FINANCIAL ART

Angleterre : un couple de retraités possédait sans le savoir deux sphinx antiques dans son jardin 

En Angleterre, deux statues de sphinx achetées pour quelques centaines de livres sterling il y a quinze ans ont été proposées aux enchères par leurs propriétaires, qui les prenaient pour des répliques de faible valeur. Reconnues par les enchérisseurs comme d’authentiques statues d’Égypte antique, elles ont finalement été adjugées pour l’équivalent de 230 000 euros. 

15.10.2021 - CONNAISSANCE DES ARTS - Clara Baudry

Le weekend dernier en Angleterre, une paire de statues de sphinx estimée entre 300 et 500 livres sterling (l’équivalent d’entre 350 et 600 euros) a finalement été vendue pour 195 000 livres sterling (l’équivalent de 230 000 euros). Alors que la maison de vente britannique Mander Auctions les prenait pour des répliques du XVIIIe ou du XIXe siècle, il s’agirait en fait d’authentiques statues d’Égypte antique. Une véritable surprise pour les propriétaires, qui les exposaient depuis 15 ans dans leur jardin ! Des études sont en cours pour confirmer leur origine ancienne. 

Une valeur insoupçonnée 

Le couple qui vient de se séparer des deux sphinx les avait acquis il y a une quinzaine d’années lors d’une vente aux enchères, pour « quelques centaines de livres sterling » seulement. Ne soupçonnant pas leur valeur, ils firent même réparer l’un deux, qui s’était brisé, par un maçon local. Les statues présentent également quelques signes d’usure, dus aux intempéries. « Pendant tout ce temps, ils s’asseyaient là et n’avaient aucune idée de ce qu’ils avaient dans leur jardin » a expliqué la maison de ventes à la «BBC». 

Des enchérisseurs attentifs 

Ce sont les enchérisseurs qui, le weekend dernier, ont décelé leur ancienneté et fait flamber le prix. « D’après eux, il s’agirait d’authentiques objets d’Égypte antique, qui sont passés entre les mailles du filet récemment parce qu’on les prenait pour des copies du XVIIIe siècle ». Alors que les statues ont été mises à prix pour l’équivalent d’environ 240 euros, plusieurs enchérisseurs se les sont disputées au téléphone et en ligne durant 15 minutes : « les enchères sont devenues folles ! », s’est enthousiasmé James Mander, le propriétaire de Mander Auctions. Une galerie anonyme aurait finalement remporté l’enchère. Si leur sort demeure inconnu, les propriétaires, quant à eux, ont été « surpris et ravis du résultat ». 

À Frieze London, pluie de premières ventes 

Par Marine Vazzoler - QDA - 14 octobre 2021  

À Londres, la Frieze Art Fair a ouvert ses portes le 13 octobre avec le vernissage VIP. Les œuvres de femmes ont été particulièrement appréciées. Ce fut le cas d'une sculpture en tissu rose réalisée par Louise Bourgeois en 2004, présentée sur le stand de Hauser & Wirth et partie à 2,4 millions de dollars. Chez Pace Gallery, on s'est réjoui de la vente à un musée d'une des œuvres de Loie Hollowell à 1,75 million de dollars; tandis que les peintures de Deborah Roberts, montrées par la Stephen Friedman Gallery, ont toutes été achetées (avec des prix oscillant entre 125 000 et 150 000 dollars). La galerie David Zwirner s'est quant à elle séparée des quatre sculptures de Carol Bove (d'une valeur allant de 300 000 et 450 000 euros) et de cinq peintures de Michaël Borremans (entre 180 000 et 600 000 dollars). La galerie américaine a aussi cédé à une « collection d'art majeure » aux États-Unis une peinture de Kerry James Marshall pour 2,2 millions de dollars. Pour sa première participation à Frieze, la Ronchini Gallery avait vendu, dès le vernissage, trois pièces du peintre italien décédé en 2015 Luigi Boille (entre 30 000 et 70 000 dollars) tandis que la galerie Imane Farès a cédé une installation de dessins de Sammy Baloji à un collectionneur belge. De son côté, Lehmann Maupin a déclaré avoir vendu une quinzaine d'œuvres issues de la série « Specimens » de l'artiste coréen Do- Ho Suh pour un total d'1,4 million de dollars, alors que la galerie Thaddaeus Ropac faisait état de nombreuses ventes, notamment Zimmer mit Dusche (2021) de Georg Baselitz, cédée à un musée privé de Berlin pour 1,3 million de dollars, ou
encore Night House 2 d'
Alex Katz, partie à 950 000 dollars. Enfin la galerie Addis Fine Arts, située à Addis Abeba (Ethiopie), a vendu l'intégralité de son solo show de la peintre Merikokeb Berhanu

La Biennale raccourcit son nom, allonge sa durée 

Par Rafael Pic - QDA - 11 octobre 2021  

On la voyait en perte de vitesse, minée par des conflits et des défections, affectée par un changement de nom peu heureux – Ex – vite brocardé par ses détracteurs lors d'un accord avec Alexis Cassin, actif dans l'événementiel. L'ancienne Biennale des antiquaires, inaugurée en 1962 par André Malraux, semble vouloir effacer ces errements récents et revenir aux fondamentaux. Elle prend un nom (déposé) encore plus simple – « La Biennale » – se débarrassant des mentions « antiquaires » et « Paris » mais continuera de se tenir tous les ans. Elle abandonne la version courte de 4-5 jours pour s'étendre sur plus de 10 jours et 2 week-ends (du 26 novembre au 5 décembre) au Grand Palais Éphémère, notamment pour s'adapter aux « contraintes du transport international », selon Mathias Ary Jan, vice- président du Syndicat national des antiquaires, qui souligne le retour des joailliers : sur les quelque 60 exposants qui auraient déjà confirmé leur participation, ils seront une dizaine,
marques ou créateurs, comme Ronny Totah, Larengregor, Chopard ou la Chinoise Elsa Jin. Sur les 10 000 m2 du bâtiment, les stands n'en occuperont qu'un quart, avec une surface moyenne de 40 m2, pouvant monter à 100 m2 (ce qui sera notamment le cas d'Opera Gallery), pour des prix s'étageant entre 850 et 1100 euros le m2. « Nous avons en effet voulu une ambiance muséale, avec deux grandes allées de 6 mètres de large car, avec d'autres marqueurs, comme les vélums dans les stands, ce sont nos codes. Mais en tant que salon généraliste, de l'Antiquité à l'art moderne, nous ouvrons aussi sur la création contemporaine. Les allées seront ponctuées de statues monumentales de Panamarenko ou Wim Delvoye », explique Mathias Ary Jan. La section sur les galeristes émergents disparaît, tout comme le dîner de 850 couverts (en raison du contexte) et le catalogue papier, « par souci d'écologie ». Parmi les participants annoncés, à côté des habitués Pentcheff, Charly Bailly ou Cahn, certains sont de nouveaux venus comme Marc Ségoura (fils de Maurice Segoura), Diximus, Hurtebize, Dutko ou Philippe Rapin. Est également annoncée la présence du musée de Flandre à Cassel, du musée Maillol et du Mobilier national. 


Rapport Artprice 2021 : l’art contemporain rebondit 

Par Alison Moss - QDA - 05 octobre 2021  

Le dernier rapport d’Artprice, sur la période de l'été 2019 à l'été 2020, faisait état des conséquences initiales de la pandémie sur le marché de l'art contemporain aux enchères (artistes nés après 1945), constatant une chute des revenus de l'ordre de 34 %. Cette tendance s’est-elle confirmée durant l'année qui a suivi ? Rien de moins sûr : les chiffres du dernier rapport, paru hier, indiquent au contraire que le marché a redémarré à partir de l’été 2020 et totalisé 2,7 milliards de dollars dans le monde, soit une augmentation de 117 % par rapport aux 1,2 milliard du déprimant exercice précédent. Au total, 102 000 lots d’art contemporain ont été acquis en 12 mois, soit dix fois de plus qu’il y a vingt ans. Plusieurs artistes ont vu leur cote s'envoler : Amy Sherald (43 ans), dont on connaît surtout le portrait de Michelle Obama daté de 2018 (toile adjugée pour 4,26 millions de dollars chez Phillips New York, soit 21 fois son estimation haute) ou Flora Yukhnovich (31 ans) dont une peinture a atteint 1,18 million de dollars, pour une estimation basse de 60 000 dollars, également chez Phillips. Si la peinture reste la catégorie reine en termes de valeur (2 milliards de dollars, soit 73 % du volume d’affaires mondial) comme en lots vendus (42 %), les NFT se sont frayés une place non négligeable sur le marché. Quatrième catégorie récompensée au niveau des prix, ils représentent 127,6 millions de dollars en produit de ventes, soit un résultat deux fois plus élevé que celui de la photographie contemporaine, pour un nombre significativement inférieur de lots (100 NFT contre 6 500 photographies). Outre l'engouement évident pour ce nouveau format, les acheteurs raffolent aussi de street art et manga (4,7 % du volume de ventes) comme en témoigne la demande élevée pour des œuvres de Kaws, Murakami ou Banksy. Concernant la répartition géographique du marché, l'Asie confirme son rôle de plaque tournante avec un chiffre d'affaires d'un milliard de dollars (40 % du volume mondial) tandis que le marché américain atteint 889 millions de dollars, soit une augmentation de 113 % – le meilleur exercice de son histoire. La France (4 % du marché mondial contre 2,3 %, en 2019, avec 60 millions de dollars d’œuvres écoulées) occupe la troisième place du podium occidental après le Royaume-Uni. Un résultat qui s'explique grâce à son activité soutenue : plus de 10 000 œuvres ont été vendues, dont la plupart à petits prix (82 % des œuvres contemporaines s’échangent sous le seuil des 5 000 dollars). Seules quelques-unes ont dépassé le million (deux sculptures de François-Xavier & Claude Lalanne, une peinture de Günther Förg), contrairement au marché londonien qui privilégie pour sa part des signatures très cotées. 


Lancement du Obama Presidential Center

Par Jade Pillaudin - QDA - 04 octobre 2021 


Le projet du Obama Presidential Center est officiellement lancé depuis que Barack Obama en a symboliquement posé la première pierre lors d'une cérémonie à Chicago (Illinois), le 28 septembre. Ce centre culturel prendra forme au coeur du quartier afro-américain défavorisé de South Side, où le 44e président des États-Unis a débuté sa carrière de travailleur social dans les années 1980 et où Michelle Obama, également investie dans le projet, a grandi et rencontré son époux. Le campus doit faire émerger « la prochaine génération de dirigeants, pas seulement du gouvernement et du service public, mais ceux qui veulent changer les choses à travers l'art, le journalisme ou les créateurs d'entreprises inclusives et socialement responsables », a expliqué Barack Obama durant la cérémonie. S'échelonnant sur 4 ans, les travaux, d'un coût de 500 millions de dollars (l'identité des donateurs n'a pas été révélée), verront sortir de terre trois bâtiments au sein du Jackson Park, au bord du lac Michigan. Ils comprendront un musée en forme de tour hexagonale, une branche de la Chicago Library, ainsi qu'un forum rassemblant des salles d'étude, des studios d'enregistrement destinés aux plus jeunes, des laboratoires et des bureaux spécialement conçus pour la Obama Foundation, créée en 2014. Le musée, dessiné par Tod Williams et Billie Tsien, retranscrira la carrière de l'homme politique. L'aménagement des extérieurs avait fait l'objet de recours en justice d'associations soucieuses de préserver l'environnement du Jackson Park mais, en août dernier, une décision de justice a finalement autorisé la construction. La Fondation espère attirer en moyenne 700 000 visiteurs par an, et offrir environ 5000 emplois pendant la construction (puis 2500 à terme) aux habitants de South Side, à qui l'ex-président veut redonner un souffle socio-économique. 


Entre crise et campagne présidentielle, la Culture sauvée du gouffre 

Par Sarah Hugounenq - QDA - 22 septembre 2021 

La barre symbolique des 10 milliards d’euros est dépassée. Avec 11,24 milliards, le budget du ministère de la Culture présenté hier en conseil des ministres veut accompagner le rebond des acteurs culturels. 

BUDGET 2022

La culture serait-elle redevenue essentielle ? L’augmentation impressionnante des crédits de la Rue de Valois le laisse penser. Depuis mars 2020, c’est près de sept fois le budget annuel du ministère (13,6 milliards d’euros) qui a été alloué en mesure de soutien d’urgence, tous dispositifs confondus (crédits, aides sectorielles, fonds de solidarité, prêts garantis, chômage partiel, etc.). « On a sauvé la culture !, se réjouit Roselyne Bachelot. 

Aucun autre pays n’a autant soutenu son secteur culturel. » Si le constat est vrai, il faut aussi rappeler qu'aucun autre pays n’a autant imposé de fermetures à ses opérateurs. 

Réparer 

Il s’agit donc de panser les plaies. Aux 3,892 milliards de crédits
budgétaires s’ajoute une dotation supplémentaire arrachée par la ministre pour les gros opérateurs qui ont pris de plein fouet l’assèchement du tourisme étranger. « Les grands établissements ne sont pas sortis de la crise », précise-t-elle, reconnaissant une fréquentation qui ne parvient toujours pas à retrouver ses niveaux de 2019. 234 millions d’euros seront portés au projet de loi de finances rectificative de décembre pour réapprovisionner le fonds de roulement du CMN (119,3 millions d'euros), de Versailles (111,8 millions), du Louvre (99 millions), de la RMN-GP (49 millions) mais aussi du Palais de Tokyo, de Pompidou, d’Orsay, de Chambord, de Rodin ou de l’Opéra. À cette mesure d’urgence, le Plan de relance, doté de 463 millions d’euros pour 2022 et 42 millions d’euros pour 2023, pour la fin de certains chantiers de cathédrales, vient sécuriser et accélérer plusieurs projets. Le Mobilier national se voit par exemple allouer 4,5 millions d'euros supplémentaires pour sa modernisation. 

Préparer 

Au-delà des stigmates de la crise, ce budget trahit aussi la volonté de la ministre de réarmer le secteur et de « garantir dans la durée notre capacité à réinventer notre modèle culturel ». Pour y répondre comme pour répondre en creux à un budget de campagne à la veille des élections présidentielles, l’ensemble des programmes du ministère sont en augmentation. Le patrimoine dépasse le milliard d’euros et bénéficie de 7 millions d’euros supplémentaires. La création voit ses crédits boostés de 5,6 % (909 millions d'euros), tandis que le programme transmission est le grand gagnant, voyant ses moyens croître d'un quart (758 millions). Il s’agit bien de poursuivre les ambitions du gouvernement d’Emmanuel Macron avant la crise : privilégier l’accès à la culture, particulièrement chez les jeunes, et territorialiser l’offre. L’enseignement supérieur culturel bénéficie de 26 millions d’euros de mesures nouvelles pour moderniser les écoles d’art et d’architecture, et mieux soutenir les étudiants en difficultés via les bourses. Avec 1,6 million de téléchargements de son application, le Pass Culture est brandi comme la grande réussite du quinquennat. Il est doté de 140 millions d’euros supplémentaires pour 2022, à quoi s’ajoutent 45 millions du ministère de l’Éducation nationale pour étendre le dispositif à des opérations collectives aux classes de 4e à la terminale. 

Répartir 

Celle qui se veut la « ministre des territoires » se félicite d’une politique patrimoniale dynamique. Les monuments historiques ont vu leurs crédits passer de 333 millions d'euros en 2017 à 430 millions en 2022 (sans compter le plan de relance), ceux des musées de 358 millions à 363 millions, et ceux de l’archéologie de 133 millions à 143 millions. Par ailleurs, fidèle à sa volonté de déconcentration, le ministère augmente le volume des crédits déconcentrés en DRAC qui atteignent 962 millions. Ce parti pris cache toutefois la grande misère des ressources humaines, grandes perdantes de ce budget en trompe- l’œil. Avec 497 millions d'euros, l’enveloppe pour la charge de personnel du ministère a perdu près d’un tiers de son financement qui tablait en 2017 à 697 millions. Derrière les mesures liées à la crise, ce dernier budget du quinquennat appelle donc à un bilan plus large. 

Vive la crise ? 

Ainsi, selon les promesses faites en 2017, le budget du ministère s’est bien vu conforté significativement avec une augmentation de 15 % de ses crédits, soit 507 millions d’euros supplémentaires. Dans le détail, le programme patrimoine aura grossi de 12 %, la création de 15 %, et la transmission de 31 %. Ce dernier, appuyé par la création d’une nouvelle direction générale de la transmission au ministère en janvier 2020, montre combien la politique du gouvernement d’Emmanuel Macron a initié un important changement de paradigmes dans les politiques publiques de la culture en France. On est passé d’un soutien de l’offre à un soutien de la demande, dont le Pass Culture en est le porte-étendard. « Ce budget vient parachever un effort continu depuis 2017 en faveur des jeunes, des territoires et des artistes, se félicite Roselyne Bachelot. Un effort accru par la crise qui a fragilisé notre système culturel. » Pour un peu, la crise serait le salut du monde culturel. 


Le galeriste Emmanuel Perrotin ouvre un immeuble entier consacré au second marché 

10 SEPTEMBRE 2021 - Par Matthieu Jacquet - NUMÉRO

Implantée à Paris, New York, Tokyo, Seoul, Hong Kong et Shanghaï, la galerie d'art Perrotin ne cesse d'étendre son empire. Alors qu'elle célèbre cette année ses 31 ans d'existence, son fondateur Emmanuel Perrotin inaugurait ce mardi 7 septembre un tout nouvel espace sur cinq étages dans un immeuble de l'avenue Matignon. Un pendant complémentaire de son antenne historique du Marais, qui accueillera son activité consacrée au second marché. 

Aujourd'hui, le galeriste d'art contemporain inaugure un espace inédit. À cette occasion, une grande exposition collective se tient dans les quatre adresses parisiennes du groupe. 

Après un an de travaux, la nouvelle galerie Perrotin consacrée à la revente d'oeuvres d'art vient d'ouvrir ses portes au 8, avenue Matignon. Né d'une collaboration entre Emmanuel Perrotin, Tom-David Bastok et Dylan Lessel, cet hôtel particulier de 400 m2 sur cinq étages a été pensé pour accueillir une pluralité d'artistes et des programmations couvrant des périodes artistiques allant du moderne au contemporain. 

Pour cette inauguration, des œuvres de Maurizio Cattelan, Ugo Rondinone, Peter Halley ou encore Keith Haring seront exposées dans une scénographie signée Cécile Degos, connue notamment pour ses travaux au Palais de Tokyo ou au musée Guggenheim à New York. 

D'autres vernissages se dérouleront dans les trois autres galeries Perrotin de la rive droite ce samedi. Une journée durant laquelle les esthètes auront le plaisir de découvrir le travail autour de la céramique japonaise du collectif Kaikai Kiki, les moulages de tableau questionnant le rapport à la peinture signés de l'Américain John Henderson ou encore l'exploration magique du réel et des rapports humains proposée par la Coréenne GaHee Park. La rentrée de septembre souffle un vent de renouveau sur le marché de l'art et dans le quartier des célèbres galeries parisiennes. (Les Échos)


Perrotin, 5 étages pour le second marché 

Par Rafael Pic
QDA - 14 décembre 2020  

Avec deux associés, Emmanuel Perrotin va lancer en 2021 de manière spectaculaire son activité sur le second marché. Au cœur du quartier le plus recherché du moment, l’avenue Matignon. 

L’adresse semblait leur tendre les bras. Et les intéressés confirment : « Le projet est né de la visite. » La date ? Le 3 mars 2020, juste avant le premier confinement. Le lieu ? Un hôtel particulier au 8, avenue Matignon, qui a abrité jusqu’à l’an dernier la galerie Yoshii. Soit 5 étages et un sous-sol pour un total de 380 m2. Les intéressés ? Emmanuel Perrotin, qu’on ne présente plus, et deux jeunes associés (32 ans chacun), avec lesquels il collabore depuis plusieurs années. L’un est Tom-David Bastok, qui s’occupe depuis 5 ans d’un pan de la succession Mathieu, qu’il a réussi à réunir à l’autre pour la confier dans sa globalité à la galerie Perrotin (en association avec Nahmad Contemporary). Ce qui semble avoir plutôt bien réussi puisque le peintre a battu son record chez Christie’s lors des récentes ventes de Hong Kong : 1,8 million de dollars au marteau pour une œuvre de 1978, Souvenir de la maison d’Autriche. L’autre est Dylan Lessel, qui a travaillé pendant 7 ans (jusqu’en 2018) chez Kamel Mennour, orchestrant d’abord l’ouverture de l’espace de la rue du Pont-de-Lodi puis celui de l’avenue Matignon, en 2016. Les deux hommes sont associés dans la structure Bastok Lessel, qui gère aussi depuis un peu plus d’un an la succession d’Alain Jacquet.  

Nom : Perrotin 

La nouvelle vitrine portera seulement le nom de Perrotin mais la nouvelle entité, Bastok Lessel Perrotin, une société par actions simplifiée créée le 26 novembre, associera les trois (50% à Perrotin, 50% à Bastok Lessel) avec un objet social large : achat et vente, échange, courtage et intermédiation, conseil. L’hôtel particulier, où cinq personnes travailleront, est actuellement en cours de rénovation. Six mois de travaux ont été nécessaires pour rafraîchir la structure qui comporte un bel escalier en fer forgé : au rez-de-chaussée, il a fallu par exemple abattre une cloison et retirer un pilier, en renforçant par des IPN, pour avoir un volume d’un seul tenant. Il s’agira ensuite d’agrandir les fenêtres sur rue (encore en attente d’une autorisation de la Ville de Paris) et installer le dernier cri de la technique (comme le grand écran de projection pour montrer des œuvres à l’échelle 1, même à distance). Le contrat, sans pas de porte, a inclus une clause Covid permettant de ne pas avoir à payer de loyer pendant les mois de confinement. 

L’avenue Matignon fait le plein 

L’avenue Matignon était un choix évident pour lancer cette activité : les galeries se battent pour s’installer sur ses 450 mètres de long. On a vu en peu de temps Lelong, Fleury, Mayoral, Huberty & Breyne, Jacques Lacoste et Perrotin lui-même (le 23 juin au 2 bis) y mettre pignon sur rue (voire à l’étage comme White Cube ou dans un hôtel comme Charly Bailly au Bristol). Tornabuoni a aussi préféré réintégrer, il y a deux mois, son adresse d’origine, au 16, après la fin de longs travaux dans l’immeuble, même si elle était deux fois plus petite que son attache temporaire dans le Marais. Le mouvement est loin d’être achevé puisque Almine Rech est annoncée en janvier (à la place de Marciano Contemporary) et que l’on prononce d’autres noms de marchands à l’affût comme Skarstedt ou Pace. Les maisons de ventes accroissent également leur emprise : alors que Christie’s vient d’inaugurer un nouvel espace d’exposition à l’emplacement de la galerie Félix Vercel (qui a déménagé de quelques numéros), Sotheby’s va effectuer le grand bond en occupant à terme les locaux de Bernheim-Jeune (angle rue du Faubourg Saint-Honoré), rachetés cet été pour quelque 65 millions d’euros. 

Expositions publiques et négociations confidentielles 

« J’y pensais depuis un moment mais je n’avais pas encore réussi à mettre en place un vrai département consacré au second marché, malgré quelques coups d’éclat confidentiels », explique Emmanuel Perrotin, qui rappelle l’exposition 

« Empreinte-moi » montée avec Philippe Ségalot en 2005, pour l’inauguration de sa galerie rue de Turenne. « ll faut avoir suffisamment d’inventaire, des pièces “fraîches”, c’est-à-dire peu vues et faire tout un travail sur les prix, la provenance. Nous allons essayer de le faire intelligemment en tirant bien sûr profit de notre réseau international, avec une présence dans 6 pays, dont 4 galeries en Asie, qui est vraiment le marché qui explose, et des outils de pointe en matière de logiciels et de réseau sociaux. » En plein cœur de l’écosystème parisien du second marché, à la fois amorti par la pandémie mais confiant en l’avenir grâce notamment aux effets collatéraux du Brexit, l’immeuble présente les avantages du prestige immobilier (un hôtel particulier) et de volumes à taille humaine (environ 70 m2 par plateau) se prêtant aussi bien à des expositions publiques (group shows ou focus sur un artiste) qu’à la confidentialité de salons feutrés pour négocier. « Cet aspect intime, plutôt qu’un loft avec de grandes hauteurs sous plafond, permettra aux clients de s’imaginer les œuvres comme à la maison », souligne Tom-David Bastok

Les estates mais pas que... 

On imagine que les estates que gère Perrotin occuperont une part importante de l’activité, Georges Mathieu, bien sûr, mais aussi Hans Hartung, Jesús Rafael Soto et Chung Chang-Sup. Mais l’offre sera plus large, et on y retrouvera aussi bien Picasso que Giacometti, Calder que Fontana. « Nous ne nous interdisons rien », précise Dylan Lessel, le seul principe a priori intangible étant de se limiter à l’art moderne et contemporain. Pour Perrotin, Matignon n’est pas une idée sortie récemment du chapeau. Il y a une quinzaine d’années, il avait déjà tenté de s’y installer en projetant de reprendre la galerie de Robert Mikaeloff. « C’était avant même d’ouvrir à Hong Kong. Les plans étaient déjà prêts mais l’opération ne s’est finalement pas faite. Je n’étais pas sûr du passage effectif de clientèle et il me semblait alors plus logique de me développer à l’étranger avant de revenir à Paris. » Le temps est donc venu. Lorsqu’il a ouvert son premier espace avenue Matignon en juin dernier, il ne lui a pas donné le numéro 4, qui porte malchance en Asie, mais, grâce à l’existence d’une deuxième porte, le 2 bis. « Cette nouvelle adresse sera au 8, un numéro porte- bonheur ! » Dans les circonstances actuelles, il n’y aura évidemment pas de grande fête d’inauguration. Aucune date précise n’est avancée, mais rendez-vous est pris pour la fin du premier trimestre 2021 avec une exposition collective. 


Lévy Gorvy, Salon 94 et Dayan fusionnent leur activité 

Par Rafael Pic
QDA - 01 septembre 2021
 

La nouvelle vient d'être dévoilée par le New York Times plus tôt que prévu et alors que certains employés n'étaient – semble-t-il – pas encore au courant. Plusieurs poids lourds de la scène américaine ont décidé de mettre fin à leur activité individuelle pour créer une structure commune dont l'acronyme reprend les initiales des quatre fondateurs : LGDR. Soit, dans le détail, Dominique Lévy et son associé Brett Gorvy, tout deux passés par Christie's, aujourd'hui à la tête de la galerie Lévy Gorvy qui a connu un développement très rapide et qui a ouvert en octobre dernier une antenne à Paris ; Amalia Dayan (petite- fille du général Moshe Dayan), autrefois associée à Daniella Luxembourg au sein de Luxembourg & Dayan ; et Jeanne Greenberg Rohatyn, la patronne de Salon 94 (mariée au fils de Felix Rohatyn, qui fut banquier chez Lazard et ancien ambassadeur américain en France). La nouvelle structure va s'installer dans les locaux de Salon 94, récemment rénovés par l'architecte uruguayen Rafael Viñoly, qui occupent 1600 m2 à l'emplacement de l'ancien National Academy Design Museum, dans l'Upper East Side, sur East 89th Street. Le consortium ainsi créé gardera-t-il tous les artistes et estates représentés par les différentes galeries ? « Nous allons entamer des discussions avec chacun des artistes et des estates, explique Dominique Lévy. C'est un travail de haute couture et je pense que nous pourrons avoir une vision claire en novembre. » Qu'en sera-t-il des différents espaces à l'étranger ? « Nous conserverons les galeries existantes et nous allons, en plus, ouvrir des bureaux à Séoul, Taipei, Singapour, Milan ou Genève. Si le marché reste évidemment global, la région a repris son importance. Il est nécessaire d'avoir une expertise sur place, et pas uniquement à distance. » L'une des décisions les plus spectaculaires de LGDR est de déserter les grandes foires pour se concentrer sur l'Asie, véritable moteur de croissance du secteur. « Nous allons effectivement participer à toutes les grandes foires d'Asie : c'est le meilleur moyen dans cette région de montrer les artistes et de toucher les collectionneurs. Mais nous n'en ferons pas d'autres, à part Art Basel à Bâle. » Fini donc Frieze, la FIAC ou Art Basel Miami... 

LGDR entend définir un nouveau modèle hybride, plus « agile », où les ventes privées voisineront avec le conseil aux auctioneers, et où le second marché aura autant sa place que le premier. L'inauguration est prévue en janvier prochain mais les actuels sièges new-yorkais, notamment celui de Lévy Gorvy, resteront ouverts pendant une bonne partie de l'année 2022, le temps que des travaux d'agrandissement, pour ajouter quelque 1000 m2 supplémentaires, soient menés sur la 89e Rue. 


Remontage d'une exceptionnelle fresque arlésienne 

Par Stéphanie Pioda
QDA - 05 septembre 2021  

Elle est belle, vieille de plus de 2000 ans, et unique. Cette harpiste, qui a donné son nom à la villa découverte en 2013-2014 sur le site de la Verrerie à Arles, appartient au décor peint d'une maison romaine construite vers 70 avant notre ère. Cette présentation monumentale, qui appartient au second style pompéien, est la seule de ce type retrouvée en Gaule aujourd'hui, et est par ailleurs un témoignage inédit du fait que ce style, qu'on pensait se diffuser en Gaule à partir du milieu du Ier siècle avant J.-C., est déjà présent dans le sud de la France deux décennies plus tôt. La chance des archéologues est que cette maison a été détruite volontairement autour de 50 ou 40 avant notre ère, pour la rehausser à cause des remontées des eaux des nappes phréatiques. D'où le fait qu'une partie des murs était encore en place sur 1,60 m de haut, et tous les fragments des enduits peints ont été retrouvés dans les remblais, pour certains en très bon état. En avril dernier, les archéologues ont commencé une tâche titanesque : remonter les décors réunis dans 800 caisses. Un véritable puzzle, mais sans modèle ! Après 1800 heures de travail, les murs – ceux de l'antichambre et de l'alcôve aux décors d'inspiration architecturale – reprennent forme sur des tables au musée départemental Arles antique. La salle d'apparat, où se trouvaient la harpiste et d'autres figures de grande taille appelées « mégalographies », sera remontée à partir de l'année prochaine. Une fois ce travail post-fouilles achevé en 2023, les fresques intègreront les collections du musée en restituant l'architecture à laquelle elles appartiennent. 


Les salons de Marseille lancent la saison

Par Armelle Malvoisin, Rafael Pic

QDA - 31 août 2021 


Avec les alarmes sur le variant Delta, l'incertitude régnait à la veille des traditionnels rendez-vous marseillais de la fin août. Qui s'en sont plutôt bien sorti avec le retour des visiteurs et des ventes – de quoi effacer la déconvenue de 2020. 

