaire. Les aquarelles de jeunesse, la première tête sculptée de son frère Diego exécutée d’une main déjà virtuose à 14 ans, les paysages des années 1950 révélant une attention insoupçonnée à la nature, la bouleversante série des portraits noirs, inspirés des peintures du Fayoum, les peintures des proches, notamment de son grand ami, le philosophe japonais Isaku Yanaihara. « Il a autant produit de peintures que de sculptures mais on le sait moins car beaucoup sont en mains privées », explique Christian Alandete. Ce corpus moins connu, œuvres rarement voire jamais montrées, résonne avec sa production sculptée, judicieusement mise en regard de son attachement aux escarpements suisses, ceux de son village natal de Stampa qui abritait son deuxième atelier (après celui de Paris). 

Un Giacometti, sinon cinq 

La famille, les proches, les montagnes aimées restent sa source inépuisable d’inspiration. La figure de Diego, le frère alter ego, assistant fidèle, est indissociable de sa vie et de son œuvre, sans pour autant que l’on sache qu’il fut aussi un créateur apprécié pour son mobilier raffiné – celui du Mas Bernard de Marguerite et Aimé Maeght ou celui sur lequel on s’assoit toujours au café de la Fondation Maeght. Un autre frère, Bruno, l’architecte du pavillon suisse de la Biennale de Venise en 1952, est le passeur de mémoire de la famille, mort en 2012 à l’âge de 105 ans. Puis, la figure tutélaire du père, Giovanni, peintre reconnu, ami de Hodler et de Segantini, qui perçut la lumière froide des ciels suisses. Enfin, Augusto, un cousin, le moins connu et pourtant le plus avant-gardiste, précurseur de l’art abstrait, proche de Picabia et de Kandinsky. À la Fondation Maeght, sous le commissariat du photographe et directeur artistique Peter Knapp – qui connut un temps Alberto – l’émotion de la redécouverte se diffuse en cinq salles dédiées à chacun des Giacometti. 

300 œuvres 

« Cette exposition, c’est une première mondiale. Avec des œuvres jamais exposées et rarement reproduites. Elle rend hommage à Diego, Augusto, Bruno, inconnus en France. C’est aussi la relation d’amitié d’une famille à la nôtre », appuie Isabelle Maeght, en soulignant les prêts d’objets intimes, des collections privées des Maeght, des fidèles collectionneurs. Près de 300 œuvres dont un portrait de Marguerite Maeght de 1961, un grand lustre de 1949 sorti pour la première fois du salon des Maeght... Dans la dernière salle consacrée à Alberto, se détachent les incontournables Homme qui marche et Grande femme debout, qui raccrochent le propos à la rétrospective monégasque, échos signifiants à la cour Giacometti de la Fondation Maeght où l’artiste installe le projet initialement conçu pour la Chase Plaza de New York. L’Objet invisible, sculpture surréaliste de 1935, nous accueille, également vue dans sa version de plâtre à Monaco. Celle « que Breton préférait, qui a tout bouleversé à nouveau dans ma vie », confiera l’artiste. Le parcours se termine devant l’assemblée des Femmes de Venise, attachantes et distantes. Merveilleuses. 

« Alberto Giacometti, une rétrospective. Le réel merveilleux » au Forum Grimaldi, Monaco, jusqu’au 29 août.


Le FRAC des Pays de la Loire se dédouble

Par Alison Moss

QDA - 04 juillet 2021 


Créé en 1982 par Jean de Loisy, le FRAC des Pays de la Loire a longtemps été nomade avant de s'installer, en 2000, dans un bâtiment signé par l'architecte Jean-Claude Pondevie, dans la banlieue nantaise de Carquefou. La structure a inauguré, le 28 mai, un nouveau site de 480 m2 de surface (dont 380 m2 sont consacrés aux expositions, le reste étant occupé par un espace régie et, en mezzanine, de bureaux et une salle de réunion). La nouvelle adresse se trouve à deux pas du centre d’art HAB Galerie (compris chaque année dans le parcours du Voyage à Nantes), ainsi que de nombreux bars et restaurants. Cette localisation plus centrale a permis d'attirer entre 15 et 20 000 visiteurs lors de ses deux semaines d'ouverture (du 28 mai au 13 juin) à l'occasion de son premier accrochage de la collection du FRAC (contre 6000 et 8000 par an à Carquefou). Les deux antennes mèneront leurs opérations parallèlement : la collection du FRAC sera présentée à Carquefou dans le cadre d'expositions plus longues, tandis que le nouveau site accueillera 3 à 4 expositions par an d'artistes émergents, qui pourront aussi présenter leur regard sur la collection. La rénovation a été assurée par l'atelier d'architectes nantais Claas, qui a souhaité adopter « une posture humble et une architecture peu bavarde, qui s'efface au profit des artistes, des œuvres et des diverses utilisations des espaces » avec une approche sobre, lumineuse (une grande façade vitrée offre un cadrage sur la Loire) et décloisonnée. Le mobilier d'accueil à l'entrée a été conçu par l'atelier Fichtre. Le chantier s’est étalé sur environ six mois et son coût s'est élevé à 900 000 euros (financés à hauteur de 750 000 euros par la Région des Pays de la Loire et la DRAC). Depuis le 2 juillet, le nouveau lieu accueille sa première exposition, consacrée à l'artiste belge Rinus Van de Velde (né en 1983), dont les créations hyperréalistes au fusain, associées à des vignettes de texte, peuvent être aussi bien rapprochées du cinéma expressionniste que des retables religieux. Son travail est montré à côté d'une sélection d’œuvres du FRAC choisies par l'artiste (John Armleder, Jimmie Durham, Armen Eloyan, Tomasz Kowalski, Peter Saul, Ettore Spalletti, Laurent Tixador, Rosemarie Trockel et Kati Heck). En outre, un lieu de stockage supplémentaire de 900 m2 a été construit en périphérie de Nantes afin d'accueillir les réserves. 



3 nouveaux talents de la peinture à découvrir en galerie 

NUMÉRO - 21 JUIN 2021 

Cela fait maintenant un mois que le monde de la culture est en ébullition depuis la réouverture des musées, salles de spectacle et cinémas. Outre cette offre foisonnante, les galeries d'art recèlent elles aussi de nombreuses pépites, offrant au public de découvrir de plusieurs jeunes talents. Focus sur trois artistes exposés actuellement à Paris, qui donnent à la peinture figurative une impulsion nouvelle : Matthias Garcia, Anthony Cudahy et Louis Fratino. 

Par Matthieu Jacquet

1. Les fantasmagories printanières de Matthias Garcia 

Matthias Garcia a trouvé sa saison favorite il y a bien longtemps : le printemps. Mais pas n’importe lequel. Un printemps éternel s’étirant dans le temps et l’espace, où l’humain et la nature ne font qu’un, ou la terre et l’eau s’entremêlent dans des paysages florissants et jubilatoires. Dans l’imaginaire de ce jeune peintre, les nymphes lascives cohabitent avec les sirènes à deux têtes, les fleurs adoptent des visages chérubins et de discrètes fillettes se promènent parmi les plantes grimpantes. Toujours situés entre l’enfance et l’adolescence, ces personnages se fondent dans une végétation luxuriante telles des présences juvéniles évanescentes, tandis que le spectateur se perd dans leurs couleurs rabattues de ces œuvres, réveillées par quelques pigments fulgurants. Tout juste diplômé de l’Ecole des Beaux-arts de Paris, le Français de 26 ans n’a pas peur d’investir aussi bien des supports réduits que de très grands formats, mêlant la finesse de son trait de dessinateur aux superpositions de peinture à l’huile et d’acrylique, dont les multiples couches apportent texture et relief. En résultent de douces et denses fantasmagories, qui pourraient bien se faire l’allégorie des méandres de notre inconscient. 

Matthias Garcia, “Fakelores”, jusqu'au 24 juillet à la galerie Sultana, Paris 20e. 

2. La peinture de genre expressive d'Anthony Cudahy 

Dans la hiérarchie des genres picturaux, la peinture d’histoire et le portrait ont longtemps été en tête. Pourtant, dès le XVIIe siècle, un autre type d’œuvres a commencé à s’affirmer : la scène de genre, représentant des situations du quotidien dans lesquelles ne triomphaient ni héros, ni homme de pouvoir, mais davantage l’ambiance d’un moment voyant sa banalité sublimée. Si Jean-Siméon Chardin et Jean-Baptiste Greuze se sont faits les chantres de cette peinture en France au XVIIIe siècle, Anthony Cudahy pourrait bien en reprendre le flambeau aujourd’hui. Surpris dans des conversations nocturnes ou des confessions entre deux portes, capturés en train de déchirer un tableau au couteau ou nus en train d’installer un appareil photo, les personnages de ses œuvres sont chaque fois si absorbés dans leur activité qu’ils en oublieraient le spectateur qui les regarde, caché comme derrière un miroir sans tain. Fragments isolés d’un récit incomplet et silencieux, ces instants de vie se prolongent parfois d’une œuvre à une autre comme plusieurs facettes d’une même réalité. Outre ses traits de peintures énergiques brossant ou griffant presque la toile, toute la force plastique et l'expressivité du trentenaire américain résident sans doute dans son utilisation des couleurs qui, surnaturelles et éblouissantes, donnent le ton de la scène et imprègnent le réel d'émotion. Bleutées, elles évoquent la douceur et le rêve, jaunes, la joie et la gloire, ou rouges, la colère et la passion – en atteste un ensemble de toiles dans lesquelles on aperçoit deux figures de dos en plein coït, à la fois intime et pudique. 

Anthony Cudahy, "The Moons Sets a Knife”, jusqu'au 3 juillet à la galerie Sémiose, Paris 4e. 

3. L'homoérotisme doux et domestique de Louis Fratino 

Chez Louis Fratino, la rondeur et la tendresse passent d’abord par le geste. Celui du pinceau qui, par ses mouvements continus et circulaires, caresse la toile pour y tracer les contours de ses acteurs figés. Puis celui du crayon qui, sur ces traces d’ombres, de lumières et de couleurs, vient chatouiller le support et lui apporter sa texture et ses détails. Enfin, celui des corps masculins charpentés qui, souvent dénudés dans ses œuvres, s’y prélassent, s’y enlacent voire s’y imbriquent dans des scènes homoérotiques plus ou moins explicites. Attentif à la bidimensionnalité de la peinture, des hiéroglyphes et bas- reliefs aux peintures cubistes ou naïves, l’artiste new-yorkais l’a longtemps appuyée en amenant tous ses sujets au premier plan de ses toiles. La domesticité des couples queer y devient le sujet central : à l’aide d’une palette de tonalités chaudes voire flamboyantes, le peintre compose des atmosphères accueillants où le spectateur se sent invité comme auprès de l’âtre ou au coin du lit. Une rassurante convivialité à laquelle répondent parfois des tables dressées remplies d’appétissants repas, des bouquets garnis de fleurs multicolores jusqu’à, plus récemment, des paysages dépouillés et mélancoliques en demi-teintes où s’élèvent avec grâce tantôt une hirondelle majestueuse, tantôt des arbres éclairés par la lueur automnale. 

Louis Fratino, “Growth of the Earth”, jusqu'au 10 juillet à la galerie Ciaccia Levi, Paris 3e. 



À Rennes, l’expo de François Pinault se veut sobre et radicale

« Au-delà de la couleur, le noir et le blanc dans la collection Pinault » présente une centaine d’œuvres majeures de la collection, réalisées par des artistes de la scène internationale : Koons, Man Ray, Cattelan, McCarthy, Avedon…


Une centaine d’œuvres de la collection Pinault sont exposées au couvent des Jacobins, à Rennes. Photographies, sculptures, vidéo, peintures, robes… des œuvres autour de la symbolique du noir et du blanc. Entretien avec Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, commissaire de l’exposition.


Pourquoi le choix du noir et blanc ?

Il s’est imposé à moi, car je connais bien la collection Pinault. Nombreux sont les artistes de la collection qui ont fait le choix de n’utiliser que le noir et le blanc. Ces œuvres sont peut-être au cœur de la sensibilité de François Pinault. Ce sont les plus révélatrices de son goût très très profond pour les recherches les plus absolues, les plus radicales. Il y a dans la collection deux thèmes majeurs, des œuvres d’engagement, comme on l’avait montré en 2018 avec l’exposition Debout ! Et d’autre part, des œuvres qui font le choix plus déterminé de la radicalité.


Parce que François Pinault est breton et que le noir et le blanc sont les couleurs de la Bretagne, ce sont peut-être ces œuvres-là qui finalement illustrent le mieux et témoignent le plus de son sentiment, de sa personnalité, de son goût, de ses passions.


Avec des œuvres fortes ?

Tout au long du parcours, on voit à quel point on a des œuvres saisissantes, puissantes, radicales, importantes. Quelques-unes sont de véritables icônes du XXe siècle. La photographie Noire et blanche de Man Ray qu’on présente dans l’une des dernières salles, c’est l’une des images les plus connues produites par un artiste au XXe siècle. C’est un choix que François Pinault a souhaité exigeant, qui permet aux visiteurs d’avoir une nouvelle fenêtre ouverte sur la collection Pinault.


Elle constitue également une invitation à réfléchir à des questions toutes simples mais complexes. Pourquoi, alors que la couleur existe, beaucoup d’artistes font le choix apparemment restrictif, mais en fait très profond, de l’usage du noir et du blanc ? Quel est le sens de ce choix ? Est-ce qu’il relève de la symbolique de couleurs, parce que le noir et le blanc signifient des choses que les autres couleurs ne peuvent pas signifier ? Est-ce parce que le noir et le blanc sont plus propices à des recherches exigeantes, radicales, minimales ? Est-ce parce que le noir et le blanc sont plus propices à l’expression des sentiments de révolte, d’insurrection, les plus radicaux ?


Le blanc peut faire penser à la joie, la liesse. Ce n’est pas toujours la réalité ?

Il y a une véritable ambivalence, une sorte de confusion des sentiments dans la symbolique des couleurs. Spontanément, en effet, on dira que le blanc, c’est la joie, le mariage, la liesse, la réjouissance, et que le noir est la mort, la détresse. L’exposition montre d’ailleurs des œuvres qui, finalement, font un usage symbolique tout à fait classique et ordinaire des couleurs noires et blanches. Et par ailleurs, très rapidement, on montre que c’est plus compliqué, que le blanc peut avoir partie liée avec la mort, la disparition, avec l’évanouissement des choses. Et on se rend compte que selon les civilisations ou les époques, les couleurs n’ont pas le même sens, la même signification, ne symbolisent pas les mêmes choses.

L’exposition donne l’occasion de s’émerveiller devant des œuvres importantes, belles. J’aime toujours qu’une exposition soit aussi une invitation à la réflexion.


Et malgré l’ouverture de la Bourse du commerce à Paris, l’exposition de la collection Pinault à Venise, Marseille, on voit, à Rennes, des œuvres majeures…


François Pinault aime trop la Bretagne pour imaginer y envoyer des œuvres de deuxième choix. D’emblée, il m’a dit qu’il souhaitait que l’exposition de Rennes soit au niveau de qualité le plus exigeant, avec les grands noms de notre siècle. C’est pour le public de Rennes une marque de considération et de respect.

Jusqu’au 29 août, au couvent des Jacobins.



Collection Pinault à Rennes : le noir et le blanc, thème de cette nouvelle exposition

Le couvent des Jacobins à Rennes accueille 107 œuvres d’art contemporain. Des stars internationales représentatives de l’attrait de François Pinault pour le minimalisme.


C’est un vautour monumental, perché, majestueux, robe blanche sous un manteau de plumes noires, œuvre de Sun Yuan et Peng Yu, qui accueille le visiteur. Et semble le guider.


Suivent deux autres œuvres, une blanche immaculée et une noire. La première, Bourgeois Bust de Jeff Koons, est une sculpture de l’artiste regardant amoureusement son ex-épouse, l’ancienne actrice de films X la Cicciolina. C’est la joie, la liesse qui tranchent avec la tête de mort de Damien Hirst, à côté, symbolisant la mortification.


En 2018, une précédente exposition appelée Debout ! (100 000 visiteurs) présentait des œuvres d’artistes engagés pour défendre la dignité, l’égalité, le respect de l’environnement, leur devoir de résistance en réaction à ce qui peut accabler l’humanité.


« Aller à l’essentiel »

Le noir et le blanc dans l’exposition Pinault est le thème de cette nouvelle édition. « Beaucoup d’artistes ont renoncé à l’usage des couleurs pour créer des œuvres qui disent beaucoup en répudiant l’emphase, le bavardage, pour aller à l’essentiel, explique Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et commissaire de l’exposition. C’est aussi une sensibilité du collectionneur François Pinault pour la sérénité, la sobriété. »


Peintures, sculptures, photographies, mais aussi robes de Balenciaga et Yves Saint-Laurent pour « la note glamour »Le noir et le blanc dans la collection Pinault regroupe 107 œuvres d’artistes français et étrangers, « toutes de premier plan », assure Jean-Jacques Aillagon.

Avec des artistes stars, comme Maurizio Cattelan et ses neuf gisants en marbre blanc de Carrare, mais aussi Man Ray, François Morellet (créateur du Groupe de recherche d’art visuel en 1960), les photographes Dorothea Lange, Raymond Depardon, Cartier-Bresson et Richard Avedon avec ses séries coup de poing consacrées aux victimes du napalm ou malades d’un asile psychiatrique.


Il y a aussi Paul McCarthy et son Bear and Rabbit on a Rock, un lapin et un ours qui s’enlacent, « rencontre improbable d’un point de vue zoologique, mais une invitation à surmonter nos préjugés, avec deux êtres heureux d’être ensemble malgré leurs différences. »

Sans oublier, Adel Abdessemed qui met en scène les violences sociales et individuelles. Sa sculpture monumentale en bronze noir qui immortalise le coup de tête de Zidane a fait couler beaucoup d’encre. Elle clôt le parcours.


Une fois encore, cette exposition, très différente de la première, ne laissera pas indifférent. Avec des œuvres radicales, surprenantes, parfois jamais montrées, qui évoquent la guerre, la disparition, l’enfermement, la solitude, la liberté.


Couvent des Jacobins, Rennes. 12 juin au 29 août. À voir également La couleur crue au musée des Beaux-arts. www.exposition-pinault-rennes.com





« L'art numérique va encore prendre de l'ampleur » 

Par Alison Moss 

QDA - 01 juin 2021 

Solenne Blanc, directrice générale de Beaux Arts & Cie, et Elena Zavelev, fondatrice de CADAF 

Quels sont les temps forts de cette 2e édition de CADAF à Paris ? 

S.B : Nous nous réjouissons tout d'abord qu'elle se déroule pendant ce printemps culturel, marqué par la réouverture des lieux et le retour à l'espace public après une longue période d'hibernation. Durant tout le mois de juin, à l'occasion du Digital Art Month, les visiteurs sont invités à renouer avec l'extérieur sous le signe de l'art numérique. Nous anticipons également la première participation de CADAF au salon VivaTech, spécialisé dans les nouvelles technologies, qui nous permettra de croiser différents publics et d'établir un dialogue avec le monde de l'entreprise. 

E.Z : Nous sommes fiers de l'ampleur qu'a acquis le Digital Art Month, que nous lançons pour la première fois à Paris après des éditions à New York et à Miami. Cinq zones de la capitale sont mobilisées, de La Villette aux Champs-Élysées – d'où l'idée de créer des parcours en vélo, afin de permettre aux visiteurs de traverser la ville plus facilement. De nombreux artistes émergents, montrés auprès d'institutions de renommée (La Monnaie de Paris, le musée national des Arts asiatiques - Guimet, le Centre Pompidou ou encore les musées Carnavalet et Cognacq-Jay), vont ainsi bénéficier d'une belle visibilité. En outre, nous avons créé notre propre plateforme de vente en ligne pour la foire, qui sera entièrement dématérialisée, comme l'an dernier. L'accent a été mis sur l'interactivité afin d'encourager les échanges et le networking entre visiteurs et exposants. 

S.B : Il y a une vraie ergonomie dans la manière dont le site a été conçu, qui lui permet de se rapprocher de l'expérience d'une foire traditionnelle. Le numérique est dans les gènes de l'équipe comme des artistes ! 

Comment est née la collaboration entre CADAF et Beaux Arts & Cie ? 

S.B : Nous avions repéré CADAF depuis un certain temps et savions qu'ils étaient précurseurs dans le secteur. L'ADN de la manifestation correspondait tout à fait à notre esprit d'innovation et à notre volonté d'explorer de nouvelles formes d'art. 

E.Z : Afin de s'implanter dans un nouveau territoire, il était impératif de trouver un partenaire ayant à la fois un bon savoir- faire et des connexions dans le secteur. Notre collaboration nous a permis de nouer des partenariats intéressants, comme avec Clear Channel, où sont déployées des œuvres sur des centaines d'écrans publicitaires à Paris et dans toute la France, et avec Vélib', dont les stations abritent des œuvres en réalité augmentée durant le Digital Art Month. 

Pourquoi s'implanter à Paris ? 

E.Z : Lorsque nous avons créé CADAF à New York et à Miami, notre volonté était de refléter l'art numérique dans toute sa diversité et de le montrer en « présentiel », dans un cadre qui lui rende pleinement justice. Nous avons été les premiers à faire ce pari et à occuper cette niche. Cette même volonté anime notre implantation en Europe, où nous tenions à être présents. La France accueille d'ailleurs un important réseau d'artistes numériques, et le marché de ce secteur est en pleine croissance. 

S.B : Il était important pour nous que cette discipline trouve son public en Europe : nous sommes convaincus que l'art numérique va encore prendre de l'ampleur dans la création. Paris était un choix naturel, puisqu'il s'agit d'une des grandes places du marché de l'art contemporain. L'événement contribue non seulement à approfondir la connaissance de l'art numérique en France, mais offre également l'opportunité aux artistes nationaux de rayonner à l'international. 



NFT : mode passagère ou marché durable ? 

Par Georgina Adam 

QDA - 01 juin 2021  

Les NFT – jetons non fongibles (de l’anglais Non Fungible Tokens) – explosent depuis mars de cette année. D’après un rapport publié en mai par la société britannique d'analyse artistique ArtTactic, il s’en est vendu pour 437 millions de dollars entre janvier et mai 2021. Et le secteur évolue très, très vite. Le point culminant a été atteint en mars lorsque le graphiste Beeple – inconnu jusque-là dans le monde de l'art – a vendu pour près de 70 millions de dollars un NFT représentant sa compilation numérique, Everydays, the First 5000 Days. S’il s'agit, de loin, du montant le plus élevé jamais atteint par un NFT, d'autres se chiffrent en millions de dollars, comme les 9 Cryptopunks de Larva Labs, vendus en mai, également chez Christie's, pour près de 17 millions de dollars. Le boom – ou la bulle – du NFT a propulsé sous les projecteurs tout le secteur de l'art numérique. Subitement, des créateurs comme Mad Dog Jones, XCopy ou Pak, dont les noms étaient inconnus sur le marché de l'art, produisent des œuvres qui dépassent le million de dollars. Un peu plus d'un an auparavant, on pouvait encore acheter du Pak ou du Beeple pour 1000 dollars. Aujourd'hui, le rapport d'ArtTactic évalue la part des NFT à environ 11 % de l’ensemble du marché. Ce n'est pas écrasant, mais c’est tout de même beaucoup, comparé aux chiffres extrêmement bas d’avant 2021. 