Marseille, comme Paris, a sa galaxie de salons. De dimensions contenues, ils ont réussi à créer un écosystème, qui alimente le marché mais également la fermentation culturelle locale, relayée par les galeries, les artist run spaces, le FRAC PACA, les musées ou espaces originaux comme le CIRVA, consacré à la création dans le domaine du verre. Le benjamin était Polyptyque, salon de la photo contemporaine installé rue de la République, dans un ancien magasin désaffecté. Pour sa 3e édition, il mêlait valeurs sûres comme Laurence Aëgerter (galerie Binome), Thomas Mailaender (galerie Michael Hoppen), Rachel de Joode (galerie Christophe Gaillard) et de jeunes photographes locaux récompensés par un prix, qui seront prochainement montrés chez Sitdown à Paris. 


15e pour Art-O-Rama 

Après une année blanche pour cause de Covid, une quarantaine de galeries européennes venues d’Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie ou encore de Russie, étaient de retour à Marseille à la Friche de la Belle de Mai, pour la 15e édition de la foire internationale d’art contemporain Art-O-Rama. « Un rendez- vous réussi avec un retour en force des collectionneurs, se réjouit Véronique Collard Bovy, directrice générale de Fræme, société productrice du salon. Il y avait une crainte des galeries de ne pas retrouver ce public. » En plus des collectionneurs, les représentants d’institutions et de fondations étaient là, comme Colette Barbier (fondation Ricard, Paris), Colette Tornier (Résidence Saint-Ange, Seyssins près de Grenoble) ou encore Danièle Kapel- Marcovici (Fondation Villa Datris, Isle-sur- la-Sorgue). Cette dernière a notamment apprécié les orchidées charnues en céramique aux allures de sexes féminins (entre 2 500 et 7 800 € la pièce unique) de l’Allemande Kristin Wenzel, qui représente la nature comme lieu de désir, chez Supraintfinit (Bucarest). Les natures mortes en marqueterie de marbre (6 000 € pièce) de la Française Alice Guittard, réalisées à Lisbonne suite à une résidence, ont séduit plusieurs amateurs à la galerie marseillaise Double V, dont c’était la première participation à la foire et qui a ouvert un second espace à Paris en mai dernier. Spécialisée dans les scènes africaines, 31 Project (Paris), qui venait aussi pour la première fois, a convaincu les visiteurs avec des œuvres textiles de la Franco-Ivoirienne Marie-Claire Messouma Manlanbien (entre 1600 et 9 000 €) et une série de photos peintes et brodées (pièce unique à 1 000 €) par l’artiste d’origine tunisienne M’Barka Amor qui a tiré ces images de sa vidéo Now I am White, abordant la question de la ségrégation raciale liée à la couleur de peau. Habituée d’Art-O-Rama, la galerie In Situ- Fabienne Leclerc (Romainville) a marqué l’attention de collectionneurs avec les paysages traités dans une veine moderniste (pour 10 000 € le tableau et 2 000 € le dessin) par la Libanaise Daniele Genadry qui sera prochainement en résidence à la Fondation Camargo à Cassis. 

8e pour Paréidolie 

Format plus réduit, comme d'habitude, au château de Servières pour
Paréidolie, consacré au dessin contemporain. Les mots doivent être explicités : le château de Servières est une bastide des quartiers nord où a été créée la première galerie dans un centre social. Celle-ci, bien qu'en plein Marseille, en est l'héritière et a conservé le nom. Quant au vocable sonore de paréidolie, qui trahit une ascendance grecque (comme la ville elle-même), il traduit la capacité à reconnaître des formes dans les nuages : une disposition somme toute utile face à certaines expressions du dessin contemporain. « Nous avons fait le choix depuis le début de nous limiter à 14 galeries sur les 1000 m2 disponibles, explique la directrice, Martine Robin. D'habitude, la moitié sont étrangères mais la crise a changé la donne. » Cette année, seule la Liégeoise Nadja Vilenne portait les couleurs du reste de l'Europe, avec les compositions de l'étonnante Jacqueline Mesmaeker, plus active que jamais à 94 ans. Si l'édition 2020 a dû être annulée à la dernière minute – 10 jours avant l'ouverture en raison d'un cluster à Marseille – celle-ci a plutôt répondu aux espoirs avec 2000 entrées (contre 2500 avant le Covid) sur une durée toujours aussi courte (le week-end). « On peut supposer que la nécessité de s'inscrire, sur laquelle nous avions communiqué, a dû en freiner certains, poursuit Martine Robin. Mais les résultats sont satisfaisants : toutes les galeries ont vendu. » L'amalgame a plutôt fonctionné entre les talents du cru (notamment les cartes blanches aux jeunes artistes comme Victoire Barbot, qui a transformé des documents administratifs jetés à la benne pendant la pandémie en pulpe à papier, devenue story-board d'un film à venir) et les stands des galeries. Certaines sont des habituées des foires (Michel Rein, Bernard Jordan, Papillon, qui revenait après une absence de quelques années, ou Maubert), d'autres moins connues du grand public, comme 8+4 de Bernard Chauveau et Damien Sausset, qui présentait des monotypes de Lionel Sabatté, promis à une importante actualité cet automne, ou Plein Jour de Douarnenez. « Pour une première participation, le bilan est très positif, expliquent Alexandra Duprez et Jean Pierre Le Bars, de Plein Jour, qui s'en tenaient à des prix accessibles, entre 500 et 2000 €. Même si l’art brut japonais était une découverte pour beaucoup, nous avons vendu plusieurs œuvres, notamment de grandes pièces de Riona Morikawa avec ses champs d’écriture, vrai succès auprès des collectionneurs, tout comme Kaoru Kobayashi et ses affiches de cinéma. » Chez Vachet-Delmas, c'était plus mou, peut-être en raison du créneau (le beau diptyque cubain de Thomas Henriot, à la plume, était proposé à 10 000 €). « Nous avons vendu seulement deux pièces de Yoann Estevenin sur cinq et une pièce de Thomas Henriot sur quatre. Mais nous avons beaucoup de demandes de prix. » Selon Martine Robin, le temps moyen passé par un visiteur sur le salon est de 2h30. De quoi discuter et nouer des contacts, ce dont se félicite Michel Rein. « Nous avons beaucoup de liens historiques avec les collectionneurs de Marseille que nous avons été heureux de retrouver – et aussi pas mal de Parisiens en villégiature. Nous avons vendu une douzaine d’œuvres de Franck Scurti (déjà très collectionné ici), des œuvres de Michele Ciacciofera dont beaucoup de visiteurs avaient vu l’exposition rétrospective à Rochechouart (jusqu’à décembre). Et il faut noter l’intérêt des professionnels pour la Vénézuélienne Mariana Bunimov avec laquelle nous avons engagé une collaboration cette année. » 


La Villa Médicis, 355 ans et des projets

Par Rafael Pic

QDA - 30 juin 2021 


Arrivé il y a moins d'un an, Sam Stourdzé commence à imprimer sa marque sur l'Académie de France à Rome. Au programme : une plus grande ouverture sur la ville, davantage de multidisciplinarité, la recherche nécessaire de mécènes et un nouveau festival de cinéma. 

Même dans l'ambiance feutrée de la Villa Médicis, les fracas du monde se font entendre. Selon l'emplacement de l'atelier- appartement qui vous est attribué, certains distinguent une zone Neuilly et une zone Sarcelles. Et les grandioses tapisseries qui ornent le salon d'honneur font l'objet d'une offensive woke : commandées par Colbert, elles illustreraient à fond le préjugé colonialiste de l'homme blanc et devraient, selon certains pensionnaires, être décrochées pour laisser la place à une création plus contemporaine et d'esprit plus paritaire. Le nouveau directeur de l'institution, nommé il y a un peu plus d'un an mais entré en fonction le 1er septembre, Sam Stourdzé, en provenance des Rencontres d'Arles, connaît bien les spécificités de la maison pour y avoir été lui-même résident il y a 12 ans, les tensions qu'elle génère et les outils qu'elle propose. « C'est un lieu qui a changé ma vie, reconnaît-il. Accueillant en même temps artistes, compositeurs ou écrivains, qui se nourrissent réciproquement, il offre à la fois protection et ouverture, permet une mise en réseau comme tremplin pour l'après. » Comment renouveler une institution qui a 350 ans, qui a vu passer des générations d'artistes et des directeurs de renom (dont, dans le dernier demi-siècle, Balthus ou Richard Peduzzi) ? « Cela vous rend modeste, on se sent simple locataire dans une longue histoire. » Il n'est donc pas question de révolution dans le programme de Stourdzé mais d'aménagement, à partir d'une question simple : « Qu’est-ce qu’une résidence d’artistes en 2021 ? »

Contre le fonctionnement en silo 

La Villa Médicis, qui a aboli la limite d'âge de 35 ans, et où les 16 lauréats reçoivent une bourse de 3500 euros mensuels, n'entre pas clairement dans la répartition classique entre résidence de production (où l'on produit une œuvre) et résidence de transmission (où l'on transmet un savoir). Ici, on postule pour un projet, qu'on réalise ou pas : pas de comptes à rendre à la sortie. « Être artiste, c'est avoir un temps devant soi pour créer », résume simplement Sam Stourdzé. Mais sans se couper du monde. Dans cette optique, un fonds de dotation vient d'être mis en place avec l'aide de mécènes pour une bourse de production sur l'année qui suit la résidence : la Villa Médicis accordera jusqu'à 10 000 euros d'aide pour peu que l'artiste puisse trouver un montant équivalent auprès d'un opérateur culturel. Une façon d'entrer dans le bain de la commande... Dans le même temps, Sam Stourdzé annonce vouloir combattre la tentation d'un fonctionnement étanche, « en silo », qui peut facilement s'imposer dans un lieu aussi idyllique. D'où une multiplication des collaborations - colloques, expositions, festivals – avec divers partenaires, de Rome et d'ailleurs. Après les céramiques de Johan Creten et la proposition vidéo – qui peine à convaincre – de Mircea Cantor, Maurizio Cattelan investit cet été 4000 m2 de jardins avec Toilet Paper.

16 pensionnaires 

L'exposition majeure est évidemment celle des pensionnaires sortants, orchestrée sous le titre d'ECCO par Laura Cherubini, qui a notamment été commissaire du pavillon italien à la Biennale de Venise 1990 et, plus récemment, vice-présidente du MADRE de Naples. La diversité de profils s'incarne dans les différentes propositions. On y trouve des arts plastiques, bien sûr, avec Simon Boudvin, Jacques Julien ou Apolonia Sokol et ses toiles figuratives riches en couleur et en symbolique, mais aussi de l'architecture avec Alice Grégoire et Clément Périssé qui auscultent les matériaux de construction de la Villa au cours des âges. La vidéo et la photo sont bien présentes, par exemple avec Estefanía Peñãfiel Loaiza et Georges Senga, qui mènent chacun une enquête sur un proche disparu dans des circonstances obscures, permettant en même temps une analyse socio-politique de l'Équateur ou du Congo dans des périodes troublées. L'écrivain Anne-James Chaton a conféré une dose de poésie aux rouleaux de tiroirs-caisses tandis que l'historienne de l'art Alice Dusapin, dont le père compositeur fut lui même pensionnaire, montre avec 53 collages les prémices d'une longue enquête sur un personnage improbable, le physicien américain Bern Porter, impliqué dans le projet Manhattan de bombe atomique : « Mais il a aussi été l'éditeur de Henry Miller et d'Anaïs Nin, et collagiste. J'ai commencé il y a 3 ans l'inventaire des fonds américains qui le conservent, au MoMA, à UCLA ou à Brown, et je prépare une monographie. » Quant à l'esprit de collaboration, qui n'a pas toujours été le fort des résidents, il se matérialise dans la revue du même nom, ECCO, produite au long de l’année.

8 millions de budget 

Pour la rentrée est attendu un nouveau festival de cinéma sur 4 jours (mi- septembre), mettant en présence artistes, vidéastes, producteurs, tandis qu'un colloque abordera de front les questions qui fâchent – et notamment ces fameuses tapisseries, montrant les cadeaux offerts par des rois congolais à leurs homologues brésiliens, qui ont d'ailleurs inspiré Sammy Baloji dans son actuelle exposition aux Beaux-Arts de Paris. « Ce n'est pas le fait de déboulonner qui nourrira le débat mais de toujours recontextualiser », estime Sam Stourdzé. Pour faire face à ces nouveaux projets, le budget de 8 millions d'euros annuels devra être consolidé d'autant qu'il a été écorné par la pandémie. Si la subvention de 6 millions du ministère des Affaires étrangères est assurée, les 2 millions de recettes propres ont évidemment souffert (mécénat, privatisation d'espaces, et les 300 000 euros annuels que rapporte la location de chambres aux visiteurs). Le directeur annonce cependant avoir déjà des engagements pour 3 millions d'euros sur les prochaines années. Parmi les nouveaux mécènes, on compte notamment le promoteur Élysées Monceau et Roederer, déjà connu pour soutenir la photographie et qui a inscrit comme action prioritaire du 10e anniversaire de sa Fondation le soutien aux actions de recherche, de production et de diffusion de la Villa : la Nuit Blanche, l'exposition de chaque promotion et ¡Viva Villa!, festival organisé avec la Casa de Velázquez de Madrid, la Villa Kujoyama de Kyoto et la Collection Lambert d'Avignon. Quant à la liste des 16 prochains pensionnaires qui bénéficieront de ces largesses, elle est d'ores et déjà arrêtée, après les auditions des 6 et 7 mai par le jury. Elle doit être rendue publique dans les tout prochains jours. 



Nouvelle Samaritaine : patrimoine, street art et Perrotin

Par Éléonore Théry

QDA - 23 juin 2021 


Hier, 23 juin, après 16 ans de fermeture, la Samaritaine a rouvert ses portes. Pour se distinguer de la concurrence, elle a mis en avant ses liens avec le monde de l’art. Au menu : patrimoine historique superbement restauré, programmation culturelle, visites guidées et galerie Perrotin en sous-sol. 

Elle était attendue, la voici enfin. Après seize ans de fermeture, dont trois ans de recours juridiques, cinq ans de travaux et un an d'attente lié au Covid, la Samaritaine, propriété de LVMH, a fini par rouvrir ses portes, sur 20 000 m2. Mais comment faire la différence alors que la concurrence est rude et que l’e-commerce vient grignoter des parts de marché ? Éléonore de Boysson, présidente Europe et Moyen-Orient de DFS, qui exploite le magasin, a la réponse. « Nous voulons proposer une expérience différente. Nous souhaitons que les gens passent du temps dans nos espaces pour se promener, pas seulement pour acheter. » Du moins pour le moment... 

Le joker du patrimoine 

Pour ce faire, l’une des cartes jouées par le grand magasin est celle des arts. D’abord, il s’agit de s’appuyer sur son fabuleux patrimoine architectural : un bâtiment Art nouveau signé Frantz Jourdain, datant de 1910 et un édifice Art déco ajouté par Henri Sauvage en 1928. L’ensemble a été minutieusement rénové, des 675 mètres de laves émaillées de la façade jusqu’au grand escalier central avec son garde-corps rehaussé de 16 000 feuilles d’or. Et LVMH n’a pas lésiné sur les moyens. La « fresque des paons » de 1907, chef-d’œuvre de l’Art nouveau signé Francis Jourdain, fils de Frantz Jourdain, a ainsi bénéficié de quatre ans de restauration sous la houlette de l’Atelier Bouvier après avoir été intégralement déposée. Pour les amateurs d’architecture contemporaine, la Samaritaine a fait appel à l’agence d’architectes japonaise Sanaa, qui a rénové le bâtiment Art nouveau, renommé Pont Neuf, en y creusant d’imposants puits de lumière et a imaginé une nouvelle structure dont une façade ondulante en verre rue de Rivoli (objet des actions en justice des riverains). 

Street artists et photographes... 

Ces espaces dédiés à la mode et à la beauté accueilleront aussi une programmation, comme des ateliers avec des artisans ou une troupe de danseurs sur rollers. « Nous voulons être en perpétuel mouvement, un grand magasin, ça vit, nous voulons surprendre à chaque passage chez nous », espère Éléonore de Boysson. Pour cela, le grand magasin s’est adjoint l’aide du commissaire d’exposition Hervé Mikaeloff, qui travaille pour LVMH depuis plusieurs années et a été missionné pour piloter certains projets. C’est le cas des fresques de street artists, signées Pablo Tomek, Antonin Hako et Antwan Horfee qui courent sur les parois en béton du rez-de- chaussée au premier étage. Sur les murs du magasin se déploie aussi une exposition photographique consacrée au chantier. Au restaurant Voyage, installé au 5e étage sous la verrière Art nouveau et ouvert jusqu’à deux heures du matin, sera également déroulé un petit programme, mêlant artistes, DJ’s, musiciens et créateurs de tout poil. Dans le comité de sélection fort éclectique figurent Jean-Michel Wilmotte, Frédéric Beigbeder ou Adel Abdessemed. Les vendeurs, quant à eux, ont été formés pour pouvoir conseiller les clients sur la programmation culturelle des lieux avoisinants (jusqu’à celle de la Bourse de Commerce du concurrent Pinault) à la façon des concierges d’hôtels. 

... et Perrotin Store 

Et au sous-sol, côté Rivoli, c’est une imposante sculpture de Xavier Veilhan, Kazuyo Sejima (2009), qui attend les visiteurs. Il s’agit de la figure de proue du « Perrotin Store », installé sur 200 m2 dans le grand magasin pour une durée de quatre mois. On y trouve des œuvres originales de Xavier Veilhan, Takashi Murakami, Paola Pivi, Johan Creten, Daniel Arsham... Point de toiles ou de sculptures à plusieurs dizaines de milliers d’euros mais des livres d’art, objets en série limitée, lithographies, mais aussi des t-shirts, peluches et autres goodies. Invité conjointement par Hervé Mikaeloff et Éléonore de Boysson, Emmanuel Perrotin explique : « Ces pièces éditées par la galerie permettent à nos visiteurs de repartir avec un souvenir de leur visite. Nous développons cette spécificité depuis des années à la galerie, cela demande beaucoup d’énergie mais nous avons à cœur de nous ouvrir à de nouveaux publics. » La démarche n’est pas totalement une première pour l’enseigne, qui avait déjà ouvert des petits pop up, corners éphémères dans plusieurs malls en Asie. Pourquoi ouvrir dans la Samaritaine ? « Avec ce Perrotin Store, nous osons nous confronter à un contexte différent, comme celui d’un grand magasin. Nous allons certainement beaucoup apprendre de cette expérience. » Et pour conclure le tout, suivez le guide ! Car des visites guidées du bâtiment sont organisées. Si la Samaritaine a poussé loin la démarche, elle n’est pas la seule à user de l’argument artistique. 

Derniers projets en date ? Le Printemps vient d’inaugurer son espace Joli cadeau, qui propose notamment des œuvres d’art. Et Dior concocte un mini-musée dans son flagship du 30 avenue Montaigne, actuellement en travaux.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/20017-nouvelle-samaritaine-patrimoine-street-art-et-perrotin.html  



Copie privée : menace sur le financement de la culture 

Par Léa Amoros
QDA - 07 juin 2021  

Portée par la proposition de loi visant à « réduire l’empreinte environnementale du numérique en France », jeudi 10 juin, l'Assemblée nationale se prononcera sur la suppression, ou non, de la redevance copie privée pour les appareils reconditionnés, marché qui a le vent en poupe. Pour rappel, la loi sur la copie privée, adoptée en 1985, impose aux fabricants et importateurs d’appareils de stockage (tablettes, clés USB, téléphones, box, disques durs externes) neufs et, depuis 2020, reconditionnés, de reverser un pourcentage du prix de vente aux acteurs du monde de l'art. En contrepartie, les utilisateurs bénéficient du droit de dupliquer librement des œuvres protégées acquises légalement (photos d'œuvres d'art, livres, films, musique). 

75 % de cette redevance est reversée aux auteurs, éditeurs, artistes et producteurs, via leurs organismes de gestion collective (Sacem, ADAGP, SACD, etc). Les 25 % restants sont utilisés pour financer des actions culturelles. En France, en 2019, 270 millions d’euros ont été collectés (dont environ 8 millions perçus par l'ADAGP pour les arts visuels), soit l’équivalent de 7 % du budget du ministère de la Culture. Ils ont permis de soutenir 200 000 personnes travaillant dans le secteur, à hauteur de 5 à 10 % de leurs revenus et près de 12 000 projets. 

« C'est un système vertueux dont tout le monde sort gagnant. Les consommateurs, les artistes et les fabricants, dont les produits sans cette possibilité de stocker des biens culturels, perdraient une grande partie de leur valeur », explique Marlène Chalvin, responsable communication de l'ADAGP. Ce mécanisme, adopté par 25 pays membres de l’Union européenne et par plusieurs autres pays (États-Unis, Russie, Norvège, Canada ou encore Burkina Fasso) pourrait être remis en cause en France. 

Le 1er juin, à la demande du gouvernement français, la Commission pour la rémunération de la copie privée a adapté son barème aux appareils reconditionnés avec un abattement de 40 % sur les téléphones (7,20 euros pour un appareil disposant de 64 gigaoctets contre 12 euros pour un neuf). Insuffisant pour Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et Cédric O, secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, qui demandent l'exonération totale de la copie privée sur les appareils d'occasion, opposant culture et écologie. 

« Le consommateur ne devrait pas avoir à choisir entre l'un ou l'autre ! C'est une opposition absurde et dangereuse pour le monde culturel déjà meurtri par la crise », martèlent Marlène Chalvin et les 1 600 artistes signataires de la tribune du 29 mai publiée dans le Journal du dimanche. Si le 10 juin l'exonération est accordée aux appareils reconditionnés, elle privera la culture de 30 millions d’euros de revenus annuels. 



NFT : mode passagère ou marché durable ? 

Par Georgina Adam  - QDA - 01 juin 2021  

Les NFT – jetons non fongibles (de l’anglais Non Fungible Tokens) – explosent depuis mars de cette année. D’après un rapport publié en mai par la société britannique d'analyse artistique ArtTactic, il s’en est vendu pour 437 millions de dollars entre janvier et mai 2021. Et le secteur évolue très, très vite. Le point culminant a été atteint en mars lorsque le graphiste Beeple – inconnu jusque-là dans le monde de l'art – a vendu pour près de 70 millions de dollars un NFT représentant sa compilation numérique, Everydays, the First 5000 Days. S’il s'agit, de loin, du montant le plus élevé jamais atteint par un NFT, d'autres se chiffrent en millions de dollars, comme les 9 Cryptopunks de Larva Labs, vendus en mai, également chez Christie's, pour près de 17 millions de dollars. Le boom – ou la bulle – du NFT a propulsé sous les projecteurs tout le secteur de l'art numérique. Subitement, des créateurs comme Mad Dog Jones, XCopy ou Pak, dont les noms étaient inconnus sur le marché de l'art, produisent des œuvres qui dépassent le million de dollars. Un peu plus d'un an auparavant, on pouvait encore acheter du Pak ou du Beeple pour 1000 dollars. Aujourd'hui, le rapport d'ArtTactic évalue la part des NFT à environ 11 % de l’ensemble du marché. Ce n'est pas écrasant, mais c’est tout de même beaucoup, comparé aux chiffres extrêmement bas d’avant 2021. 

Sotheby’s & Christie’s se mettent aux NFT 

Si l’on se demande pourquoi le marché était si négligeable, la raison en est simple : jusqu’ici, il était presque impossible de revendre de l'art numérique, car il était difficile de prouver que l’on était propriétaire d'une œuvre qui pouvait être téléchargée gratuitement sur internet. Les créateurs et les acheteurs se situaient donc en dehors des circuits habituels. En outre, les principaux acteurs du marché de l'art – les gardiens du temple de l’art –, comme les maisons de ventes aux enchères et les galeries, ne vendaient pas de NFT. La situation a radicalement changé. Même la galerie Almine Rech, qui a pignon sur rue, a vendu sous forme de NFT des éditions des artistes César Piette et Brian Calvin. Les prix commençaient à 250 dollars. Tout a été vendu. Sotheby's, Christie's et d’autres ont adopté les NFT avec enthousiasme. Ils acceptent même, pour certaines œuvres, le paiement en cryptomonnaie. Chez Sotheby's, un Banksy, Love is in the Air, s'est vendu en mai pour 12,9 millions de dollars, en même temps que le Beeple. La tendance est conséquente. Avec les cryptomonnaies, qui ont le vent en poupe, il ne fait aucun doute que les nouveaux riches en Bitcoin, en Éther et autres monnaies vont faire monter les prix. D'autant plus que leurs possibilités d’investissement sont assez limitées. 

Une bulle spéculative ? 

Il y a aussi des manœuvres dans l'air : les acheteurs du Beeple ont fractionné leur achat en vendant des jetons dans leur fonds Metapurse. À leur point le plus haut (juste après la vente du Beeple), les jetons B.20 valaient 24 euros ; aujourd’hui, ils tournent autour de 1 euro. En avril, en effet, selon Non-Fungible.com, le prix moyen des œuvres de crypto-art avait chuté de 60 % au cours des deux mois précédents. Il est important de préciser que la plupart des NFT n’atteignent pas des montants faramineux. Une recherche publiée sur Medium montre que 33 % des NFT vendus sur la plateforme OpenSea en une semaine, pendant la « ruée vers l'or » de mars, ont rapporté moins de 100 dollars ! Dans certains cas, c'était moins que le coût énergétique nécessaire pour « frapper » ces jetons. Cela dit, les NFT créent un nouveau type d'art, une nouvelle façon de l'acheter, de nouveaux collectionneurs, et une nouvelle manière de rétribuer les artistes, car les contrats peuvent prévoir des redevances sur la revente. Mais il est bon de rappeler les cinq étapes d'une « bulle », telles que les définit l'économiste Hyman Minsky : nouvelle technologie, argent bon marché, amnésie des krachs précédents (souvenez-vous du boom des dot.com et des marchés immobiliers), euphorie, puis krach. Ce n’est pas dire que les NFT vont disparaître, mais plutôt qu’ils sont aujourd'hui largement surévalués et qu'une correction suivra certainement. Sans parler de la qualité de l'art, qui est un tout autre débat... 


Macron lance le plus grand programme d’art public en France 

Par Rafael Pic
QDA - 23 mai 2021  

Dans le cadre du plan de relance de l’économie, selon nos informations, 30 millions d’euros devraient être consacrés à la commande d’art public en France. Cela marque une relance significative pour une pratique qui a dans le « 1% artistique » (correspondant à la part du budget total dans la construction ou l'extension d'un bâtiment public) l'un de ses principaux dispositifs actuels, et en ferait la plus grosse opération de ce genre en Europe. La campagne, dont la Direction générale de la création artistique sera le référent, doit être placée sous la direction de Bernard Blistène, directeur du musée national d'Art moderne, et se faire en étroite association avec différents établissements publics qui opèrent dans le champ culturel, dont le Centre national des arts plastiques (CNAP), le Centre des monuments nationaux (CMN), le Conservatoire du littoral, etc. Bernard Blistène, dont le mandat au Centre Pompidou arrive à échéance à la fin du mois de juin (en même temps que celui de Serge Lasvignes) et qui fait partie des pressentis pour piloter KANAL - Centre Pompidou à Bruxelles, a constitué un conseil de direction avec 8 membres, parmi lesquels figure notamment Rebecca Lamarche-Vadel, directrice déléguée de Lafayette Anticipations. Si le modus operandi reste à définir, cette politique vise à accroître la visibilité de la commande publique – une tradition bien ancrée en France – face au développement spectaculaire de la commande privée, dans des cadres variés qui vont des « Nouveaux commanditaires », animés par François Hers, à « Un immeuble, une œuvre », impulsé par Emerige et auquel se sont ralliés de nombreux promoteurs immobiliers.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19783-macron-lance-le-plus-grand-programme-d-art-public-en-france.html


Les mécènes en force à la Fondation du patrimoine 

Par Sarah Hugounenq
QDA - 23 mai 2021  

C’est la rançon du succès. La montée en puissance de la Fondation du patrimoine, qui a soutenu pas moins de 30 000 projets depuis sa création en 1996, rendait son organisation surannée. Alerté sur le sujet, le Parlement mettait donc sur pied un projet de loi visant à moderniser sa gouvernance en 2019. Deux ans plus tard, le texte aboutit avec son adoption en deuxième lecture par l'Assemblée nationale le 20 mai. Une fois l’extension de son label aux villes de moins de 20 000 habitants adoptée en 2020 dans la loi de finances rectificatives, la présente loi s’apparente désormais plus à un bichonnage des statuts qu’à un changement fondamental. Toutefois, l’évolution et la simplification de la composition de son conseil d’administration n’ont rien d’anecdotique. Porté de 25 à 15 membres, le conseil laisse désormais la part belle aux donateurs et mécènes, ainsi qu’aux associations nationales de sauvegarde du patrimoine. Un autre article porte sur la suppression de la possibilité de préemption ou d’expropriation qui avait été donnée à la Fondation, mais jamais utilisée. Ce mode d’action autoritaire, délicat à mettre en œuvre pour une fondation, était surtout peu envisageable d’un point de vue économique, la structure n’ayant pas les ressources suffisantes pour gérer en propre des lieux à sauvegarder. Ces diverses dispositions témoignent de la reconnaissance par l’État du rôle fondamental que joue cet organisme de droit privé dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine français comme bras armé de la direction générale des Patrimoines.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19787-les-mécènes-en-force-à-la-fondation-du-patrimoine.html


La pandémie a dopé le piratage de biens culturels dématérialisée

PAR CHARLES ROUMÉGOU · LEJOURNALDESARTS.FR LE 20 MAI 2021 -   

La fréquentation des sites ou applications de contenus piratés a connu un pic en mars 2020, avec 14,2 millions d’internautes.

Alors qu’elle doit bientôt fusionner avec le CSA, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) a rendu publique le 6 mai dernier une étude sur l’audience des sites de biens culturels dématérialisés au cours de l’année 2020. 

Il en ressort que près de 89 % des internautes – soit neuf sur dix – ont déclaré avoir consommé des biens culturels en ligne en avril 2020, contre 81 % en mai 2019. Une hausse de 8 points en un an qui s’explique par le confinement sur l’ensemble du territoire national, de mars à mai 2020. 

Cette augmentation s’accompagne d’une hausse en flèche de la fréquentation des sites illicites de biens culturels dématérialisés avec un pic en mars 2020 de 14,2 millions de pirates, soit 27 % des internautes français. Sur l’ensemble de l’année, ce chiffre se stabilise à 12,7 millions, soit 24 % des internautes, une consommation illicite néanmoins comparable à 2019. 

Le piratage en streaming (71 %) de films ou musiques l’emporte devant le téléchargement direct (54 %), tandis que si la consommation de ces contenus demeure encore minoritaire sur smartphone, elle connaît toutefois une hausse notable de 48 % depuis deux ans. 

L’étude de la Hadopi confirme enfin la baisse d’audience du « top cinq » des sites illicites les plus utilisés par les Français, laquelle ne représenterait plus que 34 % de l’audience illicite totale en 2020 contre près de 48 % en 2018. Une dispersion des usages qui s’explique notamment par la multiplication des actions pour bloquer et déréférencer ces sites de contenus piratés. 

Créée en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la Hadopi lutte contre le piratage en ligne des œuvres culturelles protégées par un droit d’auteur que ce soit dans le domaine de l’audiovisuel, de la musique, du livre numérique ou du jeu vidéo. Régulièrement pointée du doigt pour son efficacité relative – à l’image du rapport Lescure de 2013 qui en prône la suppression – la Haute autorité a vu son arsenal répressif s’amenuir au fil des années. 

En cours d’examen au Palais-Bourbon, un projet de loi prévoit de fusionner le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et la Hadopi en une seule et même autorité administrative indépendante : l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/la-pandemie-dope-le-piratage-de-biens-culturels-dematerialises-154285


Proust en peinture 

Par Alison Moss
QDA - 04 mai 2021 


Il s'agit de la première opération de mécénat participatif menée par la Maison de Tante Léonie - Musée Marcel Proust (Illiers- Combray) depuis sa création en 1960. Un objectif d'entre 10 000 et 12 000 euros a été fixé pour l'acquisition de la toile de l'Américain Thomas Alexander Harrison (1853-1930), soit environ la moitié du coût du tableau et des frais de transport, l’œuvre devant voyager depuis les États-Unis. Intitulée Beach Tides, elle sera dévoilée au public le 10 juillet – date, jour pour jour, du 150e anniversaire de l'écrivain – si les fonds nécessaires sont levés. Des experts estiment que l'artiste, né à Philadelphie et arrivé en France en 1879, fut l'un des modèles pour le personnage du peintre Elstir dans la Recherche du temps perdu. Proust avait visité l'atelier d'Harrison en 1895, année de réalisation de la toile. La côte rocailleuse rappelle en effet la « roche de la plage basse » de Carquethuit, dépeinte par le peintre Elstir dans le roman. La Société des Amis de Marcel Proust acquiert régulièrement de nouvelles pièces afin d'enrichir sa collection (parmi les plus récentes, un dessin de Madeleine Lemaire et une photographie de Reynaldo Hahn dédicacée à Proust, tous les deux proches de l'écrivain). L'organisme ne possédait cependant à ce jour aucune toile d’Harrison, déjà peu présent dans les collections françaises (seulement quatre toiles se trouvent dans l'ensemble du territoire, dont une au musée d'Orsay).


https://www.lequotidiendelart.com/articles/19680-proust-en-peinture.html


Les métiers de la création dénoncent les marchés publics non indemnisés 

PAR SINDBAD HAMMACHE · LEJOURNALDESARTS.FR LE 29 AVRIL 2021 -   

Dans une tribune, graphistes, scénographes, artistes contestent la non- rémunération des projets qui ne sont pas retenus. 

Les institutions publiques abuseraient-elle du travail des créateurs ? C’est ce qu’affirme un texte soutenu par 16 organisations professionnelles du secteur, parmi lesquelles la Fédération des concepteurs d’expositions, le Syndicat national des artistes plasticiens ou le Syndicat national des photographes

Pour ces professionnels de la création, leur mise en concurrence lors d’appels d’offres par des opérateurs publics « prend une tournure inacceptable ». Les projets, maquettes, notes d’intention demandés lors des phases de sélection représentent un travail considérable, qui ne serait pas rémunéré dans plus de 80 % des cas. 

A l’initiative de cette pétition, le graphiste Mathias Rabiot qui estime atteindre le seuil de 95 % de propositions non rémunérées. « Il est très compliqué d’obtenir un chiffre d’ensemble pour toute la profession », souligne-t-il : le milieu créatif éparpillé en de nombreux secteurs, souvent peu coordonnés, se prête mal au recueil de ce type de données. 

Les problèmes que posent cette dévalorisation des propositions non retenues, sont pourtant communs à toutes les professions relevant de la création, où la « petite idée » exigée en amont de la sélection représente une part importante du travail global. « Si l’on prend l’exemple extrême de la création d’un logo, 90 % du travail est dans l’esquisse ». 

Ce travail non rémunéré pèse sur le secteur de la création, constitué d’un réseau de TPE, qui plus est fragilisées par la crise sanitaire. 20 % de l’activité des quelques 250 000 professionnels du secteur serait ainsi consacré chaque année à répondre aux appels d’offres non rémunérés. « Imaginez que dans chacune de nos activités, un jour de travail par semaine parte en fumée », fait valoir la tribune. 

Cette non-rémunération a des conséquences sur l’ensemble de la chaîne de création : une fois sélectionnée, l’entreprise lauréate aura tendance à gonfler le prix de ses prestations pour compenser les appels d’offres non gagnés. Certains font également appel à des sous-traitants en freelance pour répondre aux appels d’offres, ou reportent la pression sur leurs salariés par des heures supplémentaires non rémunérées. « Il ne faut pas s’étonner ensuite que le secteur créatif soit celui où les salariés font le plus d’heures supplémentaires », rappelle Mathias Rabiot. 

Pour mettre fin à ce système, la pétition propose de retirer des textes de lois la notion « d’investissement significatif » : un critère sans définition précise qui conditionne pourtant la rétribution des réponses aux marchés publics. Dans les faits, cette notion floue permet aux collectivités et institutions publiques de justifier trop facilement l’absence de rémunération des projets non retenus. 

Un récent jugement du tribunal de Versailles (15/07/2019) réaffirme pourtant l’obligation de verser une prime correspondant à 80 % de la valeur du travail préparatoire exigé lors d’une procédure d’appel d’offres. Une obligation rappelée dernièrement dans une note de Bercy, restée sans effets notables sur les pratiques des commanditaires. 

Les signataires prennent modèle sur les architectes. En 1985, ces derniers ont réussi à imposer par la loi, la valorisation des études répondant aux marchés publics à hauteur de 80 % de leur coût estimé. « Les architectes investissent deux à trois mois dans ces études, pour des chantiers de quelques années. C’est exactement le même ratio pour nous, à une autre échelle temporelle », explique Mathias Rabiot. Réglementée et reconnue, la profession des architectes a pu créer ce rapport de force par la voie législative. 



L'expertise menacée par les ventes en ligne ?

Par Alison Moss

QDA - 26 avril 2021 


La rigueur de l’expertise est-elle menacée par la montée en puissance du marché de l’art en ligne ? Un rapport rédigé par la Compagnie nationale des experts (CNE), à la demande du Conseil des ventes volontaires (CVV), fait le point sur ces dérives et avance quelques pistes d’amélioration. 

Le constat est sans appel. Selon le rapport publié par la Compagnie nationale des experts, à la demande d’Henri Paul, président du Conseil des ventes volontaires, le nombre d'experts sollicités lors des ventes aux enchères a drastiquement diminué de décembre à février : sur cinquante ventes en ligne de spécialités sur Interenchères, vingt- neuf ont eu lieu sans expert, en faisant recours en interne à un commissaire- priseur généraliste. Le phénomène avait déjà germé bien avant que l’online ne s'impose comme la nouvelle norme, mais s’est considérablement aggravé depuis : l’éloignement géographique imposé par les confinements et les restrictions de voyage ont notamment réduit les déplacements et conduit à une hausse de l’expertise sur photo (c'était le cas du comité de vetting de la première TEFAF Online, l'automne dernier). À l'inverse, la démultiplication du nombre de ventes implique un besoin d'un nombre plus élevé d’experts dans des délais de plus en plus réduits. Rédigé à partir de témoignages d'experts (François Laffanour, Éric Turquin, Bernard Dulon, etc.), opérateurs de ventes (Cécile Verdier, Alexandre Giquello, etc.) et personnalités extérieures (Olivier Lorquin, Gilles Andréani, etc.), le rapport étudie les failles du système, sans pour autant nier les opportunités offertes par les nouvelles technologies : accès à une clientèle beaucoup plus large, passerelles vers les nouvelles générations, vitesse des transactions... Le mot d'ordre ? « S'adapter sans se renier. » 

L'online, un changement d'échellle 

Le problème du faux a toujours existé sur le marché de l'art. Des organes d’investigation tels que l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels) et Interpol, ou encore l'UNESCO, estiment toutefois que celui-ci le gangrène dans des proportions inconnues jusqu’alors. Sur de nombreux plans, les nouvelles technologies permettent de mieux combattre ce fléau, en proposant aux experts des outils plus sophistiqués. « Aujourd'hui, les photographies ont une résolution incroyable, ce qui explique que des professionnels achètent des tableaux à des millions d'euros sans les voir », note l'expert Éric Turquin. Ils peuvent être utiles à condition de les utiliser comme des méthodes complémentaires : « La photo n'est qu'un point de départ », précise-t-il. « Il faut voir l'objet, le toucher. On peut se servir des avancées technologiques, mais elles ne peuvent pas tout résoudre, puisque les faussaires peuvent eux aussi de leur côté l'utiliser afin de contourner les règles », ajoute Frédéric Castaing, président de la CNE. La vigilance doit être encore plus accrue, puisque ce type de plateforme attire un public plus vaste et davantage ouvert aux non-initiés. « Il faut sécuriser cette nouvelle clientèle qui connaît moins les codes du marché et fait confiance aux plateformes de vente », rappelle Frédéric Castaing. Difficile aussi, avec la globalisation du marché, de satisfaire l’ensemble des acquéreurs, dont les critères divergent en fonction de la provenance.

« Nous avons l’habitude en France de réclamer à l’État de résoudre nos différends. Beaucoup de plateformes en ligne semblent s’être basées sur les habitudes des pays de langue anglaise, ce qui crée un certain écart », remarque Éric Turquin. 

Quelle responsabilité pour les maisons de ventes ? 

Avec la remise en cause de l’authenticité du Salvator Mundi, dans le documentaire d'Antoine Vitkine diffusé le 13 avril sur France 5, la question redouble de sens. Si l’accusation d'Antoine Vitkine a ensuite été récusée par le Louvre, le doute subsiste : si l'attribution n'avait pas été correcte, quelles conséquences aurait dû assumer Christie’s ? Le rapport soutient que les maisons de ventes sont de plus en plus nombreuses à se dédouaner de leurs responsabilités, notamment en ce qui concerne les conditions d'après-vente. « Les services juridiques travaillent pour essayer de limiter leur responsabilité », explique Frédéric Castaing. Sotheby's est explicitement citée à titre d'exemple, pour son article III de son guide d'enchérisseurs en ligne : « L’opinion de Sotheby’s sur un lot dépend en partie de l’information qui lui est donnée par le vendeur. Sotheby’s ne peut procéder à des recherches et enquêtes exhaustives sur chacun des lots qui lui sont confiés. Les enchérisseurs en sont avertis et reconnaissent qu’ils doivent se renseigner personnellement », y lit-on. « Le message est clair : si vous voulez être sûrs, venez avec votre expert, parce qu'on ne garantit plus rien ! », s’indigne Frédéric Castaing. La dimension de plus en plus spéculative du marché ne fait qu’empirer l’affaire : « Le fait d’atteindre des records mondiaux passe alors au centre des priorités. Le marketing finit par remplacer l’expertise », regrette-t- il. De là l’importance, souligne le rapport, de faire appel à des experts indépendants, et donc libres de toute contrainte envers leur employeur. 

Vers un label « Made in France » 

L’expert étant essentiel à la fiabilité du marché, il est crucial d’assurer que son autorité est bien fondée. Si la CNE est régie par de strictes règles déontologiques et choisit ses membres sur des critères précis (environ dix ans d’ancienneté, deux spécialités au plus, casier judiciaire vierge, assurance et preuves d’une compétence certaine), le rapport rappelle que la profession ne bénéficie pas de protection juridique. L’idée d’un label y est ainsi proposée, afin d'unifier l'ensemble des compagnies d’experts (le CEDEA, le CNES, la SFEP, le CEA, la FNEPS ou des organisations professionnelles comme le SLAM, fédérant dans l’ensemble quelque 600 experts dans près de 180 spécialités). Celui-ci permettrait de regrouper les professionnels selon les critères d’une même charte et d'ainsi contrôler de manière unifiée la qualité des professionnels concernés. Le rapport plébiscite une promotion de l’expertise « à la française » comme valeur sûre, la France étant le seul pays à accueillir des associations d'experts et des organes de régulation. « Dans le monde entier, les choses se règlent à l'amiable. Lorsqu’un expert signale à une maison de ventes qu’un lot n’est pas bon, celle-ci en prend note, mais lui fait signer une clause de confidentialité afin que cela ne soit pas diffusé. En France, on fait un communiqué à l'OCBC et au Conseil des ventes et il y a une suite judiciaire. La création d'un label géré de manière indépendante agirait comme un verrou supplémentaire afin de sécuriser le marché », poursuit-il. Des discussions seraient déjà engagées avec différentes compagnies afin d'en esquisser les contours. 


1,8 million de dollars pour une paire de baskets 

Par Léa Amoros - QDA -  26 avril 2021 

Montante, noire, iconique. La paire de Nike Air Yeezy a foulé la scène de la 50e cérémonie des Grammy Awards, en 2008, aux pieds du rappeur américain Kanye West et, ce 26 avril, elle a crevé le plafond pour des « sneakers ». Adjugées à 1,8 million de dollars, lors d'une vente organisée par Sotheby's, à Rares, plateforme d'investissement spécialisée lancée fin mars par un ancien joueur professionnel de football américain, Gerome Sapp, ces baskets triplent le précédent record détenu par une paire d'Air Jordan 1 de Nike (615 000 dollars chez Christie's en 2020). Le prototype de Nike Air Yeezy – commercialisé un an plus tard en 2009 – a été mis sur le marché par le collectionneur new-yorkais Ryan Chang. Ce marché de niche il y a encore 10 ans attire désormais les amateurs comme les collectionneurs de premier plan : selon les experts, le marché mondial de la revente de baskets de collection pourrait atteindre 30 milliards de dollars d'ici 2030. Surfant sur cette popularité foudroyante, Sotheby's Genève a annoncé la vente en ligne, du 27 avril au 12 mai, d'un ensemble de 13 baskets portées par des stars de la NBA. 




A Londres, le musée du Design se déconfine en supermarché 

· LEJOURNALDESARTS.FR LE 22 AVRIL 2021 -  

Dans la plupart des musées, il est strictement interdit de toucher et d'acheter les œuvres, mais pas au Design Museum de Londres, qui a transformé sa boutique de souvenirs en « premier supermarché au monde conçu par un artiste » pour rouvrir malgré les restrictions liées au Covid-19. 

Devant le succès de sa campagne de vaccination, l'Angleterre a entamé son plan de déconfinement. Mais si les salles de sport, coiffeurs et terrasses de pubs ont pu rouvrir leurs portes, les musées devront eux attendre le 17 mai

Mais dans l'ouest londonien, un musée a trouvé la parade : transformer sa boutique en un magasin vendant des articles essentiels. Les produits, qui vont du riz au café en passant par les masques de beauté, sont empaquetés dans des emballages conçus par dix artistes. Bocaux et boîtes de conserve aux couleurs vives sont soigneusement alignés sur les étagères, formant des lignes épurées. Les recettes de cette exposition, qui a ouvert ce mercredi et se terminera dimanche, alimenteront un fonds pour les artistes et designers. 

Essentiel ? 

Alors que les magasins non-essentiels ont pu, eux, rouvrir le 12 avril, le directeur du Design Museum, Tim Marlow, souligne que l'exposition permet de questionner ce qui est jugé essentiel dans la vie quotidienne. 

« La créativité n'est-elle pas essentielle ? », demande-t-il, se disant « déconcerté que les commerces, les salles de sports et les coiffeurs aient pu rouvrir et que les musées doivent attendre le 17 mai ». 

Pour soutenir la culture malgré la pandémie, il préconise de venir visiter ce « magasin qui est en fait une œuvre d'art », vantant une « expérience complètement différente » qui comporte « un élément amusant, un élément critique et un aspect culturel sérieux ». « Vous pouvez y acheter des produits alimentaires essentiels à des prix compétitifs », souligne à l'AFP M. Marlow, « Il s'agit de savoir qui profite, qui finance, et d'échanger sur la culture ». 

A cause des fermetures successives imposées par la pandémie, le Design Museum a perdu 92 % de ses revenus, mais est pour l'instant resté à flot grâce à une subvention gouvernementale de 3 millions de livres (3,4 millions d'euros). 

Pour Tim Marlow, qui a réussi à monter en deux mois ce nouveau concept, le secteur culturel aura un rôle important à jouer dans le monde post-pandémie. « Je veux affirmer la pertinence des musées. Nous ne nous limitons pas à un spectacle », assure le directeur, « Notre mission est de rechercher et présenter des solutions aux problèmes que nous affronterons après la pandémie ». 

« Exposition joyeuse » 

« Les budgets sont réduits dans l'industrie de la création, mais la créativité est partout », affirme Camille Walala, une des designeuse au centre de l'exposition, qui vante les mérites de cette « nouvelle plateforme permettant aux artistes de présenter leur travail ». 

Avec ses vêtements colorés et ses larges bijoux jaunes, rouges et bleus, l'artiste londonienne - ont la devise est « prendre la joie au sérieux » - a clairement donné le ton de cette exposition lumineuse. « Les gens devraient venir parce que c'est excitant de sortir de chez soi, de voir de l'art et d'être inspiré, c'est une exposition joyeuse », plaide-t-elle. 

Elle permet en outre « d'intégrer des œuvres d'art dans des produits de tous les jours : les gens les achèteront et les garderont comme une œuvre d'art abordable », explique- t-elle, y voyant « une très belle façon de présenter l'art ». 

Peter Williamson, 64 ans, est bien de cet avis : « Je passe devant tous les jours et j'ai été intrigué quand ils ont aménagé cette fausse boutique », explique-t-il, en avouant qu'il « adore l'installation du stand de chariots ».  

Par Imran Marashli 



Les NFT pointés du doigt pour leur impact néfaste sur l’environnement

PAR CHARLES ROUMÉGOU · LEJOURNALDESARTS · LE 21 AVRIL 2021 -   

De plus en plus de voix s’élèvent contre l’aspect énergivore de la production des NFT, très localisée en Chine. 

L’engouement dont bénéficient les NFT depuis maintenant plusieurs mois a pour conséquence la mise en lumière de travers inhérents parmi lesquels, outre la dimension spéculative, leur empreinte environnementale élevée. Une problématique qui, dans un contexte de réchauffement climatique, a conduit certains artistes à remettre en cause les œuvres en NFT et à renoncer à certains projets malgré les sommes astronomiques que certains NFT ont atteint lors de ventes aux enchères récentes

Au cœur de ces préoccupations, les importantes quantités d’émissions de gaz à effet de serre émises par les ordinateurs auxquels ont recours la blockchain, à la base des cryptomonnaies comme le Bitcoin ou l’Ethereum, et dans laquelle est encodée l’ensemble des caractéristiques qui font du NFT une œuvre numérique unique. 

L’ensemble des transactions afférents au NFT sont répertoriées sous la forme de « blocs », lesquels mis bout à bout forment une « chaîne », d’où le terme blockchain. Chacune des transactions est validée par des opérateurs appelés « mineurs » : des ordinateurs regroupés le plus souvent en « fermes de minage » pour accroître leur puissance. On trouve plusieurs de ces « fermes » en Chine, aux Etats-Unis ou en Russie

Ces ordinateurs doivent pour cela résoudre des équations mathématiques au moyen d’un système de validation par preuve de travail - « proof of work » (PoW). Si cet algorithme empêche les attaques informatiques contre la blockchain et préserve ainsi le NFT, il se révèle particulièrement énergivore compte tenu de la puissance de calcul requise laquelle croît chaque fois qu’un bloc est ajouté. 

Dans un rapport, le Cambridge Center for Alternative Finance (CCAF) a mis en évidence qu’en moyenne seuls 39 % de l’exploitation du système PoW est alimenté par de l’électricité issu de sources renouvelables (hydroélectrique, solaire, éolienne). Les 61 % restants proviennent du nucléaire ou de sources non renouvelables, comme le charbon dont la Chine est grande consommatrice. Or, la Chine concentre près de 65 % du hasrate mondial, soit la puissance de calcul nécessaire à un ordinateur pour assurer la validation des transactions sur une blockchain par preuve de travail. 

À titre d’illustration, une seule transaction Ethereum consommerait une quantité d’électricité identique à celle d’un ménage américain pendant 2,6 jours. L’empreinte carbone équivaudrait quant à elle à 81 074 transactions VISA ou à 6 097 heures de visionnage sur Youtube, d’après les données du journal en ligne Digiconomist

Pour se donner bonne conscience, Nifty Gateway, l’une des plus importantes places de marché permettant de collecter et d’échanger des jetons non fongibles uniques, s’est engagée par la voix de ses fondateurs, Duncan et Griffin Cock Foster, à acheter en contrepartie « des compensations pour deux fois le montant de l’empreinte carbone que Nifty Gateway a créé à partir des transactions de la blockchain ». La compensation carbone consiste à contrebalancer la part d’émissions de gaz à effet de serre incompressibles que ces entreprises ne peuvent ou ne savent pas encore réduire de manière satisfaisante en soutenant des projets de terrain environnementaux et sociaux (financement de parcs éoliens, plantation de nouveaux arbres etc.). L’objectif à terme étant, pour la marketplace, de devenir « un éliminateur net de carbone ». 

Si Nifty Gateway ne précise pas encore la forme que prendront concrètement ces compensations, ces promesses ont été accueillies avec scepticisme et ironie compte tenu de l’énormité de l’empreinte carbone des NFT. Sur son compte Twitter, l’illustrateur Bleached Rainbows écrit par exemple : « "Ne vous inquiétez pas ! Nous paierons pour les compensations carbones” équivaut à mettre le feu à une maison et à placer une seule plante en pot sur la propriété brûlée en guise de "compensations" ». 

Pour d’autres, le vrai débat est ailleurs : « pourquoi, lorsque les petits ont un pied à terre, tout le monde s’en prend à l’éthique, au lieu de critiquer les grands acteurs qui abusent de notre planète depuis des décennies ? », s’interroge le designer Gareth Stangroom sur son compte Instagram

Face aux critiques naissantes, certains artistes se sont tournés vers des solutions alternatives à l’instar de Damien Hirst. Pour sa première incursion dans l’univers des NFT, l’artiste britannique, qui veut prochainement mettre aux enchères près de 10 000 œuvres numériques avec son Currency Project, a préféré prendre les devants en s’associant avec la plateforme dite « éco-responsable », Palm - dont le déploiement est attendu dans le courant de l’année - laquelle avance sur son site internet « être jusqu’à 99 % plus efficace sur le plan énergique que les réseaux blockchain basés sur la preuve de travail, offrant ainsi aux artistes une solution plus durable ». 



Application du rapport Racine : des promesses non tenues 

Par François Salmeron
QDA - 18 avril 2021 

Un an après la remise du rapport Racine, les quinze mesures annoncées le 11 mars dernier par le ministère de la Culture déçoivent. Notamment pour remédier à la précarisation croissante des artistes- auteurs, et structurer un dialogue social entre la profession et l’État. 

La déception est à la hauteur des espoirs qu’il a suscités. Le rapport de 140 pages délivré en janvier 2020 par Bruno Racine, nommé depuis directeur du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana de François Pinault à Venise, avait été unanimement salué comme un état des lieux lucide (quoiqu’alarmant !) sur « la dégradation économique et sociale des artistes-auteurs ». Fort de vingt-trois recommandations, qui ciblaient en particulier l’exemplarité de l’État « qui ne peut pas assister sans réagir à la paupérisation des artistes-auteurs » et soulignaient le manque de représentativité de la profession, délaissée dans « l’angle mort » des politiques publiques, son application était d’autant plus attendue dans le contexte du Covid-19 : « La crise qui a débuté en mars n’a fait qu’aviver cette fragilité ancienne, croissante, solidement documentée », souligne Christophe Hardy, président de la SGDL (Société des Gens de Lettres) et vice-président du CPE (Conseil Permanent des Écrivains). Las, les quinze mesures que Roselyne Bachelot aura extraites du rapport Racine – dont quatre seront « immédiatement opérationnelles » afin de « sauvegarder le tissu créatif » – laissent perplexe : si elles semblent avant tout faire le nombre, leur contenu interroge également. 


Précarité et « maltraitance » administrative 

Car syndicats, associations et organismes de gestion collective (ou par abréviation OGC, type SACEM, SACD, SCAM) ont beau « saluer » le maintien du fonds de solidarité à l’attention des artistes- auteurs, « cette mesure n’est que la conséquence de la prolongation de cette aide elle-même », tempère Katerine Louineau, représentante du CAAP (Comité pluridisciplinaire des artistes-auteurs). Une aide que seuls 10 % des 260 000 créateurs répertoriés en France perçoivent (parfois non sans difficulté !), et qui se voit accompagnée d’une rallonge de 22 millions d’euros pour les fonds sectoriels d’urgence, dont 5 millions reviendront au CNAP, contre 10 millions pour la SACEM, adressés aux artistes-auteurs exclus du fonds de solidarité.
Parmi les autres « mesures pragmatiques » du programme Bachelot, on se félicite de la mise en place d’un observatoire statistique annuel – même si sa nomenclature ne satisfait pas une majorité d'organisations d'auteurs, qui ont formulé une contre- proposition au ministère.
L’enjeu ? Recenser les profils, activités et revenus des créateurs. « Nos professions sont mal identifiées par les pouvoirs publics et mal connues des administrations », explique Aurélie Gerlach, co-présidente de la Charte des auteurs. Et l’État, « déconnecté des problèmes auxquels nous nous confrontons », selon Katerine Louineau, peine donc à évaluer les difficultés qui frappent les artistes-auteurs. Dont les innombrables bugs informatiques qu’ont rencontrés 90 % des créateurs en se connectant au portail de l’Urssaf, afin d’accéder à leurs droits sociaux ou régler leurs cotisations. Ainsi, face à cette « maltraitance administrative », selon Christophe Hardy, le programme Bachelot promet un audit de l’Urssaf (initialement annoncé pour fin mars et dont on ignore toutefois les modalités). 


La représentativité au cœur des tensions 

À l’arrivée, « les préconisations les plus fondamentales du rapport Racine concernant la structuration du dialogue social n’ont pas été retenues », observe Xavier Montagnon, secrétaire général du CIPAC. Soit la création d’un Conseil national paritaire des artistes-auteurs (composé de syndicats, d’organismes de gestion collective et de producteurs-éditeurs- diffuseurs), couplée à l’organisation d’élections professionnelles, afin d'éviter de voir la représentation des artistes-auteurs s’émietter dans de multiples organismes, et mieux défendre leurs intérêts communs en rééquilibrant les rapports de force avec les diffuseurs. Cette proposition, jugée « bureaucratique et improductive » par les OGC, a été balayée par l’État, qui s’engage néanmoins à l’avenir à « accompagner les négociations professionnelles », sans que rien ne soit détaillé à ce sujet. Ainsi, de vives tensions demeurent entre les syndicats attachés à défendre l’amont de la création (contrat, rémunération, conditions de travail), et les OGC chargées de son aval, avec la diffusion des œuvres et la répartition des droits d’auteur à ses sociétaires. Mais tout le monde s’accordera au moins sur un point, comme le rappelle la tribune publiée samedi dans Le Monde : « les combats à mener » (selon Christophe Hardy) pour les créateurs se poursuivent... Et certains pourraient aboutir, comme la rémunération du droit d’exposition des artistes par les FRAC et les musées. 


Biennale de Venise : le compte à rebours a commencé 

Par Sarah Cohen - QDA - 15 avril 2021  

Marquée par la pandémie, la 17e Biennale Internationale d'Architecture qui s'ouvrira au public le 22 mai prochain se veut différente des autres années malgré le même budget. 

Ça y est, le compte à rebours a commencé. Dans un peu plus de trente jours, le monde entier aura de nouveau les yeux rivés sur Venise. Reportée d'un an en raison de la pandémie du Covid-19, la Biennale Internationale d'Architecture ouvrira bien ses portes le 22 mai prochain. Pendant six mois, la Sérénissime redeviendra la capitale internationale de l'art, « le miroir du monde contemporain » comme la décrit Roberto Cicutto, président de cette 17e édition. Entourée jusqu'au bout d'un climat d'incertitude, cette biennale intitulée « How we live together ? » ( « Comment vivre ensemble ? ») n'aura jamais été autant prophétique. « La pandémie a sans aucun doute rendu le thème encore plus pertinent, quoique quelque peu ironique, compte tenu de l'isolement imposé. Elle nous a par dessous tout permis d'ajouter du sens, de comprendre pleinement le rôle de l'architecture dans la société, de faire de la Biennale non plus un événement mais une démarche, une collaboration plutôt qu'une compétition » amorçait Hashim Sarkis, commissaire de la manifestation, lors de la présentation officielle lundi dernier, tel le manifeste d'une Biennale si « particulière ». Cette année, 46 pays ont répondu à son défi : définir « un nouveau contrat spatial » en pleine pandémie. 

Un budget de 13 millions d'euros 

Cette imposante machine, au déroulement bien ficelé, a dû s'adapter et bousculer son organisation traditionnelle avec la crise sanitaire. « Cette Biennale s'éloigne du classique programme d'ouverture- événement-clôture, a ajouté Sarkis. Elle s'étendra sur différents médias, s'ouvrira même à la danse et se poursuivra après la clôture de la manifestation, sous forme de discussions et d'expositions, amplifiant la portée de la Biennale au reste du monde. » 

Pour cette Biennale d'un nouveau genre, le même budget qu'en 2018, soit 13 millions d'euros, a été alloué. Dans cette enveloppe, il faut désormais prendre en compte les mesures de protection sanitaire : prise de température, distanciation physique, nombre d'entrées limité. Si en 2018, la Biennale d'Architecture comptait 275 000 visiteurs et enregistrait grâce à la vente de billets, 5,56 millions d'euros de recettes, cette année risque d'être différente, subissant encore les restrictions des déplacements internationaux. La Fondation Biennale, dans son plan annuel, prévoit déjà plus de 2,5 millions de pertes pour l'année 2021. Mais l'incidence du Covid-19 n'y serait pas pour grand-chose. En effet, l'institution mise son équilibre économique sur l'alternance de ses deux événements principaux : année impaire = architecture ; année paire = art. Cette dernière couvre à elle seule les déficits de l'autre, attirant depuis ses débuts un public beaucoup plus large, près de 600 000 personnes en 2019. 

Pas de doutes, les Biennales d'Art et d'Architecture représentent une véritable industrie pour l'une des institutions culturelles les plus prestigieuses au monde, dont le patrimoine s'élève à 34,1 millions d'euros mais aussi pour la ville de Venise dont tout un pan productif dépend de ces deux grandes manifestations. En plus de se dérouler dans les espaces officiels de la Fondation, du pavillon central du Giardini à l'Arsenale, la Biennale se vit dans d'autres espaces disséminés un peu partout dans la ville et notamment dans les palais historiques, devenant le temps de six mois des pavillons nationaux ou lieux d'expositions collatérales. Une tradition qui pourrait ne plus voir le jour à cause d'une nouvelle législation prise par la mairie de Venise en octobre dernier. Les expositions, se déroulant exceptionnellement dans ces espaces loués, ne devront plus dépasser 180 jours, installation et démontage compris. À cette mesure s'en ajoute une autre plus complexe : l'intervalle d'une année entre une exposition et une autre. Soit, si un palais accueille une exposition à la Biennale d'Architecture, il ne pourra pas le faire à la Biennale d'Art. Alors, si cette mesure ne concerne pas les projets officiels de la Biennale, elle pourrait grandement paralyser tous les acteurs culturels déjà fortement touchés par la crise, de l'organisation aux projets d'artistes indépendants qui profitaient de la manifestation pour se confronter avec le meilleur de la production mondiale et rencontrer des conservateurs ou des collectionneurs. Car la Biennale se veut, par vocation, un lieu d'échange, de découverte et d'expérimentation. « Un espace de dialogue, de partage et de possibilité » revendiqué par Hashim Sarkis, une nouvelle fois cette année. 