Sotheby’s & Christie’s se mettent aux NFT 

Si l’on se demande pourquoi le marché était si négligeable, la raison en est simple : jusqu’ici, il était presque impossible de revendre de l'art numérique, car il était difficile de prouver que l’on était propriétaire d'une œuvre qui pouvait être téléchargée gratuitement sur internet. Les créateurs et les acheteurs se situaient donc en dehors des circuits habituels. En outre, les principaux acteurs du marché de l'art – les gardiens du temple de l’art –, comme les maisons de ventes aux enchères et les galeries, ne vendaient pas de NFT. La situation a radicalement changé. Même la galerie Almine Rech, qui a pignon sur rue, a vendu sous forme de NFT des éditions des artistes César Piette et Brian Calvin. Les prix commençaient à 250 dollars. Tout a été vendu. Sotheby's, Christie's et d’autres ont adopté les NFT avec enthousiasme. Ils acceptent même, pour certaines œuvres, le paiement en cryptomonnaie. Chez Sotheby's, un Banksy, Love is in the Air, s'est vendu en mai pour 12,9 millions de dollars, en même temps que le Beeple. La tendance est conséquente. Avec les cryptomonnaies, qui ont le vent en poupe, il ne fait aucun doute que les nouveaux riches en Bitcoin, en Éther et autres monnaies vont faire monter les prix. D'autant plus que leurs possibilités d’investissement sont assez limitées. 

Une bulle spéculative ? 

Il y a aussi des manœuvres dans l'air : les acheteurs du Beeple ont fractionné leur achat en vendant des jetons dans leur fonds Metapurse. À leur point le plus haut (juste après la vente du Beeple), les jetons B.20 valaient 24 euros ; aujourd’hui, ils tournent autour de 1 euro. En avril, en effet, selon Non-Fungible.com, le prix moyen des œuvres de crypto-art avait chuté de 60 % au cours des deux mois précédents. Il est important de préciser que la plupart des NFT n’atteignent pas des montants faramineux. Une recherche publiée sur Medium montre que 33 % des NFT vendus sur la plateforme OpenSea en une semaine, pendant la « ruée vers l'or » de mars, ont rapporté moins de 100 dollars ! Dans certains cas, c'était moins que le coût énergétique nécessaire pour « frapper » ces jetons. Cela dit, les NFT créent un nouveau type d'art, une nouvelle façon de l'acheter, de nouveaux collectionneurs, et une nouvelle manière de rétribuer les artistes, car les contrats peuvent prévoir des redevances sur la revente. Mais il est bon de rappeler les cinq étapes d'une « bulle », telles que les définit l'économiste Hyman Minsky : nouvelle technologie, argent bon marché, amnésie des krachs précédents (souvenez-vous du boom des dot.com et des marchés immobiliers), euphorie, puis krach. Ce n’est pas dire que les NFT vont disparaître, mais plutôt qu’ils sont aujourd'hui largement surévalués et qu'une correction suivra certainement. Sans parler de la qualité de l'art, qui est un tout autre débat... 



Digital Art Month : De l’art à tous les coins de rue ! 

Par Alison Moss, Léa Amoros 

QDA - 01 juin 2021 

Afin de célébrer les retrouvailles avec l'extérieur, plus d'une centaine d'œuvres en réalité augmentée sont dispersées dans la ville. Tout visiteur muni d'un smartphone peut les découvrir en scannant un QR code, niché devant des commerces, institutions, bornes Vélib ou dans les parcs et jardins de la ville de Paris. En voici quelques pépites, organisées en cinq parcours à faire à pied ou en vélo. 

Gare au burn out 

Temporary Atmospheres, Institut de France 

Le titre de l'œuvre, Strains, est ambigu : en anglais, le mot peut signifier aussi bien « tension », « pression » ou « souche ». L'artiste pointe du doigt notre société fragmentée, où la santé mentale est de plus en plus fragile – phénomène aggravé par la crise que nous vivons : « Il n'y a pas que la Covid : le XXIe siècle a été le début d'une société chaotique, divisée et marquée par le burn out », rappelle-t-il. Les sphères inquiétantes survolant le paysage ne vont pas sans rappeler la forme du virus couronné – tandis que leurs clignotements irréguliers évoquent l'hyper-connectivité de notre ère. 

Masque fleuri 

Ran Bensimon, La Monnaie de Paris 

L'artiste s'empare d'un motif abondamment utilisé dans l’histoire de l’art et des arts décoratifs – les fleurs – afin de le revisiter sous le prisme du numérique, en imaginant un luxueux bouquet doré faisant office de masque. 

Autportrait 2.0 

Filippo Soccini, Station Vélib' 

Le monde n'est-il qu'illusion ? L'œuvre de Filippo Soccini reflète le visiteur liquéfié, ébranlant ainsi la certitude de nos perceptions. Le lien à la nature y est également abordé : le visiteur ne fait soudain plus qu'un avec cette ressource naturelle qu'il exploite, et dont son corps est pourtant constitué à 60 %. 

Candy Crush 

Jessica Herrington, LPA-CGR Avocats 

Artiste et doctorante en neurosciences visuelles à l'Australian National University (Canberra), Jessica Herrington explore les expériences sensorielles et les différents modes de représentation – de soi et des autres – par le biais de la technologie. Son œuvre matérialise le rêve de tout enfant : une immersion auditive, visuelle et tactile au pays des bonbons, dont elle restitue l’apparence en se basant sur des études scientifiques à propos de la perception des saveurs. 

Après la pluie, le beau temps 

Claire Luxton, Café Masha 

L’artiste britannique décline en réalité augmentée son travail photographique, intitulé Hope (2020). Son allégorie visuelle, des fleurs germant sous un pansement, répond directement aux adversités de la crise sanitaire. Un rappel que les beaux jours suivent toujours l’orage... 

Amour antioxydant 

Jenny Yoo, Musée national des Arts 

asiatiques - Guimet 

Un adorable chiot rouge exhibe fièrement son postérieur en dévisageant le visiteur. Selon l'artiste, cette étrange créature est née d'un sort conjuré par une fraise magique. Le fruit lui aurait ainsi conféré des superpouvoirs et ses vertus antioxydantes, capables de guérir et de protéger le cœur de ceux qui l'aiment. 

Enfin vendredi ! 

Ronen Tanchum, musée Victor Hugo 

L'animation en 3D de l'artiste Ronen Tanchum allie l'apesanteur à la contrainte : la lettre « I », au milieu du mot « Friday », semble emprisonnée dans un voile numérique. Issue de sa série de sculptures numériques Bl1nds, l'œuvre interroge notre rapport à la culture de consommation en incarnant la promesse d'un vendredi salvateur, mirage d'une fausse liberté. Une critique des divertissements capitalistes, présentés comme seule source d'évasion ? 

L'œil qui voit tout 

Kamel Ghabte, station Vélib' 

Kamel Ghabte s'empare des symboles de la culture nord-africaine afin d'en souligner la portée universelle et unificatrice. L'artiste a installé une main de Fatima, dont l'œil, dénommé la khamsa, possède des vertus protectrices, contrairement aux idées reçues. 

Interlude musical 

Botina, disquaire vinyles Kanaga Records 

Enfourchez votre vélo pour un parcours au départ de La Villette ! L’œuvre de l'artiste Botina n'aurait pas pu trouver un cadre plus adéquat qu'un disquaire. Un étrange personnage, entièrement constitué de cubes argentés, se livre à une danse énergique aux airs de breakdance. Comme par magie, son corps s'évanouit dans le paysage dès que la chorégraphie s’achève, puis renaît à nouveau. À regarder de préférence sur fond musical, pour un effet immersif ! 

Défilé félin 

Mitsuko Ono, station Vélib' 

Une parade de chats juchés sur leurs pattes arrières défile à l'unisson. Ce joyeux spectacle, concocté par Mitsuko Ono, s'inspire du film d'animation japonais Le Royaume des chats de Studio Ghibli (2002). L'artiste, fidèle collectionneuse des figurines de jouet « Gashapon » – surtout les plus loufoques – rend hommage à la culture populaire de son pays natal, dont l'amour pour les chats est bien connu. 

L'art numérique à l'affiche 

Gardez l'œil ouvert pour les écrans publicitaires Clear Channel abritant des œuvres d'art numérique. Déployées dans des centres commerciaux de Paris jusqu'au 7 juin, les œuvres voyageront ensuite sur d'autres écrans dans le reste de la France, où elles seront visibles jusqu'à la fin du mois. Si la plupart prennent la forme de vidéos – l'artiste Diana Lynn VanderMeulen propose notamment un plongeon dans un étang parmi les nénuphars –, d’autres, en réalité augmentée, misent sur leur dimension participative : Lola Zoido invite par exemple le visiteur à imaginer ses propres sculptures 3D à partir des différents matériaux issus du paysage. À vous de jouer ! 



Plongez dans l'incroyable performance d'Anne Imhof, l'artiste qui transforme le Palais de Tokyo 

En 2017, Anne Imhof prenait possession du Pavillon allemand de la Biennale de Venise pour y déployer son Faust. Récompensée d’un prestigieux Lion d’or, la performance onirique et radicale, opéra brutal d’un XXIe siècle exsangue, s’imposait aussitôt comme le chef-d’œuvre de notre génération. Quatre ans plus tard, l'artiste allemande prend possession des 10 000 m2 du Palais de Tokyo à Paris pour une exposition exceptionnelle, bousculant l'architecture du musée par un gigantesque labyrinthe pictural, sculptural et sonore. Parmi les œuvres présentées, Anne Imhof y expose le film de sa performance Sex, présentée à la Tate Modern en 2019.  

(Texte par Eileen Myles).

Mon psy m'a dit que l’histoire de ma vie, jusqu’à présent, s’était écrite à la craie. Mon travail procède de manière analogue. Pas celui d’Anne Imhof. Une grosse pendule paresseuse, je dirais. L’autre soir, en quittant Sex, on nous a remis un livret avec Eliza Douglas [peintre et muse d’Anne Imhof] sur la couverture. J’ai commencé à le feuilleter, mais je me suis dit que j’allais plutôt d’abord coucher mes impressions ici, griffonner ce qui me venait, et que la lecture viendrait dans un deuxième temps. Lorsque vous lirez ceci, sachez que je serai, moi, en train de lire. 

“J’ai l’impression qu’Anne pourrait diriger une secte dans une Russie du Moyen Âge.” 

J’avais vu passer le nom d’Anne à la Tate, et j’ai envoyé un texto à Eliza (nous nous sommes connues à New York) pour lui demander une place. Puis il m’en a fallu d’autres, pour ceux qui m’accompagneraient, toujours plus nombreux, cinq, et avec un enfant. J’envoyais constamment de nouveaux textos, pour avoir d’autres places. Et puis notre groupe s’est réduit (hop, plus d’enfant), et j’ai choisi d’emmener des gens qui n’étaient pas prévus au départ. Chanceux, nous (c’est- à-dire, à ce stade, un aréopage de poètes) avons été accueillis dans les “coulisses”, où Anne se faufilait partout, épuisée et radieuse, un peu comme une sorte de zélote, fanatique qui sait ? J’ai l’impression qu’Anne pourrait diriger une secte dans une Russie du Moyen Âge. 

Nous nous sommes bientôt tous retrouvés dans l’un des tanks [anciens espaces industriels] du musée, sur la rampe d’accès plongée dans l’obscurité puis, rapidement, nous nous sommes précipités vers les premiers rangs. Une personne mince et élancée, aux cheveux noirs, vêtue d’un tee-shirt AOC et d’un sweat à capuche noir, était perchée sur un grand “T” blanc, une pièce de mobilier, là contre le mur. Elle regardait distraitement son téléphone, même si, bien entendu, tout et n’importe quoi pouvait arriver sur son écran. Une série d’instructions. Quelques minutes plus tard, on nous a tourné le dos, et les lumières ont produit un effet de soudain vacillement, un clignotement défiant la gravité dans le sens où, à ce moment-là, si vous aviez été une particule de lumière, vous vous seriez retrouvé en même temps à deux endroits différents, comme une image que l’effet lumineux aurait rendue instable. Un double, une ombre, et j’ai aimé ça. Des jeunes hommes sont arrivés. Il y avait en eux un thanatos. Ils se tenaient debout, dos au mur. Derrière nous, sur la plate-forme d’observation, le reste de la foule s’était à présent déployé. Parce que la performance s’annonçait déjà d’elle-même comme dépouillée, ce qui émanait de la foule, c’était le calme rugissement de sa faim. À ce stade, une musique discrète nous parvenait. Sur ma gauche, dans la lumière, l’entrée de l’autre tank. Et les gens mouraient de cette faim, regardant de là où ils étaient le spectacle. Pour être honnête, j’ai pensé à cette célèbre image du 11-Septembre, dans laquelle un groupe de personnes dont aucune ne serait sauvée se tient là, au sommet de l’une des tours. On les voit se tenir face à la fenêtre, sachant qu’ils sont pris au piège. Photo panoramique d’un voyage de classe de fin du monde. C’était ça aussi, et juste une soirée en ville, à Londres. 

Tout ça était mortellement sérieux, mais reposant, aussi. 

Nous étions censés être là, tous autant que nous étions, pour participer au destin de chacun des autres, l’espace d’un instant, un bout de nuit. C’était un samedi. Un peu plus tard, je me suis retrouvée dans cette autre position dépravée, “privée-de”, et je m’en suis délectée, comme d’une petite mort. Eliza se tenait toujours accroupie. Puis elle s’est redressée et a bondi avec souplesse jusqu’au sol. J’imagine que lorsqu’on est grande et mince, le corps doit être un instrument. Les mecs, et des filles aussi, plutôt très jeunes, l’âge moyen du performeur, en passant devant nous, effectuaient des mouvements lents, puis s’emparaient les uns des autres, portant des corps d’hommes, des corps de femmes au-dessus de leurs têtes et, un peu plus tard, avec les jambes enroulées autour des épaules, assis un peu comme des divinités. J’ai pris une photo et l’ai envoyée à ceux qui n’étaient pas venus. Voilà à quoi ça ressemble, j’ai dit. Sophie m’a raconté par la suite qu’elle avait beaucoup aimé l’encens. Il y avait ces conduits d’aération d’où s’échappait une sorte de brume qui embaumait le bois de santal, ou quelque chose de sacré, selon elle, et qui lui avait fait penser simultanément à la naissance du Christ et aux soirées d’adolescents où l’on fume des joints en faisant brûler de l’encens pour masquer l’odeur. Et le fait que tous les perfomeurs soient habillés dans un style gothique tout droit sorti des années 90, à savoir ce que Sophie portait elle- même à l’adolescence. Je me demande si c’est le cas aussi pour Anne Imhof. Ça l’est très certainement pour Eliza. 

L’idée m’a frappée que tout le monde est mortel, que tout le monde est saint. L’affect était au minimum, presque totalement désactivé, à l’exception de petits fragments de mouvements. Des espaces avaient été créés ça et là, de maigres matelas à une place, éparpillés, recouverts d’une étoffe blanche toute rêche. Un jeune homme ou une jeune femme pouvait y placer une série de cartes de tarot. Nous étions là autour d’eux, à ne rien faire. Anne allait ici et là, s’adressant à ce qui semblait être des fonctionnaires vêtus de sombre, connectés entre eux par des fils, se parlant. Eliza était debout, jouant à un moment de la guitare. Puis elle était là-haut, perchée sur une plate-forme. Je n’arrêtais pas de penser “un parapet”, qui n’est rien d’autre qu’un petit mur. Elle chantait de sa voix genrée, timbrée, passant du grave à l’aigu. Elle chante vraiment bien, mais je crois que, là, c’était davantage pour bâtir un parapet vocal, un petit mur de son que nous puissions vénérer, pas complètement mais un peu quand même. L’architecture du tank est brutaliste, on se croirait dans le métro, ou dans une citerne. Jaune-gris. Un lieu public. Fait pour être utilisé, et nous l’utilisons, et il nous utilise. Il y avait aussi une musique, enregistrée, presque mélodique. Voilà une église que je fréquenterais. 

“Anne est comme un général. Une horloge paresseuse, détendue, mais profondément organisée.” 

Nous étions flanqués des performeurs, qui s’avançaient parmi nous. Dans ce grand ordonnancement des choses, Anne est comme un général. Une horloge paresseuse, détendue, mais profondément organisée. Les petites pièces, les mouvements de danse morte, le fait de rester assis immobile, que je ne peux pas ne pas associer à l’univers urbain, après toutes ces années à voir des gens assis, sur des matelas, partout dans les villes. L’architecture, les poutres de la structure, recouvertes de blanc elles aussi (un blanc doux, j’ai touché), les toiles d’Anne, étincelant dans la salle, noir et blanc, griffées, un peu de jaune qui sonnait juste, et une pile de tee-shirts de death metal, monticule que j’ai qualifié sur Instagram de genre de madone, parce qu’il y avait un visage au sommet, comme un sein mais avec quelqu’un à la place du téton. 

La danse contact improvisée, vous aimez ? Le mouvement était un peu comme ça aussi, on touche, on s’appuie. Je me souviens d’un gars avec un téléphone portable enfoncé dans la bouche, un mépris de cette chose même qui nous relie, mais non, nous sommes aussi une foule. Désireux d’être émus, nous sommes ici sans but depuis longtemps, mais encore excités, ce qui est encore mieux au milieu d’une foule. Nous étions en fait dans le rituel de cela. Regarder, bouger, attendre, et j’aime attendre au milieu d’une foule, et tout le monde là-bas était comme moi, partageant cette volonté d’être dirigé. J’ai été frappée que toutes les positions soient ainsi définitives, en dépit de l’impression que cela aurait pu durer encore des heures – ça a été le cas, et je ne suis pas restée jusqu’à la fin. D’épais morceaux de bois, de longues poutres étroites et des étagères de métal blanc où s’asseoir et chanter, et la joie, je crois, était destinée à être contenue. Un bivouac avec de la musique. Cette semaine-là, j’ai vu des affiches avec le visage d’Eliza dans le métro londonien, je les ai prises en photo, évidemment, et je les ai envoyées à des amis, mais plus je pensais au fait de rester toute une semaine sous terre, à Londres, et à cet espace relié à cela, tant de tristesse, un opéra sans opéra, un chant funèbre, en un sens, et résigné même, une touche d’emballage SM, mais pas réellement, en fait, non, un flou plutôt, et pas de performance, en dehors de nous, puisque chaque âme errante, assise, en chacun de nous une danseuse, un danseur, un ou une pseudo Eliza, parce qu’il y avait cela, aussi, l’ablation de l’originalité, et les ombres des choses étaient peut-être la partie la plus importante, le clignotement des gestes et pour une heure, pour un instant, au son de la musique, elles nous ont tenus contre elles comme des enfants cette nuit-là. Merci. 

Carte blanche à Anne Imhof, “Natures mortes”, du 22 mai au 24 octobre au Palais de Toyo, Paris 16e. 









Paris déconfine son histoire à Carnavalet

Par Sarah Hugounenq

QDA - 23 mai 2021 


Après cinq ans de fermeture et d’intenses modifications, le musée Carnavalet rentre dans le XXIe siècle à partir du 29 mai. Au programme : un bâti réenchanté, un fil chronologique révolutionné, des collections présentées pour la première fois, mais aussi quelques tours de passe-passe pour réussir à présenter une œuvre au mètre carré.

Musée de la Libération, Catacombes, Maisons de Victor Hugo et Balzac, musée d’Art moderne, musée de la Vie romantique... Dans cette salve sans précédent de travaux, le cœur battant du réseau des musées de la Ville attendait son tour. Après quatre ans de travaux, et un an de pandémie permettant de peaufiner le parcours et une médiation hautement réussie, Carnavalet se montre ce samedi 29 mai sous un nouveau jour. Pourtant, « l’objectif était de ne rien changer !, sourit François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques en charge des travaux, aux côtés des Norvégiens de Snohetta et de l'agence Nathalie Crinière pour la scénographie. Ce musée avait une poésie et une musique à conserver absolument. »

Ouvrir caves et voûtes 

Connu pour ses period rooms et son atmosphère feutrée, le musée relève le pari d’entrer dans la modernité sans sacrifier à son charme. Pour refondre un parcours devenu abscons et emmêlé, l’architecte a dû « intervenir dans les interstices d’un bâtiment modulé au fil du temps, creuser le sol pour ouvrir les caves et leurs voûtes à la visite, fabriquer des rampes dans des endroits inattendus, mais aussi concevoir deux escaliers modernes qui assument leur contemporanéité et refusent d’uniformiser le musée... Nous avons aussi travaillé sur les anciennes écuries transformées en un nouvel espace d’accueil. En fluidifiant le parcours, à leur manière, ils mettent en valeur les bâtiments eux-mêmes, qui font partie de la collection. Hormis la complexité qui fut celle de dissimuler les kilomètres d’éléments techniques, nous avons agi sur les fenêtres qui ont été rouvertes, sur de faux-plafonds qui ont été supprimés pour redonner à voir la structure des voûtes, une mosaïque originelle, ou un vestige de corniches datant de la Révolution. La valorisation de toutes ces redécouvertes de l’architecture originelle n’était pas prévue et n’impliquait pas le même budget. Pourtant, la Ville nous a suivis. Carnavalet est un lieu qu’on habite plus qu’un musée. C’est la maison de vacances des amoureux de Paris », se réjouit François Chatillon.


Où est passé Étienne Marcel ? 

Malgré l’intervention aussi discrète que naturelle de l’architecte, ce chantier dépasse la simple rénovation pour repositionner le musée. Autrefois connu pour son accrochage dense, sa concentration sur le siècle des Lumières et les très riches collections révolutionnaires qui se taillaient la part du lion, le musée a accepté de trancher dans le vif au profit d’une vision plus globale de l’histoire de la capitale. Sur 3900 petits mètres carrés, le parcours déroule en version marathon une histoire de près de 10 000 ans, du Mésolithique au confinement de mars 2020. Alors qu’un effort important a été mené pour conduire l’accrochage à l’aune de l’histoire de la Ville et non plus en regard de celle du pays et de la succession des rois, les ellipses historiques sont inévitables. Certaines sont étonnantes – comme le peu de place laissé à Étienne Marcel et à la Jacquerie –, d’autres inconcevables, du passage sous silence de l’Occupation à celui de l’urbanisme des années Mitterrand et de la reconquête de certains quartiers, comme le 13e arrondissement. À l’inverse, le parcours bénéficie d’espaces nouveaux consacrés tantôt aux fouilles antiques jamais mises en avant, tantôt à une salle introductive efficace où trône la belle acquisition de 2015, un plan de Paris du XVIIIe siècle par Giovanni Maria Tamburini, ou, plus étonnant, une salle dite d’actualité qui, au vu du manque de place, n’était pas forcément indispensable. 