Menart : les galeries dévoilées 

Par Alison Moss
QDA - 12 avril 2021  

Le nouveau rendez-vous parisien consacré à la création du Moyen-Orient et du Maghreb a dévoilé ses 22 participants. Toujours prévue du 27 au 30 mai au siège de la maison de ventes Cornette de Saint Cyr, la foire fédèrera des galeries d'une scène géographiquement très large, dont Wadi Finan Art (Jordanie), Mono Gallery (Arabie saoudite), Elmarsa Gallery (Tunisie), Shirin Art Gallery (Iran), Eiwan Al Gassar (Qatar), Galerie 38 (Maroc), Leila Heller (Émirats arabes unis). Les enseignes libanaises, privées de la Beirut Art Fair, y seront bien représentées avec Mark Hachem, Saleh Barakat, Tanit ou Cheriff Tabet (spécialisée dans les artistes de la diaspora). Celles européennes mêlent quelques gros calibres, comme Continua et Nathalie Obadia, une spécialiste de photographie (Esther Woerdehoff) et une sélection de jeunes espaces, comme 193 Gallery, Lara Sedbon x Durazzo Projects ou La La Lande. 



Les galeries contestent leur fermeture devant le Conseil d'État 

Par Rafael Pic
QDA - 28 mars 2021  

Considérant que ses membres sont victimes d'une distorsion flagrante des règles de la concurrence, le Comité professionnel des Galeries d'art a déposé jeudi soir un référé devant le Conseil d'État. 

Les librairies ? Ouvertes. Les disquaires ? Ouverts. Les boutiques de vidéos ? Ouvertes. Jusque-là, les galeries fulminaient, mais auraient pu avaler cette énième couleuvre offerte aux arts visuels dans le cadre du nouveau confinement du 19 mars – ou « freinage» pour employer le vocabulaire présidentiel. Mais dans le marchandage entre l'exécutif et les représentations catégorielles, une activité, soustraite aux règles générales de fermeture, a mis le feu aux poudres. Il s'agit des maisons de ventes, qui ont eu le droit de poursuivre leur activité – ce dont s'est félicité à juste titre le patron du Conseil des ventes, Henri Paul, dans un message du 20 mars : « Pour la seconde fois dans cette période difficile que nous traversons depuis plus d’un an, je suis porteur de bonnes nouvelles : le gouvernement maintient l’ouverture des salles de ventes volontaires dans les zones où des mesures restrictives sont prises en raison de la progression de la pandémie. Vous allez donc pouvoir maintenir votre calendrier de ventes sans changement, en veillant bien évidemment au strict respect des gestes barrières et aux précautions sanitaires habituelles ». 

Les pouvoirs publics muets 

Le hic, c'est que les maisons de ventes et les galeries ont une activité très comparable : les maisons de ventes reçoivent notamment du public dans les expositions préalables aux enchères – exactement comme les galeries. De plus, depuis la loi n°2011-850 du 20 juillet 2011, les commissaires-priseurs peuvent effectuer des ventes de gré à gré, déconnectées de toutes enchères publiques – exactement comme les galeries. Pourquoi l'un peut et l'autre pas ? C'en était décidément trop pour le Comité professionnel des Galeries d'art (CPGA), qui est monté au créneau. « Dès l'annonce du nouveau confinement le 18 mars, nous avons plaidé notre cause en demandant de pouvoir continuer à recevoir sur rendez-vous, explique Marion Papillon, la présidente du CPGA. Nous n'avons pas reçu d'indication claire et, dans les décrets, nous ne figurions pas sur la liste des commerces autorisés à recevoir du public, à la différence des coiffeurs, des concessionnaires automobiles, des commerces de vidéos, des réparateurs d'instruments de musique et, évidemment, des maisons de ventes, le point crucial de concurrence déloyale. Nous l'avons signalé à Bercy, au ministère de la Culture et à Matignon. C'est face à l'absence de réponse officielle que nous avons décidé d'engager cette procédure. » 

Une requête de 38 pages 

Il s'agit donc d'un référé-liberté (article 521- 2 du Code de justice administrative), présenté jeudi soir au Conseil d'État et enregistré vendredi matin. La requête de 38 pages, comportant 10 annexes (dont la délibération autorisant la présidente du CPGA à engager ce recours, diverses études économiques sur la situation des galeries ou encore le code de bonnes pratiques sanitaires du CPGA, élaboré dès le premier semestre), a été rédigée par le cabinet Spinosi, sur les conseils de maître Hervé Temime. L'argumentation rappelle le respect scrupuleux par les galeries depuis la réouverture du 29 novembre des normes de distanciation, et la sécurité accrue qu'implique l'absence de manipulation de produits – même les livres d'or ont été bannis. Elle souligne la difficulté de travailler en click and collect pour des objets dont la valeur faciale est bien supérieure à celle des livres ou des chaussures, et qui demandent souvent une forme d'intimité dans la décision d'achat. Elle joue sur l'intérêt public : les galeries étaient les derniers espaces d'éducation artistique ouverts au public. Et elle insiste évidemment sur « l'intolérable distorsion de concurrence » – un élément auquel est sensible Bercy – et sur les dommages économiques que celle- ci va provoquer dans un secteur déjà durement frappé. En l'absence de foires, notamment, un tiers des galeries ont perdu plus de 50–% de leur chiffre d'affaires, un autre tiers entre 25 et 50 %. Le CPGA rappelle qu'il représente plus de 300 galeries et que 88 % de ses membres sont implantés en région parisienne – soit 8 des 19 départements touchés par les nouvelles mesures. 

Réponse dans la semaine ? 

« Nous ne demandons évidemment pas la fermeture des maisons de ventes, précise Marion Papillon, nous demandons simplement de pouvoir ouvrir également. » L'accueil sur rendez-vous est bien sûr l'option la plus logique – telle qu'elle se pratique déjà en Belgique, qui vient de durcir ses conditions d'activité, sans aller jusqu'à la fermeture totale. « Les galeries résistent pour le moment, mais cela est aussi dû à notre mobilisation pour les faire inscrire dans la liste S1 des commerces affectés bénéficiant d'un soutien renforcé. Nous l'avons obtenu au mois d'août, ce qui a notamment donné droit au fonds de solidarité, à de meilleurs taux de prise en charge pour le chômage partiel, etc. Mais leur situation reste très fragile et l'on sait que leur cycle n'est pas annuel, mais plutôt de 3 ou 4 ans. Les plus grosses difficultés ne surgissent pas forcément au cœur de la crise, mais dans sa continuité. » La recevabilité du référé doit être étudiée en tout début de semaine et une audience devrait se tenir – même si la juridiction est débordée – dans les jours suivants. Le même juge des référés du Conseil d'État, dans son ordonnance du 13 novembre concernant les librairies, avait souligné que, si les biens qu'elles diffusent « ne peuvent être regardés comme des biens de première nécessité au même titre que les produits alimentaires ou les produits indispensables au maintien de l’activité économique elle-même », ils présentent néanmoins « un caractère essentiel qu’il convient de prendre en considération de manière particulière dans le cadre des mesures de confinement et de déconfinement liées à la crise sanitaire ». Les galeries attendent d'être considérées de manière comparable. 



L’intelligence artificielle s’invite dans l’art 

Par Éléonore Théry - QDA - 25 mars 2021  

Après s’être infiltrée dans notre quotidien, l’intelligence artificielle se fraye un chemin dans l’art contemporain. Et ce, loin du fantasme selon lequel les robots en viendraient à remplacer les machines. Tour d’horizon. 

« Une bataille commence entre les humains et les artistes. » Point d’intrigue de film de science-fiction derrière cela, puisqu'il s’agit de l’incipit d’une étude menée par Ahmed Elgammal, chercheur à l’Université Rutgers. Selon ses résultats, publiés en février dernier, dans 75 % des cas les personnes interrogées n’étaient pas capables de faire la différence entre des œuvres produites par des artistes et d’autres générées par une intelligence artificielle (IA) – que l’on peut définir comme des travaux dont la conception a été calculée par une machine imitant l’intelligence humaine. La presse s’en est largement fait écho, à grand renfort de questions rhétoriques effrayantes : l’IA va-t-elle remplacer les artistes ? Et créer de façon autonome ? C’est la partition qu’a jouée l’université d’Oxford en dévoilant en 2019 Ai-Da, son artiste-robot humanoïde, vêtue d’une blouse de peintre, qui dessine ce qu’elle a devant elle. Pour Valentin Schmite, auteur de Propos sur l’art (L’art dit, 2020), « c’est un fantasme entretenu par les médias et les films de science-fiction. L’intelligence artificielle n’est qu’un outil dont les artistes peuvent s’emparer, un nouvel objet technique qui repousse les limites de ce qu’on peut faire ». Et de faire le parallèle avec la photographie à ses débuts contre laquelle nombre de créateurs s’étaient élevés.

Alors même que l’IA s’est infiltrée dans notre quotidien, des algorithmes de Spotify aux correcteurs automatiques des textos, de plus en plus d’artistes expérimentent ses potentialités, à l’instar de Mario Klingemann et Anna Ridler, qui font partie des figures du domaine. Mais l’idée n’est guère nouvelle. Dès la fin des années 1940, le mathématicien britannique Alan Turing, père de l’ordinateur, développe une machine qui rédige des lettres d’amour. La décennie suivante, Franck Molina crée des machines cinétiques tandis que Nicolas Schöffer fait danser des sculptures interactives à la Cité Radieuse dans une chorégraphie de Maurice Béjart. C’est la récente conjugaison de l’IA avec le big data qui lui a donné un nouveau souffle. Le deep learning permet en effet aux machines d’apprendre par elles- mêmes, grâce à un très grand nombre de données, pour en restituer des synthèses. Parmi les procédés utilisés par les artistes, les GAN (generative adversarial networks, « réseaux adverses génératifs » en français) utilisent des milliers de données (des peintures par exemple) dont ils déduisent des tendances pour créer de nouvelles pièces. Ils utilisent deux réseaux neuronaux : un générateur produit des images, textes ou sons, tandis qu’un discriminateur tente de déterminer si ces créations sont réelles ou ont été créées par le générateur. Le but : inventer des pièces au plus proche du réel. 

Générateur de rêves 

C’est la technique utilisée par Grégory Chatonsky dans son installation Terre seconde (2019), une autre planète faite à partir de la nôtre, en images, sculptures et sons. Un écran montre des organismes vivants alternatifs, une imprimante 3D sculpte des fossiles d’organismes fictifs tandis que dans un casque, une voix de synthèse lit des rêves générés à partir d’une base de données de 15 000 songes. Pour créer son installation Umwelt, exposée à la Serpentine Gallery en 2018-2019, Pierre Huyghe a quant à lui présenté des images et descriptions à des individus ; leur activité cérébrale a alors été capturée pour nourrir une intelligence artificielle qui a alors reconstruit des images de ces pensées humaines, diffusées sur des écrans. Le tout ne cessait de se métamorphoser en fonction de la lumière, la température ou des mouvements des mouches présentes dans la galerie. « Je ne veux pas exposer quelque chose à quelqu’un, mais plutôt le contraire : exposer quelqu’un à quelque chose », soutenait l’artiste en préambule de l’exposition. 

Il est vraisemblable que l’intelligence artificielle s’invite de plus en plus largement dans l’art, grâce aux avancées de la recherche. En 2018, la France a initié un programme national, « L’intelligence artificielle au service de l’humain ». Les GAFA multiplient les programmes, comme « Art & machine intelligence » de Google, qui réunit artistes et ingénieurs. « En soutenant les formes émergentes de collaboration artistique, nous ouvrons nos recherches à de nouvelles façons de penser et de travailler avec les systèmes intelligents », se targue la firme de Mountain View. « Il est vraisemblable que les artistes s’emparent rapidement du GTP 3, un algorithme récemment développé par Google, soit la capacité de la machine à deviner la suite d’un texte », promet Valentin Schmite. Le duo Aurèce Vettier (Paul Mouginot et Anis Gandoura) l’a ainsi utilisé pour rédiger ses poèmes, Elegia Machina. De leur côté, les institutions se sont largement ouvertes aux travaux d’artistes travaillant avec l’IA : le Grand Palais avec « Artistes et robots » en 2018, le Centre Pompidou avec « Neurones, les intelligences simulées » en 2020, le New Museum de New York avec une monographie d’Ed Atkins en 2020, le Barbican center avec « A.I.: More Than Human » l’an dernier également. 

Le marché quant à lui n’en est qu’à ses balbutiements. La vente de la toile Portrait d'Edmond de Belamy du collectif français Obvious chez Christie’s pour 432 500 dollars, 45 fois son estimation, avait certes fait grand bruit en octobre 2018. Mais deux autres toiles des mêmes millenials avaient fait un flop relatif chez Sotheby’s l’année suivante, cédées près de 95 % moins cher. Quelques mois auparavant, Memories of Passersby I de Mario Klingemann s’y était vendu 40 000 livres sterling, au ras de son estimation. « Ce qui était vraiment un marché de niche il y a encore trois ans est en train de se structurer, les prix montent », observe tout de même Valentin Schmite. Prochain rendez-vous, la foire CADAF, dédiée aux nouveaux médias, qui, après New York et Miami, tiendra sa prochaine édition « parisienne » en ligne en juin prochain

Du JPEG à l'œuvre, les NFTs chahutent le marché de l'art 

Par Roxana Azimi, Marine Vazzoler 

QDA - 25 mars 2021  

Après Christie's, c'est la maison Sotheby's qui s'empare du marché des NFTs pour proposer à la vente l'œuvre d'un artiste numérique. L'emballement récent autour de cette nouvelle technologie bouscule un peu le marché de l'art traditionnel qui semble avoir encore des difficultés à en saisir les contours. 

69,3 millions de dollars ! Tel est le prix délirant, décroché chez Christie’s par Everyday: the first 5000 days, une œuvre de Michael Winkelmann, alias Beeple. Bombardé à la troisième place des artistes vivants les plus chers après Koons et Hockney, cet infographiste aux allures de geek est pourtant un parfait inconnu dans le monde de l'art, malgré ses 1,9 million d’abonnés Instagram. Joe Biden en strip- teaseuse sortant d’un gâteau, Bernie Sanders métamorphosé en truie géante, Hillary Clinton affublée d’un pénis... L’iconographie est vulgaire, kitsch et sexiste. Mais le plus surprenant dans l’histoire, ce n’est ni la piètre qualité de l’œuvre ni le pedigree de l’artiste, mais le support. Everyday: the first 5000 days est un NFT (non fungible token), une ligne de code renvoyant à une œuvre virtuelle enregistrée dans la blockchain. Bien que NFT et bitcoin fonctionnent sur le même principe, ce dernier est fongible (un bitcoin vaut autant que n’importe quel autre bitcoin) tandis qu’un NFT est non-fongible : chaque jeton est unique. En théorie, un NFT pourrait représenter tout et n’importe quoi, comme un numéro de téléphone par exemple, mais en pratique les NFTs sont surtout employés pour présenter des œuvres d’art numériques.

Des JPEG à plusieurs millions ? 

Au diapason de la spéculation sans limites dont font l’objet les cryptomonnaies, ce système d’enregistrement infalsifiable agite aujourd’hui le marché de l’art. Les premiers NFTs ont fleuri en 2017 dans l’univers des mondes virtuels et des jeux avant de s’emparer de toutes les catégories de collections. Sur des sites spécialisés, des acheteurs s’emballent pour la vidéo d’un panier du basketteur LeBron James vendu 208 000 dollars par la NBA – plus cher qu’une carte Panini –, ou un gif du Nyan Cat signé Chris Torres cédé pour 561 000 dollars. En décembre 2020, sur la plateforme numérique Ni"y Gateway, la musicienne canadienne Grimes, compagne du milliardaire Elon Musk qui booste aujourd’hui le marché du bitcoin, a cédé des courtes vidéos pour un total de 5,8 millions de dollars. Aux yeux des nouveaux collectionneurs, ces objets purement immatériels ont l’avantage d’être incontestablement authentiques, inviolables, traçables et uniques. Selon une étude menée par nonfungible.com et l’Atelier BNP Paribas, le montant des transactions sur le marché des NFTs s’élèverait à 250 millions de dollars en 2020, contre 63 millions en 2019. Et ce n’est qu’un début. Selon le site Cointelegraph, près de 300 millions de dollars de NFTs se seraient échangés rien qu’entre janvier et février... 

Le petit milieu est désormais suspendu à la vente par Sotheby’s d’une œuvre de l’artiste numérique Pak, dont les détails sont encore tenus secrets. « Depuis quelques semaines, mon travail est devenu glamour !, ironise la cryptoart advisor Fanny Lakoubay. La vente de l’œuvre de Beeple a touché un large public et même les médias non spécialisés se sont mis à en parler. » Également collectionneuse de cryptoart depuis plusieurs années, la spécialiste poursuit : « Il y a beaucoup à démystifier sur ce marché et la vente de l’œuvre de Beeple. On parle toujours des prix exorbitants mais il ne faut pas oublier que le marché des NFTs est encore naissant, qu’il n’a que trois ou quatre ans et que les crypto-artistes n’ont pas spécialement augmenté le prix de leurs œuvres suite aux millions de dollars générés par l’adjudication du travail de Beeple. »

Des collectionneurs impliqués dans les cryptomonnaies 

Voilà une semaine, Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, a vendu son tout premier tweet d’une triste banalité – « just setting up my twttr » – pour 2,9 millions de dollars sur le site Valuables. L’acheteur serait Sina Estavi, PDG de Bridge Oracle, un spécialiste des cryptomonnaies basé en Malaisie. « La plupart des acheteurs, indique Noah Davis, spécialiste chez Christie’s, sont soit des millenials, soit des investisseurs de la première heure de la cryptomonnaie qui flairent des opportunités de profit sur le marché de l’art. » Fanny Lakoubay abonde : « Le point commun entre tous les collectionneurs de crypto-art c’est leur intérêt pour la technologie de la blockchain et leur implication – plus ou moins grande – dans les cryptomonnaies. » 

Manière aussi pour ces entrepreneurs de se signaler auprès des potentiels bailleurs de fonds. La plateforme de data Injective Protocol, par exemple, était inconnue au bataillon jusqu’à ce que ses fondateurs mettent en vente le NFT d’une vidéo dans laquelle ils brûlent une édition d’une estampe de Banksy... Le sous-enchérisseur de l’œuvre de Beeple n’est autre que Justin Sun, fondateur de la plateforme de cryptomonnaie Tron. Pour l’entrepreneur chinois qui a abondamment commenté ses enchères sur son compte Twitter, enchérir dans une vente suivie par 22 millions de spectateurs, c’est le coup de pub assuré. Quant à l’acheteur de l’œuvre, c’est le fonds d’investissement Metapurse, créé par deux Indiens, Vignesh Sundaresan et Anand Venkateswaran. Le premier fut parmi les premiers à investir dans l’Ethereum (protocole de contrats « intelligents » utilisant la cryptomonnaie « Ether », ndlr) et a lancé en 2013 la plateforme d’échange de cryptomonnaies Coins-e, vertement critiquée par ses usagers. Pour certains observateurs financiers, il est très probable que ces entrepreneurs achètent les NFTs avec des cryptomonnaies acquises à leurs cours le plus bas, bien avant les envolées actuelles. Pour mémoire, le cours du bitcoin a franchi en février le seuil des 50 000 dollars – contre 22 000 dollars en décembre 2020. 

Blanchiment et pollution 

Autre crainte : le grand risque de blanchiment. D’autant que dans le monde des NFTs, les identités sont souvent inconnues, masquées derrière des caractères alphanumériques. Interrogé par Bloomberg, un représentant de Ni"y Gateway assure qu’à ce jour, « nous n’avons vu aucune preuve de blanchiment sur notre plateforme, et nous surveillons les ventes pour prévenir une activité anormale », rappelant que la majorité de leurs clients achètent des NFTs avec des cartes de crédit, « ce qui les oblige à fournir des informations personnellement identifiables ». Reste que les cryptomonnaies – et tout ce qui par ricochet leur est rattaché – sont dans le collimateur des autorités financières. 

Les NFTs posent aussi d’autres questions juridiques. « Lorsqu’un acheteur se porte acquéreur d’un NFT, il n’achète pas l’œuvre, précise l’avocate Julie Jacob sur le site Décideurs Magazine. Il se porte acquéreur du NFT, c’est-à-dire d’une reproduction de l’œuvre située au sein de la blockchain. Il n’est pas, par défaut, détenteur de l’œuvre elle-même ni des droits patrimoniaux qui s’y rattachent. Par conséquent, il ne saurait exploiter celle-ci à des fins commerciales, ni empêcher l’utilisation de celle-ci à d’autres fins. » L’avocate spécialisée en propriété intellectuelle met aussi en garde contre les copies : « Une œuvre NFT existe en un nombre d’exemplaires très limité, voire unique. Être détournée et republiée de nombreuses fois, en NFT, par des personnes malintentionnées, fait ainsi chuter la cote de l’œuvre originelle ainsi que celle de son auteur ». 

De plus, basé sur le moyen de paiement le plus énergivore qui soit, le coût environnemental des NFTs pourrait aussi freiner l’emballement. Le site L’Usine digitale rappelle ainsi que la consommation énergétique liée à la tokénisation sous forme de NFTs de l’image Fish Store de l’artiste belge Stijn Orlans est de 323 kWh, « ce qui équivaut à la consommation d'électricité mensuelle d'un citoyen européen ». Mais pour Fanny Lakoubay, il existe de nombreuses solutions pour atténuer l’impact environnemental de cette technologie : ainsi, ce que l’on appelle les « green NFTs ont levé 25 000 dollars pour financer des initiatives éco-friendly et certains artistes donnent systématiquement 25 % de la vente d’une œuvre à des causes environnementales ». Et de poursuivre que « ce n’est pas le fait de créer un NFT et de le mettre sur la blockchain qui a un impact, c’est la blockchain en elle-même. Elle continue de fonctionner avec ou sans NFTs ». Par ailleurs, de nouvelles blockchains, comme la Française Tezos, tentent dans la mesure du possible de réguler leur consommation d’énergie, acceuillant de plus en plus de crypto- artistes. 

Un marché en devenir 

Pour l’heure, les avertissements et les bémols n’ont pas raison de de la fièvre qui s'est même emparé des artistes et galeries établis. Damien Hirst a ainsi annoncé s’être lancé dans la tokenisation de ses œuvres, tandis que le jeune artiste Ben Elliot montre et vend des NFTs dans l'exposition « The Artist is Online », visible sur decentraland.org jusqu'au 21 avril. Le 14 mars, la galerie Almine Rech a proposé sur Ni"y Gateway quatre NFTs de César Piette, un peintre dont l’univers s’apparente aux jeux vidéo et à l’animation. Des éditions « vendues toutes en quelques minutes », s’étonne la galeriste. Une nouvelle galerie installée rue Chapon, l’Avant Galerie Vossen, fait le pari de mêler des œuvres classiques de Ronan Barrot ou Paul Rebeyrolle à des NFTs visibles sur des petits écrans, dans des gammes de prix de 2 000 à 100 000 euros. « Il n’y a pas que des spéculateurs sur le NFT, mais aussi de vrais amateurs », avance sa directrice Caroline Vossen – par ailleurs impliquée au sein de la galerie Claude Bernard. Celle-ci organise ainsi le samedi des ateliers pour expliquer aux novices le fonctionnement du crypto- art, pour « revenir aux bases, rappeler que le NFT, à l’origine, était le seul moyen pour les artistes numériques de vendre leurs œuvres ». 

Pour Dominique Moulon, spécialiste de la création numérique, « il y aura dans l’avenir autre chose que des images affreuses ou idiotes ». La directrice de la foire CADAF (Crypto and Digital Art Fair) Andrea Steuer abonde et observe qu’avec l’actuel engouement pour les NFTs, « beaucoup de nouveaux contenus ont été créés. Il est donc plus important que jamais d’avoir des plateformes et des marchés à la fois organisés et vérifiés. J’y vois une belle opportunité et je pense que le marché de l’art devrait adopter ces innovations qui rendraient le secteur plus sûr, transparent et durable pour les artistes ». 

Mais que peut réellement changer cette technologie pour les collectionneurs et artistes ? Historiquement, il était difficile pour les artistes numériques de monétiser leurs travaux, rappelle le fondateur de Green NFTs Jason Bailey. Au- delà du fait qu’elle permet tout simplement de monnayer des œuvres réalisées par des crypto et digital artistes, « cette technologie donne aussi à ces derniers la possibilité d’avoir une relation plus directe avec les collectionneurs, détaille Fanny Lakoubay. Mais le plus important peut-être c’est que les créateurs captent la majorité du produit de la vente de leurs œuvres et que des royalties sont incluses dans le code de celles-ci ». Ainsi, en cas de revente d’une œuvre NFT, 10 à 30 % reviennent automatiquement à l’artiste, en fonction de ce qui a été codé. Par ailleurs, Jason Bailey pense que les « les NFTs sont plus inclusifs et décentralisé que le monde de l'art traditionnel, qu'ils ont été conçus pour attirer une plus grande diversité d'artistes et de collectionneurs ». Dominique Moulon, curateur de la plateforme danae.io, rappelle quant à lui qu’à « l’ère d’Internet, la célébrité se fait et se défait très vite et certains emballements vont retomber ». Mais pour lui, le marché n’en est qu’à ses débuts. Et la critique d’art, elle, semble avoir été relancée. 



Lancement du Jeudi des Beaux-Arts 

Par Roxana Azimi - QDA - 25 mars 2021  

Les galeries ont dû fermer leurs portes suite au nouveau confinement ? Celles de la rue des Beaux-arts, dans le VIe arrondissement parisien, refusent de rester les bras croisés. Une vingtaine d’enseignes, telles que Loeve&Co, Flak, Anthony Meyer, La Forest Divonne, le Minotaure ou Arnaud Lefebvre, ainsi que l’École des Beaux-Arts de Paris, lancent le Jeudi des Beaux-Arts, un rendez- vous mensuel offrant aux passants des expositions dans leurs vitrines. Le coup d’envoi est donné le 1er avril avec une exposition baptisée « À visage découvert », autour du thème du visage, qui restera accrochée jusqu’au 20 avril. Au programme des œuvres de Francis Bacon, André Masson, Erró ou Zoran Mušič. 



Banksy bat un nouveau record chez Christie’s 

Par Alison Moss
QDA - 23 mars 2021  

L’œuvre était apparue dans l’hôpital universitaire de Southampton, en mai dernier, accompagnée d’une note : « Merci pour tout ce que vous faites. J’espère que cela égayera un peu l’endroit, même si ce n’est que du noir et blanc ». Intitulée Game Changer (Voilà qui change la donne, en anglais), la toile du célèbre street artist – dont l’identité demeure encore un mystère – dépeint, en noir et blanc, un jeune garçon délaissant ses figurines de superhéros pour la poupée d’une infirmière masquée et portant une cape. Proposée hier chez Christie's Londres, dans le cadre d’une vente d’art moderne, l'œuvre a été adjugée pour 16,5 millions de livres (frais inclus) – soit plus de six fois son estimation basse. Cette somme sera reversée au service de santé britannique, le National Health Service (NHS), moyennant une série de donations à plusieurs organismes, dont à la Southampton Hospitals Charity (organisation à but non lucratif affiliée à l'hôpital où logeait auparavant l'œuvre, celle-ci étant dorénavant remplacée par une reproduction). Christie's s'est également engagée à faire don d’une partie des frais acheteur à la même cause. Ce résultat bat le dernier record de l'artiste, jusqu'alors détenu par sa toile le Parlement des singes, où des chimpanzés occupaient les sièges de la Chambre des communes (cédée pour 9,9 millions de livres en 2019). La cote de l’artiste militant n’a cessé d’augmenter depuis la vente en 2017 de Girl with balloon – œuvre autodétruite quelques instants après sa vente – chez Sotheby's Londres, pour plus 1,3 million de livres. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19413-banksy-bat-un-nouveau-record-chez-christie-s.html

Saint-Ouen : vent de renouveau avec 15 jeunes marchands 

Par Marion Bellal
QDA - 23 mars 2021 à 21h32 

Quinze marchands n’ont pas craint les conséquences des mesures sanitaires et ont signé pour s’installer dans les allées du marché Paul Bert Serpette. Parmi les moteurs de leur décision, l’aspect rassurant de l’effet groupe et la garantie d’une clientèle diverse et intéressée.

Un an dorénavant que les Puces de Saint-Ouen font face à des ouvertures en dents de scie et à une chute drastique du tourisme international – représentant 70 % de leur clientèle. Cela n’a pas empêché quinze nouveaux marchands, entre 20 et 80 ans, d’investir l’un des principaux marchés, celui de Paul Bert Serpette, où le prix du mètre carré s'élève à plus d'une centaine d'euros par mois et qui réunit quelque 350 marchands sur le millier de Saint-Ouen. Parmi les nouveaux stands, la galerie Gram présente notamment des céramiques, Thibault Arnet du mobilier italien, Françoise Bodel des objets de décoration, la galerie Merveilles mêle 50 % de mobilier et 50 % d’histoire naturelle, la galerie Brésilienne (anciennement galerie Andréani) importe une sélection de design brésilien, alors qu’Aj’tation s’approvisionne dans les pays scandinaves et que Maxime Cornette de Saint Cyr, petit-fils de Pierre, le fondateur de la maison de ventes, élargit à l’art et au design du XXe siècle. « Je ne suis ouvert que depuis le début du mois de mars et je suis déjà extrêmement satisfait, déclare ce dernier. Investir un stand de ce marché emblématique permet de rencontrer un éventail très large de clients – des collectionneurs, des amateurs, des marchands, des étrangers, et c’est parfait pour démarrer une aventure physique », explique-t-il.

Partir après un an de Covid 

Même son de cloche du côté de Guillaume Andréani, co-responsable de la galerie Brésilienne : « Tout le monde nous a dit que nous étions inconscients de nous lancer dans un tel projet en ce moment, mais nous ressentions une demande de la clientèle des Puces pour du design brésilien, très peu représenté par les marchands déjà installés. Pour le moment, nous sommes ravis d’avoir saisi cette opportunité, qui s’est présentée en partie grâce au Covid-19. » En effet, certains stands de Paul Bert Serpette se sont libérés depuis la crise sanitaire, des marchands arrivant en bout de contrat ou à l’âge de la retraite ne souhaitant plus les renouveler après avoir traversé l’année 2020. « Il n’y a pas eu de faillite, que des départs naturels », rassure Stéphanie Duplaix, directrice de Paul Bert Serpette, qui précise que les sept hectares des puces font vivre 3 000 personnes environ. 