3800 œuvres 

Les esprits chagrins dénonceront un sacrifice dans la présentation des collections, riches de 625 000 œuvres, dont seules 3800 sont in fine visibles (dont 60 % peu ou pas présentées auparavant), soit quelques centaines de moins qu’avant la fermeture. « Ce musée est polysémique, j’ai voulu un parcours qui ne fige pas ses collections dans telle ou telle position, mais qui joue sur plusieurs registres pour le faire évoluer au cours du temps », explique la directrice, Valérie Guillaume. De fait, le propos prend de l’ampleur grâce à la multiplicité des approches proposées : peintures et sculptures dialoguent avec la numismatique, les affiches, une collection de photographies jamais présentée, ou des objets anecdotiques formant la mémoire de Paris, comme les poignées de la salle de bain de Marat, saisies par Charlotte Corday. Malgré le tumulte provoqué par la traduction en chiffres arabes de quelques rois, la médiation est hautement réussie, à grand renfort de problématisation des vitrines, d'activités ludiques dans de nombreuses salles – comme la création d'un jardin à la française à partir d'un puzzle –, de maquettes nombreuses et de supports numériques enrichissants. Le seul reproche qui tienne est donc celui d’un manque cruel de place. Inclassable, Carnavalet, ni musée d’art ni d’histoire ni d’archéologie, fait tomber les barrières et réconcilie les disciplines.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19790-paris-déconfine-son-histoire-à-carnavalet.html



Le « musée-mémorial » du terrorisme sera à Suresnes 

 · LEJOURNALDESARTS.FR LE 12 MAI 2021 - 

 

Le président Emmanuel Macron a choisi Suresnes, dans la banlieue ouest de Paris, pour site du premier musée-mémorial du terrorisme, dont la première pierre pourrait être posée en mars 2022, a annoncé mardi l’Elysée.

« Le Chef de l'Etat a retenu une implantation à Suresnes, à l'immédiate proximité du Mémorial de la France combattante », précise la présidence dans un communiqué. « La résilience est inscrite dans l'origine de ce bâtiment moderniste construit pour l'enfance en difficulté dans les années 30. La résistance est inhérente à sa localisation même car le bâtiment est au Mont-Valérien, haut lieu de notre mémoire nationale », explique l'Elysée. 

Le site de l'ancienne école de Plein Air, inaugurée en 1935 pour les enfants tuberculeux et accueillant actuellement les locaux de l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA), a été retenu par l'Elysée. 

La mise en chantier de ce projet inédit en France avait été annoncée par le président Macron en septembre 2018. Le responsable du projet, l'historien Henry Rousso, avait indiqué en mars à l'AFP que l'inauguration était prévue pour 2027. 

Il existe à travers le monde moins d'une dizaine de musées-mémoriaux dédiés à des attentats, dont celui d'Oklahoma City (attentat de 1995) ou encore à Oslo (tuerie d'Utoya en 2011) et ceux à New York dédiés aux attaques du 11 septembre 2001. 

Le projet français couvrira l'ensemble des victimes et des actes de terrorisme depuis 1974, date de l'attentat du Drugstore Publicis à Paris jusqu'à nos jours. 

« L'État continuera à apporter à la mission de préfiguration, en liaison notamment avec la ville de Suresnes, son concours pour l'accomplissement de toutes les dimensions de ce projet », ajoute la présidence qui précise se situer « dans la perspective d'une première pierre à poser en mars 2022 ». 

« L'équipe municipale a fait de la renaissance de ce lieu remarquable un enjeu de son mandat, afin de redonner vie à ce patrimoine classé aujourd'hui très dégradé et de lui redonner sa mission de transmission des savoirs », a déclaré le maire Guillaume Boudy (LR), dans un communiqué transmis à l'AFP, souhaitant la « rénovation complète » de ce lieu à l'architecture « si originale ». 

Le musée accordera une place importante aux victimes, aux survivants, aux blessés physiques et psychiques, aux primo-intervenants ainsi qu'aux aidants de première ligne. 

La partie « mémorial » permettra « l'inscription exhaustive » des noms de toutes les victimes françaises du terrorisme, mortes sur le territoire national et à l'étranger. 



La Fondation Pernod Ricard triple de volume 

Par Yamina Benaï
QDA - 10 mai 2021  

Après son changement de nom, l'institution se déploie dans un nouveau bâtiment adossé à la gare Saint-Lazare, avec l’ambition de consolider son soutien à la scène française.

Longtemps, son identité s’est incarnée  rue Boissy d’Anglas, où depuis 1999, elle a officié comme véritable incubateur-révélateur de la création française. Sous la direction de Colette Barbier, la Fondation Ricard s’est hissée au rang des institutions privées les plus reconnues en matière d’art contemporain, son action de soutien aux artistes s’étant rapidement étendue à l’étranger : à la Biennale de Venise et via des expositions organisées dans des lieux partenaires. La fondation, devenue Pernod Ricard au 1er juillet 2020, connue pour sa programmation affûtée d’expositions et de conférences et son prix annuel assorti d’une exposition médiatisée et de l’achat d‘une œuvre offerte au Centre Pompidou, est désormais domiciliée au sein d'un bâtiment de verre de quelque 20 000 m2.

De 350 à 1000 m2 

Adossé à la gare Saint-Lazare – plus fréquentée de France et deuxième d’Europe (110 millions de voyageurs annuels) – il abrite le siège mondial du groupe de vins et spiritueux créé en 1975, et accueille 900 collaborateurs, sur les près de 18 500 que compte l’entreprise, avec ses 86 filiales. De cet imposant bâtiment conçu par les architectes Jacques Ferrier et Pauline Marchetti, une partie du rez-de-chaussée a été dévolue à la fondation, désormais accessible de plain-pied (et non plus située à l’étage). Un quartier bruissant, aux antipodes de l’environnement feutré de sa précédente adresse, et en phase avec le projet nourri dès 2007 d’une installation dans un lieu délesté d’un voisinage trop associé au luxe. Les recherches ayant alors été infructueuses, la fondation avait trouvé un biais architectural en faisant aménager par Jakob et Mac Farlane l’entrée principale non plus via la galerie de la Rue Royale et ses enseignes de prestige, mais rue Boissy d’Anglas, plus discrète. Le désir de gagner un quartier ancré dans un rythme de vie plus soutenu s’étant cristallisé ces deux dernières années, allié à la volonté de Pernod Ricard de réunir ses filiales et entités en un même lieu, a offert à la fondation l'opportunité de rejoindre le siège, et naturellement de changer de nom pour embrasser l’ensemble de l’identité. Ce qui permettra de renforcer le déploiement d’expositions d’artistes à l’étranger. « Nous étions très heureux de cette perspective car nous changions d’échelle, tout en demeurant dans un environnement à taille humaine », souligne Colette Barbier. De fait, la superficie d’action passe de 350 m2 (dont 50 étaient occupés par les bureaux de la direction et de l’administratif) à 1000 m desquels l’espace d’exposition stricto sensu continue de s’étendre sur 300 m2 assortis toutefois d’une remarquable vue sur les quais de la gare, dont les artistes ne manqueront pas de s’emparer.

Les artistes à la manœuvre 

Dans la nouvelle configuration, confiée par Colette Barbier à l’agence NeM (Lucie Niney et Thibault Marca) qui a œuvré notamment pour le Centre d’art Bétonsalon et la Bourse de Commerce, de nouveaux « outils » étoffent l’offre de la fondation. Un café- restaurant (de 10h à 19h), orchestré par Franck Baranger – à la tête des restaurants Caillebotte, Pantruche, Belle Maison et Coucou – et ouvrant sur le parvis, procure une perspective de halte. Dans le prolongement se trouve une librairie dont le catalogue de 400 références est piloté par A#er 8 Books – éditeur indépendant d’ouvrages et d’éditions limitées d’artistes – qui dispose d’une librairie, et assure également la sélection d’ouvrages du très pointu KW Berlin. Une bibliothèque d’environ 500 ouvrages, revues, magazines en libre consultation, un auditorium de 112 places ouvrant par des baies vitrées sur la rue et l’esplanade de la gare, ainsi qu'un espace intermédiaire baptisé « Traverse » enrichissent le dispositif. Dotée de gradins, de rideaux occultant, si besoin, d'une vue sur rue, et d’une importante hauteur sous plafond, cette « Traverse » permet d’envisager de nombreux usages : performances, projections, théâtre, installations d’œuvres monumentales, etc. Autant de nouvelles ressources pensées pour le public, pour... et par les artistes. Ainsi, Mathieu Mercier a dessiné la bibliothèque et, à l’invitation de la fondation, a doté l’espace rectangulaire situé en hauteur d’une peinture sur toile qui sera visible durant six mois. Puis, sur le principe du passage de relais d’un artiste à un autre, proposé par Mercier, une nouvelle œuvre sera installée. Robert Stadler (cofondateur de Radi design) a conçu les chaises ; Neïl Beloufa (commissaire d’exposition du 20e prix Fondation Pernod Ricard) a imaginé deux luminaires ; Katinka Bock (lauréate du prix 2012) a dessiné un tapis, posé sur le sol en béton ciré ; Benoit Maire, lauréat 2010, est présent via deux chaises acquises par la fondation ; Marie Lund a réalisé les poignées de porte ; Natsuko Uchino a élaboré la vasque et des carreaux de céramique ornant les toilettes. « Nous allons continuer d’enrichir le lieu de ces différentes collaborations avec des artistes », souligne Colette Barbier. Pour parfaire l’accueil, des détails qui ont leur importance : casiers fermant à clef sont librement accessibles ou table à langer installée dans les toilettes pour hommes…

Objectif : 50 000 visiteurs 

Si le montant des travaux demeure confidentiel (le budget en a été voté avant la pandémie et ils ont été réalisés entre les deux confinements), Colette Barbier indique que le budget de soutien aux artistes a été augmenté de 20 % pour répondre à l’évolution du prix qui, désormais, prévoit leur accompagnement sur une année entière. Afin de capter de nouveaux visiteurs, dont ceux de proximité, une chargée du développement des publics et de la médiation a été recrutée, portant à sept le nombre de salariés de la fondation, dont la directrice envisage un doublement de la fréquentation, plaçant ainsi son objectif à 50 000 visiteurs. L’exposition collective inaugurale « Le Juste Prix », confiée à Bertrand Dezoteux, par son humour et une certaine joie de vivre devrait mobiliser les visiteurs. À commencer par les 900 collaborateurs du groupe présents dans l’édifice, dont la moyenne d’âge se situe autour de 40 ans : « Les sensibiliser à notre programmation artistique et culturelle est l’une de nos missions, indique Colette Barbier, c’est la volonté de notre président, Alexandre Ricard, de faire irradier l’art au sein du groupe, comme avant lui, son grand- père et son oncle, qui ont toujours manifesté un vif intérêt pour l’art. » 



Valérie Delaunay migre vers le Marais 

Par Léa Amoros
QDA - 04 mai 2021

Valérie Delaunay s'installe au 42, rue de Montmorency (3e), quittant sa première adresse rue du Cloître Saint-Merri (4e) que l'ancienne responsable juridique en propriété industrielle chez L’Oréal avait ouverte en 2015. Avec cet espace, elle double de volume, se déployant en forme de « U » sur 120 m2 la création émergente avec un penchant pour la peinture, elle entend faire de ce nouveau lieu un « bouillon de culture » qui permette de « décloisonner les disciplines artistiques ». « En France, nous sommes plutôt frileux quand il s'agit de croiser les arts. Avec ce projet, j'aimerais bousculer les frontières, mélanger la peinture à la danse, la musique, la performance. En sous-sol, nous avons une cuisine de 40 m2 : pourquoi ne pas inviter de jeunes chefs ? La gastronomie, c'est aussi un art ! » En attendant de réaliser ces ambitions, la galerie ouvrira aux professionnels dès le 6 mai et présentera son exposition « 300 dpi av. J.-C. », consacrée au plasticien Yoan Béliard et à ses collages sculpturaux autour du vestige et de la mémoire. Suivront trois monographies de peintres, celles de Timothée Schelstraete, Arnaud Adami et Ulysse Bordarias. Enfin, deux expositions collectives sur les thèmes de la nature morte et du médium textile sont prévues pour l'automne 2021 et l'hiver 2022.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19681-valérie-delaunay-migre-vers-le-marais.html


Musées et galeries pourront rouvrir mercredi 19 mai

 PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR LE 29 AVRIL 2021 -  


Les fuites de l’entretien de Macron qui doit paraître demain indiquent également que les foires pourront se tenir le 9 juin.


Le journal Le Progrès n’a pas pu tenir sa langue et a grillé la politesse à ses confères de la presse quotidienne régionale à qui Emmanuel Macron a réservé l’annonce du plan de déconfinement dans un entretien qui doit paraître demain. 

Il ressort de ce plan en 4 étapes qui démarre le 3 mai (avec des mesures déjà annoncées sur les déplacements) que les musées, monuments et galeries, mais aussi cinémas et théâtres pourront rouvrir le mercredi 19 mai. Le président a rabioté quelques jours sur les annonces initiales qui prévoyaient une ouverture de certains lieux culturels « mi-mai » mais en contrepartie rouvre tous les lieux culturels, sous réserve du respect des jauges discutées avec les représentants de chaque type de lieu. A cette date, le couvre-feu est décalé à 21h et les terrasses des bars et restaurants sont à nouveau ouvertes. 

Le 9 juin marque une étape importante pour les foires et salons (de moins de 5 000 personnes) qui pourront enfin rouvrir après de longs mois d’attente. Mais les visiteurs devront présenter un pass sanitaire indiquant qu’ils sont vaccinés ou testés négatifs. Les touristes étrangers pourront aussi entrer en France avec un pass sanitaire. Le couvre-feu est décalé à 23 heures et les bars et restaurant pourront enfin ouvrir leur salle intérieure. 

Enfin le 30 juin marquera la fin du couvre-feu. Il sera possible de participer à des événements de plus de 1 000 personnes, (on pense aux festivals), sous réserve là aussi de présenter un pass sanitaire. Les réductions de jauges dans les musées et monuments sont levées. 

Ces mesures s’appliquent à l’échelle nationale. Mais elles sont assujetties à une baisse du taux d’incidence. Si celui-ci est supérieur à 400 pour 100 000 habitants pendant plusieurs jours, le Gouvernement se réserve le droit de ne pas lever les restrictions dans les départements concernés. Un taux peu contraignant puisqu’il est aujourd’hui de 301 dans toute la France et de 441 à Paris (et 541 en Seine-Saint-Denis). Mais la dynamique va dans le bon sens, le taux d’incidence était de 600 à Paris il y a 2 semaines. 




Exposition : Il réalise des sculptures qui évoluent avec le temps 

Pascal Thomas, est artiste sculpteur pendant son temps libre. Il expose douze de ses œuvres à la médiathèque de Nouvoitou. Une belle découverte. 

Ouest-France Nicole CONQUER. 

Publié le 26/04/2021 


À partir de ce mardi 27 avril et jusqu’au 7 mai, Pascal Thomas expose douze œuvres à la médiathèque. Ça fait si longtemps que Pascal Thomas sculpte qu’il ne sait plus exactement quand ça a commencé. 


Un besoin de volume 

« J’ai toujours fait de la peinture, des aquarelles, de l’huile, puis de la peinture au couteau. Finalement j’avais besoin toujours de plus d’épaisseur », raconte l’artiste de 57 ans. 

« Un besoin de volume. Le laiton a été ma première expérience. C’était acté, je voulais faire de la sculpture ». Une aventure qui a commencé il y a environ 25 ans. Depuis il touche un peu à tout : la pierre, l’acier, le laiton. « Pour l’intérieur et l’extérieur, sans traitement ». 

Il travaille dans son garage à Châteaugiron « enfin surtout dehors dans le jardin. La sculpture produit des fumées toxiques, il est préférable d’être dehors. » Il aime bien être « tributaire du temps ». Comme pour ses sculptures qui changent de couleurs avec le temps. « La rouille à beaucoup de charme. Il est vain, pour nous, de lutter contre le temps, tout évolue et c’est ça qui est intéressant ». 


C’est le moment d’exposer 

La sculpture c’est sa passion, dans sa vie de salarié il est infographe à Ouest-France. Un métier d’imagination qu’il a décidé de pratiquer à 90 % pour se laisser du temps. 

« Depuis que je fais de la sculpture, je n’ai pas d’œuvres pour exposer. Je les offre ou je les garde. Parfois on me les achète ». 

Lorsque la médiathèque de Nouvoitou a fait un appel d’offres pour des expositions, Pascal a compris que c’était le moment de fabriquer plus pour exposer. « J’ai fabriqué entre autres un calamar, un cheval de trait pour l’exposition ». 

Douze sculptures sont installées dans une pièce de la médiathèque. « Je les ai apprêtées pour qu’elles ne salissent pas la salle. » 

Parmi les sculptures, il présentera une girouette, la rescapée d’une collection qu’il a vendue ou offert. « J’adore les girouettes, ça donne de la poésie sur les toitures. Ça force les gens à lever les yeux et à regarder autres choses. » Il a inventé un système de roulement à billes pour qu’elles soient inusables. 


« J’aime recycler » 

Toutes ses pièces sont uniques. « Les copies ce n’est mon truc. De toute façon c’est impossible de faire à l’identique ». Lorsque qu’une pièce le lasse, il détruit et fait autre chose. « Les goûts changent. » 

La matière première, il la trouve chez les agriculteurs, un ami sculpteur lui donne des morceaux d’acier qu’il recycle. « Assembler des aciers différents, c’est intéressant. Et le recyclage ça me parle. Dommage que l’on ne puisse pas prendre des choses dans les déchèteries. Il y a des trésors. » 

Il fait les choses à son rythme et avec ses envies. « Certes parfois la meuleuse fait du bruit, mais quelle satisfaction de produire avec ses mains. » 

Du 27 avril au 7 mai, médiathèque de Nouvoitou, tel. 02 99 37 84 71, aux horaires habituels (réserver à cause de la jauge de 15 personnes liée au virus).
Pascal Thomas : Instagram Kyta_sculpture 




La réouverture en ordre dispersé des musées en Europe

PAR LEJOURNALDESARTS.FR ·  LE 26 AVRIL 2021 -  


Le Danemark a rouvert ses musées le 21 avril et l’Italie le 26. La France reste prudente sur l’ouverture annoncée de mi-mai. 

La situation des musées dans le monde change d’un jour sur l’autre en fonction de la dynamique de l’épidémie et du planning de vaccination. Globalement la tendance est cependant à la réouverture. 

Le tableau en fin d’article recense la situation au 26 avril 2021, tandis que la chronologie des derniers événements est rappelée. 

26 avril 2021 / Italie 

14 régions italiennes (notamment les régions de Venise, Florence, Rome et Naples) sont placées en zone jaune, autorisant les musées à rouvrir (cf 16 avril / Italie). Toutefois les autorités régionales ont la possibilité d’apporter des restrictions aux mesures nationales. 

26 avril 2021 / Etats-Unis 

Les musées new-yorkais sont autorisés à augmenter leur capacité d’accueil des visiteurs de 25 % à 50 %, après une décision récente du Gouverneur Cuomo. Les musées du Smithsonian (Washington) qui avaient préféré rester fermés ont annoncé une réouverture progressive entre le 5 et le 21 mai. 

24 avril 2021 / Allemagne 

La réouverture des musées est toujours assujettie à un taux d’incidence inférieur à 100 pendant trois jours consécutifs, mais à compter du 24 avril, la mise en œuvre est automatique partout en Allemagne alors qu’auparavant (loi fédérale), elle dépendait des régions. 

22 avril 2021 / France 

Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre Jean Castex a maintenu l’objectif d’une réouverture des commerces et de certains lieux culturels « à la mi-mai », éventuellement territorialisée, mais sans autres précisions. 

21 avril 2021 / Danemark 

Réouverture des musées et galeries, avec accès réservé aux détenteurs d’un pass sanitaire (test négatif de moins de 72 heures, certificat de vaccination, preuve d’une infection dans les 2 à 12 semaines précédentes). 

18 avril 2021 / France 

Emmanuel Macron a indiqué sur la chaine de télévision américaine CBS que des restrictions allaient être levées début mai. Quelques jours auparavant (15 avril), lors d’une visioconférence avec des élus, il avait évoqué la « réouverture des terrasses et des musées lors de la première phase », soit vers la mi-mai. 

16 avril 2021 / Italie 

Le Président du Conseil Mario Draghi a annoncé le « retour » des zones jaunes à compter du 26 avril. L’Italie a en effet instauré quatre catégories de risque de transmission du virus : rouge (risque maximal), orange (risque élevé), jaune (risque modéré), blanc (risque réduit). Le placement dans l’une de ces trois catégories est décidé par le ministre de la Santé. A ce jour, aucune région n’est en zone jaune ou blanche. A chaque catégorie sont attachées des dispositions particulières. Dans les zones jaunes, les musées peuvent rouvrir, tandis que les théâtres, cinémas et salles de spectacles pourront rouvrir avec des mesures de limitation de capacité. 

5 avril 2021 / Portugal 

Alors que le nombre de nouveaux cas de contaminations ne cesse de baisser depuis fin janvier à la suite d’un confinement « dur » de plus de 2 mois (le taux rapporté à la population est dix fois moindre qu’en France au 5 avril), le Portugal poursuit son plan de déconfinement débuté le 15 mars en réouvrant à partir du 5 avril, les musées, monuments et galeries. 

31 mars 2021 / France 

Emmanuel Macron annonce pour une durée de 4 semaines une adaptation du calendrier scolaire et laisse entrevoir une réouverture de certains lieux culturels mi-mai. 

24 mars 2021 / Belgique 

Le nombre d’hospitalisation et la circulation du virus ne cessent d’augmenter. Les galeries, considérées comme des commerces non essentiels, ne peuvent recevoir que sur rendez-vous et ce jusqu’au 25 avril. Les musées restent ouverts. 

23 mars 2021 / Allemagne 

Les mesures en place sont prolongées jusqu’au 18 avril. Si le taux d’incidence dépasse 100 pendant trois jours consécutifs dans une région donnée, les musées doivent fermer.

19 mars 2021 / France 

Fermeture des galeries jusqu’à nouvel ordre (au moins 6 semaines) 

13 mars 2021 / Italie 

Les musées sont fermés dans toutes les zones jaunes, oranges et rouges, en fait les 21 régions d’Italie. 



Pourquoi le Frac Normandie devient un établissement public

 PAR CHRISTINE COSTE · LE JOURNAL DES ARTS LE 22 AVRIL 2021 - 


À la fin 2020, les deux Frac de Normandie, à Caen et Rouen, ont été réunis sous la forme d’un établissement public de coopération culturelle.


Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). En 2017, la décision du président de la Région Normandie, Hervé Morin, de fusionner le Frac Normandie Caen et le Frac Normandie Rouen avait fait débat. La création le 20 octobre 2020 du « Frac Normandie » a entériné la dissolution des deux Fonds régionaux d’art contemporain sous leur forme associative et la création du statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC) pour la nouvelle entité. La ville de Sotteville-lès-Rouen en abrite désormais le siège social tandis que l’appel à candidature pour la direction du Frac Normandie a été lancé. Les deux sites néanmoins demeurent, avec leurs 22 employés au total, tandis que le budget, regroupant celui des deux Frac et financé à 60 % par la Région, s’élève en 2021 à 1,5 million d’euros. 

Le choix du statut d’EPCC peut surprendre. Sur les 22 Frac que compte désormais le réseau, ils ne sont que trois à avoir ce statut, les autres étant sous un régime associatif. Le Frac Réunion, le plus petit, a été le premier à se transformer, en 2007, bien qu’il affiche une taille en deçà des conditions requises pour y prétendre. Le budget minimal annuel recommandé pour passer en EPCC est en effet de 1 million d’euros. Dans le cas de La Réunion, ce statut a permis à l’État et à la Région de réactiver un lieu en sommeil. 