Une épée de Damoclès 

« Même si les autres marchands nous ont avoué avoir perdu 80 % de leur fréquentation et 40 % de leur chiffre d’affaires cette année, il y a vraiment un excellent état d’esprit à Paul Bert et on se sent beaucoup moins seuls qu’en galerie ou sur notre site », sourit Olivier Fournier- Laroque, co-responsable de la galerie Merveille. Diane Châtelet, co-fondatrice de l’Impossible Gallery qui mélange tous les styles et toutes les époques dans son nouvel espace physique, était également enchantée de ses premiers jours au marché : « La fermeture des autres lieux culturels a amené de nouveaux visiteurs en manque d’art aux Puces de Saint-Ouen, qui sont devenues le nouveau point de rencontre pour voir de belles choses. » Mais les dernières annonces gouvernementales du 18 mars ont entraîné une nouvelle fermeture du lieu et prouvé ce que disait la directrice du marché : « Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le jour où nous pourrons réorganiser la fête des Puces, ce jour-là seulement, nous pourrons être rassurés et nous dire que nous en avons fini avec le Covid. » Les nouveaux marchands n’ont plus, en attendant, qu’à se rabattre sur les ventes en ligne optimisées sur le site de Paul Bert Serpette, les réseaux sociaux et les rencontres sur rendez-vous.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19416-saint-ouen-vent-de-renouveau-avec-15-jeunes-marchands.html


Le marché de l’art baisse de 22% mais double en ligne 

Par Alison Moss
QDA - 17 mars 2021  

Le marché de l’art a connu sa pire année depuis la crise de 2009 mais les ventes en ligne ont été multipliées par deux, atteignant 12,4 milliards de dollars soit 25 % du marché global, selon les rapports Art Basel UBS et Artprice. 

Entre les foires annulées en cascade, les galeries portes closes et les enchères suspendues, les premiers mois de 2020 laissaient présager le pire pour le marché de l’art. Le rapport financé par Art Basel et son sponsor UBS, rédigé depuis 10 ans par l’économiste Clare McAndrew, donne une photographie plus nuancée. Selon cette bible, qui prend en compte maisons de vente, galeries et foires, les ventes d’art et antiquité ont baissé de 22 %, pour s’établir à 50,1 milliards de dollars (42 milliards d’euros), légèrement en dessous du niveau de 2010 – dans le même temps, l’économie mondiale devrait observer une chute de 4,2 %, selon les prévisions de l’OCDE. « Tous les segments du marché ont subi une baisse l’an dernier, aboutissant à la plus importante récession dans le marché de l’art depuis la crise financière de 2009 », commente en préambule du rapport Noah Horowitz, directeur Amérique d’Art Basel. Après la crise des subprimes, le marché avait baissé de 36 %. 

Les États-Unis toujours en tête 

La concentration du marché, elle, n’a pas reculé. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine se taillent toujours la part du lion avec 82 % du total des ventes, les cinq plus grands auctionneers enregistrent toujours plus de la moitié du chiffre d’affaires global du secteur, et l’art contemporain caracole toujours en tête des enchères avec 55 % de ce même total. La répartition par zones géographiques n’a pas bougé non plus. Malgré une chute de 24 % du volume des ventes, les États-Unis conservent leur position dominante, avec 42 % des parts de marché, suivis du Royaume-Uni et de la Chine, qui se répartissent chacun 20 %. 

Alors que la Chine ne recule que de 12 %, grâce à un second semestre dynamique, et notamment de fortes enchères à Hong Kong, la France et Royaume-Uni, où la pandémie est installée durablement, reculent respectivement de 33 % et 22 %.

Baisses de revenus et licenciements 

De leur côté, les enchères voient leur résultat reculer de 30 %, pour s’établir à 17,6 milliards de dollars (14,8 milliards d’euros). « Cette inflexion est principalement liée à la perte de vitesse fort compréhensible du marché haut de gamme », souligne le rapport Artprice, sorti le 15 mars, et qui porte sur les ventes aux enchères. Selon ce dernier, le marché a perdu 500 œuvres millionnaires (en dollars) l’an dernier, soit un tiers de moins qu’en 2019. Comme attendu, les grands bénéficiaires de la pandémie ont été les ventes privées, qui ont connu un bond estimé à 36 %. Suivant une tendance installée depuis des années, les ventes d’art impressionniste et post- impressionniste, qui régnaient jadis en maître, ont subi le choc le plus important, avec une baisse de 50 %. Les galeries, ultra dépendantes des foires, dont 61 % ont été purement et simplement annulées, ont observé un recul de 20 % de leurs ventes. Il faut cependant noter que 28 % d’entre elles ont été plus rentables en 2020 qu'en 2019 grâce à leur capacité à réduire les coûts. L’un de ces postes de dépense concerne bien évidemment les foires, qui grèvent les budgets, mais beaucoup ont également dû licencier, y compris chez les plus grands comme David Zwirner. Seulement 1 % des enseignes ont d’ores et déjà fermé leurs portes. 

L'online, un bond sans précédent 

Mais le grand enseignement de cette année est ailleurs. « 2020 a aussi été une période de restructuration et d’innovation, le bouleversement le plus important ayant été le déploiement des stratégies digitales et des ventes online », note Clare McAndrew. Jusque-là, la transition numérique du marché était très lente, et les transactions en ligne avaient même tendance à stagner – plusieurs acteurs comme Auctionata et Paddle 8 avaient d’ailleurs mis la clé sous la porte. Des viewing rooms aux enchères online only, le marché, contraint par la pandémie, a donc effectué son virage numérique : en 2020, les ventes en ligne ont doublé en valeur, atteignant un niveau jamais vu de 12,4 milliards de dollars (10,4 milliards d’euros) soit 25 % du marché global, là encore du jamais vu – l’an dernier ce chiffre se montait à 9 %. Poussée par Patrick Drahi, Sotheby’s a fait partie de ceux qui ont joué avec habilité la carte digitale : selon le rapport Artprice, le bond effectué en la matière par la maison a été de 440 % en 2020, et 70 % de ses enchères ont eu lieu en ligne contre 30 % en 2019. L’une des autres conclusions clés du rapport est la montée en puissance des jeunes collectionneurs. En 2020, les acheteurs millenials, c’est-à-dire nés entre 1980 et la fin des années 1990, sont ceux qui ont été les plus actifs. Et pas seulement sur le marché moyen : 30 % d’entre eux ont fait des emplettes au-delà du million de dollars, quand ils n’étaient que 17 % parmi les boomers – soit les plus de 60 ans. Mais on n’observe guère de nouveautés dans les interactions entre acheteurs et vendeurs : 46 % des collectionneurs ont acheté dans des enseignes où ils avaient déjà leurs habitudes, et à 41 % des artistes qu’ils connaissaient. L’un des points qui devrait réjouir le marché de l’art pour 2021, quand il désole le reste du monde, est que la fortune des milliardaires a grimpé de 27,5 % depuis le premier confinement, selon une étude UBS/PwC publiée le 7 octobre. De quoi faire quelques achats supplémentaires. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19382-le-marché-de-l-art-baisse-de-22-mais-double-en-ligne.html


Les antiquaires sauvent les meubles 

Par Roxana Azimi, Magali Lesauvage 

QDA - 18 mars 2021  

Touchés de plein fouet par la crise sanitaire, les antiquaires tentent de trouver des stratégies pour surmonter une année en demi-teinte. 

« Antiquaires : le S.O.S d’une profession en détresse. » Tel était en juillet dernier le titre choc d’un article de la Gazette du patrimoine, reproduisant in extenso une lettre ouverte adressée par l’antiquaire François-Xavier Bon à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot. « Nous sommes des passionnés qui ne comptons pas nos heures, prêts à se lever aux aurores pour ''chiner'' et se coucher à point d’heure pour effectuer des recherches afin de trouver le pourquoi et le comment d’un objet, transmettre l’amour de l’art du savoir et de l’histoire dans toutes les couches de la société, participer au rayonnement de la culture française », détaille le directeur des Curiosités d’Ainay à Lyon. Malgré tout le dynamisme du monde, martèle-t-il, sa profession ne pourra se remettre d’une telle crise. « À l’heure où vous semblez défendre le petit commerce, sommes-nous si petits pour vous être autant indifférents ? », rappelant que si rien n’est fait c’est toute une profession, pierre angulaire du patrimoine, qui risque de s’éteindre dans l’indifférence générale. Si les galeries d’art contemporain ont accusé en 2020 une chute de 20 % de leurs chiffres d’affaires, d’après le dernier rapport UBS/Art Basel, la baisse est plus drastique pour les marchands de tableaux anciens (-39 %) et les antiquaires (-33 %). Présidente du syndicat national des antiquaires (SNA), Anisabelle Berès- Montanari le dit sans détour : « Personne ne saute de joie », tout en se disant confiante pour les prochains mois. 

Cette crise n’est toutefois pas nouvelle. Les évolutions du goût comme les changements de mode de vie ont enterré les meubles régionaux et le Louis-Philippe des grands- parents qui s’échangent pour une bouchée de pain – ou presque. Des affaires de faux ont aussi jeté l’opprobre sur une profession soupçonnée de tous les forfaits. Les salons spécialisés ont rendu l’âme ces dernières années, comme ceux de Bourg-en-Bresse, Besançon, Marseille, Strasbourg ou Clermont-Ferrand. Les accros de la brocante se rabattent sur les vide-greniers de Troc et Puces et sur les plateformes en ligne. C’est parfois au prix de sacrifices que certains marchands sont parvenus à juguler les pertes et maintenir leur trésorerie en 2020. « J’ai vendu des pièces que j’avais depuis quatre ou cinq ans, parfois à prix coûtant ou avec une micro-marge », admet Laetitia Georges, spécialiste en éventails installée aux Puces de Saint-Ouen. 

Repartir de zéro 

Pour pallier l’annulation des foires et les fermetures liées aux confinements successifs, certains antiquaires se sont appuyés sur les maisons de ventes – leurs principaux concurrents ! – afin de garder la tête hors de l’eau. Une dizaine d’antiquaires du quartier de Pimlico, à Londres, se sont couplés en septembre dernier avec Sotheby’s pour une vente en ligne de leurs objets. La crise avait aussi poussé les exposants de la Biennale Paris dans les bras de Christie’s. Malgré le marketing affuté et le carnet d’adresses de l’auctioneer, le résultat fut catastrophique : 1,5 million d’euros récoltés – contre une estimation de 7 à 10 millions... Un dernier camouflet pour ce salon à bout de souffle, grevé par des décennies de querelles internes. Le SNA qui l’organisait jusque-là a d’ailleurs passé la main à un trio, Alexis Cassin, Fabienne Lupo et Henri Jobbé-Duval, qui aura la lourde tâche de lui redonner un élan sous un nouveau libellé, « EX.Paris - Arts & Haute Facture », du 25 novembre au 7 décembre prochains. « Il est urgent de se repositionner sur des valeurs patrimoniales, d’excellence et d’exception qui portaient autrefois la manifestation », insiste Henri Jobbé-Duval. 

Pour Alexandre Piatti, 40 ans, qui ne participait pas à la Biennale, le passage de témoin est une bonne chose. « Il n’y a pas d’autre choix que de repartir de zéro », souffle ce marchand de Haute Époque. « Ça fait trente ans que j’entends les antiquaires pleurer, sourit ce fils d’antiquaire. Même dans les années 1990, où tout allait bien, ils répétaient que ''rien n’était comme avant''. Il y a toujours une excuse pour que ça n’aille pas. » Implanté depuis dix ans dans le Carré Rive Gauche, il affirme que son bilan 2020 serait « meilleur que les années précédentes ». Rien n’était pourtant gagné, le quadrilatère de la rive gauche, idéalement situé entre les musées du Louvre et d’Orsay, autrefois foulé par les touristes, n’a plus son lustre d’avant. Les baux à céder se multiplient, une génération passe la main. Trois semaines avant le premier confinement, Alexandre Piatti a fait le pari de déménager dans un espace deux fois plus grand, où il a fait pas moins de 100 000 euros de travaux pour s’assurer une image commerciale conforme aux codes actuels – béton ciré, murs blancs. « C’est un écrin qui rassure, glisse-t-il. Même s’ils me découvrent sur Internet et pas en flânant dans la rue, les gens se disent grande galerie, grand marchand. »

Internet à la rescousse 

Si le marchand a tiré son épingle du jeu, c’est avant tout grâce à Internet. Quelques mois avant le déclenchement de la pandémie, Alexandre Piatti avait eu la bonne idée de s’inscrire sur Anticstore, l’une des nombreuses plateformes de commerce d’objets d’art en ligne qui ont émergé ces dernières années. Désormais, il fait plus de la moitié de son chiffre d’affaires en ligne. « Avant, c’était zéro, je n’avais même pas de site Internet », admet-il. « C’est Internet qui m’a sauvée », renchérit Laetitia Georges, dont le chiffre d’affaires en boutique a été divisé par quatre, mais qui sur 2020 n’accuse qu’une perte de 18 %. Pas question pour autant de rester les bras croisés devant son écran. En août dernier, Laetitia Georges a loué une boutique dans un village normand pour profiter du rush des collectionneurs vers les côtes françaises. Si elle a à peine rentabilisé sa location, elle mise sur le retour des beaux jours en mai – si tout va bien ! Pour Georg Laue, directeur de Kunstkammer à Munich et chairman de Tefaf Antiques, la dernière édition en ligne de la foire, en novembre, l'a incité à réaliser des petits films autour de ses objets, « comme si les visiteurs regardaient par-dessus mon épaule » et ainsi attiré la curiosité. Il rappelle cependant l'indispensable contact physique avec les objets anciens : « Sentir, toucher, observer sous tous les angles permettent d'apprécier vraiment les pièces. » 

Spécialiste en arts africains à Bruxelles, Didier Claes est quant à lui plus réservé sur l'impact des ventes en ligne, et se réjouit d'avoir retrouvé une clientèle locale : « On passe plus de temps avec eux. On les avait jusque-là trop négligés, pourtant les Belges sont des clients fidèles ! ». Avec une baisse de chiffre d'affaires de 60 % en 2020 (en partie absorbée par une réduction des frais), il n'a qu'une hâte cependant : pouvoir de nouveau montrer des pièces de grande catégorie à des clients internationaux. Il émet cependant des réserves quant à sa participation aux foires : « Il y en a trop, c'est un gouffre financier. » « Trop de pression, poursuit-il, la course aux pièces rares... Il y a un épuisement qui ressort des conversations entre marchands. » 

De son côté, Guillaume Léage, directeur de la galerie François Léage à Paris, a lancé en octobre dernier Young Collectors, plateforme de vente en ligne à destination des primo-collectionneurs. « Nous proposons des objets différents, des raretés du quotidien, à des prix plus accessibles, jusqu'à 35 000 euros, explique-t-il. Les achats peuvent être retirés en click & collect ou envoyés avec assurance. » Le jeune marchand spécialisé en mobilier et objets d'art du XVIIIe siècle affirme que cette initiative a en partie compensé la baisse des ventes en galerie, à hauteur de 10 % du chiffre d'affaires en 2020. « Cela nous donne une nouvelle visibilité, nous allons garder cette plateforme », poursuit Guillaume Léage, qui indique que sa clientèle est depuis plusieurs mois en grande majorité parisienne. Pour Charles- Wesley Hourdé, antiquaire de la rue de Seine spécialisé en arts anciens d'Afrique, Océanie et Amérique, « l'année a été longue, mais l'exposition très "curatée" organisée en ligne pendant le premier confinement a été un succès ». Ensuite, déplore-t-il, « les propositions en ligne se sont multipliées et les gens étaient noyés ». 

Sortir du tunnel 

D’autres enseignes dynamiques ou ultra- spécialisées ont survécu à l’épreuve du feu de la pandémie. C’est le cas de Tarik Bougherira, qui a doublé son petit espace du quartier de Drouot par un écrin de 250 m2 dans un hôtel particulier du parc Monceau. « C’est le moment ou jamais », lâche cet entrepreneur de 30 ans, spécialiste des objets napoléoniens. D’autant que son propriétaire a consenti à reporter de trois mois son loyer le temps des travaux. « Quand notre économie s’est retrouvée à l’arrêt, on a repris grâce à la Chine qui représente désormais 30 % de notre chiffre d’affaires », poursuit le jeune homme. Spécialiste d’objets de marine et autres curiosités, Eric Delalande s’est lui aussi agrandi, en ajoutant à sa galerie de la rue de Lille l’ancien espace de 50 m2 rue de Beaune du marchand d’arts d’Asie Eric Pouillot, qui a tiré le rideau. Sa réussite, ce marchand de la rive gauche la doit à sa spécialisation. « On est hyper pointu et depuis le début de l’année, on n’a pas cessé de vendre à des musées », explique Eric Delalande. 

Du côté des enseignes généralistes les plus établies, pas question de sortir les violons. « Bien sûr, il est plus difficile de vendre des meubles, cela se comprend, les clients étrangers ont besoin de les voir », admet Marella Rossi, qui dans la galerie familiale de la place Beauvau aime à mélanger le stock de la galerie et des invités contemporains que ce soit la galerie de Sèvres ou la galerie Continua. Mais, poursuit la jeune femme, « on vend beaucoup d’objets, qui représentent jusqu’à 60 % de nos transactions ». C'est aussi un satisfecit chez Georg Laue : « Nous avons des contacts avec nos clients depuis deux ou trois générations, il y a une grande fidélité. » Ce spécialiste de la reconstitution de cabinets de curiosités se dit cependant impatient de participer à la prochaine Tefaf Masters, prévue en septembre prochain à Maastricht dans des conditions sanitaires strictes, rappelant le rôle des foires dans les rencontres et échanges entre professionnels du marché et des institutions : « Tout ne se résume pas au business. C'est plus qu'une foire, c'est un événement, nous sommes une famille. » 

Tous les marchands en conviennent, la plus grosse difficulté aujourd’hui est de trouver des objets avec la fermeture des frontières et la suppression des salons. Les prix ont aussi paradoxalement grimpé. Faute de trouver leur bonheur chez les antiquaires fermés, de nombreux clients, désœuvrés devant leur écran, se sont rabattus sur les ventes aux enchères en ligne, qui ont connu un boom spectaculaire en 2020. « Je chinais exclusivement dans les déballages, à Béziers, Chartres ou Montpellier, j’en faisais au moins un par mois et repartais généralement avec 10-15 nouveautés qui me permettaient d’avoir un roulement d’objets », admet Alexandre Piatti, qui espère que le déballage de Parme, l’un des plus importants d’Europe reporté au mois de mai, ne sera pas annulé. Marella Rossi a pu faire quelques achats lors de déplacements en Suisse et en Angleterre. « Mais comme on vend moins, on achète un peu moins aussi », confie la jeune femme, qui, depuis la deuxième vague épidémique, voit surgir des clients... vendeurs. Alors qu’on n'entrevoit guère la sortie du long tunnel, Alexandre Piatti se veut optimiste : « En discutant avec mes clients américains, je constate qu’ils n’ont qu’une envie, voyager, revenir à Paris. Quand il y aura une reprise, elle sera superbe. D’autant que rien ne remplacera le contact humain et le sens du service. » Difficile toutefois d'adopter une stratégie tranchée pour les mois qui viennent, notamment en ce qui concerne les foires : « Il y a une nécessité de réduire les frais », observe Charles Wesley-Hourdé. Mais, prévient-il, « il faut faire attention à ne pas être oublié par les clients. 2021 va être une année test ». 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19392-les-antiquaires-sauvent-les-meubles.html


Vrai ou faux : comment l’entre-soi du milieu de l’art favorise tromperie et contrefaçons 

Par Art Critique - Publié le 19 décembre 2019 

Prise de court par la volée de bois vert qu’a suscitée la désastreuse interview du prince Andrew à la BBC, la famille royale britannique tente tant bien que mal d’éteindre les feux qui entourent le prince assiégé. Celui-ci a dû consentir à une apparition télévisée visant à mettre un terme à la polémique entourant sa relation avec le financier Jeffrey Epstein. Las, il n’aura réussi qu’à l’attiser davantage. Après qu’une foule d’universités et d’organismes de bienfaisance se sont éloignés de lui, le duc d’York a finalement été forcé d’annoncer qu’il se retirait de ses fonctions royales jusqu’à nouvel ordre. Andrew n’est toutefois pas le seul membre de la famille royale à avoir été inquiété récemment. Ainsi de son frère Charles, premier dans l’ordre de succession au trône, qui s’est pris les pieds dans le tapis d’un scandale massif de contrefaçon d’œuvres d’art. En novembre dernier, plusieurs peintures exposées au Dumfries House, le siège du Prince of Wales’s Charitable Fund, ont été retirées en raison de préoccupations concernant leur authenticité. Alors qu’elles étaient considérées comme des originaux d’artistes tels que Monet, Picasso et Dalí, la provenance de ces œuvres a été remise en question lorsque Tony Tetro, célèbre faussaire d’art américain repenti, en a revendiqué la paternité. 

Famille royale aux abois 

Éclipsée par la décision calamiteuse du prince Andrew de « raconter sa version de l’histoire », les déboires du prince Charles n’ont toutefois pas manqué d’attirer l’œil des professionnels de l’art. La Fondation du prince, sise dans sa demeure seigneuriale de Dumfries dans les Low Lands écossais, a été contrainte d’admettre que plusieurs tableaux avaient été enlevés et rendus à leur propriétaire en raison de doutes quant à leur légitimité. Au centre du scandale se trouvent trois tableaux qui, sur le papier, auraient été peints par Monet, Picasso et Dalí. Ces œuvres, qui font partie d’un prêt de 10 ans consenti à Dumfries House par l’ancien milliardaire James Stunt, récemment mis en faillite, auraient été assurées pour un montant cumulé de 104 millions de livres. Cependant, le faussaire virtuose Tony Tetro a affirmé que Stunt lui avait demandé de créer des reproductions pour sa propre collection personnelle. Stunt, l’ex-mari de l’héritière de Formule 1 Petra Ecclestone, réfute ces affirmations en affirmant : « aucune de mes affaires n’est fausse ». 

Renvoi de balles 

Depuis ces révélations, les déclarations contradictoires abondent. Selon Stunt, toutes les œuvres d’art ont reçu des authentifications officielles du prestigieux Wildenstein Institute en France. Le Wildenstein, quant à lui, dément avoir jamais étudié ces œuvres. Le vaudeville s’épaissit encore avec la révélation d’envois de courriels potentiellement frauduleux en provenance des bureaux de James Stunt. Ces courriels, attestant de l’authenticité de deux œuvres de Salvador Dalí, ont été envoyés sous le nom et l’adresse de Nicolas Descharnes, le plus grand expert mondial du peintre catalan. Mais ce dernier affirme ne jamais avoir rédigé ces courriels, d’autant qu’il lui a fallu moins de quinze minutes pour établir que les « Dalí » en question étaient des faux grossiers. 

De son côté, Tetro affirme que ses œuvres n’ont jamais aspiré à être autre chose que des « reproductions », qui n’ont jamais eu pour objectif de tromper ou de se faire passer pour des originaux. L’artiste insiste d’ailleurs sur le fait qu’aucune de ses copies ne résisterait à un examen professionnel, comme l’avis de Descharnes semble d’ailleurs le confirmer. Par exemple, les pigments modernes utilisés par Tetro se distinguent immédiatement des matériaux plus anciens, la toile se caractérise par sa souplesse... Tetro, qui s’est refusé à tout commentaire pour cet article, maintient que ses travaux n’ont jamais été destinés à dépasser la sphère privée, permettant au mieux à ses clients de tirer un avantage social de ces peintures sans jamais tirer de bénéfices financiers de la tromperie. Lorsqu’il a été avéré que Stunt envisageait la vente d’un Monet anonyme pour alléger ses problèmes d’insolvabilité, Tetro aurait soupçonné un acte criminel et donné l’alerte. Cette décision a peut-être été motivée par les événements de 1991, lorsqu’il a été chargé de 38 chefs d’accusation de falsification de lithographie et de 29 chefs d’accusation de falsification d’aquarelle. 

Après avoir purgé une peine de six mois d’emprisonnement, Tetro a recommencé à faire ce qu’il fait le mieux : créer des répliques proches du travail d’autres artistes. Mais les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. L’artiste s’astreint désormais à un régime de transparence, indiquant clairement à ses clients que ses œuvres ne sont pas des Dalí ou des Picasso originaux. Un nouvel engagement qui n’est pas mû par de pures considérations morales : l’ordonnance du tribunal qui permet à Tetro de continuer à peindre l’oblige en effet à signer toutes ses œuvres sous son propre nom – un cas unique dans le monde feutré de la reproduction d’œuvres d’arts. Ce n’est pas non plus la seule chose qui a changé. Dans une interview, Tetro a souligné l’écart entre son ancienne vie dans le luxe et sa réalité post-prison. « J’avais l’habitude de faire fabriquer mes costumes à la main par un couturier italien« , se lamente-t-il, évoquant aussi avec nostalgie son vieil arsenal de voitures – deux Ferrari, une Lamborghini Countach et une Rolls-Royce Silver Spirit – en contraste frappant avec la Mercedes louée qu’il conduit aujourd’hui. Alors que, dans ses années fastes, il jouissait d’un somptueux triplex tapissé de peau de lézard, les années 2000 ont été synonymes de frugalité pour le célèbre faussaire. Celui-ci prétendait alors vivre dans une chambre d’hôtel bon marché et célébrer son anniversaire sans convives, dans un bar, avec pour seul gâteau un donut glacé orné d’une bougie solitaire... 

Lever le voile sur la tromperie artistique 

Les premières poursuites engagées contre Tetro ont eu lieu à un moment où les autorités s’intéressaient à peine à l’envers du monde de l’art. Entre 1980 et 1987, plus de 750 millions de livres sterling de faux Dalí ont été trouvés dans des galeries aux États-Unis. Entre-temps, dans les mois qui ont précédé l’arrestation de Tetro, Frank de Marigny, courtier en art, a été condamné à 30 mois de prison et le galeriste Mark Henry Sawicki a été traduit en justice pour contrefaçon d’art et vol qualifié en mars 1989. Détail cocasse, c’est Sawicki qui a témoigné contre Tetro en échange d’une sentence plus clémente, permettant ainsi aux détectives de capturer l’homme surnommé « le plus grand faussaire des États-Unis ». Les circonstances de l’arrestation de Tetro – la police de Beverly Hills a mis le « condo » de Tetro sur écoute avant de le prendre d’assaut et de confisquer des centaines de pages sur lesquelles le peintre avait reproduit les signatures de ses artistes préférés – furent dignes d’un des plus grands faussaires du XXe siècle. 

Même dans le monde de l’art, Tetro est un personnage fascinant « C’était juste un esprit brillant qui s’est perdu en route – une sorte de Frankenstein » commente ainsi un marchand d’art californien. Au dire de tous, Tetro est un artiste incroyablement talentueux ; il admet qu’il n’a jamais eu d’intérêt à peindre ses propres œuvres. Au lieu de cela, il a consacré énormément d’énergie à réaliser des copies parfaites. Tetro s’est donné beaucoup de mal pour imiter les artistes qu’il admirait – il achetait de vieilles toiles pour les peindre, afin que ses tableaux ressemblent plus à des maîtres anciens. Lorsqu’il envisageait une contrefaçon d’une œuvre d’art européenne, il se rendait en Europe pour acheter des fournitures sur place. « Si tu veux faire quelque chose, pourquoi ne pas le faire correctement ? » Tetro a-t-il demandé un jour. « Pourquoi utiliser d’autres papiers alors que je pourrais utiliser le papier utilisé par Chagall ? Si vous ne travaillez pas comme ça, vous ne travaillez pas correctement. » 

Aussi admirable qu’il soit, le dévouement de Tetro à son art affaiblit aujourd’hui sa ligne de défense qui consistait, jusque-là, à prétendre ne jamais vouloir que ses tableaux soient confondus avec des originaux. Lors de son audience, Tetro a affirmé que ses propres actions en recréant les peintures ne constituaient pas un crime et que la faute en était imputée à ceux qui profitaient de sa compétence. Admettant qu’il ressentait une certaine fierté à l’idée que ses travaux aient pu côtoyer ceux des plus grands artistes du monde (un expert aurait d’ailleurs déclaré à la BBC qu' »il y avait probablement un Tony Tetro dans tous les grands musées du monde »), il a néanmoins soutenu que les marchands qui faisaient passer ses œuvres pour réelles étaient plus responsables que lui. « Si vous saviez combien de fois je me suis fait avoir par des marchands d’art« , glisse Tetro à un journaliste. « Ils ne m’ont jamais payé d’avance, j’ai toujours été commissionné. Ils ont fait fortune et je me suis fait arrêter (...) Pour chaque dollar que j’ai gagné, quelqu’un d’autre a gagné deux ou trois fois ce montant« . Ces protestations n’ont pas empêché Tetro de passer par la case prison, et bien qu’il ait depuis lors pris des mesures pour lever l’ambiguïté autour de ses œuvres, le monde de l’art ne semble pas lui avoir emboîté le pas. En réalité, le problème s’est même aggravé au cours de la décennie qui s’est écoulée. 

La nature de la bête 

Le monde des beaux-arts est un milieu unique, plein de secrets, où les intermédiaires sont rois et les transactions financières souvent exorbitantes. L’identité des deux parties est souvent gardée secrète afin de renforcer la sécurité des actifs, mais les avantages de cette infrastructure opaque ne prémunissent pas contre les escroqueries. Les histoires d’a!aires criminelles dans le monde de l’art sont ainsi abondantes. À l’image de celle du galeriste Lawrence B. Salander, qui a été surnommé le « Madoff du monde de l’art » pour ses arnaques élaborées qui auraient fait des dizaines de victimes... et quelque 90 millions de livres sterling de bénéfice. Salander, qu’une victime a décrit comme un « sociopathe rusé et manipulateur, un escroc sans âme », a passé des décennies à cultiver des amitiés avec des artistes et des collectionneurs pour vendre leurs tableaux dans leur dos, revendant parfois la même pièce plusieurs fois, avant de falsifier les registres d’achat et d’en tirer des profits faramineux. Une vaste fraude qui n’a été rendue possible que par les principes fondamentaux qui gouvernent le monde de l’art – les relations étroites entre marchands, collectionneurs, artistes et galeristes, ainsi que son voile d’opacité. 

Consanguin, cet entre-soi n’en devient que plus facile à exploiter pour les enfants de la balle qui manient le pinceau. Tetro a beau être l’un des faussaires les plus prolifiques et les plus célèbres au monde, il est loin d’être seul. Au Royaume-Uni, la famille Greenhalgh de Bolton a vendu des douzaines de faux à des musées, des collectionneurs et d’autres acheteurs peu méfiants entre 1989 et 2006, ce qui a valu au cadet de la famille, Shaun Greenhalgh, cinq ans de prison. John D. Re s’est fait connaître en 2012 lorsqu’il a été arrêté pour avoir vendu plus de 60 faux Jackson Pollocks sur eBay pour un montant cumulé de 1,6 million de livres sur neuf ans, alors que le peintre Mark Landis s’est amusé pendant près de trois décennies à fabriquer des copies minutieuses des œuvres des anciens maîtres avant de les offrir aux musées. Tout comme dans la controverse qui se déroule actuellement à Dumfries House, aucun argent n’a jamais changé de mains et Landis a donc échappé aux poursuites, mais ses bouffonneries soulignent la fragilité d’un système où intégrité et traçabilité sont les parents pauvres. 

Lignes brouillées 

Si Landis s’illustre comme un rare exemple de contrefacteur à ne pas avoir commis de crimes, le récent passage de Tetro à la une des journaux soulève des questions difficiles sur la relation entre légalité et éthique dans le milieu artistique. En quoi une œuvre d’art doit-elle être différente pour être considérée comme une reproduction ou un pastiche plutôt que comme une contrefaçon ? Que se passe-t-il si les tableaux ne sont pas vendus comme des originaux, mais prêtés sous cette forme (comme cela semble s’être produit dans l’a!aire du prince Charles) ? Qui est à blâmer quand une reproduction brouille trop la ligne entre le faux et la copie, comme cela peut arriver ? 

En cherchant à se protéger contre les activités criminelles et les opérateurs sans scrupules, les professionnels de l’art ont construit un cocon dont l’endogamie et la confidentialité forment la soie. Cependant que la clandestinité inhérente à ce milieu a encouragé dans le même temps les activités les plus iniques, au nez et à la barbe des professionnels qui le composent. Sans une infrastructure solide pour surveiller ces échanges – ou une frontière bien définie entre droiture et délit –, il semble peu probable que le monde de l’art puisse inverser la tendance. Certes, il serait naïf de prétendre que cette tendance est nouvelle. Dès le XVe siècle, on trouve des récits d’artistes aussi célèbres que Michel-Ange qui ont donné un coup de fouet à leur carrière par la falsification, soulignant que la voie la plus rapide vers le succès matériel s’est souvent faite au détriment des idéaux les plus nobles. Mais dans le cas de Tetro, de Stunt et de la famille royale, il est diffcile de savoir à qui revient la responsabilité de la tromperie – si tant est que l’on puisse pointer des coupables du doigt, tant le monde de l’art se complaît dans les zones grises... 

https://www.art-critique.com/2019/12/vrai-ou-faux-comment-lentre-soi-du-milieu-de-lart-favorise-tromperie-et-contrefacons/


Le monde de l’art inondé d’artifices, de contrefaçons et de tromperies – par nature ?

Par Art Critique Publié le 20 janvier 2020


Un jardinier italien a fait la une des journaux du monde entier le mois dernier après être tombé sur ce qui semble être la deuxième œuvre d’art volée la plus recherchée au monde. Ce jardinier sans prétention a fait cette incroyable découverte en entretenant le domaine entourant le Musée d’Art moderne Ricci-Oddi dans la ville de Plaisance, au nord de l’Italie, où le tableau, une œuvre incroyablement rare de Gustav Klimt, estimée à 66 millions de dollars, avait été exposé 23 ans auparavant.


Bien que chaleureusement accueillie par les propriétaires de la galerie, cette découverte soulève presque autant de questions qu’elle n’apporte de réponses, l’identité des voleurs et les déplacements du tableau au cours des deux décennies qui ont suivi étant entourés de mystère et de confusion. Un tel chaos est malheureusement trop courant dans le monde de l’art, où le vol et la contrefaçon sont des pratiques inquiétantes et omniprésentes. Étant la plus grande industrie non réglementée de la planète, il n’est peut-être pas surprenant que le vol d’œuvres d’art soit le troisième commerce illicite le plus lucratif après celui des drogues et des armes. Selon un rapport de 2014 du Fine Art Expert Institute, plus de la moitié des œuvres d’art en circulation sont soit fausses, soit attribuées par erreur.


Évidemment, ce genre de duplicité a d’énormes ramifications financières non seulement pour les acheteurs privés, dupés à débourser des millions pour un faux objet, mais aussi pour les galeries trompées ou pillées par des acteurs sans scrupules et pour le public, privé de pouvoir apprécier les œuvres authentiques. Dans cette optique, les musées et les autorités ont mis en œuvre des méthodes plus rigoureuses et plus sophistiquées pour protéger leurs biens et retrouver les coupables, mais la prévalence de pratiques douteuses laisse penser qu’il s’agit d’un problème plus grave que l’insuffisance des systèmes de sécurité. C’est peut-être plutôt la nature même du milieu qui rend le monde de l’art si enclin à l’artifice et aux activités illégales.


Autrefois perdu, aujourd’hui retrouvé


Les examens pour vérifier que le tableau retrouvé à Plaisance est bien le Klimt perdu depuis longtemps sont toujours en cours, mais on suspecte fortement l’œuvre d’être le Portrait d’une Dame, le seul exemple connu de « double portrait » de Klimt (un repeint sur une toile préexistante). Il a été trouvé dans une cavité du mur de la galerie elle-même, scellé à l’intérieur d’une voûte et recouvert de vigne. Étonnamment, le tableau était dans un état immaculé, ce qui ne concorde pas avec le fait qu’il ait passé plus de 20 ans à l’intérieur d’une alcôve humide et moisie. Mais ce n’est pas le seul élément de l’affaire qui laisse les enquêteurs dubitatifs. Les autorités italiennes maintiennent avoir immédiatement passé chaque centimètre carré du terrain de la galerie au peigne fin après le vol initial de 1997, et il est donc très improbable qu’elles aient pu manquer une cachette aussi évidente.


Pour brouiller davantage les pistes, en 2016, un informateur anonyme a prétendu être impliqué dans le vol, déclarant que lui et un membre du personnel de la galerie avaient effectué le vol initial en deux étapes. Le scénario complexe décrit par le prétendu voleur semble sortir tout droit d’un film : d’abord, insistait-il, il aurait discrètement volé le vrai Klimt, le remplaçant par une copie de haute qualité. Une prochaine exposition aurait cependant attiré une attention indésirable sur le tableau – et le voleur serait donc retourné à la galerie et aurait également volé la copie.


Bien que le voleur autoproclamé ait prétendu avoir vendu le tableau il y a longtemps pour une grande quantité d’argent et de cocaïne, il aurait aussi insisté, bizarrement, pour que le tableau soit rendu avant le 20e anniversaire de sa disparition. Ce Klimt n’a pas fait son retour en février 2017, mais maintenant, le tableau prodigue a mystérieusement refait surface, engendrant une foule de nouvelles théories. Outre l’idée extravagante qu’une âme bienveillante ait subrepticement rendu le tableau à la galerie pour des raisons inconnues, il y a aussi la possibilité qu’il ait été caché sur place pour faciliter la fuite au moment même du crime, puis abandonné par la suite, bien que cela n’explique pas comment il est resté dans un état presque impeccable ou comment la police l’a raté à ce moment-là.


Ajoutant une couche de plus au mystère, le directeur de la galerie, Stefano Fugazza, a écrit dans son journal, quelques jours avant le vol de 1997, qu’il avait envisagé un plan où il aurait, de concert avec la police, prétendu que le tableau avait été volé afin d’obtenir une presse supplémentaire pour la prochaine exposition de la galerie. Naturellement, Fugazza insiste aujourd’hui qu’il a abandonné le plan : « Mais maintenant, la Dame a disparu pour de bon », écrira-t-il plus tard, « et maudit soit le jour où j’ai pensé faire une chose aussi insensée et puérile ».


Si toute cette saga semble plus avoir sa place à Hollywood que dans la vie réelle, de telles histoires ne sont pas si improbables dans le monde de l’art. En effet, l’une des œuvres d’art les plus célèbres de tous les temps, la Joconde, qui attire quelque 30 000 personnes par jour, n’aacquis son prestige actuel qu’après avoir été dérobée en 1911. En effet, sa notoriété était alors si faible qu’il fallut 28 heures aux autorités du Louvre pour constater son absence, et l’article du Washington Post qui rapportait les faits comportait une image du mauvais tableau.


Ailleurs, un autre vol très médiatisé impliquant cinq tableaux dérobés en 1979 au château de Friedenstein, en Allemagne de l’Est, a récemment abouti à une conclusion satisfaisante mais stupéfiante. Pendant quarante ans, les détectives du dimanche et les autorités publiques ont cherché à savoir qui avait exécuté le vol d’œuvres d’art audacieux et déroutant de Gotha. Les deux voleurs auraient apparemment escaladé les murs du château, seraient passés à côté de tableaux bien plus précieux pour s’emparer de cinq chefs-d’œuvre de la Renaissance soigneusement choisis. Parmi les suspects figuraient le personnel du château, une célèbre famille de trapézistes et le colonel de la Stasi Alexander Schalck-Golodkowski.


Ces tableaux d’une valeur totale de plus de 48 millions d’euros, dont un autoportrait d’Anthony van Dyck, un paysage de Brueghel l’Ancien et l’un des portraits de cour les plus appréciés de Holbein, ont cruellement manqué au musée du château. Il y a quelques mois, cependant, ils ont été rendus à la ville après de furtives négociations entre le maire et un avocat affirmant être en contact avec des « clients » en possession des œuvres d’art. L’histoire fournie par ces « clients » pour expliquer où se trouvaient les tableaux a été jugée « donquichottesques, invérifiable et invraisemblable » par les autorités et l’enquête est toujours en cours.


L’omniprésence du crime dans le monde artistique


Ce genre de raids audacieux se fait encore de nos jours. Un autre des tableaux les plus célèbres du monde, Le Cri d’Edvard Munch, a été volé non pas une mais deux fois, en 1994, puis à nouveau en 2004. En 2010, le cambrioleur surnommé « Spiderman » s’est enfui du Musée d’Art Moderne de Paris avec cinq tableaux d’une valeur cumulée de 115 millions de dollars ; bien que le coupable ait été attrapé, les œuvres d’art n’ont jamais été retrouvées. En 2017, une pièce de monnaie géante en or massif pesant plus de 100 kg et mesurant plus d’un demi-mètre de diamètre a été volée dans un musée de Berlin.


L’année 2019 a même connu son lot de scandales. En septembre, des toilettes en or massif ont été la cible peu orthodoxe d’un raid réussi au palais de Blenheim en Angleterre. Plus récemment, une tentative audacieuse de voler deux Rembrandts inestimables dans une galerie du sud de Londres a été déjouée de justesse après qu’un policier ait trouvé le voleur caché dans des buissons à l’extérieur. Le suspect a réussi à s’échapper en aspergeant le policier au visage d’une substance inconnue, mais dans sa hâte, il a heureusement abandonné son butin. Malheureusement, un musée de Dresde n’a pas eu cette chance, car des bandits se sont échappés avec des objets d’art et des bijoux estimés à un milliard d’euros ; le plus grand vol de ce genre depuis la Seconde Guerre mondiale.


Bien que ces incidents notables fassent la une des journaux, ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg en matière de criminalité dans le monde de l’art. Interpol répertorie environ 50 000 œuvres d’art volées par an et le marché noir des objets illégaux est estimé entre 6 et 8 milliards de dollars par an. Les contrefaçons crédibles d’artistes comme Dali et Ernst sont si répandues que les acheteurs se méfient particulièrement de l’achat de leurs œuvres, mais il n’y a pas que les peintures qui sont sujettes à la ruse et aux subterfuges.


En effet, les sculptures sont des cibles plus populaires que les tableaux, alors que même les curiosités de valeur comme les œufs de Fabergé sont du pain béni pour les faussaires. Selon le plus grand expert mondial en la matière, 99 % des objets qui lui sont présentés pour authentification sont des faux. Dans une anecdote particulièrement stupéfiante, il révèle qu’un riche collectionneur du Moyen-Orient lui a apporté une collection qu’il avait acquise pour plus de 60 millions de dollars, dont chaque œuvre était une imitation. Le collectionneur a étouffé cette découverte, préférant sauver la face plutôt que de sauver sa fortune.


À la recherche de solutions


C’est cette prédilection pour le secret et les apparences qui entravent la lutte contre ces criminels qui parasitent le monde de l’art. En plus de garder le silence sur les cas où ils ont été trompés, de nombreux collectionneurs se renseignent rarement sur la provenance ou l’histoire des objets qu’ils souhaitent obtenir, selon le protocole standard du monde de l’art. Il n’y a aucune autre transaction commerciale au monde où un acheteur débourserait des millions de dollars sans recevoir de documentation ou d’assurance que son achat est légitime et légal.


Pour tenter d’atténuer les difficultés que cela pose pour la récupération des œuvres d’art volées, une solution envisagée consiste à offrir une amnistie aux investisseurs trompés qui se retrouvent avec des œuvres d’art volées sur les bras, ainsi qu’une récompense pour leur retour. Étant donné que les objets se vendent généralement pour une fraction seulement de leur valeur réelle sur le marché noir, souvent autour de 10 % de leur valeur réelle, une offre à 5 % serait un bon compromis pour les musées et les galeries qui cherchent à récupérer leurs biens ainsi qu’une partie de la fortune volée. Bien entendu, de tels frais ne doivent jamais être payés qu’à des parties trompées et non aux voleurs et receleurs, de peur de créer un terreau fertile pour l’extorsion dans le monde de l’art.


Certains pourraient soutenir que celui-ci existe déjà. Étant donné que le vol d’œuvres d’art est un phénomène si répandu et que les forces de l’ordre sont si peu équipées pour y faire face, il est difficile de ne pas être d’accord. Actuellement, il n’y a qu’un seul agent chargé de lutter contre les crimes dans le monde de l’art pour 21 millions de citoyens aux États-Unis, ce qui fait un total de 16 personnes qui se consacrent à l’éradication de cette pratique ; au Royaume-Uni, il n’y en a que 2,5 (l’un d’entre eux ne travaille qu’à temps partiel). Le renforcement des effectifs pourrait même s’avérer contre-productif, si l’on en croit une analyse. Les experts de ce domaine affirment que le renforcement de la police pourrait dissuader les musées de mettre en œuvre leur propre sécurité, ce qui entraînerait une augmentation générale des vols.


Mais qu’il s’agisse de renforcer les mesures de protection pour empêcher que les crimes ne se produisent au départ ou d’investir dans de meilleures méthodes pour traquer les transgresseurs après coup, ces deux solutions semblent traiter les symptômes du problème, plutôt que sa cause profonde. La vérité, c’est que le vol d’œuvres d’art est si répandu en raison de cet environnement qui encourage la confidentialité jusqu’à la clandestinité, ce qui facilite grandement les choses pour ceux qui opèrent en dehors de la loi.


Les symptômes d’un système défaillant


Affolé par la pléthore de vols d’œuvres d’art très médiatisés, le monde de l’art tente de trouver des solutions novatrices, y compris la perspective d’introduire une technologie là où l’humain a échoué. L’utilisation de blockchain pour créer un journal en ligne immuable des œuvres d’art depuis leur point d’origine jusqu’à celui de la vente pourrait contribuer à améliorer la transparence et à garantir l’authenticité de l’ensemble du processus, tout en préservant l’anonymat des parties concernées.


C’est une suggestion qui mérite certainement d’être prise en considération. Étant donné que la supervision humaine semble totalement incapable de gérer adéquatement une industrie estimée à plus de 67 milliards de dollars par an, et qui semble prédisposée à faciliter la corruption, il est peut-être temps de laisser les automates prendre les rênes. Les 90% de victimes de vol d’œuvres d’art qui ne récupèrent jamais leurs biens volés seraient sûrement reconnaissants de ce changement.


La solution la plus sûre, cependant, serait un changement de paradigme dans la culture du monde de l’art. Tout ce qui concerne le commerce des beaux-arts est propice à huiler les rouages d’une opération criminelle, de son étiquette tacite qui exige que les personnes concernées ne posent pas de questions, jusqu’aux énormes chambres fortes et aux ports francs mis en place pour s’assurer que les œuvres accumulent de la valeur même lorsqu’elles prennent la poussière, en passant par l’absence presque totale de réglementation régissant l’industrie. À moins d’un changement fondamental dans la façon dont les négociants, les collectionneurs et les intermédiaires exercent leurs activités, il est difficile d’envisager un avenir où les faux et les vols cesseront de proliférer.




Un NFT s’adjuge pour 69,3 millions de dollars 

Par Roxana Azimi 

QDA - 11 mars 2021  

C’est le dernier rebondissement dans l’emballement planétaire qui s’est emparé des NFT (non-fungible token), ces objets de collection digitaux qui s’appuient sur la technologie de la blockchain : Everyday: the First 5000 days, une œuvre virtuelle de Michael Winkelmann, alias Beeple, composée d’un collage de 5000 dessins réalisés depuis 2007, s’est vendue pour la somme pharaonique de 69,3 millions de dollars (frais compris) le 11 mars chez Christie’s. C'est le lot le plus cher, toutes maisons de ventes confondues, cédé lors d'une vente online only, qui a rassemblé 22 millions de personnes. Selon le site Bloomberg, le dernier enchérisseur – et possible acquéreur – fut Justin Sun, fondateur de la plateforme de cryptomonnaie Tron. « En moins d’une heure, les enchères sont passées de 100 à un million de dollars dès que nous l’avons mis en vente », confie Noah Davis, spécialiste chez Christie’s. Voilà encore trois mois, Beeple était un parfait inconnu, du moins dans le monde de l’art. Malgré ses 1,9 million d’abonnés Instagram, il n’avait exposé nulle part et ne figurait dans aucune collection publique ou privée. Mais la folie NFT est passée par là. En décembre dernier, déjà, Beeple avait récolté 3,5 millions de dollars avec 20 NFT écoulés en un week-end sur la plateforme d’échange Ni!y Gateway. Il est désormais le troisième artiste vivant le plus cher après Jeff Koons et David Hockney. Si les premiers NFT ont commencé à fleurir en 2017 dans l’univers des jeux virtuels, ils ont gagné désormais tous les domaines. Selon une récente étude menée par nonfungible.com et l’Atelier BNP Paribas, le montant des transactions sur ce marché peut être estimé à 250 millions de dollars en 2020. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19345-un-nft-s-adjuge-pour-69-3-millions-de-dollars.html


Une œuvre numérique vendue aux enchères 69 millions de dollars 

PAR CHARLES ROUMÉGOU · LEJOURNALDESARTS.FR LE 12 MARS 2021 - 

Un collage numérique vendue sous forme de NFT, d’un artiste peu connu a été adjugé pour une somme incroyable chez Christie’s. 

Du 25 février au 11 mars, Christie’s organisait la vente en ligne d’une œuvre intégralement digitale réalisée par l’artiste américain Beeple, Mike Winkelmann de son vrai nom, connu pour ses création 3D insolites et futuristes. 

« Nous sommes à la veille d’un possible changement de paradigme », reconnaît Noah Davis, spécialiste de l’art contemporain et d’après-guerre chez Christie’s, au journal The New York Times

Intitulée Everydays: The First 5000 Days, l’œuvre est une immense mosaïque colorée composée de 5 000 images de dimensions diverses, créées et publiées par l’artiste tous les jours pendant treize ans et six mois sans discontinuer, lesquelles représentent des sujets extrêmement variés comme des visages, des décors cosmiques et de science-fiction ou encore des paysages abstraits aux tonalités hallucinatoires.

Impalpable en raison de sa nature digitale, Everydays: The First 5000 Days est vendue en lot unique sous la forme de NFT, acronyme de « non fungible token » ou « jeton non fongible », c’est-à-dire un objet virtuel à l’identité, l’authenticité, la traçabilité incontestables et inviolables grâce à la blockchain. Cette technologie a permis à l’artiste d’encoder les caractéristiques de sa création, dont sa signature, de sorte à empêcher toute duplication. Un certificat d’authenticité numérique 2.0 en somme.

Cette avancée technologique, qui s’était déjà illustrée à l’occasion de la mise en vente le 6 mars dernier du premier tweet du PDG de Twitter, s’apprête à révolutionner le droit de suite car si elle rend possible l’authentification de l’œuvre digitale, elle permet simultanément à l’artiste d’encoder des règles pour son utilisation future. Le contrat de Beeple stipule ainsi que l’intéressé touchera une commission chaque fois que d’autres spéculeront sur son travail - en l’occurrence, il récupérera 10 % sur le produit de chaque vente réalisée sur le second marché. 

« Les NFT permettent aux artistes d’intégrer un type de contrat avec leurs collectionneurs dans leur travail », explique Ruth Catlow, chercheuse et conservatrice pour le laboratoire d’art décentralisé de Furtherfiel à Londres, au New York Times.
« Ces œuvres d’art programmables sont un moyen de créer de nouvelles formes de relations », ajoute-t-elle.

Présentée le 25 février à 100 dollars, l’œuvre digitale culminait déjà à près de 3 millions dollars quatre jours plus tard. Jeudi 11 mars à 16h00, heure de clôture des enchères en ligne, Everydays: The First 5000 Days a été adjugée, frais compris, pour la somme de... 69 346 250 dollars (58 081 645 euros), soit près de 13 800 dollars l’image, preuve supplémentaire de l’engouement nouveau des collectionneurs pour ce pan encore marginal du marché de l’art.

Précurseur en matière de nouvelles technologies, la maison de ventes acceptait pour l’occasion, en plus des modes de paiement classiques, les cryptomonnaies, en l’espèce l’ethereum.

Le 25 octobre 2018, Christie’s s’était déjà illustrée en mettant aux enchères une toile intitulée Portrait du comte Edmond de Belamy, laquelle avait été générée par une intelligence artificielle développée par le collectif Obvious. L’œuvre d’art avait été adjugée à 432 500 dollars (363 650 euros), soit plus de soixante fois l’estimation basse de Christie’s.

Mais un an après, le 15 novembre 2019, le même collectif mettait aux enchères chez Sotheby’s deux nouvelles œuvres : La Baronne de Belamy, issue de la même série que Portrait du compte Edmond de Belamy, ainsi que Katsuwaka of the Dawn Lagon, inspirée des estampes japonaises traditionnelles. Les ventes s’étaient finalement révélées décevantes : la première toile avait été adjugée pour 20 000 dollars (16 800 euros) et 16 250 dollars (13 650 euros) pour la seconde. 



Les « quartiers culturels » résistent à la pandémie 

Par Magali Lesauvage, Marion Rousset 

QDA - 11 mars 2021 

Alors que les rassemblements restent encore fortement limités par la pandémie de Covid-19, que deviennent les « quartiers culturels créatifs », ces lieux d'intense sociabilité ? 

Si les « quartiers culturels créatifs » (QCC) trouvent une définition administrative dans les tablettes du ministère de l’Économie et des Finances – comme « espaces dédiés à la culture, ayant pour objectif de fédérer et d’animer les équipements et commerces culturels des villes dans lesquelles ils sont implantés » –, leur concept, apparu dans les vingt dernières années sous l’impulsion des politiques de la ville, reste encore difficile à définir et les modèles varient. Friches réhabilitées ou tiers-lieux y sont parfois associés, tandis que des sites historiques, comme l’Île des Musées à Berlin, servent de références. « Les musées et grandes institutions culturelles (théâtres, opéras, espaces de création, etc.) en sont souvent les éléments structurants », note Evelyne Lehalle sur le site Nouveau tourisme culturel. Selon Guy Bellavance, professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, au Canada, cité par Aude Mathey dans CultureCom, la notion de quartier culturel est « paradoxale, une réalité volatile car peu ou pas géolocalisable ». Selon l’urbaniste américain Jeff Speck également cité, ces lieux doivent rassembler « les 3 C : commerce, culture, conversation ».

Avaler un déjeuner « zero waste » à la FABuleuse cantine, faire un tour à la Cité du Design, puis se connecter au Wi-Fi de l’espace de coworking de la Grande Usine Créative, avant de rejoindre les bureaux de sa start-up dans le bâtiment de l’Imprimerie ou les ateliers de l’École supérieure d’art et design : voici tout ce qu’on peut faire dans le « quartier créatif » Manufacture-Plaine Achille, établissement public d’aménagement (EPA) de Saint-Étienne (Loire). Une vraie ville dans la ville. En chiffres, cet « écoquartier » avec pistes cyclables et « confort acoustique » conçu dès la maîtrise d’œuvre comprend 107 hectares en zone d’aménagement concerté (ZAC), dont 25 000 m2 dédiés aux « activités créatives et innovantes » et 8000 aux bureaux de 50 sociétés, une crèche, un Centre des Savoirs pour l’Innovation associé à l’université Jean-Monnet, un théâtre, plusieurs tiers-lieux et pépinières d’entreprises. Depuis un an, le site où se mêlent création et entrepreneuriat, d’ordinaire effervescent, est relativement désert, notamment en raison de l’absence des étudiants, relève Thierry Mandon, directeur de la Cité du Design. Mais, poursuit-il, « les projets de développements à moyen terme suivent leur cours normal ». Ainsi d’un espace pédagogique pour les familles, qui devrait ouvrir d’ici cet été. La Biennale Internationale du Design, qui devait avoir lieu ce printemps, est reportée à l’année prochaine, et les expositions sont jusqu’ici fermées, « mais la vie des entreprises continue », ajoute Thierry Mandon, soulignant que, hormis celles liées à l’événementiel, les jeunes boîtes présentes ici, essentiellement tournées vers l’informatique, l’économie sociale et solidaire, le design et la communication, sont peu touchées. Ainsi cette typologie de « cluster » créatifs/entreprises tient encore la route. Pas question de revoir le modèle économique du quartier, insiste Thierry Mandon : « Grâce aux vaccins, on peut se projeter pour un retour à la normale vers l’automne. » Même son de cloche du côté de Jean-Luc Charles, directeur général de la Samoa, en charge du Quartier de la Création, sur l’île de Nantes : « On constate toujours une très forte demande des entrepreneurs pour venir s’y installer. Il n’y a pas de ralentissement. » Objectif : 3500 emplois dans les filières du numérique et des industries culturelles notamment, portées par le projet d’ouvrir un tiers-lieu XXL, en 2021, dans les halles de l’ancien Marché d’intérêt national (MIN) qui n’ont pas été démolies. L’arrivée de 7000 étudiants avec la livraison de l’École du design devrait aussi contribuer à dynamiser le quartier.

Les quartiers culturels et créatifs, lieux d’échange et de rencontre par excellence, souffrent bien sûr des mesures sanitaires.
À Rouen, la crise a coupé l’herbe sous le pied de la nouvelle municipalité qui rêvait que la culture occupe les espaces publics dans le Quartier des musées, qui ne dispose pas encore de tiers lieux identifiés. « Il y a six mois, on est arrivé avec le projet d’investir la place du Chêne rouge pour y faire venir du spectacle vivant et des arts visuels. On se disait que les très jeunes compagnies pourraient répéter en extérieur, on avait aussi des demandes pour des expositions en extérieur », se souvient l’adjointe à la culture Marie-André Malleville. Mais la pandémie est passée par là. « Aujourd’hui, ce quartier où se côtoient restaurants et musées est une zone presque fantôme. On n’a plus qu’un décor extérieur à regarder, c’est assez glaçant. »

Accompagner l'existant 

Sur la page d’accueil du site du Centquatre, à Paris, une phrase avertit : « Les équipes et les artistes n’ont jamais cessé de travailler pour permettre à la création de continuer d’exister et aux publics de la rencontrer. » Ainsi, son directeur José-Manuel Gonçalvès se veut rassurant : « Les productions artistiques des artistes en résidence continuent, tandis que les start- ups de 104 Factory tournent », confie-t-il. En temps normal, le site accueille beaucoup d’habitants de ce quartier pauvre du XIXe arrondissement qui viennent y pique- niquer, danser ou simplement se rassembler, « respirer », indique José- Manuel Gonçalvès. Depuis un an, l’immense halle est presque vide. La Maison des Petits, véritable sas de décompression pour les familles du quartier en manque d’espaces, reste ouverte sur des créneaux horaires, mais l’espace central, où se déploient habituellement de nombreuses activités, ne peut accueillir du public. Signe des temps : le Centquatre s’est transformé pour l’heure en gigantesque centre de vaccination, avec près de 1000 personnes vaccinées quotidiennement. L’équipe des publics poursuit cependant ses activités à l’extérieur, en lien avec les secteurs associatifs et éducatifs. Actuellement en résidence, l’auteur Hakim Bah pratique la lecture chez des particuliers. Des représentations ont eu lieu, à destination des professionnels : journalistes, programmateurs, directeurs de scènes, etc. « Nous avons un rôle dans la diffusion des productions du spectacle vivant : c’est important que les spectacles aient lieu pour que les artistes se fassent connaître », insiste José-Manuel Gonçalvès, qui précise que les expositions Ivan Navarro et « Circulations » sont montées, et n’attendent plus que le feu vert des autorités pour se montrer au public. « Nous sommes très impatients », soupire-t-il, soulignant la souffrance des équipes à cause du télétravail. Le Centquatre, soutenu par la Ville de Paris, continue de perdre de l’argent, mais « financièrement, c’est moins difficile que la première vague, souligne José-Manuel Gonçalvès. On tient grâce à nos missions d’ingénierie de friches culturelles (Grand Paris Express, site Éclair d’Épinay-sur-Seine, hôpital de la Grave à Toulouse...) ». Lorsque l’Hebdo l’avait interrogé le 15 mai dernier, le directeur du Centquatre avait confié souhaiter « ralentir, cesser la fuite en avant perpétuelle ». Qu’en est-il dix mois plus tard ? « On ne court plus après les projets, souffle-t-il. On préfère essayer d’accompagner au mieux l’existant, de prendre plus de temps avec les artistes et les porteurs de projets. » Un ralentissement obligé, mais aussi salutaire.

Réaffirmer sa nécessité 

Pendant le premier confinement, l’association France Tiers-Lieux a sollicité 1800 tiers-lieux et étudié l’impact de la pandémie sur les 226 qui ont répondu – dont 30 % étaient à vocation culturelle.
À l’époque, 80 % de ces espaces se sentaient mis en danger, à court ou moyen terme, par la crise sanitaire. « Les tiers-lieux se sentent toujours menacés, au même titre que de nombreuses entreprises, même si pour l’instant ils arrivent à s’en sortir grâce aux aides de l’État et à certains bailleurs qui leur ont permis de repousser leur loyer ou de s’en exonérer », indique Rémy Sieillier, responsable du développement de cette association. Quant à l’avenir, le plan de relance économique du gouvernement est plutôt de bon augure pour les tiers-lieux. L’appel à manifestation d’intérêt Fabriques de territoires soutiendra le développement de 360 espaces de ce type, déjà existants ou en projet, tandis que l’appel à projets « Quartiers culturels créatifs », doté de 2 millions d'euros en 2021 et 2022, vise à favoriser le développement de tiers-lieux culturels dans les centres urbains dévitalisés.

Johan Nicolas, directeur adjoint de la Friche La Belle de Mai, à Marseille, est plus inquiet pour les artistes et entrepreneurs qui font vivre cet espace que pour la société coopérative d’intérêt collectif qui le structure. La SIC a perdu près de la moitié de son chiffre d’affaires en 2020 – « 455 000 euros, sur environ un million annuel » – mais elle reste financée à hauteur de 75 % par des fonds publics. Ce qui contribue à la mettre à l’abri des intempéries. Certes, le cœur de ses activités, l’accueil du public, est à l’arrêt. Mais « les tiers-lieux sont plutôt résilients, agiles et réactifs », avance Johan Nicolas, qui veut croire que « la crise constitue une opportunité pour réaffirmer notre nécessité ». Quand arrivera le bout du tunnel, « il faudra peut-être commencer par des fêtes plus que par des spectacles hyper- cérébraux ! », sourit Luc de Larminat, co- directeur d’Opale. L'Organisation pour Projets Alternatifs d’Entreprises, qui intervient auprès des porteurs de projets artistiques et culturels et des collectivités et réseaux qui les accompagnent, a lancé une enquête dont les premiers résultats montrent que les tiers-lieux ont perdu environ 50 % de leur chiffre d'affaires avec la crise. « Ce sera de la responsabilité des tiers-lieux de s’ouvrir à d’autres publics, de faire l’effort de développer encore davantage les échanges entre diverses communautés culturelles et sociales. » Pour renouer avec ce qui aura le plus manqué.