Un statut protecteur 

Le passage en EPPC du Frac Bretagne en 2013 puis du Frac Centre-Val de Loire en 2015, s’il relève également de la volonté politique, s’inscrit plutôt dans un contexte de changement d’échelle pour ces structures ; l’initiative est venue de la Région, pour le Frac Centre-Val de Loire comme pour le Frac Normandie. Pour ce dernier, Catherine Morin-Desailly, ancienne présidente du Frac Normandie Rouen et proche d’Hervé Morin, s’est révélée particulièrement offensive sur un dossier que la sénatrice de la Seine-Maritime connaît bien en tant que membre de la commission de la culture du Sénat et instigatrice du passage en EPCC de l’Opéra et du Centre dramatique national à Rouen. 

De fait, ce statut marque avant tout la reconnaissance par la Région de l’importance de l’institution, établie comme tête de pont de la politique culturelle. Il la protège aussi à différents niveaux car il relève du droit public. Il lui assure un budget plancher en dessous duquel aucun partenaire ne peut descendre, tandis que le caractère inaliénable de ses collections s’en trouve renforcé. Il induit également une montée en puissance des moyens financiers, humains, et permet l’élargissement du conseil d’administration à d’autres collectivités publiques – Département et/ou agglomérations de communes. Précieux atouts dans une région où le Frac est régulièrement mis en cause par les élus étiquetés Rassemblement national. 

Le statut d’EPCC présente néanmoins pour inconvénients d’importantes charges administratives et une gestion plus lourde, pointent Béatrice Binoche, directrice du Frac Réunion, et Abdelkader Damani, directeur du Frac Centre-Val de Loire. 

Pour l’heure, le conseil d’administration du Frac Normandie, présidé par Pierre Gaumont, maire de Bayeux, reçoit les candidatures pour son poste de directeur(trice). Le nom de la personne retenue ne sera connu que fin juin, soit après les élections régionales. 



Réouverture des musées : l'interminable exception française

Par Sarah Hugounenq

QDA - 20 avril 2021 


Alors que nos voisins déconfinent progressivement leurs lieux culturels, la France détient le triste record de six mois de paralysie contrainte de ses musées et, cas presque aussi unique, d'une désespérante absence de calendrier de réouverture. Petit tour d’horizon de la situation européenne. 

« En décembre, mes collègues étaient combatifs. Aujourd’hui, ils sont résignés.» En quelques mots, Richard Dagorne, directeur des musées de Nancy, résume la lassitude des professionnels de musées, ces lieux taxés de « non-essentiels » et donc fermés depuis près de 175 jours. Le corps médical est pourtant à l’unisson. En novembre, l’Institut Pasteur indique que la fréquentation des lieux culturels « n’est pas associée à un sur-risque d’infection ». En mars, l'Université technique de Berlin enfonce le clou et affirme que les musées sont parmi les lieux où il est le moins probable d'être contaminé. Alors que chacun s’agite sur les modalités déconfinement, la France a-t-elle laissé passer le coche de la réouverture de ses musées ? C’est le sentiment de Constance Delaugerre, chef de service à l’hôpital Saint- Louis qui travaille sur les modalités d’un concert-test. « Les musées avaient, avec de protocoles sanitaires comme ceux mis en place en Europe, tout pour permettre une ouverture quand l’incidence le permettait », explique la virologue devant la mission d’information mise sur pied au Sénat début février, sur l’effet de la crise sur les établissements culturels. 

Réouvertures protocolaires 

Si les musées néerlandais, grecs et danois sont dans la même situation que l’Hexagone, à savoir sans perspective de réouverture aucune, la liste s’arrête là. Les musées belges sont depuis décembre la seule activité culturelle autorisée. En Suisse, le Conseil fédéral a décidé la réouverture dès le 1er mars. L’Allemagne lui emboîtait le pas neuf jours plus tard pour les régions au taux d’incidence inférieur à 50. Au Portugal, après deux mois de fermeture, les musées sont redevenus accessibles à partir du 5 avril. La Slovaquie a rouvert les siens ce lundi. À Londres, le réveil est programmé pour le 17 mai. En Italie, les musées vivent au rythme d’un « stop and go » depuis novembre selon l’état sanitaire de chaque région. Si tous les musées sont pour l’heure fermés, la prochaine étape est fixée au 26 avril avec réouverture dans les régions à moindre taux de contagion, dites « jaunes » dans la grille de couleur choisie par le pays. De son côté, l’Espagne n’a jamais fermé depuis le printemps dernier et le Luxembourg s'est contenté d'un mini- confinement de Noël, du 26 décembre au 10 janvier. Condition sine qua non, les protocoles sanitaires adoptés sont globalement semblables à celui mis en place en France au premier déconfinement. Partout, la réservation en ligne de créneaux horaires fixes, l’établissement de jauges basses, le port du masque (FFP2 pour l’Allemagne), la suspension des visites guidées et la fermeture des cafétérias (sauf en Espagne) sont les conditions de réouverture. L’Espagne impose en plus la prise de température à l’entrée, et l’Allemagne active le tracing des visiteurs. Cette adaptation se fait le plus souvent par établissement et non par pays. « Nous avons obtenu la réouverture en nous engageant dans une lettre commune à mettre en place des mesures de protection à partir d’une analyse des risques de chacun de nos musées (volume des salles, ventilation, capacité maximale d’accueil...). L’administration ne nous a rien imposé, nous nous sommes fédérés et avons partagé les expériences y compris par la publication de guides sectoriels », se souvient Sarah Bastien, directeur général administratif des six musées de la Ville de Gand. 

Le gouvernement reste sourd 

Cet ensemble de mesures a pour effet de réduire les visites spontanées et d’augmenter les coûts logistiques. « Il est évident qu’à la réouverture, les visiteurs ne se sont pas précipités, en particulier les personnes âgées », note Alexandre Chevalier, président d’ICOM Belgique. En réponse, Genève a décrété la gratuité de ses musées le week-end. « Laisser la culture ouverte dans ces conditions coûte cher, c’est évident, témoigne Sylvain Bellenger, directeur du Museo e Real Bosco di Capodimonte de Naples, dont la fréquentation plafonne à 200 visiteurs par jour quand les espaces en permettent le triple. Mais la fermer coûte encore plus cher à la santé psychologique de la société. » La virologue Constance Delaugerre se joint à cette plaidoirie en faveur du rôle des musées dans la santé mentale. « La grande difficulté en France est l’absence totale de perspective. Ailleurs, la situation est aussi compliquée de devoir ouvrir, fermer, rouvrir, etc... Mais la science a besoin d’expérimentations pour avancer. Prendre des risques encadrés est mieux que de ne rien faire. » Le Sénat a affirmé le 13 avril le « caractère fondamental de la culture » expliquant que « la fermeture des établissements culturels restreint considérablement l’accès à la culture et la possibilité pour les citoyens de jouir de leurs droits culturels, consacrés par la loi NOTRe et la loi CAP ». Il plaide donc en faveur de la réouverture prioritaire des musées sous condition d’une jauge réduite (à adapter selon les établissements), du port du masque, de la fermeture des cafétérias et de mise en place de billets horodatés. Pour l’heure, le gouvernement reste sourd aux considérations venues de l’étranger ou de son Parlement. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19585-réouverture-des-musées-l-interminable-exception-française.html


Podcasts et magazines, nouvelles armes des galeries 

Par Éléonore Théry 

QDA - 15 avril 2021  

Les grandes enseignes internationales multiplient les contenus journalistiques en éditant podcasts et magazines. De nouvelles plateformes qui permettent aux galeries de rayonner et d’élargir leur audience, jusqu'à parfois en faire pâlir les médias. 

Une histoire de la série de tableaux "Cage" de Gerhard Richter par le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist, une nouvelle de l’autrice dominicaine Cleyvis Natera, une interview de la chorégraphe Aileen Passlov, récemment décédée... Voilà le sommaire du dernier numéro du copieux magazine Quarterly, édité par le géant américain Gagosian depuis 2017. « Ni de la critique d’art ni du journalisme d'investigation, mais une façon de voir le monde à travers les yeux de toutes sortes de créateurs qui offrent des perspectives différentes », définit Alison McDonald, directrice des publications de la galerie. Une conversation sur l’influence du Bauhaus aujourd’hui, de notre mobilier jusqu’aux iPhone, avec Nicholas Fox Weber, directeur de la fondation Josef et Anni Albers. C’est cette fois le menu du dernier épisode du podcast Dialogues produit par la galerie allemande David Zwirner depuis 2018. Depuis quelques années, les grandes enseignes internationales multiplient les contenus qui, fut un temps, étaient l’apanage des journalistes, alors que la presse connaît dans le même temps de sérieux soubresauts. Au rayon des magazines on compte aussi la galerie genevoise Cahn ou la suissesse Hauser & Wirth, à celui des podcasts, les britanniques Sean Kelly et Lisson Gallery, les américaines Postmasters et Acquavella et d’autres encore. 

Ces contenus sont en relation plus ou moins lointaine avec les programmations des galeries. The Picture, produit par Acquavella, propose ainsi systématiquement une conversation avec un artiste dont l’exposition est en cours. D’autres prennent des chemins de traverse comme Ursula, magazine d’Hauser & Wirth, qui invite ses artistes à parler de leur livre préféré ou propose des conversations transversales, ainsi du développement durable dans le monde de l’art, au programme du dernier opus. « Depuis des siècles, les galeries ont publié des livres, périodiques, pamphlets et livres d’artistes qui sont devenus des ressources inestimables pour le monde de l’art. Un magazine de galerie trouve ses racines dans son programme et ses artistes mais peut aussi aller bien au-delà et apporter son expertise globale pour aborder une variété de sujets » soutient le rédacteur en chef Randy Kennedy, transfuge du New York Times où il est resté plus de 20 ans. D’autres encore s’éloignent franchement de leur affiche, comme Sean Kelly avec Collect Wisely, qui invite des collectionneurs à s’interroger sur leur pratique. 

Une nouvelle audience 

Quel intérêt ces enseignes ont-elles à monter de tels projets ? « Nous avons lancé les podcasts après avoir vu le succès de nos publications de livres », explique Lucas Zwirner, responsable des contenus. « Nous avons pensé qu’il s’agissait d’un canal naturel pour les voix des artistes. Nous les voyons comme une extension de la tribune qu’offrent les galeries aux créateurs qu’elles représentent. » Après les duos Robert Crumb/Art Spiegelman ou Sofia Coppola/Rainer Judd, le prochain épisode verra l’un des poulains de la galerie discuter avec le controversé Beeple. Podcasts et magazines permettent à ces acteurs d’élargir leur public et de faire rayonner leur marque auprès de lecteurs ou auditeurs qui ne poussent pas toujours leur porte. « C’est une façon formidable d’être connecté à nos collectionneurs et visiteurs. Et cela nous amène une nouvelle audience très intéressante », confirme Alison McDonald. Les podcasts ont l’avantage de toucher les jeunes, et grâce à leur ton intimiste, d’offrir une porte d’entrée moins intimidante vers ces enseignes. Depuis les débuts de la pandémie, les deux médias se sont révélés être de bons moyens pour les galeries de rester en contact avec leur public, pendant qu’elles étaient portes closes. Gagosian a ainsi vu doubler le trafic du Quarterly dans sa version en ligne. 

Des projets coûteux 

L’audience de certains de ces contenus pourrait en effet faire pâlir quelques médias traditionnels. À l’image de son enseigne tentaculaire, Quarterly est largement diffusé dans le monde entier – 50 000 exemplaires –, à ses clients, mais aussi pour 20 dollars le numéro, dans les kiosques, les librairies, les boutiques de musées, les foires ou sur abonnement. Chez David Zwirner, les quatre saisons de Dialogues ont été téléchargées plus de 750 000 fois. Mais ces projets ont évidemment un coût – que les galeries n’entendent pas révéler – d’autant que les plumes et spécialistes invités sont payés plus cher que dans les médias ou institutions qui les emploient traditionnellement. Lesquels coûts sont contrebalancés pour les magazines par les pages de publicité de Vuitton, Dior, Gucci et autres acteurs du luxe. « La version imprimée du magazine n’a pas été conçue comme une source de revenus pour la galerie », botte en touche Randy Kennedy. L’équipe du Quarterly, qui emploie cinq personnes à temps plein, assure quant à elle que le titre est à l’équilibre financier. En France le phénomène reste timide. 

Perrotin, qui avait lancé le magazine Bing en 2005, l’a arrêté trois ans plus tard et son podcast lancé en 2017 n’a pas vu d’épisodes édités depuis plus d’un an. Plusieurs enseignes sont actuellement en discussion avec le studio de podcasts Louie Média. 



Retrouver les musées : mode d’emploi 

Par Sarah Hugounenq
QDA - 14 avril 2021  

Rouvre-t-on ses portes indemne après un an de restrictions sanitaires contraignant les musées et monuments à la fermeture ? Cette question délicate a été posée mardi lors des Rencontres IESA Patrimoines et Innovation co-organisées avec Correspondances Digitales au format webinaire. Les débats se sont articulés autour de trois axes distincts. Une première rencontre s’est concentrée sur la révolution numérique vécue en un an par le patrimoine. Les expériences d’Orsay ou de start-up innovantes comme GuestViews ont esquissé des pistes pour rééquilibrer les usages culturels après six mois de tout virtuel. Cette distorsion des liens avec le public pourrait également se résoudre dans une nouvelle manière de mettre en récit les institutions. Vaux-le-Vicomte ou la Monnaie de Paris ont partagé leurs initiatives en matière d’approche renouvelée de la médiation dans cette période de fort besoin d’évasion. Enfin, la journée s’est clôturée sur une question : l’ancrage territorial des institutions patrimoniales peut-il être un élément de leur réinvention ? Face à la désertion touristique et à la catastrophe financière en cours, le MAC Lyon, l’École Pro du Centre Pompidou ou le CMN Institut tentent, chacun par des voies diverses, de réinventer le travail en réseau avec des partenaires inhabituels pour la culture. Autant de pistes à méditer pour se préparer au « monde d’après ».

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19550-retrouver-les-musées-mode-d-emploi.html 


Les musées sont restés fermés en moyenne cinq mois dans le monde en 2020 

PAR CHARLES ROUMÉGOU · LEJOURNALDESARTS.FR LE 14 AVRIL 2021 - 

L’Unesco publie un rapport sur la situation des musées dans 87 pays et fait trois recommandations. 

Sur la base de données fournies par 87 des 193 États membres de l’Unesco, l’agence des Nations Unies spécialisée dans la culture dresse, un an après le début de la pandémie de Covid-19, un premier bilan provisoire de la situation des musées à travers le monde, lesquels sont estimés au nombre de 104 000. 

Sans surprise, le constat est préoccupant : les musées sont ainsi restés fermés 155 jours en moyenne sur l’année 2020 (soit un peu plus de cinq mois), et près de 43 % des établissements ont encore connu une période de fermeture au premier trimestre 2021. La fréquentation des musées a diminué de manière drastique pour tous les États membres car même pour les établissements demeurés ouverts, les mesures sanitaires associées à la chute du tourisme mondial (moins 74 % en 2020), ont causé une diminution de l’ordre de 70 %. Conséquence logique, les recettes des établissement ont diminué elles aussi entre 40 et 60 % par rapport à 2019. Parallèlement, le soutien public est encore trop inconsistant selon les pays pour 50 % des établissements nationaux ayant répondu à cette question. 

A partir de ce bilan, l’Unesco formule trois recommandations à destination de ses États membres en vue de soutenir davantage le secteur muséal, frappé de plein fouet par la crise sanitaire : 

1. L’Unesco encourage les États membres et les institutions muséales à poursuivre leur réflexion sur les enjeux et le futur des musées à l’aune de la crise de Covid-19, en fournissant un cadre de références commun et en favorisant la coopération internationale. 

2. L’organisation internationale appelle les pouvoirs publics à un financement accru des musées dans le cadre de politiques culturelles ambitieuses, au nom de la protection du patrimoine et de la diversité des expressions culturelles. 

3. L’Unesco entend, conjointement avec les États membres, accompagner l’essor du réseau muséal, notamment dans les régions du monde où celui-ci est encore fragile comme pour les musées en Afrique ou dans les petits États insulaires en développement, notamment par le biais du numérique.

https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/les-musees-sont-restes-fermes-en-moyenne-cinq-mois-dans-le-monde-en-2020-153911


Le Conseil d'État confirme la fermeture des galeries 

Par Léa Amoros
QDA - 14 avril 2021  

Le Conseil d'État a rejeté hier, sans surprise, la demande de réouverture des galeries. Fin mars, le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) avait déposé un recours en référé-liberté de 38 pages contestant leur fermeture. Il y dénonçait une grave distorsion de concurrence face aux salles de ventes, autorisées à accueillir du public, entraînant une atteinte grave aux libertés d’expression, de diffusion artistique et d’entreprendre. Le 8 avril, lors de l'audience au Conseil d'État, le ministère de la Santé, représenté par Charles Touboul, son directeur des affaires juridiques, manifestait clairement son opposition à ce recours, arguant de la situation sanitaire et du statut d'ERP (établissements recevant du public) des galeries. Si l'atteinte aux libertés est confirmée par le juge des référés, elle n'a pas suffi à entraîner la réouverture : « La fermeture au public des galeries d’art ne peut être regardée comme une mesure nécessaire et adaptée, et, ce faisant, proportionnée à l’objectif de préservation de la santé publique qu’elle poursuit, qu’en présence d’un contexte sanitaire marqué par un niveau particulièrement élevé de diffusion du virus », peut-on lire dans l'ordonnance rendue ce 14 avril.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19548-le-conseil-d-état-confirme-la-fermeture-des-galeries.html


Le ministère de la Santé contre la réouverture des galeries

Par Léa Amoros

QDA - 08 avril 2021 


Ce jeudi 8 avril, suite au dépôt, le 25 mars, d'un recours en référé-liberté, le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) contestait devant le Conseil d'État les dispositions du décret du 2 avril 2021, imposant la fermeture aux galeries d'art. Le CPGA demande que les galeries soient autorisées à accueillir du public au même titre que les maisons de ventes, librairies et disquaires, soulignant qu'elles présentent un risque sanitaire équivalent voire moindre. L'ouverture des maisons de ventes notamment, dont l'activité est très comparable à celle des galeries, entraîne, selon le CPGA, une distorsion flagrante de règle à la concurrence. Une dérogation justifiée pour le gouvernement par les ventes judiciaires, « essentielles au fonctionnement du service public, plus encore avec la crise sanitaire et le nombre accru de successions ». Un argument irrecevable pour le CPGA qui rappelle que « parmi les 24 % des maisons de vente qui ne s'appuient pas sur les ventes judiciaires figurent les plus importantes dont Sotheby's, Christie's ou Drouot ». Drouot qui réalisait en 2019 302 millions d'euros d'adjudication dont 299 millions de ventes volontaires. Le ministère sourd à ces revendications brandit inlassablement l'argument du statut ERP (établissements recevant du public), les galeries étant classées parmi les commerces dont il a décidé la fermeture. « Bien sûr si l'épidémie baisse, les règles concernant les galeries seront les premières à être réexaminées. Mais pour l'instant et vu la situation sanitaire désastreuse, le risque n'en vaut pas la chandelle », conclut Charles Touboul, directeur des affaires juridiques du ministère de la Santé. Malgré une audience en demi-teinte, Marion Papillon, présidente du CPGA, ne regrette pas d'être « montée au créneau ». « Il faut rendre publiques ces règles arbitraires. Les arguments invoqués par la défense étaient sans justification et montrent une méconnaissance flagrante du milieu. Espérons que le Conseil d'Etat sera sensible à cette atteinte grave et manifestement illégale, permettant aux galeries de rouvrir au moins partiellement ». Galeries et ministère de la Santé ont jusqu’au vendredi 9 à 18h pour étayer leurs dires. L'ordonnance sera prononcée la semaine prochaine. 


FINDLAY GALLERIES


Findlay Galleries est la deuxième plus ancienne galerie d’Amérique. Principalement dans l’impressionnisme, l’art moderne et un groupe établi d’artistes contemporains.


En 1870, William Wadsworth Findlay fonde sa première galerie, appelée City Art Rooms, à Kansas City, dans le Missouri.


En 1919, la présidence de la galerie est confiée au fils aîné de Findlay, Walstein C. Findlay, Sr. Findlay, Sr. a été chargé d’apporter l’art européen – y compris les paysages et les portraits anglais du XIXe siècle, les œuvres de genre allemandes et les peintures impressionnistes et barbizoniennes françaises – à la collection de la galerie.


La troisième génération de dirigeants de Findlay a vu le jour lorsque Walstein C. Findlay Jr. (Wally) s’est joint à l’entreprise familiale. La galerie, aujourd’hui appelée Wally Findlay Galleries, est devenue une destination culturelle connue à Kansas City. Wally Findlay Galleries a établi son deuxième emplacement, à Chicago, en 1931.


Répondant aux besoins de ses clients, les galeries continuent de se développer de manière spectaculaire, ouvrant des sites à Palm Beach (1961), New York (1964), Paris et Beverly Hills (1971).


Naturellement, les styles de travail représentés par Wally Findlay Galleries tout au long de son histoire ont reflété les différentes écoles d’art de chaque période, de l’impressionnisme dans les années 1870, au fauvisme au début du XXe siècle, et à travers les mouvements contemporains ultérieurs.


Aujourd’hui, le président et chef de la direction de l’entreprise, M. James R. Borynack, qui a fait l’acquisition de l’entreprise à la fin de 1998, perpétue l’excellence artistique.




En 2016, Wally Findlay Galleries a fait l’acquisition de la David Findlay Jr Gallery, réunissant l’entreprise d’art familiale de 146 ans et reprenant le nom original de Findlay Galleries.

Les galeries Findlay situées à :

Palm Beach :

165, avenue Worth, Palm Beach (Floride), 33480

New York :

724 Fifth Avenue, 7th & 8th Floor, New York, NY, 10019



Les galeries font de la résistance 


Par Rafael Pic, Alison Moss, Julie Chaizemartin, Léa Amoros 

QDA -  31 mars 2021 à 21h38 

Dans l'attente de la décision du Conseil d'État après la procédure de référé lancée la semaine dernière, les galeries essaient d'inventer de nouvelles manières d'exister. Une preuve de résilience qui est aussi un combat pour survivre, que les annonces présidentielles d'hier vont rendre encore plus ardu. 

Outre son tragique bilan humain, la pandémie restera dans nos mémoires pour la sensation d'absurde qu'elle dégage au quotidien. Oui au supermarché pour toucher et reposer des produits et s'agglomérer aux caisses car « essentiel », non au musée et à la galerie où l'on ne manipule rien car « non essentiel ». Jusqu'à quel point l'exécutif a-t-il mandat pour déterminer l'essence des choses ? Face à des décisions considérées comme arbitraires par les commerces visés, la résistance s'organise. Le référé déposé par le Comité professionnel des galeries d'art (CPGA) auprès du Conseil d'État (audience ce vendredi) s'ajoute aux appels lancés par d'autres voix : le Syndicat national des antiquaires (par une lettre du 22 mars à Roselyne Bachelot), le Salon du dessin, par l'intermédiaire de son président, Louis de Bayser, ou encore le conseil municipal du VIe arrondissement qui a voté hier à l'unanimité pour la réouverture des galeries et qui entend présenter ce vœu au Conseil de Paris du 13 au 16 avril. Dans cette situation adverse, voici quelques stratégies développées par des marchands qui veulent à tout prix défendre leur métier et leurs artistes.

Extension du domaine de la galerie en vitrine 

Étalagiste est un véritable métier, et de grands créateurs l'ont exercé au début de leur carrière, comme Andy Warhol ou Giorgio Armani. Les galeries étaient plutôt en retrait sur ce registre, préférant cacher leurs trésors à l'intérieur, d'autant plus qu'ils peuvent souffrir d'une trop grande exposition à la lumière. Mais il a fallu utiliser au maximum les espaces disponibles, d'où l'initiative « À visage découvert » qui fédère, du 1er au 20 avril, plus de vingt galeries de la rue des Beaux- Arts et l'ENSBA. « Nous avons souhaité humaniser le masque en abordant le portrait, qui présente par ailleurs l'avantage d'être très lisible et nous a aussi permis de mêler le contemporain à l'art primitif », explique Marie-Hélène de la Forest Divonne, dont la galerie a abordé la question avec humour, en présentant un cliché d'Elsa & Johanna dévoilant deux femmes allongées, le visage enduit d'un masque de beauté. Au programme : une Marianne masquée du street artist Hopare (Loeve&Co), un portrait hanté de Zoran Music (Applicat-Prazan), un masque « Murik lewa » provenant des Îles Schouten en Papouasie Nouvelle-Guinée (Entwistle) ou encore une étude de Bacon pour sa célèbre toile représentant le pape Innocent X d’après Vélasquez (JSC)... Afin d'attirer le regard du passant distrait vers les vitrines, le créateur de mode Jean- Charles de Castelbajac apporte son grain de sel en traçant à la craie des portraits sur les façades. Une manière de profiter des galeries tout en respectant à la lettre la notion de « confinement à l’extérieur » imposé par l'Élysée... 

Le salut par le livre 

Hervé Loevenbruck et Stéphane Corréard ont trouvé une nouvelle parade avec un fronton flambant neuf siglé « Librairie », passant en un week-end du statut de magasin d'histoire de l'art pour Love&Collect (créé lors du premier confinement) et de galerie pour Loeve&Co à une nouvelle aventure. « Ce mois-ci, nous sommes libraires : moyennant 80 euros de frais, nous avons fait modifier notre Kbis, ce qui entraîne automatiquement le changement de code APE. Naturellement, l’opération est parfaitement réversible », explique Stéphane Corréard. Durant les prochaines semaines de confinement, les deux adresses proposeront à la vente des livres d'art tout en conservant en décor l'exposition « Milan Kunc & Philippe Mayaux ». Pour Charles Geoffrion, en charge de l'espace, l'idée est venue naturellement : « Le livre d’art fait partie intégrante de notre métier de galeriste, et plutôt que de subir les décisions gouvernementales, nous avons décidé d'en profiter. » C'est l'occasion d'annoncer le lancement d'une collection éditoriale consacrée aux artistes dont le travail est mal documenté. « Depuis le début de cette campagne, nous avons reçu en dépôt plus de 80 ouvrages, vendus entre 6 et 1000 euros, d’artistes, galeristes, éditeurs et indépendants. D'ici la quatrième semaine, nous espérons atteindre plus de 150 références. » La galerie Waltman, rue Mazarine, avait déjà le statut de librairie, ce qui permet à l’exposition du peintre Julien Graizely, ouverte début mars, d’être accessible au public, d’autant que le quartier reste très passant, moyennant quelques livres installés en regard des œuvres. « Nous voyons arriver un nouveau public, les amateurs de musées frustrés, mais aussi les habitants du quartier qui redécouvrent leurs galeries et souhaitent les soutenir, et même certains professionnels qui ne venaient plus », indique Olivier Waltman, précisant que si les aides de l’État ont été les bienvenues, « cette période de crise nous a aussi obligé à revenir à une dimension plus entrepreneuriale avec la nécessité de penser sans cesse à court terme ». Ce modèle de galerie-librairie préexistait chez Perrotin, Ropac, Florence Loewy, Marian Goodman, Semiose, Artfever ou encore Yvon Lambert. La crise aura eu le mérite de le révéler à un plus large public.

Et pourquoi pas une épicerie ? 

À la Galleria Continua, qui a ouvert son antenne parisienne au 87, rue du Temple le 20 janvier dernier, la question de la fermeture ne s’est pas posée puisque son concept protéiforme permet légalement au lieu de rester ouvert : « Notre exposition inaugurale, curatée par JR, présente nos 70 artistes au sein d’un modèle particulier qui mixe la galerie avec une librairie d’art et une épicerie fine. » On y trouve du pecorino à la truffe, du salami de cochon sauvage au fenouil, de l'huile d'olive de San Gimignano, du Chianti Classico de Casenuove, l'idée étant de trouver des produits issus des lieux où sont implantés les galeries. « Après l’ouverture, dans le respect strict des règles sanitaires, nous avons accueilli en moyenne 600 à 700 personnes par jour. La visite se fait sur réservation pour respecter une jauge limitée et éviter la queue sur le trottoir », explique Lorenzo Fiaschi, co- fondateur de la galerie, en affirmant son soutien à l’action du CPGA car, selon lui, l’ouverture des galeries répond à « une urgence » pour l’ensemble des acteurs du secteur. 

Chaussures, cercueils et vente à domicile 

Afin d'insuffler un peu de « gaieté et de fraîcheur dans ce contexte de sinistrose », la marchande d'art Caroline Smulders a accueilli du 26 au 29 mars la collection printemps-été de la marque de chaussures Karine Arabian dans ses bureaux- showroom. Habituée à croiser les disciplines (elle ne possède pas de galerie « traditionnelle » et investit régulièrement différents lieux), Smulders a pu de cette manière « nouer de nouveaux liens » avec des personnes différentes, dans un cadre intime, discrètement orné d'œuvres de sa propre collection ou ayant un lien avec la chaussure (on retient notamment de délicates gravures d’Allen Jones). Même pied de nez ironique chez Hélianthe Bourdeaux-Maurin (H Gallery), représentative d'une nouvelle génération que la situation met sur la corde raide. « Il semblerait que nous soyons dans l'obligation de nous réinventer en ce que nous ne sommes pas alors que nous sommes absolument essentiels (les visiteurs privés de musées n'ont cessé de nous le répéter). Pas de librairie pour moi mais une transformation en magasin indémodable, avec de vraies urnes, des cercueils en bois et une tombe (avec de la vraie terre et une vraie pelle). Le tout customisé ou transformé en œuvre d'art et entouré d'une danse macabre faite de vanités créées par 18 formidables artistes. Le CPGA a engagé une action nécessaire et légitime et si nous n'obtenons pas gain de cause, j'ai l'intention de préparer une réouverture en... pompes funèbres ! » En décembre 2020, la galerie Guillaume entreprenait de son côté un voyage de deux jours, entre Paris et Saint- Émilion. « Avec la pandémie, nos clients de province n'étaient pas enclins à voyager à Paris, alors nous sommes allés à eux », explique, amusé, le fondateur, Guillaume Sébastien. Dans le coffre de sa camionnette de location, il avait embarqué une quinzaine d'œuvres, renouant avec « la bonne vieille méthode de la vente à domicile. Finalement, nos clients ont été reconnaissants de cet effort, ils ont pu se projeter plus facilement en voyant les œuvres accrochées dans leur intérieur, et presque toutes ont été vendues ! » Autant de pistes pour faire face et garder le moral dans l'attente du seul objectif fondamental : la réouverture.



Jean Brolly va fermer 

Par Julie Chaizemartin
QDA - 28 mars 2021  

À 80 ans, Jean Brolly a perdu le feu sacré. « J’arrête, non à cause de la pandémie, mais parce que je ne suis pas satisfait des affaires depuis plusieurs années », confie-t-il. Sa dernière exposition, avant la fermeture de sa galerie de la rue de Montmorency, titre avec émotion « Dans l’amitié de Bernard Aubertin » (prévue jusqu'au 7 mai) : hommage à douze ans d’harmonie avec l’artiste, mort en 2015. Une harmonie, doublée d’amitiés, qui a émaillé vingt ans d’activité d’un galeriste « défenseur des artistes » selon Mathieu Cherkit (exposé actuellement dans l’espace-vitrine de la galerie), peintre repéré en 2010 au Salon de Montrouge et devenu un des « artistes- maison de ces dernières années ». Jean Brolly a ouvert en 2001 – avec une exposition de Claude Rutault – pour occuper sa retraite, en créant plus qu’une galerie, « une maison pour les artistes ». Amateur d’art depuis sa jeunesse, il a évolué professionnellement dans l’univers des arts de la table et collectionnait au point de déposer une partie de ses œuvres au musée de Strasbourg, sa ville natale. Dès les années 1970, il s’intéresse à Buren, Toroni, Rutault, un goût pour l’art minimal et conceptuel qui se retrouvera dans sa galerie, un espace sous verrière qui accueille, de 2001 à 2021, près de 170 expositions d’artistes établis, tels que Yun Hyong-Keun, Steven Parrino, Ben, Felice Varini, Michel Verjux, François Morellet, Eugène Dodeigne, Alan Charlton, David Tremlett, Paul-Armand Gette, et de jeunes talents comme Nicolas Chardon, Mathieu Cherkit, Mathieu Bonardet ou Christelle Téa. La galerie participe à la FIAC (lorsqu’elle était Porte de Versailles), Art Paris, Art Bruxelles, Art Cologne, et même aux foires de Séoul, Abu Dhabi, Moscou. 

« J’aurais aimé être le doyen des galeristes parisiens, mais il y a Claude Bernard ! », lance-t-il, le sourire dans la voix. Ce printemps voit donc les deux dernières expositions avant le baisser de rideau. Mais son parcours va continuer : « J’aime trop les peintures, les objets de toutes sortes et je les accumule – un stand à Paul Bert Serpette sera mon prochain port d’attache ». 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19444-jean-brolly-va-fermer.html


GALERIE JEAN BROLLY

Montrer l’art contemporain à un large public, tant aux néophytes qu’aux connaisseurs, dépasser le stade du conseil privé, amical et donner accès aux œuvres à celui qui veut s’y intéresser… ce sont les objectifs que je me suis fixés en ouvrant une galerie, en 2002.

La galerie est le lieu où l’éblouissement devant l’œuvre d’art peut survenir et le désir du collectionneur se cristalliser. Le rôle du galeriste est celui d’un amplificateur, placé entre l’artiste et l’amateur d’art (collectionneur, étudiant, curieux, conservateur, critique, etc.). Le signal émis par l’artiste est en quelque sorte porté plus fort et plus loin.

L’exposition se parcourt comme une promenade autour du jardin du cloître. les galeries couvertes nous conduisent naturellement vers la salle principale. les grandes ouvertures vitrées sur le jardin laissent entrer une belle lumière qui met en valeur les œuvres accrochées sur les panneaux latéraux.

La déambulation dans les couloirs nous fait d’ailleurs vivre un moment subtil et particulier que l’on n’éprouve pas d’ordinaire dans les expositions. contrairement à la vision frontale plus courante, l’étroitesse relative du couloir nous invite à aborder l’œuvre de biais. Cette approche par un balayage latéral à la manière d’un travelling nous la fait découvrir peu à peu.

Les œuvres ont été choisies pour refléter un éventail des propositions artistiques de la galerie : peinture, sculpture, dessin, photographie.

Néanmoins, il m’est possible de dégager de leur diversité des traits communs dont le plus important me semble être cette volonté de tendre vers la limite du domaine choisi : la couleur (Bernard Aubertin, Alan Charlton), le protocole (Nicolas Chardon, Rémy Hysbergue, François Morellet, Claude Rutault), la figuration (Tatjana Doll, Daniel Schlier), le geste premier (Namgoong Whan, Sarkis, Pierre Savatier).

Cette spécialisation, la transversalité – qui est l’inverse de ce que l’on nomme le multimédia –, permet l’élaboration d’œuvres autonomes, libres, superbes.

Ces qualités de simplicité, d’efficacité vont droit au cœur des amateurs d’art et détermine en quelque sorte le beau.

 

Jean Brolly



La particularité de la galerie tient à la personnalité de Jean Brolly. 

Jean Brolly (né en 1941) est un amateur d’art contemporain qui a toujours cherché à entretenir des relations très étroites avec les artistes qu’il estime et qui lui ont accordé leur amitié en retour. Sa collection reflète l’histoire de ses rencontres. 

Au moment de sa retraite, il décide d’ouvrir une galerie afin de disposer d’un outil de diffusion tourné vers le public et dépasser ainsi le cercle restreint des relations privées. 

La galerie a ouvert ses portes en janvier 2002. Elle est située dans le quartier du Marais, non loin du Centre Georges Pompidou et occupe un espace sous verrière de 150 m2 en fond de cour. 

Le programme artistique de la galerie repose sur deux catégories d’artistes. D’une part, les artistes avec lesquels Jean Brolly a des relations anciennes : Bernard Aubertin, Alan Charlton, François Morellet, Sarkis, Pierre Savatier, David Tremlett, Felice Varini, Michel Verjux. D’autre part des jeunes artistes qui ont pour la plupart, fait leur première exposition personnelle à la galerie : Adam Adach, Simon Boudvin, Nicolas Chardon, Tatjana Doll, Rémy Hysbergue, Jan Kämmerling, Tadzio, Gabriel Vormstein, Namgoong Whan. 

Depuis janvier 2009, il ouvre sur rue, à la même adresse, un petit espace appelé « la vitrine » dévolu à des projets divers ou à de jeunes artistes. 

Elle réalise 7 à 8 expositions par an et participe à différentes foires d’art en France (Art Paris, Drawing Now) et à l’étranger (Abu Dhabi, Bologne, Bruxelles, Art Cologne, Art Genève, New-York, Séoul).

Par ailleurs, la galerie gère les successions de Bernard Aubertin et François Ristori. 

La galerie Jean Brolly est membre du Comité professionnel des galeries d'art


La Galerie Jean Brolly est une galerie d’art contemporain, située dans le Marais, à Paris. Active depuis 2002, la galerie cultive en priorité ses affinités avec un medium particulier : la peinture, figurative ou abstraite. La Galerie Jean Brolly propose surtout des expositions personnelles, mais ne se refuse pas quelques expositions collectives (« Sur le fil », 2016). Si la peinture reçoit la part belle, photo, techniques mixtes, sculpture et installation y font aussi parfois quelques incursions. Les matériaux naturels (peinture à l’huile, bois, métal, toile, verre...) sont ici omnipotents. 

La Galerie Jean Brolly : la part belle à la peinture contemporaine 

Si l’exploration des potentialités de la peinture relève ici presque du sacerdoce, pour autant, la picturalité est aussi interrogée au-delà du medium. Parfois elle déborde sur la lumière pure (avec les installations de Michel Verjux). Parfois, elle mord sur la photographie d’histoire (avec Adama Kouyaté). La photographie graphique s’invite aussi de temps à autre (avec Tadzio, Bernard Voïta). Et avec Ben, c’est l’écriture qui entre dans le champ du tableau. Avec François Morellet et Felice Varini, l’abstraction s’affirme, envahit les murs. Quant à Paul-Armand Gette, il lui arrive de revisiter des thèmes « classiques » de la peinture, Origine du monde incluse (avec son diptyque photographique Les divines jambes d’Artémis, 2003). 

Peinture contemporaine internationale, mais aussi multiples et éditions d’art 

Les choix de Jean Brolly, en matière de peinture et d’art contemporain, forment des constellations affectives. Sans se limiter à la création française, c’est toute une picturalité mondiale (Pologne, Royaume-Uni, États-Unis, Belgique...) qui circule dans l’espace de la galerie Jean Brolly, au fil des expositions. Des multiples sont également produits par la galerie, ainsi que les catalogues des expositions organisées. Intergénérationnels, les artistes représentés par la galerie cultivent un amour certain pour la peinture contemporaine. Loin des modes et des dernières tendances, la recherche d’une forme d’atemporel s’oriente ici, à contre-courant, vers des matériaux plus traditionnels. 








L’intelligence artificielle s’invite dans l’art 

Par Éléonore Théry 

QDA - 25 mars 2021  

Après s’être infiltrée dans notre quotidien, l’intelligence artificielle se fraye un chemin dans l’art contemporain. Et ce, loin du fantasme selon lequel les robots en viendraient à remplacer les machines. Tour d’horizon. 

« Une bataille commence entre les humains et les artistes. » Point d’intrigue de film de science-fiction derrière cela, puisqu'il s’agit de l’incipit d’une étude menée par Ahmed Elgammal, chercheur à l’Université Rutgers. Selon ses résultats, publiés en février dernier, dans 75 % des cas les personnes interrogées n’étaient pas capables de faire la différence entre des œuvres produites par des artistes et d’autres générées par une intelligence artificielle (IA) – que l’on peut définir comme des travaux dont la conception a été calculée par une machine imitant l’intelligence humaine. La presse s’en est largement fait écho, à grand renfort de questions rhétoriques effrayantes : l’IA va-t-elle remplacer les artistes ? Et créer de façon autonome ? C’est la partition qu’a jouée l’université d’Oxford en dévoilant en 2019 Ai-Da, son artiste-robot humanoïde, vêtue d’une blouse de peintre, qui dessine ce qu’elle a devant elle. Pour Valentin Schmite, auteur de Propos sur l’art (L’art dit, 2020), « c’est un fantasme entretenu par les médias et les films de science-fiction. L’intelligence artificielle n’est qu’un outil dont les artistes peuvent s’emparer, un nouvel objet technique qui repousse les limites de ce qu’on peut faire ». Et de faire le parallèle avec la photographie à ses débuts contre laquelle nombre de créateurs s’étaient élevés.

Alors même que l’IA s’est infiltrée dans notre quotidien, des algorithmes de Spotify aux correcteurs automatiques des textos, de plus en plus d’artistes expérimentent ses potentialités, à l’instar de Mario Klingemann et Anna Ridler, qui font partie des figures du domaine. Mais l’idée n’est guère nouvelle. Dès la fin des années 1940, le mathématicien britannique Alan Turing, père de l’ordinateur, développe une machine qui rédige des lettres d’amour. La décennie suivante, Franck Molina crée des machines cinétiques tandis que Nicolas Schöffer fait danser des sculptures interactives à la Cité Radieuse dans une chorégraphie de Maurice Béjart. C’est la récente conjugaison de l’IA avec le big data qui lui a donné un nouveau souffle. Le deep learning permet en effet aux machines d’apprendre par elles- mêmes, grâce à un très grand nombre de données, pour en restituer des synthèses. Parmi les procédés utilisés par les artistes, les GAN (generative adversarial networks, « réseaux adverses génératifs » en français) utilisent des milliers de données (des peintures par exemple) dont ils déduisent des tendances pour créer de nouvelles pièces. Ils utilisent deux réseaux neuronaux : un générateur produit des images, textes ou sons, tandis qu’un discriminateur tente de déterminer si ces créations sont réelles ou ont été créées par le générateur. Le but : inventer des pièces au plus proche du réel. 

Générateur de rêves 

C’est la technique utilisée par Grégory Chatonsky dans son installation Terre seconde (2019), une autre planète faite à partir de la nôtre, en images, sculptures et sons. Un écran montre des organismes vivants alternatifs, une imprimante 3D sculpte des fossiles d’organismes fictifs tandis que dans un casque, une voix de synthèse lit des rêves générés à partir d’une base de données de 15 000 songes. Pour créer son installation Umwelt, exposée à la Serpentine Gallery en 2018-2019, Pierre Huyghe a quant à lui présenté des images et descriptions à des individus ; leur activité cérébrale a alors été capturée pour nourrir une intelligence artificielle qui a alors reconstruit des images de ces pensées humaines, diffusées sur des écrans. Le tout ne cessait de se métamorphoser en fonction de la lumière, la température ou des mouvements des mouches présentes dans la galerie. « Je ne veux pas exposer quelque chose à quelqu’un, mais plutôt le contraire : exposer quelqu’un à quelque chose », soutenait l’artiste en préambule de l’exposition. 

Il est vraisemblable que l’intelligence artificielle s’invite de plus en plus largement dans l’art, grâce aux avancées de la recherche. En 2018, la France a initié un programme national, « L’intelligence artificielle au service de l’humain ». Les GAFA multiplient les programmes, comme « Art & machine intelligence » de Google, qui réunit artistes et ingénieurs. « En soutenant les formes émergentes de collaboration artistique, nous ouvrons nos recherches à de nouvelles façons de penser et de travailler avec les systèmes intelligents », se targue la firme de Mountain View. « Il est vraisemblable que les artistes s’emparent rapidement du GTP 3, un algorithme récemment développé par Google, soit la capacité de la machine à deviner la suite d’un texte », promet Valentin Schmite. Le duo Aurèce Vettier (Paul Mouginot et Anis Gandoura) l’a ainsi utilisé pour rédiger ses poèmes, Elegia Machina. De leur côté, les institutions se sont largement ouvertes aux travaux d’artistes travaillant avec l’IA : le Grand Palais avec « Artistes et robots » en 2018, le Centre Pompidou avec « Neurones, les intelligences simulées » en 2020, le New Museum de New York avec une monographie d’Ed Atkins en 2020, le Barbican center avec « A.I.: More Than Human » l’an dernier également. 

Le marché quant à lui n’en est qu’à ses balbutiements. La vente de la toile Portrait d'Edmond de Belamy du collectif français Obvious chez Christie’s pour 432 500 dollars, 45 fois son estimation, avait certes fait grand bruit en octobre 2018. Mais deux autres toiles des mêmes millenials avaient fait un flop relatif chez Sotheby’s l’année suivante, cédées près de 95 % moins cher. Quelques mois auparavant, Memories of Passersby I de Mario Klingemann s’y était vendu 40 000 livres sterling, au ras de son estimation. « Ce qui était vraiment un marché de niche il y a encore trois ans est en train de se structurer, les prix montent », observe tout de même Valentin Schmite. Prochain rendez-vous, la foire CADAF, dédiée aux nouveaux médias, qui, après New York et Miami, tiendra sa prochaine édition « parisienne » en ligne en juin prochain. 



Hémorragie de revenus dans les musées français 

Par Sarah Hugouneng
QDA - 22 mars 2021 

Il y a un an, la France se confinait et les musées fermaient. Très dépendants de la fréquentation touristique, leurs portes toujours closes, les musées sont parmi les premières victimes collatérales de la crise sanitaire. 

Les mises à l’arrêt, entrecoupées de périodes d’activité dégradée soumise à des jauges réduites, ont entraîné une chute drastique de leurs recettes de billetterie, de locations d’espaces, de concessions, de mécénat ou de produits dérivés. Avant le deuxième confinement, on évaluait à environ 360 millions d'euros les pertes nettes des principaux opérateurs patrimoniaux en 2020. Globalement, la fermeture totale coûte 30 millions d’euros de pertes par moisaux grands établissements publics (Versailles, Louvre, Opéra…).