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19348-les-quartiers-culturels-résistent-à-la-pandémie.html



02.02.2021 - CONNAISSANCE DES ARTS - Anne-Sophie Lesage-Münch

Art contemporain : le monde de l’art se mobilise pour les artistes et demande des aides d’urgence 

Publiée ce lundi dans « The Art Newspaper Daily », une pétition, ayant déjà réuni près de 1000 signatures de professionnels du monde de l’art, appelle le ministère de la Culture à débloquer d’urgence des fonds pour soutenir les artistes et la création contemporaine. 


Les arts plastiques : parents pauvres du plan de la relance de la culture ? C’est du moins ce que dénonce le millier de signataires de la pétition #SoutenonsLesArtistesContemporains relayée hier, lundi 1er février par the Art Newspaper Daily. Celle-ci souligne, en effet, que, sur les 2 milliards d’euros débloqués par l’État, les fonds accordés spécifiquement au soutien aux artistes et à la création contemporaine, via l’augmentation du budget du Centre national des arts plastiques (Cnap), sont largement insuffisants. Le texte pointe notamment un évident « déséquilibre financier entre, d’un côté, les aides considérables dédiées au cinéma, au spectacle vivant, à la musique, au livre et au patrimoine ; et, de l’autre, des montants minimes alloués aux arts plastiques et visuels ». Loin de la querelle de clochers, cette tribune met en lumière la précarisation actuelle des acteurs de ce secteur dont on pense souvent, à tort, qu’il ne peut pas connaître la crise.


Des dispositifs insuffisants 

Le 15 janvier, Pascal Neveux, Président du CIPAC-Fédération des professionnels de l’art contemporain et directeur du Frac Picardie Hauts-de-France, signataire de la pétition, alertait déjà la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, lors d’une séance du Conseil national des professions des arts visuels : « il n’y a pas d’intermittence pour les artistes plasticiens, et l’arrêt de nos programmations et de nos expositions entraîne automatiquement l’absence de rémunération pour les artistes, mais aussi pour de nombreux professionnels et indépendants que sont les critiques d’art, les commissaires d’exposition, les régisseurs, les conservateurs restaurateurs, les médiateurs et bien d’autres encore. Les mesures d’urgence sont bien entendu plus que nécessaires et bienvenues, mais elles n’ont qu’un caractère d’urgence et sont bien en deçà des besoins réels du secteur ». 


En 24h, la pétition en ligne a multiplié par 10 le nombre d’adhérents à sa revendication. Qu’ils soient directeurs de Frac ou de centres d’art, artistes, commissaires d’exposition, galeristes, conservateurs ou directeurs d’école, tous appellent de leurs vœux une réévaluation par l’État des besoins actuels réels des acteurs de la création contemporaine et la mise en place d’aides d’urgence pour permettre aux artistes de « continuer à travailler, produire, partager, vendre et diffuser leur travail ». De fait, la majorité des lieux qui font vivre l’art contemporain et ses acteurs sont aujourd’hui fermés en raison des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Seules les galeries ont pu reprendre, par intermittence, leurs activités depuis le déconfinement en mai dernier. Mais privées de salons et de foires, économiquement fragilisées par le premier confinement, elles ne peuvent à elles seules assurer un moyen de subsistance aux artistes. 


Quant aux aides déjà mises en place par l’État, elles n’ont à ce jour concerné directement que le Cnap (3,8 millions de dotation pour 2021) et indirectement irriguées le réseau des Direction régionales des affaires culturelles. Ceci se révèle malheureusement insuffisant au regard de l’ampleur de la crise que traverse le monde des arts plastiques et de l’extrême variété des pratiques (peinture, sculpture, photographie, dessin, installation, vidéo, son et design) et des acteurs concernés. 


Mobiliser le réseau 

La pétition #SoutenonsLesArtistesContemporains établit une liste de 6 dispositifs à mettre en place pour faire reculer la précarité des artistes, mais également des auteurs (théoriciens, critiques, commissaires d’expositions et étudiants sur l’ensemble du territoire. Elle demande notamment « une augmentation des budgets d’acquisitions des Fonds régionaux d’art contemporain et des musées d’art contemporain » et un renforcement des moyens financiers des centres d’art pour des aides à la recherche et à la production. L’acquisition et la commande d’œuvres d’art, tout comme l’appel à projet et la résidence, demeurent, en effet, les principales formes de soutien concrètes aux artistes. Concernant les commandes publiques artistiques, autre levier essentiel, les signataires souhaitent qu’un budget « digne de ce nom » soit établi pour 2021 (celui-ci est actuellement évalué à 30 millions d’euros dans le budget du ministère de la Culture) et qu’il vivifie la vie artistique sur l’ensemble du territoire national. 


En filigranes se dessine ainsi un appel à soutenir et mobiliser la constellation de lieux qui, dans la France entière, font vivre quotidiennement la création contemporaine et la diffuse en région. C’est tout un réseau d’acteurs, mobilisés depuis près d’un an maintenant, qui souhaite pouvoir participer pleinement à l’effort de relance. « Les outils sont en place mais il vous faut avant tout faire confiance et donner les moyens à notre écosystème de doter encore plus ses missions fondatrices et ses dispositifs de soutien, de résidences, de productions, de recherche et d’acquisition sur l’ensemble de notre territoire », expliquait Pascal Neveux lors de son intervention du 15 janvier dernier. 



2021 : quelles perspectives ? 

Par Roxana Azimi, Magali Lesauvage, Marina Vazzoler  

QUOTIDIEN DE L’ART - 17 décembre 2020  


L'épidémie de Covid-19 n'est toujours pas maîtrisée, et le milieu de l'art souffre comme jamais. Comment ses protagonistes ont-ils vécu 2020 ? De quoi demain sera-t-il fait ?Témoignages. 


Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo 


Cette non-réouverture des musées annoncée par le gouvernement, c'est dur pour nous, le « partage du sensible » est absent. Nous aurons terminé l'année au Palais de Tokyo sous le signe de la solidarité, avec le « Palais partagé », un programme mis en place en juin, qui met l'accent sur le care et l'accessibilité auprès des publics dits éloignés. Cela fait partie des lignes de fond que nous souhaitons affirmer au-delà des expositions, en travaillant à des fondamentaux. Ainsi prépare-t-on l'ouverture d'un care center au sein du Palais, un centre de médiation et de partage qui devrait accueillir en continu les personnes en situation d'exclusion sociale ou de handicap. Cette notion de care nous l'appliquons aussi en interne, même à distance. Les salariés ont été maintenus à leurs postes mais pas les prestataires avec qui nous travaillons régulièrement, c'est très violent... Nous voulons développer aussi des projets d'art-thérapie, en accueillant des éducateurs, des enseignants, des foyers de femmes. Autre grande ligne : la responsabilité sociale et environnementale, lancée avant la crise. Financièrement, nous avons perdu des millions d'euros, en billetterie, à la librairie, au restaurant mais également en privatisations, et sommes sous perfusion du ministère de la Culture. Le Palais a besoin de réinventer son mode de fonctionnement. C'est pourquoi nous lançons un cercle de mécènes engagés dans le champ social et écoresponsable. En ce qui concerne les expositions, le rythme de la programmation est fragilisé, elle devient plus organiquement liée à l'institution. L'exposition « Nature morte » d'Anne Imhof, qui devait avoir lieu à l'automne, est pour l'instant reportée à avril 2021, et « Anticorps » va être prolongée après la réouverture. La saison « Réclamer la terre », sur la prise de conscience environnementale (y compris de l'institution en interne), est quant à elle reportée à 2022. Nous réfléchissons de manière active à ce que nous pouvons proposer dans ce contexte, dans un esprit de convivialité, de proximité. Ainsi, pendant le second confinement, le Palais est resté ouvert aux artistes pour des répétitions, des projets filmés, devenant un workshop, une caisse de résonance. L’idée est de garder une flexibilité, que le Palais ne soit jamais fermé, suivant le précepte de John Cage : « Something is always happening. » Il nous faut transformer le couvre-feu en veillées. »


Guillaume Piens, directeur de la foire Art Paris Art Fair 


« L’année 2020 a été celle de tous les défis, Art Paris ayant été successivement reporté, puis réinventé en ligne avec une première édition 100 % numérique qui s’est tenue de mai à juin, pour renaître physiquement au Grand Palais en septembre. Outre l’épreuve personnelle, je retire plusieurs leçons de cette crise sans précédent : l’orientation régionale de la foire, poursuivie depuis 2012, s’est révélée être un atout en temps de pandémie. Les restrictions de voyages redonnent au local et à la proximité toute son importance et je vois se dessiner un recentrage sur des villes comme Paris qui abritent un exceptionnel écosystème de galeries, fondations, musées et foires et s’appuie sur une véritable tradition de la collection aussi bien publique que privée. Le succès des ventes et de fréquentation – 56 000 visiteurs en 2020 – a également démontré que le modèle des foires régionales a de l’avenir, que le marché de l’art ne s’est pas effondré et qu’il y a en France, contrairement aux idées reçues, un milieu de collectionneurs très actifs même si ceux-ci achètent à des prix moindres que leurs homologues américains ou asiatiques. Les ventes ont été nombreuses dans une moyenne de prix attractifs entre 5 000 et 30 000 euros, avec des pointes à 250 000 euros, démentant les pronostics les plus pessimistes. La tendance est clairement au retour des valeurs sûres et aux petits prix pour les artistes émergents qui sont très affectés ainsi que leurs galeries par la crise. Concernant notre édition numérique, une centaine d'œuvres ont été vendues (notamment via la plateforme mise en place avec Artsy) mais à des prix dans une fourchette allant de 2 500 euros et 15 000 euros. Ma conclusion personnelle : rien ne remplace la foire physique, mais le volet numérique agit en complément. C’est utile pour découvrir des galeries et leurs artistes et c’est devenu un moyen d’information essentiel pour les collectionneurs. Par ailleurs, nous avons décidé d’abandonner le papier pour notre catalogue comme pour notre programme VIP, qui à partir de maintenant ne seront plus diffusés que de manière digitale. »

Emmanuel Tibloux, directeur de l’Ensad, Paris 


« Je vois s’articuler plusieurs types d’expérience dans la séquence – dont nous ne sommes pas encore sortis – qui s’est ouverte avec le premier confinement. La première est une expérience de vérité. Se seront révélées la puissance des logiques virales dans nos vies mondialisées, la contingence et la fragilité du régime néolibéral, la réversibilité dystopique de l’utopie numérique, l’importance vitale du service public et de la présence réelle. On aura aussi pu vérifier que l’école n’est pas une institution abstraite, mais d’abord un lieu et un milieu de vie, et que l’école d’art est peu soluble dans la digitalisation. Cette expérience aura aussi été une expérience critique, de mise à l’épreuve et en question. Comment étendre l’école hors de son lieu ? Comment articuler exigence de continuité pédagogique et obligation de discontinuité ? Comment accompagner et prendre soin des étudiants les plus fragilisés ? À ces questions nous aurons cherché et élaboré des réponses : lettres internes régulières, reconfiguration des formats et modalités d’enseignement, renforcement des dispositifs de soutien psychologique (les consultations auprès de la psychologue de l’école, en temps normal au nombre de 13 étudiants par semaine, sont montées à 16), économique et matériel. Cent douze étudiants ont bénéficié du fonds d’aide d’urgence lors des deux confinements. Comme toute expérience critique, cette expérience aura enfin été riche d’enseignements : nous aurons toutes et tous appris du Covid-19. Pour les écoles d’art, où l’enseignement est consubstantiel à la pensée critique, comme pour toutes les institutions, il y a dans la crise une disposition et une énergie critiques qu’il est essentiel de conserver. Non seulement parce que les institutions sont toujours menacées d’engourdissement, mais aussi parce que les temps présents nous y obligent. Révélés dans leur urgence par la crise sanitaire, deux sujets étroitement liés doivent devenir prioritaires pour les secteurs de l’enseignement, de l’art et du design : la transition écologique et les formes de l’attention, de la bienveillance et du soin. Notre mission est claire : nous sommes des abris dans un monde en ruine, au sein desquels un nouveau monde se dessine. »


Gallien Déjean, commissaire d'exposition et critique d'art, membre de Treize et professeur à l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy 


« Je n'ai pas l'impression que l'année qui vient soit radicalement différente de celle que l'on quitte – il est toutefois probable qu'elle sera pire. 2020 n'a fait que confirmer un certain nombre de choses. Les institutions, les musées, les universités, les écoles d'art ont été fermés à cause du Covid, et après ? L'enseignement supérieur, de toute façon, est en train de mourir, ratiboisé par le gouvernement. Quant aux musées, n'en parlons plus : rien ne s'y passe depuis longtemps. À titre personnel, j'ai eu l'impression ces derniers temps que les méthodes de recherche et de production que je mettais en œuvre avec mes amis devenaient plus clandestines, plus fuyantes, mais aussi plus attentives aux liens de convergence et de connivence qui peuvent se tisser entre groupes affinitaires appartenant ou non au monde de l'art. À une époque où le pouvoir qui nous gouverne n'a d'autre stratégie que de stigmatiser des pans entiers de la population, je crois qu'il faut que nous ayons le courage en 2021 de revendiquer ce qu'on nous reproche : soyons séparatistes ! Les institutions qui couvrent le feu et les valeurs prétendument républicaines, on s'en passera sans difficulté... En 2021, nous continuerons nos expériences collectives sous forme de coopératives, dans les ateliers d'artistes, dans les squats, dans les jardins, dans les prisons, durant les ateliers d'autoformation, dans les apparts, dans les brigades, dans les manifs, sur les parkings, plutôt qu'au musée ou à l'école. Le jour où nous aurons toutes et tous fait sécession, nous comprendrons que ce sont eux les séparatistes - et qu’ils ne sont qu’une poignée. »


Constance Rubini, directrice du musée des Arts décoratifs de Bordeaux 


« 2020 a été une année tellement étrange ! Avec maintenant un peu plus de recul, s’il y a une chose à apprécier, c’est d’avoir vécu des situations complètement inédites, et d’avoir réussi à les traverser avec, finalement, pas mal de créativité ! Qui aurait pu imaginer un tel dérapage ? Personne je pense. Je garde un souvenir tellement fou de cette dernière journée au musée avant le premier confinement, où personne ne savait comment les choses allaient se passer. On a récupéré le plus de dossiers et de livres possibles et puis on est sortis en fermant la grande porte bleue de la cour du musée, le cœur serré. Loin du musée, avec l’équipe, on a beaucoup réfléchi à comment continuer à assumer notre mission de service public auprès de nos visiteurs. On a tous vu la quantité de contenus mis en ligne par les musées. On y a aussi participé, peut-être un peu pour combler la peur du vide. Mais ce n’est pas si simple. Rien ne remplace la visite physique d’un musée, l’expérience sensible qu’on y fait. On peut diffuser beaucoup de connaissances, des images, des films qui racontent des histoires intéressantes sur les œuvres, mais c’est autre chose. L’un ne remplace pas l’autre. C’est pour ça que je ne suis pas convaincue par la visite virtuelle des musées ou des expos. Je préfère la version moins « copie du réel » qu’est le site Internet ultra documenté, avec de belles images et des vidéos en lien, c’est ce que nous avons fait finalement pour l’exposition « Playground, le design des sneakers ». Dès que nous avons rouvert, le public était au rendez-vous. Nous avons eu la queue devant le musée pendant tout l’été. Cela fait plaisir de voir que les gens ont eu un vrai désir de culture après ces semaines d’isolement. La fréquentation a été meilleure que jamais – plus de 35 000 visiteurs durant l’été pour « Playground » –, puis nous avons de nouveau été stoppés le 30 octobre. De vraies montagnes russes ! Cela a été difficile de solliciter mécènes et partenaires pour les expositions à venir, notamment celle autour du design et de l’agriculture prévue en 2021. Pourquoi, en effet, mettre de l’argent dans une exposition qui ne sera peut-être pas ouverte au public ? Mais depuis l’annonce du vaccin et la réouverture, on sent que les choses se débloquent. J’ai maintenant des réponses avec des propositions concrètes de rendez-vous, c’est rassurant. »

Alexandre Giquello, président de Drouot 


« En 2019, Drouot, qui réunit 59 maisons de ventes aux enchères, a accueilli dans ses salles et sur Drouot Digital plus de 1 500 ventes totalisant 372 millions d’euros, un bilan stable démontrant sa résistance dans un marché mondial en recul de 5 %. Le premier semestre 2020 s’annonçait bien... mais l’hôtel des ventes a dû fermer ses portes trois mois, aux moments où l’activité est traditionnellement la plus faste. Fin novembre, le bilan accusait une perte de 40 % par rapport à la période correspondante de l’an dernier. En moyenne, la fréquentation journalière a baissé de 3 500 à 1 100 visiteurs. Entre deux confinements, la réouverture des portes a confirmé une demande toujours soutenue dans des domaines aussi variés que la peinture ancienne, la bibliophilie, la sculpture ou les arts asiatiques... Le 30 septembre, l’ensemble des actionnaires du groupe ont adopté, à l’unanimité, un ambitieux programme de réformes, plaçant la modernisation, l’ouverture et le service comme objectifs pour l’année à venir. Tous les sites Internet du groupe doivent être regroupés dans un portail unique, drouot.com. Drouot Digital – qui réunit aussi bien les ventes live que celles purement online – a permis aux maisons de ventes de poursuivre leur activité (l’activité digitale de la filiale est en hausse de 50 % en 2020). Drouot a commencé à installer en novembre une « salle 2.0 », équipée pour permettre aux commissaires-priseurs de vendre en live, après exposition des lots. Le groupe prévoit aussi la création d’une nouvelle filiale, Drouot Immobilier, en combinant la marque Drouot avec des professionnels du secteur. L’hôtel ouvre désormais ses portes à chaque opérateur de ventes qui souhaite intégrer ce lieu historique. Six sociétés se sont déjà inscrites à la fin de l’année. Consciente que son public quotidien est sa force, la maison a créé un service clients qui pourra accompagner chaque acheteur jusqu’à la livraison de son lot. Même si les ventes dématérialisées sont en pleine croissance, nous continuons à penser que l’émotion ressentie devant un objet reste primordiale. Le côté humain demeure un atout essentiel du marché de l’art à la française. L’âme de Drouot reste la rencontre. »


Martin Bethenod, directeur de la Bourse de Commerce- Pinault Collection 


« Après une année 2020 marquée par le repli sur soi, le renfermement, la fermeture même de nos visages derrière les masques, que 2021 soit une année d'ouverture
dans tous les sens du terme. Celle de la Bourse de Commerce, le 23 janvier, mais aussi celle de l'espace public, des lieux de culture, de rassemblement, de partage. Cela implique de s'adapter, de reconfigurer les propositions, de composer avec des contraintes d'organisation. C'est parfois compliqué mais cela vaut la peine, et c'est essentiel... Le monde des musées a formidablement montré l'été dernier qu'il était capable de relever ces défis, et le public a répondu. La programmation de la Bourse de Commerce est moins influencée par la pandémie en tant que telle que par le contexte social, économique, politique, environnemental, et ses enjeux d'identité, de minorités, de contestation. De manière plus mécanique, la crise sanitaire aura en revanche un impact sur les rythmes de programmation. Je pense que nous allons tous devoir ralentir un peu, et ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Quant à savoir si je compte voyager autant qu’avant la crise sanitaire, si j’avais répondu à cette question il y a exactement un an, je serais sans doute embarrassé de relire mes réponses aujourd’hui… »


Jagna Ciuchta, artiste 


« Grâce à divers projets en cours, l'année se termine plutôt bien pour moi, malgré un bilan financier désastreux et d'autres projets annulés. J'ai pu vendre une œuvre au Frac Normandie et j'ai obtenu une bourse individuelle à la création du ministère de la Culture. Celle-ci était destinée aux voyages de recherche, notamment aux musées ethnographiques en Pologne, au musée d'Art brut de Lausanne, et un temps de collaboration avec Suzanne Husky autour de son jardin dans le Sud-Ouest de la France. Tout cela est maintenant suspendu. Je liais initialement ce projet à une exposition, où j'invite d'autres artistes, qui devait être inaugurée en février à Image/Imatge à Orthez, et va être décalée de quelques mois. Pour ne pas stagner, ces projets évoluent autrement que prévu. Pendant le confinement j'ai continué à travailler à distance, à communiquer, à réfléchir. Ainsi j'élabore avec Emilie Renard (curatrice et critique d'art) un livre sur mon travail, qui sera aussi un livre d'artiste, soutenu par divers partenaires : pour ma part, c'est un travail sur des images existantes, donc bien adapté à la période de confinement. Je travaille chez moi. Ma production de formes tangibles est liée aux situations d'exposition, qui d’ailleurs changent souvent en cours de route, de manière assez organique. Cette flexibilité que nous demande la période actuelle ne m’est donc pas tout à fait étrangère. En revanche, j’écris plus, notamment dans le registre de la fiction, que j’envisage d’inclure dans mon travail plastique. On saura avec le temps si cette période a fait évoluer nos manières de travailler. »


Florence Bonnefous, co- fondatrice de la galerie Air de Paris 


« La situation financière de la galerie est très difficile car se sont additionnées les difficultés liées à l’exploitation de notre local depuis l’été 2019 qui nous ont amenées à assigner en justice notre bailleur (la Fondation Fiminco) et celles du Covid- 19. Double peine. Nous tenons bon mais tout a été « arrangé, bricolé » : des expositions reportées (Flint Jamison, Jef Geys), d’autres qui se font sans la présence des artistes (Tom Allen) et des expositions composées à partir du stock d’œuvres en dépôt à la galerie (« Fuck You Be Nice »). Tout le monde fait profil bas, galerie, artistes... nos sorts sont liés. Nous n’avons pas les moyens de compenser la baisse des ventes par un soutien financier direct aux artistes mais nous sommes vigilants à relayer toutes les aides dont ils peuvent bénéficier. En ce qui concerne l'emménagement de la galerie à Komunuma, à Romainville, je vois avec plaisir les travaux s’achever et les espaces vacants s’occuper. Je suis déçue par la manière dont nous avons été traités, alibis culturels pour promoteurs immobilier. Je le savais avant de signer mais je pensais que cela serait plus facile. C’est un outil magnifique mais malmené. Alors le futur, je ne sais pas, j’espère. »


Dominique Gagneux, directrice du musée régional d’art moderne de Fontevraud 


Il devait être inauguré le 19 décembre, à l’occasion des cent ans de Léon Clingman qui, avec son épouse Martine, a donné une collection d’œuvres d’art moderne importante l’Etat et à la Région des Pays de la Loire pour le futur musée situé sur le site de l’Abbaye de Fontevraud. « Nous avions pris la décision de ne pas organiser d’inauguration officielle afin de pouvoir ouvrir, au plus vite, le musée au public en 2020 », raconte la directrice de l’établissement, Dominique Gagneux. Mais l’annonce, le 10 décembre par le ministre Jean Castex, de l’interdiction, pour les musées et lieux culturels, d’ouvrir malgré la levée du confinement, a contraint les équipes du musée à revoir leurs plans. Dominique Gagneux a choisi d’en rire : « Cela va nous permettre de peaufiner le musée : quand nous ouvrirons, il ne restera plus une once de poussière ! » Elle regrette cependant l’excitation d'« ouvrir au public sans inauguration. Nous souhaitions proposer aux visiteurs une expérience muséale intime, ce ne sera pas le cas ». Et la directrice de poursuivre : « Même si la période est compliquée, que cette incertitude liée à la pandémie nous force à toujours différer l’ouverture du musée et nous empêche de nous projeter, nous ne vivons pas la même frustration que les établissements qui se voient dans l’obligation de fermer, par exemple, une exposition n’ayant presque pas vu la lumière du jour... » À ce sujet, les équipes du musée préfèrent jouer la carte de la prudence et « pour le premier semestre 2021, nous allons nous contenter de déployer les collections permanentes de l’établissement et ne commencer notre programmation d’expositions temporaires qu’à l’automne », détaille Dominique Gagneux qui espère, en 2021, voir le sol du musée foulé par le plus large public possible.


Juliette Bessette, doctorante en histoire de l'art 


« Au cours de l’année 2020, j’ai eu la chance d’avoir un organisme de recherche (le Centre allemand d’histoire de l’art) qui me fournissait des e-books et ressources en ligne pendant le confinement, puis un accès à un bureau et à une bibliothèque d’histoire de l’art dans la mesure des restrictions sanitaires, alors que les bibliothèques spécialisées restaient difficiles d’accès (sur réservation limitée). Comme souvent dans le système français sournoisement nivelé, j’ai l’impression que ce sont celles et ceux qui étaient déjà les plus privilégiés qui reçoivent le plus d’aide et de soutien, et les plus précaires qui sont laissés livrés à eux- mêmes. Pour les chercheurs et chercheuses les plus expérimentés, même mécanisme : l’accès à des ressources en ligne est fourni par les laboratoires, les institutions. Ces personnes ont aussi l’habitude d’évoluer dans la jungle de la documentation en ligne et savent séparer le bon grain de l’ivraie. En revanche les étudiants, surtout en début de parcours, ont souvent été lâchés dans le vide et, pour continuer à travailler, contraints de se tourner vers des ressources en ligne sans cadre méthodique d’approche des ressources documentaires, ce qui donne parfois des résultats déstabilisants... L’impact de la crise a été intense, surtout concernant les colloques et journées d’études qui ont été, à partir du mois de mars, soit directement annulés, soit reportés dans un élan d’utopisme (ou de naïveté) puis annulés par la suite. Très peu sont passés entre les gouttes des deux confinements, et le format en visioconférence n’est satisfaisant pour personne. Certains projets, les plus souples, ont pu rebondir pour prendre une nouvelle tournure : au Centre allemand d’histoire de l’art, notre colloque prévu au mois de juin 2020 sur les arts et les nouveaux médias s’est finalement transformé avec une prolongation du calendrier permettant un travail plus approfondi, une diffusion sous forme d’un ouvrage hybride – électronique et papier – en lien avec une réflexion sur la communication de la recherche en ligne (à paraître en février 2021). Il me semble cependant impossible de continuer dans ces conditions, d’abord à cause de la difficulté d’accès aux bibliothèques comme lieux de documentation et comme espaces calmes de travail, indispensable à ce milieu précaire constitué de nombreuses personnes sans bureau. Mais aussi parce que les bibliothèques sont des lieux de sociabilité informelle nécessaire au fonctionnement de la recherche. Ensuite à cause de l’impossibilité de se déplacer à l’étranger pour des séjours en archives, des entretiens à mener, des bourses permettant de créer un réseau international – un prérequis aujourd’hui pour garder la tête hors de l’eau dans le monde académique de la recherche. Il est difficile de distinguer le rôle de la pandémie dans l’actuelle situation de l’enseignement supérieur et de la recherche tant elle se dégradait déjà à un rythme soutenu ces dernières années. La concomitance de la pandémie avec l’adoption de la LPPR achève de brouiller les lignes. Il faut aussi distinguer les secteurs de recherche : la crise a eu l’avantage de porter sur le devant de la scène l’importance de la recherche appliquée en lien avec la pandémie. En revanche la recherche en sciences humaines, qui était déjà plus ou moins considérée comme un luxe inutile par le ministère, va probablement pâtir – encore plus que prévu – de la crise économique qui se profile dans les années à venir. En 2021, mon projet personnel est d’achever ma thèse de doctorat sans trop penser à l’insertion professionnelle avec un diplôme si peu valorisé en France et en situation de crise économique. Il y aura toujours du travail si on accepte de le faire dans une situation précaire, comme l’enseignement avec un statut de vacataire, des contrats dans les musées en CDD, etc. Mais rien de stable ne se profile à l’horizon pour les jeunes chercheuses et chercheurs en histoire de l’art - à part peut-être à l’étranger. »


Alexia Fabre, directrice du MACVAL à Vitry-sur-Seine 


« Il faut cultiver notre agilité pour rester souple et adaptable. Nous avons dû reporter beaucoup de choses concernant notre programmation en 2020 et si nous ne pouvons accueillir autant le public que nous le souhaitons pendant l'année à venir en raison de la crise sanitaire mais aussi du renforcement du plan vigipirate, c'est nous qui irons au public. Nous ferons davantage sortir le musée de ses murs et retournerons vers les écoles, les entreprises, les hôpitaux. C'est notre grand projet du moment car il est temps, au-delà de cette crise, de retourner vers la population pour fabriquer un public. Nous allons également essayer d'avoir davantage de partenariats, d'étendre nos amitiés avec des événements et structures à l'étranger comme la Biennale de Kinshasa que nous devrions accueillir au MACVAL lors de la Nuit des Musées 2021. Mais notre axe de réflexion majeur, avec cette pandémie, c'est comment soutenir au mieux les artistes ? Même s'il est fort possible que les moyens du musée n'aillent pas en s'accroissant dans les mois à venir, nous voudrions accueillir davantage d'artistes entre nos murs : proposer plus de projets monographiques, tenter de faire plus de petits focus dans les espaces de la collection et ainsi montrer plus d'artistes. Concernant nos futures acquisitions, nous aimerions répartir mieux nos moyens afin de soutenir un nombre plus élevé de créateurs et créatrices. Les artistes sont dans une situation très douloureuse actuellement : si pour nous cette crise est difficile, elle est existentielle pour elles et eux. En tant que musée, notre rôle est de faire, défaire, refaire, continuer de se projeter, ne pas flancher, impulser une dynamique et trouver des alternatives, des solutions... Et si je devais garder un enseignement de la pandémie, ce sont les nouveaux liens et les solidarités qu'elle a fait émerger entre les acteurs et actrices du secteur culturel qui se croisaient assez peu avant. Elle nous a permis de trouver des nouveaux moyens pour s’entraider, d’explorer des nouvelles voies. »





Jeff Koons condamné pour contrefaçon de Naf Naf 

Par R.P. (avec AFP)
Édition N°2113 23 février 2021 à 20h50 

Le jugement du tribunal de Paris de novembre 2018 a été confirmé hier par la cour d'appel, qui, ne retenant ni la parodie ni la liberté d'expression invoquées par la défense, a condamné l'artiste américain pour contrefaçon. Jeff Koons était accusé d'avoir copié, dans une sculpture en porcelaine de 1988, montrée à Paris en 2014, une publicité de la marque de prêt-à-porter Naf Naf, conçue par le publicitaire Franck Davidovici pour une campagne en 1985, avec un visuel d'une femme avec un cochon. La cour d'appel a interdit à Jeff Koons d'exposer cette sculpture et de la reproduire, en particulier sur internet, sous peine d'une astreinte quotidienne de 600 euros, à compter d'un mois après la décision. Jeff Koons, ainsi que la société dont il est le gérant et le Centre Pompidou, qui avait exposé l'œuvre, ont été condamnés à verser solidairement 190 000 euros de dommages et intérêts – soit 55 000 euros de plus qu'en première instance. Sa société devra payer en outre 14 000 euros pour avoir reproduit la sculpture sur son site internet. L'avocat de Jeff Koons avait contesté la contrefaçon, ne reconnaissant qu'une forme d'inspiration pour créer « une œuvre d'art à part entière, qui porte l'empreinte de la personnalité de son auteur et porteuse d'un message artistique qui lui est propre ». En décembre 2019, la cour d'appel avait déjà confirmé la condamnation de la société Jeff Koons LLC pour contrefaçon d'une photographie
de Jean-François Bauret, cette fois pour sa sculpture Naked. 

https://www.lequotidiendelart.com/articles/19240-jeff-koons-condamné-pour-contrefaçon-de-naf-naf.html


L'artiste Jeff Koons condamné en appel pour « contrefaçon » d'une publicité Naf-Naf 

PAR LEJOURNALDESARTS.FR (AVEC AFP) · LEJOURNALDESARTS.FR LE 24 FÉVRIER 2021 - 


Le plasticien américain Jeff Koons a été condamné mardi en appel à Paris pour « contrefaçon », pour avoir copié une publicité de la marque française de prêt-à-porter féminin Naf-Naf dans une sculpture exposée à Paris en 2014. 