- 100 millions pour le Louvre 

Au cas par cas les chiffres donnent le vertige : 100 millions d’euros pour le Louvre soit une chute de 60 % de ses revenus propres, 5 millions d’euros pour Chantilly, près d’un million d’euros pour le seul premier confinement au musée des Beaux-Arts de Lyon. Le drame n’a rien de franco- français. Les Musées royaux de Belgique ont perdu les deux tiers de leurs revenus soit 5 millions d’euros. Les musées du Vatican ont vu s’envoler 90 % de leurs recettes habituelles. En France, cette crise intervient dans un contexte de finances déjà affaiblies par les grèves et la crise des Gilets jaunes des hivers derniers, en plus du recul progressif du concours financier de l’État aux institutions culturelles : à lui seul, le Louvre a perdu 11 millions d’euros de dotation en 2020. Certes ces pertes financières ont été en partie absorbées par des « non-dépenses » estimées à 100 millions d’euros pour les mêmes opérateurs : moindres frais de fonctionnement, décalage ou annulation de la programmation, moindre recours à des contrats temporaires et étalement des travaux dans le temps. Ainsi, sur les 20 millions d’euros perdus par le Centre Pompidou à Paris, 40 % ont été épargnés selon les chiffres de l'Assemblée nationale. Des économies hélas vite compensées par des surcoûts, estimés à 20 millions d'euros, liés aux mesures de lutte contre l'épidémie, à la mise en place du télétravail, ou au renforcement de la politique de numérisation des musées. 

Éviter la faillite 

Conséquence, ce choc budgétaire fragilise directement la trésorerie des plus grands musées menacés de cessation de paiement. Alors que le Louvre craint une telle situation en 2022, le fonds de roulement d’Orsay affichait un débit de 5 millions d’euros en fin d’année, quand il était crédité de 23,5 millions un an avant. Ironie du sort, cette fragilité est la conséquence des efforts menés par ces musées pour s’autofinancer et ne pas peser sur les finances publiques. Pour éviter le pire, l’État vole donc à leur secours : avancement du versement des subventions, soutien de trésorerie exceptionnel dès juillet de 42,4 millions d'euros dont un quart pour le musée d'Orsay et plus d’un tiers pour l’INRAP, gel du transfert des charges de personnel vers les finances propres des musées. Le plan de relance dédie en 2021 231,7 millions d’euros pour renflouer les gros musées sur les 614 millions d'euros répartis sur les années jusqu’en 2022 pour l’ensemble des patrimoines, tandis que le budget 2021 est revu à la hausse de 57,5%.

Perspectives noires 

Malgré l’ampleur inédite de ces aides, elles pourraient s’avérer insuffisantes pour atteindre les marges financières d’avant- crise. De plus, le patrimoine en région, soit 80 % des musées français, reste le grand oublié. Bien que moins impactés car le plus souvent en régie directe et moins avancés dans la politique de course aux ressources propres, ces établissements souffriront des finances fragilisées des collectivités privées de la taxe de séjour touristique, et des impôts des entreprises qui ont fermé ou qui ont bénéficié d’un sursis pour leur règlement. Pis, avec un milliard d’arrivées internationales en moins et une pandémie qui se prolonge, les principaux acteurs du tourisme ne prévoient pas de retour à la normale avant 2024. Il va donc falloir composer sans la manne étrangère et inventer un nouveau modèle économique. Devant le Sénat, Roselyne Bachelot a annoncé la couleur. Les aides ne seront pas éternelles. « Des efforts de gestions peuvent sans doute être consentis par les opérateurs avec une réflexion à mener dossier par dossier », a-t-elle expliqué.

Les pertes comptabilisées dans le tableau concernent la période de mars à novembre 2020, date à laquelle les établissements ont fait état de leurs comptes au Parlement pour la préparation de la loi de finances 2021. Les données globales ne seront communiquées que dans plusieurs mois dans le rapport d'activité 2020. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19411-hémorragie-de-revenus-dans-les-musées-français.html


Des étudiants en arts occupent un opéra, fermé pour cause de pandémie 

 · LEJOURNALDESARTS.FR  · 16 MARS 2021  

Une cinquantaine d'étudiants issus des filières artistiques de Lyon ont débuté lundi matin une occupation de l'opéra de la ville, la 3e de France, fermé en raison de la pandémie, en solidarité avec les intermittents du spectacle.

« On voulait réagir car on est à la jonction de deux endroits : le monde de la culture et celui des étudiants », explique Lucas Martini, 23 ans, étudiant en première année à l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT), et l'un des porte-parole de cette action. 

L'entrée dans les lieux s'est faite dans le calme selon les étudiants et la direction de l'opéra, via une porte latérale du bâtiment du XIXe siècle rénové par l'architecte Jean Nouvel. Les participants devaient se réunir dans l'après-midi pour élaborer les modalités précises de leur occupation en tenant compte du protocole sanitaire.

« La scène et la salle de spectacles où il y a actuellement des répétitions ne seront pas occupées », explique Matéo Esnault, étudiant à l'ENSATT. « Les étudiants concentreront leur présence dans le hall et la cafétéria du bâtiment. »

Dans un communiqué, la direction de l'opéra affirme partager « l'objectif que cette occupation ne mette pas en péril les répétitions, les résidences et les captations audiovisuelles prévues dans les prochains jours et semaines » et qu'elle se fasse « selon un protocole sanitaire défini et rigoureusement respecté ». L'opéra de Lyon se dit également « à l'écoute » des inquiétudes des étudiants « qui seront demain les artistes et les artisans de notre vie culturelle ».

La semaine dernière, l'occupation d'une grande salle parisienne, le Théâtre de l'Odéon, a déclenché un mouvement qui s'est étendu notamment au Théâtre de la Colline et au Théâtre national de Strasbourg avant de faire tache d'huile dans de nombreuses salles du pays.

Cet article a été publié par l'AFP le 15 mars 2021. 

https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/des-etudiants-en-arts-occupent-un-opera-ferme-pour-cause-de-pandemie-153603



02.02.2021 - CONNAISSANCE DES ARTS - Anne-Sophie Lesage-Münch

Art contemporain : le monde de l’art se mobilise pour les artistes et demande des aides d’urgence 


Publiée ce lundi dans « The Art Newspaper Daily », une pétition, ayant déjà réuni près de 1000 signatures de professionnels du monde de l’art, appelle le ministère de la Culture à débloquer d’urgence des fonds pour soutenir les artistes et la création contemporaine. 


Les arts plastiques : parents pauvres du plan de la relance de la culture ? C’est du moins ce que dénonce le millier de signataires de la pétition #SoutenonsLesArtistesContemporains relayée hier, lundi 1er février par the Art Newspaper Daily. Celle-ci souligne, en effet, que, sur les 2 milliards d’euros débloqués par l’État, les fonds accordés spécifiquement au soutien aux artistes et à la création contemporaine, via l’augmentation du budget du Centre national des arts plastiques (Cnap), sont largement insuffisants. Le texte pointe notamment un évident « déséquilibre financier entre, d’un côté, les aides considérables dédiées au cinéma, au spectacle vivant, à la musique, au livre et au patrimoine ; et, de l’autre, des montants minimes alloués aux arts plastiques et visuels ». Loin de la querelle de clochers, cette tribune met en lumière la précarisation actuelle des acteurs de ce secteur dont on pense souvent, à tort, qu’il ne peut pas connaître la crise.


Des dispositifs insuffisants 


Le 15 janvier, Pascal Neveux, Président du CIPAC-Fédération des professionnels de l’art contemporain et directeur du Frac Picardie Hauts-de-France, signataire de la pétition, alertait déjà la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, lors d’une séance du Conseil national des professions des arts visuels : « il n’y a pas d’intermittence pour les artistes plasticiens, et l’arrêt de nos programmations et de nos expositions entraîne automatiquement l’absence de rémunération pour les artistes, mais aussi pour de nombreux professionnels et indépendants que sont les critiques d’art, les commissaires d’exposition, les régisseurs, les conservateurs restaurateurs, les médiateurs et bien d’autres encore. Les mesures d’urgence sont bien entendu plus que nécessaires et bienvenues, mais elles n’ont qu’un caractère d’urgence et sont bien en deçà des besoins réels du secteur ». 


En 24h, la pétition en ligne a multiplié par 10 le nombre d’adhérents à sa revendication. Qu’ils soient directeurs de Frac ou de centres d’art, artistes, commissaires d’exposition, galeristes, conservateurs ou directeurs d’école, tous appellent de leurs vœux une réévaluation par l’État des besoins actuels réels des acteurs de la création contemporaine et la mise en place d’aides d’urgence pour permettre aux artistes de « continuer à travailler, produire, partager, vendre et diffuser leur travail ». De fait, la majorité des lieux qui font vivre l’art contemporain et ses acteurs sont aujourd’hui fermés en raison des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Seules les galeries ont pu reprendre, par intermittence, leurs activités depuis le déconfinement en mai dernier. Mais privées de salons et de foires, économiquement fragilisées par le premier confinement, elles ne peuvent à elles seules assurer un moyen de subsistance aux artistes. 


Quant aux aides déjà mises en place par l’État, elles n’ont à ce jour concerné directement que le Cnap (3,8 millions de dotation pour 2021) et indirectement irriguées le réseau des Direction régionales des affaires culturelles. Ceci se révèle malheureusement insuffisant au regard de l’ampleur de la crise que traverse le monde des arts plastiques et de l’extrême variété des pratiques (peinture, sculpture, photographie, dessin, installation, vidéo, son et design) et des acteurs concernés. 


Mobiliser le réseau 


La pétition #SoutenonsLesArtistesContemporains établit une liste de 6 dispositifs à mettre en place pour faire reculer la précarité des artistes, mais également des auteurs (théoriciens, critiques, commissaires d’expositions et étudiants sur l’ensemble du territoire. Elle demande notamment « une augmentation des budgets d’acquisitions des Fonds régionaux d’art contemporain et des musées d’art contemporain » et un renforcement des moyens financiers des centres d’art pour des aides à la recherche et à la production. L’acquisition et la commande d’œuvres d’art, tout comme l’appel à projet et la résidence, demeurent, en effet, les principales formes de soutien concrètes aux artistes. Concernant les commandes publiques artistiques, autre levier essentiel, les signataires souhaitent qu’un budget « digne de ce nom » soit établi pour 2021 (celui-ci est actuellement évalué à 30 millions d’euros dans le budget du ministère de la Culture) et qu’il vivifie la vie artistique sur l’ensemble du territoire national. 


En filigranes se dessine ainsi un appel à soutenir et mobiliser la constellation de lieux qui, dans la France entière, font vivre quotidiennement la création contemporaine et la diffuse en région. C’est tout un réseau d’acteurs, mobilisés depuis près d’un an maintenant, qui souhaite pouvoir participer pleinement à l’effort de relance. « Les outils sont en place mais il vous faut avant tout faire confiance et donner les moyens à notre écosystème de doter encore plus ses missions fondatrices et ses dispositifs de soutien, de résidences, de productions, de recherche et d’acquisition sur l’ensemble de notre territoire », expliquait Pascal Neveux lors de son intervention du 15 janvier dernier. 




Réouverture des musées : la pression monte 

Par Rafael Pic
QUOTIDIEN DE L’ART - 02 février 2021
 


Les pétitions se succèdent pour demander la réouverture au plus vite en France des musées et autres espaces culturels, indispensables à la santé mentale et que rien n’indique comme lieux privilégiés de contamination. 


Chez eux, les coiffeurs sont fermés et les musées ouverts. Chez nous, les coiffeurs sont ouverts et les musées fermés. C'est une histoire belge, mais en notre défaveur... Sans avoir rien à reprocher à nos figaros, force est de constater que l'on est au moins autant à risque de contamination dans un salon de coiffure, immobile pendant une demi-heure sous les ciseaux, que dans les grands espaces du Louvre ou de Guimet, où l'on se croise à bonne distance, sans se parler et sans longue station à l'arrêt. Cet argument a été maintes fois invoqué, notamment dans ces colonnes, sans qu'il émeuve les responsables politiques, ou du moins sans qu'il soit suivi d'effet – ce qui revient au même. Alors que les choses bougent en Europe, le silence de la France devient assourdissant. Les musées sont restés ouverts en Belgique, au Luxembourg, en Espagne, au Portugal (et même les salles de concert et théâtres). Ils rouvrent à grande vitesse en Italie : dans 4 régions depuis le 18 janvier, dans 10 autres depuis avant-hier, avec, notamment les musées du Vatican. Même la Pologne, qui a pourtant connu une deuxième vague meurtrière et où le pouvoir n'a pas d'atomes très crochus avec le monde de la culture, a emboîté le pas ce lundi. On objectera qu'il y a la Grande- Bretagne - mais elle peut invoquer la contagiosité accrue des variants - ou l'Allemagne - mais elle doit aussi être classée dans les États traumatisés par la virulence de la deuxième vague. Le pays de la culture, le pays qui veut souvent donner la leçon aux autres, joue ici une « exception française » peu enthousiasmante... 


L'année de la jauge 


Les opposants donnent de plus en plus de la voix : en quelques jours, les pétitions se sont multipliées. Les signataires et la forme changent mais le fond est le même, tenant en quelques arguments simples : la culture est un besoin essentiel et les musées (en agrégeant sous ce terme les centres d'art et autres lieux d'exposition) en sont un maillon majeur ; avec un système de jauge déjà expérimenté cet été, des réservations à distance, et aucun objet à toucher, les musées sont bien mieux équipés que les transports en commun ou les supermarchés pour assurer la distanciation sociale et minimiser la transmission par contact ; enfin, les musées représentent un secteur économique substantiel déjà frappé par la fin de la mobilité internationale. On peut aller admirer de belles carrosseries chez son concessionnaire et de beaux flacons chez son caviste (et même les manipuler) mais aller au musée est considéré comme trop dangereux. L'exécutif, prisonnier d'un principe de précaution mal placé, veut absolument nous protéger de cette tentation... 


Un chœur en crescendo 


Il faut aussi penser au monde d'après et évoquer un risque : la disparition des structures plus petites et fragiles, qui font toute la richesse du tissu culturel français, au profit de très grosses cylindrées ou d'institutions publiques lourdement subventionnées. C'est tout un écosystème qui est en péril et qui aura besoin d'un apport de ressources qui ne sera sans doute pas disponible, les besoins étant pressants de toute part. La pétition « Le monde de l'art se mobilise ! » du 29 janvier appelait à une augmentation des budgets d'acquisition des FRAC, des aides à la recherche et à la production pour les centres d'art, des bourses d'écriture, des aides matérielles pour les étudiants et jeunes diplômés, une augmentation de la commande publique. Autant d'indices rappelant que le panorama à venir risque d'être bien désolé et que toute journée de fermeture supplémentaire ne ferait que l'aggraver. « Tous les lieux d'art contemporain sont prêts pour rouvrir leurs portes dans des conditions garantissant la sécurité des publics et des équipes », concluait le texte, remarquable pour avoir fédéré des institutions publiques - mais aussi quelques privées - dans un même chœur (pour n'en citer qu'une poignée, Emma Lavigne du Palais de Tokyo, Colette Barbier de la Fondation Pernod Ricard, Aude Cartier, coprésidente de Tram réseau d'art contemporain d'Île-de-France, Benoît Decron du musée Soulages à Rodez, Nathalie Ergino de l'IAC Villeurbanne, Xavier Franceschi du FRAC Île-de-France, Éric Mangion de la Villa Arson, Chiara Parisi du Centre Pompidou Metz). 


SOS Musées 


Dans Le Monde du 1er février, à l'initiative d'une étudiante en art, Carla Pecquerie, un collectif de 12 personnalités (de Carla Bruni à Patrick Pelloux, de Stéphane Bern à Frédéric Jousset, président de Beaux Arts, propriétaire du Quotidien de l'Art, créateur de la fondation Art Explora) invoque une privation de libertés mortifère, un appauvrissement de notre imaginaire, une disette artistique et la rupture du principe d'égalité de traitement (galeries et bibliothèques sont ouverts). Cette pétition se place sous l'invocation de Malraux que notre actuelle ministre de la Culture est invitée à reprendre à son compte : « Le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort. » Relayée sur change.org, elle avait recueilli plus de 1000 signatures en quelques heures. Il y a quelques années, lorsque le musée des Beaux-Arts de Montréal, dirigé par Nathalie Bondil, les avait instituées, on y avait vu un clin d’œil mais on peut le prendre aujourd’hui pour un geste visionnaire : des ordonnances « muséales » par lesquelles les médecins prescrivaient à leurs patients des visites au musée... Va-t-on devoir les invoquer en désespoir de cause pour sauvegarder notre équilibre mental ? Espérons que le bon sens et, plus encore, l'ambition, la vision parleront avant : rouvrez les musées ! 




Musées et centres d'art demandent à bénéficier d'une réouverture prioritaire 

LEJOURNALDESARTS.FR · 3 FÉVRIER 2021  


Une centaine de responsables de musées et centres d'art ont demandé mardi au gouvernement de pouvoir rouvrir partiellement et d'être parmi les premiers à bénéficier de la levée d’un nouveau confinement, s’il devait avoir lieu. 


Cela permettait de transformer la difficile période actuelle en un « hiver culturel et apprenant », plaide une pétition déjà signée par près de 100 directeurs et présidents de ces institutions culturelles. 

« Pour une heure, pour un jour, pour une semaine ou pour un mois, laissez-nous entrouvrir nos portes, même si nous devions les refermer en cas de nouveau confinement », supplient les responsables de ces centres d'art. « Nous voulons proposer des antidotes, être dans une démarche constructive, ne pas seulement être dépendants des courbes des nouveaux variants. On voit bien qu'il y a des alternatives comme en Italie. Il s'agit au moins d'entrouvrir les centres d'art », a expliqué à l'AFP une des initiatrices de la pétition, Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo. 


A la différence des galeries, les musées qui avaient espéré rouvrir le 15 décembre restent fermés, avec souvent les coûts importants qu'occasionne le maintien d'expositions qui n'ont pas de public. 

Les centres d'art, collectifs d'artistes, Fonds régionaux d'art contemporain (Frac), fondations et musées « sont des établissements recevant du public "circulant", dans lesquels les risques de contamination sont les moins avérés », font valoir les signataires. « Les protocoles sanitaires rigoureux mis en place (...) garantissent un accueil dans des conditions de sécurité renforcées », ajoutent-ils. « Ce constat devrait nous permettre d'être parmi les premières institutions culturelles à pouvoir rouvrir et cela en toute solidarité avec les cinémas et les lieux consacrés à la musique et aux arts vivants ». 


Si l'évolution de la pandémie devait amener un nouveau confinement, argumentent-ils, « il n'en resterait pas moins essentiel que nous puissions être parmi les premiers lieux à être autorisés à rouvrir nos portes dès la levée, même progressive, de celui-ci ». « Nous préférons sans hésitation à un silence pesant pour nos équipes et menaçant pour nos missions, une ouverture progressive, s'il le faut avec un protocole sanitaire encore renforcé et une jauge potentiellement encore plus réduite », proposent-ils. Et ils se disent « prêts à n'ouvrir, si besoin, qu'une partie de leurs espaces »

Parmi les premiers cent signataires figurent les dirigeants du Mucem de Marseille, du Musée d'art moderne de Paris, du Musée Carnavalet, des Rencontres d'Arles et du Centre Pompidou-Metz. 

Cet article a été publié par l'AFP le 2 février 2021. 


https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/musees-et-centres-dart-demandent-beneficier-dune-reouverture-prioritaire-152882



Lettre ouverte de la presse artistique au Président de la République pour la réouverture des musées 

Par Rafael Pic, Fabrice Bousteau 

QUOTIDIEN DE L’ART - 07 février 2021  


Après deux pétitions de professionnels du monde de l'art, l'ensemble de la presse artistique (Connaissance des Arts, Le Journal des Arts, Beaux Arts Magazine, Le Quotidien de l'Art et d'autres) s'associe pour demander la réouverture des musées. Une réunion doit avoir lieu ce lundi entre la ministre de la Culture et plusieurs directeurs d'institutions pour déterminer la date et les conditions de la réouverture.


Paris le 6 février 2021 


Monsieur le Président de la République, 


Nous sommes depuis plus de 30 ans, pour certains d’entre nous, des observateurs attentifs des musées, sites patrimoniaux et centres d’art. Nous les avons si souvent visités pour en rendre compte à nos lecteurs que nous savons combien ce sont des lieux d’intelligence et de convivialité. 


C’est pourquoi nous vous demandons de les rouvrir au plus vite pour que les enfants qui sont actuellement en vacances ou vont l’être prochainement puissent aller à la rencontre d’œuvres d’art autrement que sur un écran. Une déclinaison de « l’été apprenant », en quelque sorte. 


Nous avons bien conscience du chemin de crête étroit entre, d’un côté, les contraintes sur le système hospitalier et, de l’autre, les enjeux économiques et sociétaux. En l’espèce, les protocoles sanitaires, mis en place en mai dernier, sont de nature à éviter la contamination entre visiteurs. 


Aussi, nous pensons qu’il est possible d’ouvrir ces lieux a minima en semaine avec une fermeture à 18 heures. Nos voisins italiens et espagnols l’ont fait avant nous. 


Certes, ouvrir les sites patrimoniaux, c’est prendre le risque de mécontenter les théâtres et cinémas qui souffrent tout autant. Eh bien justement, profitons de la réouverture de ces sites pour mesurer l’impact sur le nombre de nouveaux cas de contamination et si, comme nous le pensons, il n’y a pas de conséquences négatives, cela permettra aux théâtres et cinémas d’accueillir eux aussi à nouveau leur public, quelques semaines après. 


Les enjeux économiques du secteur sont moindres que pour l’événementiel ou les bars et restaurants, mais ils sont réels. De nombreux sites patrimoniaux privés n’ont comme recettes que celles de leur billetterie. Par ailleurs, publics ou privés, ces lieux entretiennent un écosystème mis à mal par la crise : artistes, médiateurs, guides-conférenciers, scénographes, commissaires d’exposition, agences de communication, étudiants-stagiaires, critiques d’art, journaux et revues d’art. 


« Les musées et les monuments historiques pourraient être des structures qui, dans le cadre d’une stabilisation de l’épidémie, pourraient faire l’objet d’une réouverture encadrée », indiquait le 12 janvier dernier aux parlementaires Mme Roselyne Bachelot


Vous avez fait le pari d’un couvre-feu renforcé plutôt que d’un confinement total, faites aussi le pari d’une réouverture graduelle des lieux de culture, en commençant maintenant par les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 


En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération. 



« Monsieur le Président, rouvrez les musées ! » 


PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR · 8 FÉVRIER 2021


Onze directeurs de journaux d’art demandent à Emmanuel Macron de rouvrir les sites patrimoniaux et les centres d’art. 


C’est une démarche inhabituelle pour des journalistes. Les rédacteurs en chef de onze journaux et revue d’art - dont Le Journal des Arts et L’Œil - ont signé une lettre commune demandant au Président de la République de rouvrir immédiatement les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 


Une démarche inhabituelle justifiée par l’urgence de la situation, mais qui se veut responsable car la situation épidémiologique le permet dans une certaine mesure et ces lieux ne sont pas de nature à accélérer la circulation du virus. 


Nous reproduisons ci-dessous la lettre dans sa version complète.


LETTRE OUVERTE DE LA PRESSE ARTISTIQUE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE POUR LA RÉOUVERTURE DES MUSÉES 


Monsieur le Président de la République, 


Nous sommes depuis plus de 30 ans, pour certains d’entre nous, des observateurs attentifs des musées, sites patrimoniaux et centres d’art. Nous les avons si souvent visités pour en rendre compte à nos lecteurs que nous savons combien ce sont des lieux d’intelligence et de convivialité. 


C’est pourquoi nous vous demandons de les rouvrir au plus vite pour que les enfants qui sont actuellement en vacances ou vont l’être prochainement puissent aller à la rencontre d’œuvres d’art autrement que sur un écran. Une déclinaison de « l’été apprenant », en quelque sorte. 


Nous avons bien conscience du chemin de crête étroit entre d’un côté les contraintes sur le système hospitalier et de l’autre les enjeux économiques et sociétaux. En l’espèce, les protocoles sanitaires, mis en place en mai dernier, sont de nature à éviter la contamination entre visiteurs. 


Aussi, nous pensons qu’il est possible d’ouvrir ces lieux a minima en semaine avec une fermeture à 18 heures. Nos voisins italiens et espagnols l’ont fait avant nous. 


Certes, ouvrir les sites patrimoniaux, c’est prendre le risque de mécontenter les théâtres et cinémas qui souffrent tout autant. Et bien justement, profitons de la réouverture de ces sites pour mesurer l’impact sur le nombre de nouveaux cas de contamination et si, comme nous le pensons, il n’y a pas de conséquences négatives, cela permettra aux théâtres et cinémas d’accueillir eux aussi à nouveau leur public, quelques semaines après. 


Les enjeux économiques du secteur sont moindres que pour l’événementiel ou les bars et restaurants, mais ils sont réels. De nombreux sites patrimoniaux privés n’ont comme recettes que celles de leur billetterie. Par ailleurs, publics ou privés, ces lieux entretiennent un écosystème mis à mal par la crise : artistes, médiateurs, guides conférenciers, scénographes, commissaires d’exposition, agences de communication, étudiants-stagiaires, critiques d’art, journaux et revues d’art. 


« Les musées et les monuments historiques pourraient être des structures qui, dans le cadre d’une stabilisation de l’épidémie, pourraient faire l’objet d’une réouverture encadrée », indiquait le 12 janvier dernier aux parlementaires Mme Roselyne Bachelot. 

Vous avez fait le pari d’un couvre-feu renforcé plutôt que d’un confinement total, faites aussi le pari d’une réouverture graduelle des lieux de culture en commençant maintenant par les musées, sites patrimoniaux et centres d’art. 

En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération. 


Liste des signataires : 


Fabrice Bousteau (Beaux-Arts Magazine)

Guy Boyer (Connaissance des arts)

Jean-Christophe Castelain (Le Journal des Arts

Olivier Lange (La Gazette de Drouot)

Catherine Millet (Artpress

Françoise Monnin (Artension)

Rafaël Pic (Le Quotidien de l’art)

Philippe Régnier (The Art Newspaper

Didier Rykner (La Tribune de l’art

Fabien Simode (L’Œil




Le Centre Pompidou fermera pendant 3 ans en 2023

 PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR LE 26 JANVIER 2021 - 


L’Etat a finalement préféré une fermeture totale à des travaux en site ouvert, ce qui n’est pas sans poser plusieurs problèmes.


La décision était quasiment acquise depuis plusieurs mois, le Centre Pompidou l’a officialisée dans un communiqué hier soir : il devra fermer pour travaux de fin 2023 à début 2026. Le bâtiment construit dans les années 1970 par Renzo Piano et Richard Rogers est en effet une passoire thermique truffée d’amiante qui nécessite d’importants travaux. Roselyne Bachelot confirme dans Le Figaro le chiffre de 200 millions d’euros qui circulait dans la presse. 


Deux options étaient sur la table : réaliser les travaux par tranches sur une durée de 7 ans, en laissant ouvert le Centre ou le fermer pendant trois. C’est donc cette deuxième option qui a été choisie au motif qu’il est très difficile de mener des travaux de cette ampleur tout en conservant une qualité d’accueil minimum des visiteurs et un niveau de protection suffisant des œuvres. 


Le public peut d’ailleurs avoir un avant-goût de cet inconfort avec la réfection actuelle des escalators (La Chenille) et de l’entrée sur la Piazza. L’entrée se fait aujourd’hui par la rue Beaubourg et l’accès aux étages s’effectue par des ascenseurs provisoires. Ces travaux ont pris du retard et la réouverture par la Piazza et l’accès aux escalators sont maintenant prévus pour mai 2021. 


Mais alors que va devenir le Centre Pompidou pendant 3 ans ? « Un Centre Pompidou Alma n’est plus d’actualité » dit-on à l’Elysée, du nom du projet d’OPA sur le Palais de Tokyo que menait en son temps Alain Seban, l’ex-président du Centre Pompidou. Déjà à l’époque Alain Seban plaidait pour un deuxième lieu à Paris afin de donner plus d’espace au site Beaubourg qui en manque singulièrement. Officiellement on considère que ce lieu consacré à la création contemporaine doit garder sa personnalité. Mais il se pourrait bien que des raisons économiques prévalent : à l’époque, le coût des travaux pour une mise aux normes muséales s’élevait à 40 M€. 


L’actuel président du Centre Pompidou, Serge Lasvignes a poussé les feux de l’international - Malága, Shangaï, Bruxelles et peut-être bientôt Séoul (Corée) si les négociations aboutissent – sans vraiment avoir pris à bras le corps le problème de la présence à Paris intramuros. Il a décidé la création de réserves pour les collections, agrémentées de surfaces d’exposition, à Massy, prévue au mieux pour 2025 ; mais qui va aller dans cette banlieue parisienne peu avenante à 25 kilomètres de Beaubourg ? 


Pendant ce temps les lieux privés consacrés au moderne et au contemporain maillent progressivement la capitale : la Fondation Vuitton, bientôt la Bourse de commerce de François Pinault, puis la Fondation Cartier au Louvre des antiquaires. Paris ne manque pas de lieux d’exposition pour l’art moderne et contemporain, et le Centre Pompidou devra mobiliser beaucoup d’énergie et d’argent pour rattraper cette longue éclipse en pointillé de sept ans (qui démarre avec la fermeture liée au Covid et les travaux actuels). 


Subsidiairement cela ne va pas être simple d’attirer des bonnes candidatures pour remplacer en juin prochain le duo Serges Lasvignes – Bernard Blistène. Les candidats, on s’en doute, ne manquent pas et le petit milieu tourne en boucle la même dizaine de prétendants. Mais pour faire quoi jusqu’en 2027 ? Revoir l’accrochage et préparer la programmation des 50 ans du Centre que peut-être ils n’inaugurent pas eux-mêmes ? Courir le monde pour accompagner les œuvres et expositions du musée national d’art moderne louées par leurs confrères ? 


Une autre victime collatérale de cette fermeture ce sont les galeries du Marais. Daniel Templon dont la galerie jouxte le Centre garde un mauvais souvenir des travaux de 1997-2000 qui avaient entraîné une fermeture partielle puis totale du Centre. « Cela avait été extrêmement handicapant pour les galeries du Marais, explique-t-il, et avec cette fermeture annoncée à laquelle s’ajoutent les embarras de la circulation provoqués par les décisions de Mme Anne Hidalgo, cela va être dramatique »


Le Centre Pompidou fermera de 2023 à 2026 

Par Rafael Pic
Quotidien de l’Art - 25 janvier 2021 


Dans notre article du 2 avril dernier, au moment de la reconduction de Serge Lasvignes à la présidence du Centre Pompidou pour un dernier mandat, nous évoquions la question épineuse des chantiers à venir, déjà freinés par l'épidémie : la rénovation de la chenille (les escaliers mécaniques extérieurs, qui ont aussi une importante fonction statique pour l'équilibre du bâtiment) et, plus volumineux encore, le désamiantage complet, la mise à niveau du traitement d’air, de la sécurité incendie, de l’accessibilité et l’optimisation énergétique. Deux options se présentaient : fermeture partielle pendant 6 ou 7 ans ou fermeture complète pendant 3 ans. Après l’avis de la commission ministérielle des projets immobiliers, réunie vendredi, c’est finalement la deuxième solution qui a été choisie par la ministre Roselyne Bachelot, anticipée au Figaro et rendue publique hier soir, après que Serge Lasvignes l’avait présentée aux syndicats de l’établissement public. La ministre a justifié le choix de la fermeture complète par des raisons d'économie plutôt minime sur le budget des travaux – à peu près 10 % de différence (200 millions d'euros contre 226 millions) – et par le souci d'éviter des nuisances trop longues aux habitants et aux commerçants. Si les délais sont tenus, le Centre Pompidou devrait rouvrir juste avant son 50e anniversaire, qui sera célébré en 2027. Les mauvaises langues rappelleront que ce tout neuf quinquagénaire, symbole de l'architecture high-tech, aura alors passé près de 6 ans fermé (1997-1999 et 2023- 2026). La Bibliothèque publique d'information devrait rester en activité, dans un lieu à définir (entre 6000 et 10 000 m2), tandis que le chantier des réserves à Massy sur 22 000 m2 reste en attente de confirmation quant à son calendrier (initialement prévu sur la période 2023- 2025). Le mandat de Serge Lasvignes s'achève le 28 juin prochain (celui de Bernard Blistène, patron du musée national d'Art moderne, arrive à échéance en même temps) : c'est donc une autre équipe qui pilotera cette phase délicate. 



UN MUSÉE DE L'EUROPE - VALÉRY GISCARD D’ESTAING À VILLERS- COTTERÊTS ?

 

PAR JEAN-CHRISTOPHE CASTELAIN · LEJOURNALDESARTS.FR - 9 DÉCEMBRE 2020 


Plutôt que le Musée d’Orsay, renommons le Château de Villers-Cotterêts qui serait transformé en musée de l’Europe. 


Hommage. Très peu de voix se sont élevées pour demander que l’on renomme le Musée d’Orsay en « Musée Giscard-d’Estaing » ou qu’à tout le moins on accole le nom de l’ancien président au nom habituel du musée. Emmanuel Macron n’en a pas dit un mot lors de son hommage télévisé. Ces choses-là ne se décident pas dans l’heure, elles nécessitent bien sûr l’accord de la famille et qu’un consensus se dégage à leur propos. On ne sait pas ce que veut la famille, mais de consensus, il n’y en a point ou très peu. 


La situation n’était pas la même pour le Centre Pompidou et le Musée du quai Branly- Jacques Chirac. L’un et l’autre ont été conçus, décidés et portés par chacun des deux présidents dès leur arrivée à l’Élysée, au point qu’ils incarnent véritablement « leur » musée. Si Georges Pompidou n’était pas décédé en avril 1974, il aurait presque pu inaugurer le Centre avant la fin de son septennat (le Centre a ouvert au public en février 1977). Jacques Chirac doit à sa réélection en 2002 et à l’obligeance du Premier ministre de la cohabitation d’avoir pu inaugurer le Quai Branly avant la fin de son mandat. VGE, que l’on suspecte d’avoir voulu revoir le projet, n’a cependant pas hésité à lui donner le nom de son prédécesseur dès décembre 1974. Quant à l’ajout pour le Quai Branly, il s’est imposé naturellement pour les 10 ans du musée, en 2016. Il en est de même pour le site François-Mitterrand de la BNF, fortement désiré par le président dont la passion pour les livres comme les qualités d’écrivain sont indiscutables. 


Si VGE a lui aussi soutenu la création du Musée d’Orsay (qui sera inauguré par François Mitterrand), il s’y est investi parcimonieusement et on ne lui connaît pas de passion particulière pour l’impressionnisme. Il serait alors embarrassant qu’il donne son nom à Orsay – lequel d’ailleurs vit fort bien avec son nom depuis plus de trente ans. 


Il est cependant d’usage qu’un équipement remarquable de la France porte le nom d’un ancien président. Outre les 3 900 routes, avenues, places et ronds-points (un record), un porte-avions et un aéroport arborent ainsi l’illustre patronyme du général de Gaulle. Osons ici une proposition. VGE fut un inlassable promoteur de la construction européenne, qui manque précisément d’incarnation en France. Installons un « Musée de l’Europe-Valéry Giscard d’Estaing » dans le château de Villers-Cotterêts en cours de restauration et confions la promotion de la francophonie à l’Académie française



CRÉATION DU MUSÉE D'ORSAY

 

Valéry Giscard d’Estaing : la création du musée d’Orsay racontée par l’ancien président 

Dans une interview exclusive, Valéry Giscard d'Estaing nous décrivait le projet du musée du 19e siècle, futur musée d'Orsay. Pour rendre hommage à l'ancien président de la République, Connaissance des Arts repartage avec vous cet entretien exceptionnel de février 1980. 


En février 1980, Connaissance des Arts a rencontré Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République, pour raconter en exclusivité le projet de la transformation de la gare d’Orsay en musée du 19e siècle. Le Président de la République analysait les raisons qui ont inspiré cette réalisation d’envergure et les objectifs auxquels répondait son aménagement. 


Connaissance des Arts : Pourquoi un musée du 19e siècle à Orsay ? 


Valéry Giscard d’Estaing : L’année 1980, consacrée au patrimoine, sera, parallèlement, l’année de lancement effectif des travaux d’aménagement de l’ancienne gare d’Orsay, étape importante dans la création du nouveau musée du 19e siècle. Patrimoine et création : comme dans les autres domaines de l’action culturelle, ces deux préoccupations, en apparente contradiction, sont liées. Cela est évident à Orsay. La conception d’un nouveau musée dans une gare classée monument historique, entièrement « reconvertie » et « réhabilitée », est une entreprise difficile. Elle implique un équilibre entre le respect du patrimoine monumental et les nécessités de la présentation muséographique. 


Ce nouveau musée occupera une place essentielle dans la politique d’organisation des musées nationaux. C’est en fait le prolongement du musée du Louvre, décidée pour la première fois depuis cent cinquante ans. La vraie raison de cette création, à laquelle je pense depuis dix ans, alors que le sort des attributions ministérielles me faisait résider dans une partie du Louvre, est le besoin d’une organisation continue des musées nationaux, accompagnée du relogement du Jeu de Paume. Cette idée s’est développée pour donner naissance au projet de musée du 19e siècle. Cela tient à la richesse exceptionnelle de cette période de l’histoire de l’art et de la civilisation en France. En Europe et dans le monde entier —cela ressortirait, par exemple, d’une exposition sur le thème France-États-Unis au 19e siècle— le rayonnement et l’influence de la France ont été prépondérants. 


Le musée du 19e siècle exprimera ces courants artistiques qui traversent l’Europe, depuis le romantisme jusqu’au mouvement de l’Art Nouveau. Les collections nationales regroupées à Orsay sont constituées, pour l’essentiel, de la production artistique française. Il sera également intéressant de montrer les influences subies et exercées. L’exposition du Second Empire et l’exposition sur le post-impressionnisme actuellement présentée à Londres, ont mis en lumière l’extrême diversité des courants artistiques au 19e siècle. Cette richesse et cette diversité se retrouveront dans la conception du musée du 19e siècle. Ce musée va modifier l’image que nous nous faisons de ce siècle. Il entraînera de nouvelles appréciations et comparaisons. 

Il permettra de sensibiliser à cette tension permanente, tout au long du siècle, entre l’art officiel et l’art en rupture de Manet à Cézanne. Il permettra de déceler des convergences trop longtemps ignorées, qui se révèlent par exemple dans la période symboliste. Pour la première fois, apparaîtront au grand public les « correspondances » entre la peinture, la littérature et la musique, entre Monet, Mallarmé, Proust et Debussy, par exemple. L’idée d’une présentation complète de l’art, dans ses diverses manifestations, est particulièrement significative au 19e siècle. 


La conception muséographique présentera de nombreux éléments d’originalité, le principal étant la volonté de présenter simultanément les différentes formes d’expression artistiques. Pour la première fois, il ne s’agit pas de concevoir seulement un musée de peinture, mais de présenter aussi les arts décoratifs, la sculpture, si brillante, l’architecture, la littérature, notamment l’admirable œuvre romanesque, la musique, et d’évoquer ainsi l’évolution de la culture en France au 19e siècle. La photographie, qui y prit naissance, y trouvera une place privilégiée. De même, l’architecture — difficile à présenter — est exceptionnellement riche dans le 19e siècle français. Je pense à l’Opéra de Garnier, aux recherches de Viollet-le-Duc, mais aussi à l’architecture des ingénieurs (Eiffel), et aux audacieuses constructions de Labrouste ou de Guimard. 


CDA : Vous avez exprimé le souhait que le musée d’Orsay soit un « beau musée ». Qu’entendez-vous par là ?


Valéry Giscard d’Estaing : J’ai souhaité une qualité exceptionnelle dans la présentation muséographique. Il faut chercher un accord intime entre le bâtiment, monument historique, la décoration intérieure, et certaines des collections présentées. La nouvelle aile du Metropolitan Museum présentera prochainement une collection exceptionnelle de l’art français au 19e siècle dans un vaste hall uniforme doté d’un éclairage zénithal continu. À Orsay, le visiteur devra traverser successivement les salles de l’art officiel de la IIIe République, le grand salon de l’hôtel, les salles d’Art Nouveau, puis le restaurant de l’hôtel réaménagé... J’ai souvent exprimé le souhait que le musée du 19e siècle soit un « beau musée », je dirai au sens traditionnel et permanent de ce terme. Un « beau musée », c’est tout d’abord un musée qui laisse au visiteur une impression globale, forte, et inoubliable, comme le Prado, le Louvre, l’Ermitage, la National Gallery, ou le Rijksmuseum. Un musée qui présente de grandes œuvres, d’un exceptionnel intérêt, et cela sera le cas à Orsay avec Delacroix, Corot, Courbet, Manet, Cézanne... C’est aussi un musée où il est clair et affirmé que les fonctions de conservation et de présentation des œuvres sont prioritaires et constituent la raison d’être essentielle du musée. 


À cet objectif, tout doit être subordonné. Au stade de la conception et de l’exécution, c’est à la qualité de la présentation des œuvres (éclairage, accrochage), qu’il faut s’attacher en priorité. Lorsque le musée sera ouvert, les activités d’accueil et de services devront être organisées en fonction de la vocation fondamentale du musée. Un beau musée, cela signifie aussi une harmonie entre les œuvres et le bâtiment- musée. Une évolution récente et heureuse de la muséographie conduit à retrouver le charme de salles de musée structurées et présentant des caractères spécifiques. Tel sera le cas à Orsay. Il est souhaitable d’éviter la banalité des formes et des volumes, qui est souvent le résultat d’une volonté excessive de flexibilité. Un beau musée, c’est aussi un musée où les matériaux utilisés pour les sols, les murs, présentent une grande qualité et une valeur permanente, comme c’est le cas dans la nouvelle aile de la National Gallery de Washington ou le musée de Yale à New Haven. 


Concevoir et réaliser un « beau musée » : l’objectif est clairement défini. Mais la réussite dépendra de la sensibilité de la conception et de la qualité dans l’exécution. Dans ce type d’architecture, le soin du détail est essentiel. Le musée du 19e siècle doit être à la fois un musée accueillant, répondant pleinement aux exigences contemporaines et faisant appel, lorsque cela est nécessaire, aux techniques modernes de présentation. De même, les techniques contemporaines du son et de l’image trouveront leur place pour rendre plus attractive, plus vivante et plus sensible, la présentation de l’architecture, de la littérature, de la photographie et de la musique. 


CDA : Que pensez-vous du projet retenu à l’issue de la consultation des architectes ?


Valéry Giscard d’Estaing : En transformant l’ancienne gare d’Orsay et l’hôtel en musée, l’État donne l’exemple de la bonne utilisation de bâtiments anciens, particulièrement des monuments historiques. La protection, au titre des Monuments Historiques, de l’oeuvre de Laloux a été discutée. L’ensemble de la gare et de l’hôtel d’Orsay est pourtant représentatif de l’architecture industrielle de la fin du 19e siècle. On y retrouve la grande nef longitudinale et la symbolique des gares. On perçoit aussi le mélange d’audace dans la conception métallique du grand hall et de conformisme dans le lourd décor de pierre sur le quai Anatole France. La réalisation de Laloux — comme d’ailleurs les autres projets qui ont été écartés à l’issue du concours de 1898 — répond à une volonté d’insertion harmonieuse dans l’environnement et de réponse au Palais du Louvre qui lui fait face. 


C’est pourquoi, les éléments majeurs de l’architecture devront être respectés. Cet impératif était affirmé dans le règlement de la consultation des architectes, qui s’est déroulée d’octobre 1978 à mars 1979, pour choisir le parti d’aménagement du musée et l’équipe d’architectes. Cependant, le programme impliquait aussi le dégagement de surfaces muséographiques supplémentaires et une transformation profonde des espaces intérieurs, accompagnée d’une réhabilitation complète. Le projet retenu correspond — selon la formule de l’équipe Colboc-Bardon-Philippon — à une « réinterprétation » du bâtiment, pour l’adapter à ses nouvelles fonctions muséographiques. 


À l’extérieur, la gare restaurée retrouvera sa splendeur. À l’intérieur, le volume exceptionnel de la grande nef sera aménagé en une « rue-musée ». La grande nef sera ainsi mise en valeur et constituera l’élément original du musée du 19e siècle. Au quatrième étage, les volumes autrefois inutilisés sous les verrières des combles, et inconnus du public, abriteront la grande galerie réservée au prodigieux ensemble impressionniste. La dialectique « conservation » et « transformation » soulève des problèmes difficiles, qui ont été étudiés lors du colloque organisé à Avignon, sur le thème de la réutilisation des monuments historiques. Les aménagements proposés dans le projet de l’équipe Colboc-Bardon-Philippon me paraissent donner une réponse appropriée au problème sans doute unique de transformation d’une gare en musée ! 


CDA : Comment se déroule le processus de création du musée ? Quelles dispositions ont été prises par l’État pour assurer la qualité du projet et en maîtriser l’évolution ?


Valéry Giscard d’Estaing : L’État a mis en place les moyens administratifs et financiers nécessaires pour mener à bien le grand projet d’aménagement du musée du 19e siècle. À plusieurs égards, des solutions nouvelles ont été adoptées lors du conseil des ministres de mars 1978. La réalisation du musée du 19e siècle s’inscrit dans la loi- programme pour les musées, votée par le Parlement au mois de mai 1978 et présentée par Jean-Philippe Lecat la loi individualise les crédits affectés à l’opération d’Orsay et garantit l’échelonnement des crédits nécessaires sur les années 1979 à 1983. L’enveloppe financière prévue (363 millions de francs), qui peut apparaître à certains comme excessive, doit être mise en rapport avec l’importance des surfaces à aménager (55 000 m2), la complexité technique de l’ouvrage, et la nécessaire qualité de la présentation de ce qui doit être un des plus beaux musées du monde. 


Le programme de conception et de réalisation du musée prend la forme d’un dialogue organisé entre trois partenaires : le maître d’ouvrage, l’équipe de conception, et l’équipe scientifique. Le rôle du maître d’ouvrage a été affirmé et renforcé par la création d’un établissement public spécifique. L’Établissement Public du Musée du 19e siècle, présidé avec compétence par M. Lachenaud, restera un organisme léger et opérationnel. Il exerce la mission de coordination de la conception et de la réalisation du musée en assurant la responsabilité administrative, technique et financière. Son existence est limitée dans le temps jusqu’à l’ouverture du musée, prévue en 1983, où le musée du 19e siècle sera complètement intégré au Louvre. 


Une équipe scientifique, composée de conservateurs de musées, et animée par M. Michel Laclotte, conservateur en chef du Département des Peintures du Louvre, regroupe et complète les collections, conçoit les circuits de visite du futur musée, s’assure de la qualité des condtions de présentation des œuvres. L’équipe de conception regroupe les architectes (équipe ACT-Colboc, Bardon, Philippon), et les bureaux d’études ; elle a été choisie selon des modalités qui sont exemplaires, à bien des égards, par rapport aux pratiques actuelles des consultations d’ingénierie : l’équipe des architectes a reçu une mission très complète de conception et de réalisation. Après six mois de travail, on peut affirmer que l’équipe des concepteurs, avec toute leur jeunesse, a développé ce projet avec intelligence, énergie et sensibilité. Trop souvent les projets de construction ou d’aménagement sont lancés sans études préparatoires suffisantes, et sans que le maître d’ouvrage se dote des moyens de mener à bien sa mission. 


Pour le projet d’Orsay, la consultation des architectes a été précédée par une longue phase d’études pour l’élaboration du programme, menées par la Direction des Musées de France, avec le concours de l’équipe O’Byrne et Pecquet. Pendant les phases d’études et de travaux, l’Établissement Public poursuivra et adaptera les études de programmation : il recevra l’assistance d’organismes spécialisés pour le contrôle des coûts et des délais ; il conduira et développera les études de préfiguration de la gestion et d’évaluation des coûts de fonctionnement. Aux différentes phases de conception et de réalisation, le ministre de la Culture et de la Communication prend les dispositions nécessaires pour conduire le processus de création du musée. Il vient périodiquement m’en rendre compte, car c’est une grande œuvre nationale. 


Grâce à l’initiative de Connaissance des Arts, et à l’article de M. Kjellberg, les lecteurs vont imaginer leur prochaine visite au musée du 19e siècle : après l’accueil rue de Bellechasse, ils descendront le grand escalier, remonteront le « cours », visitant les salles de part et d’autre de la place où s’élèvera la Danse de Carpeaux ; après Delacroix, Courbet, l’art officiel du Second Empire, Manet, ils retrouveront, au 4e étage, sous les combles et avec un éclairage naturel, les collections impressionnistes actuellement présentées au Jeu de Paume. Redescendant au niveau du grand salon et du restaurant, les visiteurs parcourront les galeries côté rue de Lille et côté quai Anatole France, consacrées à la période post-impressionniste et à la fin du siècle... Ils y rencontreront aussi les reconstitutions de chambres ou d’ateliers d’écrivains, de musiciens, là où s’est forgé dans la peine, et souvent avec d’infimes moyens, l’immense message artistique du 19e siècle. Pour cela, il leur faudra attendre 1983. Mais en longeant la Seine, ils observeront à partir de la fin de cette année le début des travaux. Et, pour tromper leur attente, ils vont pouvoir lire votre article. (Connaissance des Arts - 03.12.2020 )



GALERIE GAGOSIAN


Fondée par Larry Gagosian à Los Angeles en 1980, Gagosian est une galerie mondiale spécialisée dans l'art moderne et contemporain qui emploie plus de trois cents personnes dans dix- sept espaces d'exposition aux États- Unis, en Europe et en Asie. En plus de ses galeries, Gagosian est à la pointe du marché numérique avec des salles de visionnage en ligne innovantes, programmées pour coïncider avec les grandes foires d'art, qui incluent des œuvres hautement désirables d'artistes de premier plan d'aujourd'hui, une tarification transparente, une bourse historique et une analyse approfondie du marché. 

Gagosian travaille avec un large éventail d'artistes vivants de renom, dont Georg Baselitz, Joe Bradley, John Currin, Rachel Feinstein, Urs Fischer, Ellen Gallagher, Reaster Gates, Katharina Grosse, Mark Grotjahn, Jennifer Guidi, Andreas Gursky, Michael Heizer, Damien Hirst , Titus Kaphar, Anselm Kiefer, Jeff Koons, Vera Lutter, Sally Mann, Brice Marden, Takashi Murakami, Albert Oehlen, Giuseppe Penone, Richard Prince, Nathaniel Mary Quinn, Nancy Rubins, Ed Ruscha, Jenny Saville, Richard Serra, Taryn Simon, Rudolf Stingel, Sarah Sze, Adriana Varejão, Jeff Wall, Mary Weatherford, Rachel Whiteread et Jonas Wood, ainsi que les maîtres du design Frank Gehry et Marc Newson

Depuis sa création, Gagosian a préparé et présenté des expositions de qualité muséale inégalées d'œuvres d'artistes historiques tels que Arakawa, Diane Arbus, Richard Artschwager, Francis Bacon, Louise Bourgeois, Alexander Calder, Willem de Kooning, Walter De Maria, Lucio Fontana, Helen Frankenthaler, Alberto Giacometti, Howard Hodgkin, Roy Lichtenstein, Man Ray, Piero Manzoni, Agnes Martin, Claude Monet, Henry Moore, Jackson Pollock, Cy Twombly, Andy Warhol, Tom Wesselmann et Zao Wou-Ki, entre autres. Les expositions Picasso révolutionnaires de la galerie, organisées par le savant John Richardson à New York et à Londres, ont attiré des centaines de milliers de visiteurs. En 2019, Larry Gagosian a organisé une exposition de chefs-d'œuvre de Picasso en hommage à Richardson après sa mort. 

Depuis 1985, lorsque Gagosian est devenue la première galerie à établir une maison d'édition qui produit une vaste gamme de catalogues raisonnés, de monographies, de livres d'artistes, de catalogues d'expositions savantes et d'éditions limitées, la galerie a publié plus de cinq cents titres, rivalisant avec la production de éditeurs spécialisés dans les arts traditionnels. Les éditions imprimées et en ligne du Gagosian Quarterly offrent un accès unique aux artistes dans leurs studios et chez eux grâce à des interviews et des profils perspicaces de et par les plus grands professionnels du monde de l'art. La boutique Gagosian de New York propose une sélection convoitée de livres rares, d'éditions d'art, de collaborations uniques, d'affiches, de bijoux, de vêtements et d'appareils photo Leica. 

Gagosian développe depuis longtemps une programmation culturelle et des événements avec des artistes, notamment des performances, des visites d'expositions, des conférences publiques, des projections de films et des visites de studios. La galerie s'engage depuis longtemps à travailler avec les artistes et à les conseiller sur tous les aspects de la planification de leur héritage. En 2018, la galerie a lancé son programme Building a Legacy, réunissant des artistes et leur personnel de studio avec des experts dans le domaine des successions d'artistes, des fondations à but non lucratif et de la gestion du patrimoine à travers une série de symposiums. 

Avec des espaces d'exposition conçus par des architectes de renommée mondiale tels que Caruso St John, Richard Gluckman, Richard Meier, Jean Nouvel, Selldorf Architects et wHY Architecture, Gagosian est en mesure de présenter un large éventail de projets convaincants, y compris des travaux aussi variés que ceux de Jenny Saville des représentations picturales de la forme humaine, des sculptures et des dessins monumentaux emblématiques de Richard Serra, et une recréation de la peinture murale temporaire et spécifique au site de Roy Lichtenstein, Greene Street Mural






http://www.comitedesgaleriesdart.com/galeries_adherentes/galerie-gagosian

https://www.valeursactuelles.com/culture/larry-gagosian-confidences-du-plus-grand-marchand-dart-99532 


Une Nuit des Musées depuis chez soi 

Par Marion Bellal
12 novembre 2020 - Quotidien de l’Art 

Afin d'éviter un deuxième report de sa 16e édition, la Nuit des Musées, qui aurait dû avoir lieu le 16 mai, se tiendra bien ce samedi 14 novembre, mais en version uniquement numérique. Les animations habituelles sont transformées en visites virtuelles, en live Facebook, en quiz en ligne ou en parcours à distance éclairés à la bougie. Nombre de musées, ainsi que les réseaux sociaux de la Nuit des Musées et du ministère de la Culture, s'animeront toute la nuit sous le hashtag #NuitDesMuséesChezNous. Le musée national des arts asiatiques Guimet proposera par exemple un programme vidéo autour du jardin zen et de ses collections japonaises, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine mettra en vente, en partenariat avec l'association Act Up, des tee-shirts créés par des artistes, le musée de la Corse à Corte diffusera en direct un concert baroque et le musée des Impressionnismes à Giverny présentera des œuvres relatives à la nuit. Côté documentaires, Arte met en ligne pour l'occasion une émission sur le peintre Henri Matisse ainsi qu'une courte série humoristique sur les tableaux les plus célèbres, À Musée Vous, À Musée Moi


Le musée d’Art Moderne de Paris dépoussière La Fée électricité de Raoul Dufy 

Le projet de restauration de la fresque de Raoul Dufy, la Fée Électricité, vient de s'achever au musée d'Art moderne de Paris. Courant 2021, de nouvelles expériences immersives seront mises en place. 

Financée par la Ville de Paris à hauteur de 80 000€, l’opération de restauration de la fresque monumentale la Fée Electricité, réalisée par l’un des peintres phares des Années Folles, Raoul Dufy, aura duré trois mois. La fresque du musée d’Art moderne, qui n’avait jamais connu de restauration intégrale, a été chouchoutée par les pinceaux d’une dizaine de restaurateurs de juillet à octobre. Ces derniers n’ont pas touché à la couche picturale, en bonne état, mais ont nettoyé les jointures des 250 panneaux qui composent l’oeuvre de 600 m2. Ce dépoussiérage avait notamment pour but de protéger l’oeuvre de la formation d’éventuelles fissures. Grâce à la mise en place in situ d’outils numériques et pédagogiques innovants, le musée va inaugurer, courant 2021, de nouvelles expériences immersives qui permettront de redécouvrir ce chef- d’œuvre. 

Une composition titanesque 

Réalisée en seulement dix mois, la Fée électricité célèbre l’évolution des sciences de l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle et le développement de l’électricité. La commande de cette œuvre, de très grand format (60 x 10m), a été émise, dès 1936, par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité à Raoul Dufy, dans le cadre de l’Exposition universelle de 1937. Pour cette œuvre, destinée à être exposée dans le Pavillon de la Lumière, l’artiste réalise, en amont, un considérable travail de documentation. Un vaste hangar, à Saint-Ouen, lui est mis à disposition. Pour respecter les délais et les exigences des commanditaires, Raoul Dufy travaille par projection. Grâce à sa « lanterne magique », il reproduit ses dessins sur les 250 panneaux en contreplaqué qui sont par la suite assemblés pour former cette fresque incurvée, longtemps considérée comme le plus grand tableau du monde. 

Aidé de son frère, Jean, Raoul Dufy imagine une composition qui, selon ses mots, ne comprenant « ni sol, ni lointain, ni ciel ». L’artiste y dépeint les dieux de l’Olympe en frise surplombant la première centrale électrique de Vitry-sur-Seine. La fresque témoigne par ailleurs des thèmes phares de la peinture : voiliers, nuées d’oiseaux et bal festif. Pour ses figures humaines, Dufy s’inspire de la technique appliquée par David dans la réalisation du Serment du Jeu de paume (1792): dans un premier temps, il esquisse les personnages nus puis, dans un second temps, il les pare de leur vêtement. 

2021 : vers une expérience immersive aboutie 

Restaurer l’œuvre, imaginer une nouvelle scénographie et de nouveaux outils numériques in-situ : tels sont les trois principales ambitions du musée pour transformer l’expérience contemplative en véritable expérience immersive offrant toutes les clés de lecture au visiteur pour observer les 110 personnages dont les grands hommes du passé (Galilée, Archimède, Thalès, Léonard de Vinci) et les savants contemporains de Dufy, comme Thomas Edison ou Gustave Ferrié. 

En collaboration avec la Fédération des Industries Électriques, Électroniques et de Communication (FIEEC) et son laboratoire Le Club Rodin, le Musée d’Art moderne de Paris va mettre en place un dispositif de médiation numérique comprenant : un film introductif, des outils numériques proposant différentes visions de l’œuvre (lointaine, intermédiaire, rapproché) ainsi qu’une application « visite guidée » aux choix thématiques multiples (historique, artistique, scientifique). Un site web dédié, permettant de rendre accessible le contenu à tous, sera également développé. 

En attendant ces nouveautés, le public pourra, dès que les mesures gouvernementales le permettront, redécouvrir cette fresque polychrome monumentale. Pour les plus impatients, une visite virtuelle, réalisée avant l’enrichissement numérique, est disponible sur le site du MAM. (Connaissance des Arts)


Galeries, vers la fin de la sédentarité ? 

Par Roxana Azimi - Quotidien de l’Art - 22 octobre 2020 


Depuis la pandémie de Covid-19, les galeries tentent de compresser leurs charges jusqu’à remettre en question la viabilité d’une vitrine fixe. 


Pop-up, project-space, accrochage-salon, temps partagé façon La maison de Rendez-vous à Bruxelles. Depuis longtemps, les galeries se creusent les méninges pour trouver une alternative au lieu – et charges! – fixe(s). La crise liée au Covid-19 et les mois de confinement, qui les ont contraintes à payer d’importants loyers sans pouvoir ouvrir boutique, a ravivé cette question lancinante : faut-il renoncer à l’espace de la galerie ? Caroline Smulders en est convaincue. « On devra se montrer plus souple que jamais », estime-t-elle. L’exposition du sculpteur autrichien Stephan Balkenhol, dont elle est la commissaire au Palais d’Iéna, a certes été financée par une galerie puissante qui a pignon sur rue, Thaddaeus Ropac. « Mais ce que j’apporte, précise Caroline Smulders, c’est l’idée initiale et mon engagement à temps complet dans ce projet pour le mener à bien, ce qu’une galerie qui doit gérer le quotidien ne peut pas faire. »
« On peut s’en sortir sans espaces, d’autant que sans repères, on peut être créatif », veut croire Aline Vidal, qui vient d’achever la troisième édition de ses De(s)rives, expositions organisées dans des lieux inhabituels – cette fois le remorqueur Archimède amarré près de la Bastille. Pour Eva Taïeb, fondatrice de la galerie en ligne The Fibery, spécialisée dans les oeuvres textiles, l’idée n’est pas tant « de faire des économies que de changer de stratégie économique ». 


Être le plus agile possible 


C’est armée des mêmes intentions que Charlotte Ketabi, ancienne de la galerie Nathalie Obadia, a lancé en juillet Ketabi Projects. 

Cette structure nomade compte présenter dans des lieux à chaque fois différents de jeunes artistes émergents comme Inès Longevial, dont elle orchestre la première exposition du 1er au 10 décembre aux Grandes Serres à Pantin, ainsi que des accrochages plus mixtes mêlant art contemporain et ancien.

« Cela n’a pas de sens de louer un espace permanent dans le centre de Paris pour montrer des jeunes artistes pas encore assez chers pour que la location de l’espace soit rentable », observe la jeune pragmatique qui espère « réduire les frais d’au moins 30 % par rapport à une galerie classique, émergente, qui n’a qu’un ou deux salariés mais un loyer dans le centre de Paris à payer tous les mois ». En se libérant de toute attache, Charlotte Ketabi se veut surtout « le plus agile possible » pour monter des expositions « quand je le veux et où je le veux ». Et, pourquoi pas aux États- Unis, en Chine ou dans le Moyen-Orient dès que tels déplacements seront envisageables. Ces chevaux-légers ressentent d’autant moins l’impératif d’une vitrine que les foires, longtemps rétives, leur déroulent désormais le tapis rouge. Caroline Smulders a ainsi exposé en septembre sur Art Paris et précédemment à Drawing Now, tandis que Galeristes accueille jusqu’à dimanche the Fibery.
« Pendant le confinement, les galeries ont été fermées au public et leurs expositions annulées ou invisibles. Ont-elles pour autant cessé d’être des galeries ? Non, rappelle d’ailleurs Stéphane Corréard, patron de Galeristes. Ce qui leur paraissait parfois inenvisageable est devenu une nécessité, voire une évidence : faire vivre leurs liens avec leur communauté autrement qu’à travers leurs espaces physiques. » Pour Guillaume Piens, directeur d’Art Paris, « il faut rester ouvert d’autant qu’on voit l’émergence de nouveaux modèles de galerie, qui fonctionnent comme des bureaux de production, une évolution qu’on ne peut pas nier. » 


« Une vitrine permanente est rassurante » 


Reste que l’absence d’adresse fixe a ses limites. La courte durée des expositions et leur rythme discontinu réfrènent parfois les collectionneurs. Pas simple non plus de s’assurer l’exclusivité d’artistes qui aspirent à davantage de stabilité. D’anciens galeristes nomades ont d’ailleurs choisi de se sédentariser, tel Arnaud Faure Beaulieu, ancré dans un bureau et un espace à Paris, ou Sans titre (2016), qui, après avoir été nomades les trois premières années de son existence, a pris pied rue du Faubourg Saint Martin, dans le 10ème arrondissement. Charlotte Ketabi, qui finalise l’exposition d’Inès Longevial, le reconnait, « une partie du travail doit se faire en amont pour faire venir les conservateurs, critiques d’art, journalistes et collectionneurs sur une courte durée ». Tout en admettant « qu’une vitrine permanente est rassurante et elle a certainement du sens pour les galeries installées depuis longtemps, dotées d’un réseau solide », Eva Taïeb n’en démord pas et conclut : « pour les jeunes galeries, la mobilité est bénéfique ». 



GALERIE THADDAEUS ROPAC


La Galerie Thaddaeus Ropac est une galerie d’art contemporain présente à Salzbourg, Paris, Pantin et Londres. C’est en 1983 que le galeriste autrichien Thaddaeus Ropac crée sa première galerie, à Salzbourg. En 1990, la Galerie Thaddaeus Ropac ouvre une succursale à Paris, dans le Marais. En 2010, un second espace est ouvert à Salzbourg, avec une vaste surface de 2500 m2. Dans la même dynamique, en 2012, la galerie s’adjoint une espace de 5000 m2 à Pantin (à quelques stations de métro de Paris). Courant 2017, une vaste succursale londonienne doit voir le jour dans le quartier de Mayfair (1500 m2). Dans l’ensemble, la galerie défend des artistes internationaux confirmés. Tous sites confondus (Autriche et France), elle organise une trentaine d’expositions par an, essentiellement personnelles. Peinture, sculpture, photo, installation, vidéo, performance, danse, dispositif… Les galeries du Marais et de Pantin organisent respectivement, en moyenne, dix et cinq expositions par an.


« La sculpture de Tony Cragg offre un mélange fascinant d’ordre et de désordre, d’équilibre et de déséquilibre, de méthode et de folie, nous encourageant à réfléchir à notre place dans le monde et à ce qu’il y a en dessous. » La sculpture est vue jusqu’au samedi 17 octobre dans la galerie du Marais à Paris.




Galerie Lelong & Co



La Galerie Lelong & Co. est établie à Paris et New York. Elle a été fondée par Jacques Dupin, Daniel Lelong et Jean Frémon. Dans son espace parisien, la galerie expose depuis 1981 les œuvres récentes d'artistes de rayonnement international. Les années 80 ont été marquées par des personnalités aujourd'hui considérées comme historiques tels Joan Miró, Antoni Tàpies, Francis Bacon, Louise Bourgeois, Eduardo Chillida, Paul Rebeyrolle, Pierre Alechinsky, mais aussi de la génération suivante : Konrad Klapheck, Jan Dibbets, Donald Judd, Robert Ryman, Richard Serra, Jannis Kounellis, Arnulf Rainer, Nicola De Maria, Jan Voss. Dans les années 90, sont venus des artistes représentatifs de mouvements majeurs de l'art contemporain : Sean Scully, Günther Förg, Andy Goldsworthy, Ernest Pignon-Ernest, Antonio Saura. La galerie a aussi développé la reconnaissance mondiale de l’œuvre d’Ana Mendieta. Au cours des années 2000, la Galerie Lelong a accentué la diversité géographique et expressive des artistes : la sculpture et l'objet avec Jaume Plensa, David Nash, Wolfgang Laib, Kiki Smith, Rebecca Horn, Barry Flanagan, jusqu'aux installations de Barthélémy Toguo et Lin Tianmiao, mais aussi et toujours la peinture : David Hockney, Leon Kossoff, Robert Motherwell, Kate Shepherd, Nalini Malani, Nancy Spero, Juan Uslé et Ettore Spalletti. La Galerie Lelong dispose d’un important secteur d’éditions qui produit et diffuse des gravures, lithographies, impressions numériques et multiples, en assure leur connaissance par la réalisation de catalogues raisonnés. Elle travaille à la production de sculptures monumentales dans le cadre de commandes publiques et privées. Elle participe aux grandes foires internationales d'art contemporain (Art Basel, Art Basel Miami Beach, Art Basel Hong Kong, Fiac Paris, Frieze Londres, Frieze New York, Arco Madrid, Art Brussels, Expo Chicago…). La galerie est dirigée par Jean Frémon, Daniel Lelong et Patrice Cotensin à Paris et par Mary Sabbatino à New York. 


L’exposition "David Hockney : Ma Normandie" est désormais visible dans les trois espaces. Le spectacle rassemble onze nouvelles peintures ainsi qu’une série de tirages au jet d’encre sur papier de David Hockney. L’accès est gratuit mais limité en raison de la situation sanitaire actuelle. Il est fortement recommandé de réserver son billet en ligne, en cliquant sur le lien dans la bio de la galerie. En raison de la situation actuelle, il n’y aura pas de réception d’ouverture. 


David Hockney : Ma Normandie Jusqu’au 23 décembre 2020 13 rue de Téhéran & 38 avenue Matignon, Paris David Hockney Photo : Fabrice Gibert / Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris.




GALERIE PERROTIN


Emmanuel Perrotin fonde la galerie Perrotin en 1990 à l’âge de vingt-et-un ans. Il a depuis ouvert plus de dix-huit espaces différents, afin d’offrir des dispositifs de plus en plus stimulants à la création. Il accompagne les artistes, certains depuis plus de vingt-cinq ans, dans le développement de leurs projets les plus ambitieux. La galerie Perrotin compte neuf espaces dans le monde avec des galeries à Paris, Hong Kong, New York, Seoul, Tokyo et Shanghai. La totalité de ses espaces représente une superficie de 7100 mètres carrés.


A Paris, la galerie Perrotin est située dans le Marais : elle est installée au 76 rue de Turenne, dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle depuis 2005, ainsi que depuis 2007 au 10 impasse Saint-Claude, totalisant une surface de près de 1600 m² sur trois niveaux. Dans la même rue, la Salle de Bal, un showroom de 700 m², est inaugurée en 2014 dans l’Hôtel d’Ecquevilly dit « du Grand Veneur » datant du XVIIe siècle. En juin 2020, la galerie inaugure un nouvel espace de 70 m2 avenue Matignon dans l’ouest parisien, portant la superficie totale de la galerie à Paris à 2370 m².

LIRE LA SUITEhttps://www.perrotin.com/fr/about

L'exposition « Creature Comforts » ouvrira le 17 octobre avec treize nouveaux tableaux créés par Hernan Bas depuis le mois de mars dans son studio de Miami.



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