La cour d'appel a confirmé le jugement du tribunal de Paris de novembre 2018, en augmentant les dommages et intérêts accordés au publicitaire Franck Davidovici, concepteur du visuel « Fait d'hiver » pour Naf-Naf en 1985, sur lequel apparaissaient une femme et un cochon. 

La cour d'appel a par ailleurs interdit à l'artiste d'exposer cette sculpture en porcelaine de 1988 qui porte le même nom et de la reproduire, notamment sur Internet, sous astreinte de 600 euros par jour, à compter d'un mois après la décision. 

Jeff Koons, mais aussi la société dont il est le gérant et le Centre Georges Pompidou, qui avait exposé l'œuvre lors d'une rétrospective, ont été condamnés à verser solidairement 190 000 euros de dommages et intérêts - contre 135 000 en première instance. La société a également été condamnée à payer 14 000 euros pour avoir reproduit la sculpture sur le site Internet de l'artiste (11 000 euros en 2018). 

Dans ce litige, le conseil de Jeff Koons avait contesté toute contrefaçon, reconnaissant une inspiration mais soutenant notamment avoir créé une « œuvre d'art à part entière, qui porte l'empreinte de la personnalité de son auteur et porteuse d'un message artistique qui lui est propre »

Dans son arrêt, la cour d'appel a confirmé que Franck Davidovici était bien l'auteur de l'œuvre « originale », estimant que, s'il existe des « différences », les « ressemblances sont ici prédominantes »

La cour a aussi rejeté l'exception de parodie et le moyen tiré de la liberté d'expression artistique invoqués par le plasticien. « Les juges condamnent la démarche de Koons » en « notant qu'il n'a pas présenté cette œuvre comme une œuvre critique, une caricature ou inspirée d'un œuvre préexistante », a estimé l'avocat de M. Davidovici, Jean Aittouares. 

Il s'est aussi félicité que malgré « l'ingénierie judiciaire considérable déployée » par l'artiste, la justice française soit « passée » et ce, en « protégeant » cette œuvre publicitaire « comme elle aurait protégé une autre œuvre »Contacté, l'avocat de Jeff Koons n'a pas souhaité réagir mardi. Il a la possibilité de se pourvoir en cassation. 

Cette condamnation s'ajoute à d'autres pour la star controversée de l'art contemporain, l'un des artistes les plus cotés au monde, qui a souvent défendu une démarche « d'appropriation » dans son travail. 

En décembre 2019, la même juridiction avait confirmé la condamnation de la société Jeff Koons LLC pour avoir contrefait un cliché du photographe français Jean-François Bauret, cette fois pour la sculpture Naked. Il a aussi été condamné aux Etats-Unis pour « plagiat »



Les artistes visuels terrassés par une année de crise sanitaire 

Par Marion Bellal
Édition N°2113 23 février 2021 à 20h50 

L’ADAGP a publié jeudi 18 février une étude sur les effets de l’épidémie, un an après son développement en France, et sur les mesures d’aide pour les arts visuels. Du 25 janvier au 5 février, 2 135 artistes y ont répondu, mettant en exergue des pertes de revenus faramineuses et des annulations d’événements à la chaîne. 

Le verdict est sans appel : 86 % des 2 073 artistes interrogés ont vécu une chute de leurs revenus depuis mars 2020 ; 46 % ont observé une baisse de plus de 50 % de leurs revenus par rapport à 2019 ; et pour 18 %, la baisse se situe même entre 70 et 100 % de leurs revenus ! Quatre autres enquêtes significatives ont été menées sur les conséquences de l’épidémie pour les artistes, mais au tout début de la crise : le CIPAC en a interrogé 1 310 du 17 mars au 15 avril 2020, le Réseau Diagonal 227 en mars 2020, les Ateliers d’Art de France 1 815 du 24 au 30 mars, et la Ligue des auteurs professionnels 351 en avril. La dernière étude de l’ADAGP permet donc d’observer les conséquences du Covid- 19 au bout d’une année, et ce sur l’échantillon le plus important étudié jusqu’à présent. En tout, 2 135 personnes ont en effet répondu aux questions de la société, concernant leurs pertes économiques, les aides qu’ils ont touchées et leurs attentes pour 2021. 

Les ventes d’œuvres, catégorie la plus affectée 

Pour 78 % des répondants, les ventes d’œuvres ont évidemment été moindres en 2020 qu’en 2019. Un constat relevé également par les organisateurs de salons d’artistes, notamment Hervé Bourdin, directeur de mac2000 : « Chaque artiste est responsable de ses propres ventes mais nous avons pu estimer que celles-ci ont chuté de 50 % environ pour les artistes qui ont pris part à mac2000 en 2020. » Sébastien Boland, à la tête d’Art Home Expo, renchérit : « Les artistes avec lesquels j’échange ont plutôt bien réussi à vendre leurs œuvres sur les réseaux sociaux au tout premier confinement. Mais le soufflé est très vite retombé et n’a pas repris au second. On essaie aussi d’encourager des ventes avec notre catalogue et des événements en ligne mais on ressent la lassitude des acheteurs, et même celle des artistes, qui ne réclament plus de tentatives numériques. » Selon l’enquête de l’ADAGP, ce sont ensuite les droits d’auteur, puis les commandes, les interventions et les ateliers, et enfin les revenus en salaire et en piges qui sont les revenus des artistes les plus affectés par la crise sanitaire. 

Une majorité sans aucune aide 

Parmi les travailleurs des arts visuels sondés, 52 % n’ont pas bénéficié des aides d’urgence mises en place. En leur sein, 57 % n’étaient éligibles à aucun dispositif, 20 % disent avoir manqué d’informations sur les dispositifs existants ou créés, 12 % ont jugé les modalités d’accès trop compliquées, 7 % n’ont pas sollicité d’aides et pour 4 %, la demande a été refusée ou est toujours en attente. « C’est quelque chose de vraiment symptomatique dans les arts visuels : les artistes peinent à demander de l’aide », constate l'ADAGP et sa directrice Marie- Anne Ferry-Fall, par l'entremise de Marlène Chalvin, responsable de la communication. Parmi ceux qui ont reçu des aides exceptionnelles en 2020, 89 % ont perçu celle du Fonds de solidarité national, conditionné à une perte de revenus supérieure à 50 % par rapport à l’année précédente. 13 % des répondants ayant perçu une aide ont reçu celle du CNAP. 

« Nous avons dû – comme tous – faire preuve d’une improvisation totale en 2020 et avons donc mis en place un fonds d’urgence, qui ne sera pas reconduit en 2021, explique Béatrice Salmon, directrice du CNAP. Notre dispositif de secours exceptionnel a par contre été largement redoté en 2020 puis en 2021. Plus de personnes pourront aussi en bénéficier, notamment les critiques et les curateurs. » Le CNAP accompagne aussi les artistes indirectement avec, par exemple, la création d’ateliers en partenariat avec Drawing Lab et Drawing Now. Trente ateliers vont ouvrir dans un ancien hôtel, 11 avenue Mac-Mahon à Paris, du 22 mars au 20 septembre (voir chiffre du jour en page 2). Le CNAP prendra en charge les loyers des artistes résidents et accordera une bourse à chacun. Selon l’enquête de l’ADAGP, 10 % des artistes ayant reçu une aide ont par ailleurs bénéficié du report ou de l’exonération de leurs loyers d’ateliers. Pour le moment, les bailleurs d’habitat parisien n’ont pas encore communiqué quant au maintien de ces aides en 2021. 

2021, aucune éclaircie 

50 % des répondants jugent que la priorité pour faire repartir leur économie est d’ouvrir les lieux culturels. « Les annulations des expositions et des événements sont le coup le plus dur porté aux artistes, juge Hervé Bourdin. Ils font face bien sûr à une perte financière, mais aussi à la grande difficulté qui est de continuer à créer sans pouvoir montrer ses œuvres. C’est un manque de visibilité qui entraîne un manque d’opportunité : ce sont les rencontres que font les artistes qui peuvent ensuite leur permettre de diriger par exemple des ateliers ou de donner des conférences. » Parmi les sondés, 6,2 % aimeraient aussi que la scène française soit valorisée et rendue plus visible à la télévision, sur internet ou encore dans les institutions régionales, 2,4 % réclament une baisse et/ou une exonération de taxes et 1,8% une incitation à l’achat. Signe d'une perte de confiance, d'un désespoir grandissant ? Seulement 3,6 % ont signalé en priorité le besoin de « redevenir essentiels »... 


Le mystère des monolithes non-identifiés : art, canular ou fin du monde ?


Malmenée par la pandémie de Covid-19, notre planète est aujourd’hui la proie d’un étrange phénomène : l’apparition et la disparition inexpliquées de mystérieux monolithes de métal aux quatre coins du globe. Alors : art, canular ou fin du monde ? 

L’invasion aurait-elle commencé ? Si elle se limite à quelques œuvres vaguement Land Art abandonnées ça et là sur la planète, pourquoi pas (il est des commandes publiques bien plus effrayantes)... Au terme d’une année de pandémie et de crises économiques et sociales, émaillée de catastrophes naturelles et d’égarements politiques en tous genres, un contact alien pourrait peut-être finalement nous divertir. Et c’est sans doute ce qui explique l’engouement planétaire autour de cette curieuse affaire de monolithes non-identifiés qui tient en haleine la Webosphère depuis plusieurs semaines. Alors qu’un cinquième artefact vient de faire son apparition aux Pays-Bas, un collectif d’artistes revendique la paternité du tout premier spécimen... Quelle que soit l’issue de cette saga, elle révèle bien des choses (pas forcément glorieuses) sur notre rapport à l’inconnu. Petit rappel des faits et de leurs conséquences. 


Désert, mouflons et Stanley Kubrick 

L’affaire commence le 18 novembre dernier, dans l’Utah, aux États-Unis. Occupés à compter des mouflons (sic), des agents du Département de la sécurité publique découvrent lors d’un survol en hélicoptère une colonne de métal de près de 3 mètres de haut fichée dans le sol, en plein milieu du désert. L’artefact, de section triangulaire et à la surface soigneusement polie, disparaît tout aussi mystérieusement deux semaines plus tard, dans la nuit du 27 au 28 novembre. 

Bien évidemment, ce phénomène (encore) inexpliqué alimente les spéculations les plus folles : contact alien, artiste ayant un message pour le monde, opération marketing ou simple canular. Les théories apocalytico-conspirationnistes vont bon train tandis que plusieurs noms d’artistes susceptibles d’être à l’origine de ces créations sont évoqués. On évoque notamment les créations minimalistes du sculpteur américain John McCracken, décédé en 2011, une thèse brièvement entretenue par son galeriste newyorkais David Zwirner. Bref, Internet s’ébroue loin de la pandémie, de ses morts et des crises rampantes. 

L’objet est immédiatement comparé au célèbre « monolithe noir » de 2001 Odyssée de l’espace, un parallélépipède parfait, qui apparaît à quatre reprises dans ce chef- d’œuvre de la science-fiction signé Stanley Kubrick. Si personne ne s’est véritablement accordé sur la signification de l’objet, reste malgré tout sa fonction narrative (à savoir symboliser la présence d’une intelligence alien supérieure) qui vient ici donner à notre simple morceau de ferraille le statut de monument, qu’il soit le témoignage d’une civilisation extraterrestre fantasmée ou le symbole de notre insatiable quête de réponses. 


Land Art scarificateur 

Nouveau rebondissement quelques jours plus tard : un monolithe de même apparence est découvert en Roumanie, au sommet de la colline de Batca Doamnei, dans la ville de Piatra Neamnt. Et, comme si le mystère avait besoin de s’épaissir encore, l’objet apparaît précisément le jour de la disparition de son grand frère américain... avant de se volatiliser à son tour, comme le rapporte alors l’agence Reuters depuis Bucarest

Dans l’intervalle, on en apprend davantage sur la disparition de l’Utah. Sur son compte Instagram, le photographe Ross Bernards révèle en effet avoir assisté au démantèlement de la sculpture, poussée à terre par trois ou quatre hommes qui l’ont ensuite évacuée dans une brouette. Sic transit gloria mundi. L’action est confirmée un peu plus tard par les intéressés via une vidéo publiée sur YouTube. Ils y expliquent notamment avoir voulu débarrasser le désert d’un « déchet » qui commençait à attirer de plus en plus de curieux dont les allées et venus menaçaient de « [modifier] de façon permanente le paysage vierge ». Partageant le même point de vue, Ross Bernards soutient le geste de ces justiciers du désert en déclarant sur son post Instagram : « Mère Nature est une artiste, mieux vaut lui laisser faire ses propres œuvres ». 

Voilà donc une nouvelle fois activé ce triste combat entre Nature et Culture qui a déjà signé la perte du Land Art, jugé scarificateur et anti-écologique, et menace plus largement toute œuvre créée dans et avec la nature. On est loin bien évidemment des créations grandioses de Robert Smithson, Nancy Holt ou de Michaël Heizer, ou de la poésie d’un Nils Udo, mais l’irruption de l’humain dans le paysage est bien là et elle pose apparemment problème à certains défenseurs d’une écologie qui détruit ce qu’elle n’admet pas. 


Jésus : 1 – Aliens : 0 

Le 2 décembre : un troisième spécimen est repéré par un randonneur au sommet de Pine Mountain, dans la petite ville d’Atascadero, en Californie. Il ne reste en place que 24 heures avant qu’un groupe de jeunes d’extrême droite inspirés par le « Christ roi », armés de lunettes à vision nocturne et vêtus de tenues de camouflage, ne décide d’abattre « l’obélisque alien », qui pèse environ 100 kg, pour le remplacer par une grande croix en bois. 

Dans une vidéo diffusée en direct, l’un des vandales explique, entre deux « America First » et commentaires homophobes ou racistes, qu’ils espèrent avoir ainsi fait comprendre « aux seigneurs extraterrestres qu’ils n’étaient pas les bienvenus », tandis qu’une autre voix ajoute : « Nous ne voulons pas d’étrangers illégaux, qu’ils viennent du Mexique ou de l’espace ». Selon le New York Times, l’un des hommes aurait également indiqué qu’ils agissaient « sur les ordres directs de QAnon et du président Trump lui-même ». 

Si les zélateurs du grand complot international se gargarisent, l’homme de la rue, lui, s’horrifie de tant de bêtise qui vient jeter pêle-mêle dans le grand sac de jute de l’ignorance Dieu, l’immigration, l’Amérique et la possibilité d’une vie extraterrestre. Tout cela prêterait à rire si la haine et l’annihilation de l’autre n’étaient pas les moteurs de cette revendication grotesque. 


Money, money, money 

Mais verrons-nous un jour le bout de cette saga qui a déjà révélé de bien vilaines choses sur notre capacité à gérer l’inconnu ? Apparemment, la fin de l’histoire n’est pas pour cette semaine puisqu’un quatrième monolithe a été découvert en début de semaine sur une plage de l’île de Wight, en Grande-Bretagne, tandis qu’un cinquième vient de faire son apparition aux Pays-Bas sur un terrain privé à proximité de la réserve naturelle du Kiekenberg, dans la province de la Frise. Là encore, autorités locales et gardes forestiers ne disposent d’aucun élément pour expliquer comment la sculpture est arrivée jusque-là. 

Si plusieurs artistes avaient déjà décliné toute responsabilité dans la création de ces sculptures, un début d’explication pourrait venir du Nouveau Mexique où un collectif d’artistes, appelé The Most Famous Artist, a revendiqué la paternité des monolithes apparus sur le sol américain en publiant sur les réseaux sociaux des photos supposées de leur fabrication et des plans de la structure. 

Dans une interview pour le site Mashable, Matty Mo, le fondateur du collectif, a simplement expliqué : « Je ne peux pas vous en dire plus en raison de la légalité de l’installation originale. Ce que je peux vous dire c’est que nous sommes bien connus pour faire des coups de ce genre-là et qu’aujourd’hui nous proposons des objets d’art authentiques via monoliths-as-a-service. Je ne peux pas publier d’images supplémentaires pour le moment, mais je peux vous en promettre plus dans les jours et semaines à venir ». 

Le collectif a proposé en effet à la vente sur son site web des fac-similés du monolith, « de qualité muséale » et « livrables sous 4 à 6 semaines » pour la modique somme de 45 000$. Et c’est là que le bât blesse, bien évidemment. Car on est en droit de se demander dans quelle mesure ces artistes ne profitent tout simplement pas de la viralité de cette curieuse saga pour se faire de l’argent. 

Après l’orgueil et la colère, l’appât du gain serait-il le nouveau péché capital à faire les gros titres dans l’affaire de mystérieux monolithes ? Ou bien s’agit-il d’une opération sincère visant à bousculer un peu nos vies de confinés ? Interrogé sur les raisons de la création de ses sculptures, Matty Mo explique : « Quelle meilleure façon de terminer cette fichue année que de laisser brièvement croire la planète entière à un contact alien avant de tous les décevoir en leur disant que c’est juste The Most Famous Artist qui leur a encore joué un tour ? ». 

Cette pirouette à la Cattelan ne met cependant pas totalement fin à une joyeuse chasse au trésor mondiale qui vient éclairer à grand renfort de science-fiction, d’art et d’humour une année bien longue à s’achever. (Connaissance des arts - décembre 2020)



Des galeries de premier plan rejoignent Art Paris 

Par Roxana Azimi 

12 novembre 2020 - Quotidien de l’Art 

D’après nos informations, plusieurs enseignes de haut vol participeront pour la première fois à la prochaine édition de la foire Art Paris, qui se tiendra – si tout va bien ! – du 8 au 11 avril 2021 dans le Grand Palais éphémère conçu par Jean-Michel Wilmotte au Champ-de-Mars. Chantal Crousel, Thaddaeus Ropac, Massimo De Carlo, Frank Elbaz et Kamel Mennour y feront ainsi leur entrée. Leurs confrères Lelong & Co, Jean Fournier, Magnin-A, Maruani Mercier et Suzanne Tarasiève comptent aussi revenir après plusieurs années d’absence. 

Les résultats encourageants de l’édition de septembre, la perspective d’un premier semestre 2021 sans grand raout international, l’échec pour l’heure des viewing rooms en ligne, ont dû peser dans la balance, tout comme le choix du curateur et conseiller Hervé Mikaeloff pour le nouveau focus sur la scène française.


Thierry Ehrmann: «Le nombre de musées dans le monde explose» 

A la tête depuis vingt ans de la société Artprice, Thierry Ehrmann s’est fixé comme objectif de rendre plus transparent le parfois complexe marché de l’art. En 1997, le Français fut un des premiers entrepreneurs à croire au formidable potentiel d'Internet 

Eric Pariant Publié lundi 11 décembre 2017 

«Le marché de l’art, c’est les marchés financiers en dix fois plus intelligent et cruel», se plaît à dire Thierry Ehrmann, le provocateur fondateur et PDG d’Artprice. Créée il y a vingt ans, sa société est aujourd’hui, avec un portefeuille de 4,5 millions de clients (chiffres du groupe Serveur), le leader mondial de l’information sur le marché de l’art. Un marché, alors très opaque, que ce trouble-fête s’est employé à rendre... beaucoup plus transparent. 

Quel était en 1997, lorsque vous avez créé Artprice, le paysage du marché de l’art?  

J’avais créé, auparavant, en 1985, le groupe Serveur, un éditeur de banques de données juridiques, qui a fait de moi un des pionniers historiques de l’internet en Europe. A l’époque, j’étais parti du principe qu’Internet permettrait aux marchés mondiaux de croître de manière exponentielle si nous impactions ces marchés par la diffusion permanente d’informations. Il existait alors trois marchés véritablement mondiaux: les marchés financiers, celui des matières premières et le marché de l’art. Les deux premiers étant déjà pris, c’est sur ce troisième terrain que nous avons construit notre place de leader mondial de l’information. «Nous avons une mauvaise et une bonne nouvelle: le marché de l’art est un marché de niche, bonne nouvelle, nous allons le dévorer.» Je me rappelle l’avoir dit, dans ces années-là lors d’un conseil d’administration, à Bernard Arnault, le PDG du groupe LVMH. Le marché de l’art disposait, alors, pour seule information, de quelques livres de cotes, dispersés de part le monde, qu’Artprice a, pour la plupart, rachetés (le guide Enrique Mayer, et l’Artprice Index USA notamment). Il n’existait aucun indice, aucune donnée macro- ou microéconomique. L’opacité était totale. 

Quelles sont, à vos yeux, les évolutions les plus marquantes qu’a connues le marché de l’art depuis vingt ans? 

L’arrivée d’Internet, indiscutablement. Celle-ci a permis un véritable changement de paradigme. Le marché de l’art a connu une mutation exceptionnelle grâce à lui. Nous sommes ainsi passés de 500 000 collectionneurs dans les années de l’après-guerre à 70 millions d’art consumers aujourd’hui. 

Les musées seraient devenus, entre-temps, des acteurs majeurs du marché de l’art? 

Nous avons observé, en e#et, une explosion du nombre de musées à travers le monde. Il s’est construit, comme le révèle une de nos études, plus de musées entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2014 que durant tout les XIXe et XXe siècles. Chaque année, 700 musées d’envergure internationale – conservant chacun un minimum de 4500 œuvres d’art – ouvrent leurs portes sur les cinq continents. Le soft power des grandes puissances comme la Chine – qui devance désormais les USA sur le marché de l’art – et les Etats-Unis, est un moteur géopolitique puissant pour le développement exponentiel de l’Industrie Muséale® que nous avons conceptualisée et enseignée. 

C’est le dynamisme de cette industrie, dévoreuse de pièces muséales, qui explique en grande partie la croissance spectaculaire du marché de l’art. Ce dernier est désormais mature, liquide et e!cient. Il o#re des rendements de 12 à 15% par an pour les œuvres d’une valeur supérieure à 100 000 dollars. De nombreux fonds et banques de gestion, qui ont pris acte des taux négatifs des grandes banques centrales, et de la résilience du marché de l’art au milieu de la crise économique et financière, ont levé des fonds colossaux pour devenir, en intervenant sur ce marché, des acteurs économiques de l’Industrie Muséale®. 

Vous soutenez que vous avez métamorphosé, de manière irrémédiable, le «vieux monde de l’art et son marché». Pourriez- vous étayer ce!e assertion? 

Artprice a développé et édité, en vingt ans, 120 banques de données sur le marché de l’art fortes de plus de 30 millions d’indices et résultats de ventes couvrant plus de 700 000 artistes. Nous avons bâti aussi Artprice Images®, qui permet un accès illimité au plus grand fonds du marché de l’art au monde, une bibliothèque constituée de 126 millions d’images ou gravures d’œuvres d’art de 1700 à nos jours. Artprice enrichit, chaque jour, ses banques de données qui sont alimentées par 6300 maisons de ventes. Nous publions en continu les tendances du marché de l’art à destination des agences de presse et de 7200 media dans le monde. 

Nous avions démarré avec l’objectif de disposer, à terme, de 100 000 clients. Nous étions en fait trop prudents. La transparence des transactions, que nous avons permise, en rendant publics les résultats de toutes les ventes, fait que nous détenons, aujourd’hui, un portefeuille de 4,5 millions de clients. C’est bien la preuve que le marché de l’art a vécu une mutation sans pareil. 

Quel est le poids, aujourd’hui, du marché de l’art contemporain devenu la locomotive du secteur? 

Le marché de l’art contemporain pesait à peine 103 millions de dollars en l’an 2000, contre1,58 milliard aujourd’hui. Il a connu une croissance de +1400% en dix- sept ans et un taux de rendement annuel de +7,6%, à une période où les taux sont négatifs. 

La meilleure preuve du dynamisme de ce segment est que Christie’s a choisi de vendre le tableau Salvator Mundi de Léonard de Vinci, le 15 novembre à New York, dans une vente d’art contemporain, et non dans une vacation de tableaux anciens. Nous avions annoncé, trois mois avant la vente, qu’il atteindrait le prix record de 450 millions de dollars, et mis à jour également le montage financier sophistiqué qui a précédé son acquisition. 

Quel est le lien entre la Demeure du Chaos, cet empilement d’œuvres à ciel ouvert créé à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, siège social du groupe Serveur, et Artprice? 

La Demeure du Chaos – ou «Abode of Chaos», d’après la traduction en anglais due au rédacteur en chef du New York Times – est un musée d’art contemporain de 9000 m2 qui reçoit chaque année 120 000 visiteurs. Créée en 1999, puis ouverte au public en 2006, elle a accueilli plus de 1,6 million de visiteurs depuis lors. La Suisse se classe au premier rang de nos visiteurs étrangers, loin devant tous les autres pays. Ce musée d’art contemporain est la plus belle image de marque dont pouvait rêver Artprice qui, comme toute société numérique, a besoin d’un incarnat puissant pour son siège social.

Les 5500 œuvres de la Demeure du Chaos sont, pour la plupart, des sculptures et installations monumentales que j’ai moi-même créées depuis trente-cinq ans. Il y a une relation très forte et intime entre Artprice et les artistes, qui voient dans son fondateur l’un des leurs. (Le Temps)


Spoliation nazie : vers la donation d’un 

Pissarro au musée d’Orsay ? 


Quatre ans après un accord de garde partagée de La Bergère rentrant des moutons entre l'Université d'Oklahoma et les musées français, Léone-Noëlle Meyer, la propriétaire du tableau de Camille Pissarro, retourne au tribunal pour que l'œuvre reste en France. 

Cette année, trois tableaux de Camille Pissarro (1830-1903) sont au cœur de procès de spoliations nazies qui se sont déroulées en France durant la Seconde Guerre mondiale. Après la restitution de La Cueillette des petits pois (1887) à la famille de Simon Bauer, puis la non-restitution de Rue Saint-Honoré l’après-midi. Effet de pluie (1897) qui reste la propriété du musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, c’est à présent le sort de La Bergère rentrant des moutons qui se joue au tribunal. Quatre ans après un accord de garde partagée du chef-d’œuvre entre l’Université d’Oklahoma et les musées français, la propriétaire octogénaire Léone-Noëlle Meyer tente une dernière action en justice pour que la toile reste en France. 

Une œuvre spoliée par les nazis en 1941 

Raoul Meyer, collectionneur juif, acquiert La Bergère rentrant des moutons dans les années 1930. Sous l’Occupation, il se réfugie avec sa femme dans une ferme du Cantal, avant d’entrer dans la résistance. Malgré la mise à l’abri de ses biens dans un coffre du Crédit foncier de France à Mont-de-Marsan, les Allemands le pillent et dispersent sa collection d’œuvres d’art. En 1957, l’huile sur toile de Pissarro est achetée par le couple de collectionneurs Aaron et Clara Weitzenhoffer au galeriste new yorkais David Finlay. Des années plus tard, en 2000, Aaron Weitzenhoffer lègue à la mort de sa femme 33 tableaux impressionnistes au Fred Jones Jr. Museum of Art de l’Université d’Oklahoma, dont La Bergère rentrant des moutons. Sans effectuer de recherche sur la provenance du tableau, l’institution l’accepte et l’expose alors qu’il apparaît depuis 1947 parmi les œuvres pillées par les nazis dans le répertoire des biens spoliés. 

On imagine la surprise de Léone-Noëlle Meyer, fille adoptive de Raoul Meyer, lorsqu’elle retrouve en 2012 la peinture de Pissarro sur Internet. L’année suivante, elle intente une action judiciaire contre l’Université d’Oklahoma par le biais de son ancien avocat, Me Pierre Ciric, pour récupérer le bien familial. Au terme d’un long bras de fer, l’établissement américain consent à un surprenant règlement amiable en 2016, premier accord de la sorte entre les États-Unis et la France. 

Une alternance de 3 ans d’exposition entre la France et les États-Unis 

L’accord entre l’université et l’héritière spoliée, reconnue comme propriétaire de l’œuvre, stipule que La Bergère rentrant des moutons sera exposée 5 ans dans un musée français. Puis, commencera une garde partagée qui consiste en une alternance de 3 ans d’exposition entre la France et les États-Unis. En France, le tableau sera exposé dans un musée, en l’occurrence le musée d’Orsay, et aux États-Unis au Fred Jones Jr. Museum of Art. De surcroît, une clause précise que, de son vivant, Léone- Noëlle Meyer doit léguer la toile à un musée français, qui devra respecter l’accord et maintenir les allers-retours intercontinentaux du tableau. Si aucune institution n’accepte l’œuvre, « le tableau sera transféré de façon permanente au programme US art dans les ambassades américaines », précise l’accord de 2016. Malheureusement, lorsque la propriétaire octogénaire a souhaité léguer son bien au musée d’Orsay, celui- ci a émis des réserves quant à l’ajout du tableau à sa collection permanente en raison des coûts élevés et des risques encourus par l’œuvre durant ses navettes sur l’Atlantique : « s’engager à procéder à des voyages transatlantiques répétés sur une durée illimitée n’est pas sans poser des questions de conservation », précise le musée. Le nouvel avocat de Léone-Noëlle Meyer, Me Ron Soffer, a déclaré au « New York Times » que si Orsay déclinait le legs pour ces raisons, ce serait également le cas pour d’autres musées français. 

L’espoir renaît en juillet dernier après le verdict du procès de la famille Bauer contre Toll où toutes les ventes de biens spoliés sous l’Occupation sont déclarées nulles par la cour de Cassation qui déclare que : « toute personne en possession d’œuvre d’art volée doit le restituer gratuitement ». En intentant une nouvelle action en justice en France pour empêcher le retour de l’œuvre aux États-Unis en 2021, Léone-Noëlle Meyer espère ainsi que les achats de La Bergère rentrant des moutons au sortir de la guerre et à New York soient de même considérés comme nul, y compris le don des Weitzenhoffer en 2000. 

Un musée plein de « bonnes intentions  

Dans un mois, le 8 décembre prochain, la propriétaire sera entendue dans les tribunaux français. Le musée d’Orsay n’a pas réagi à ce nouveau rebondissement, mais le Fred Jones Jr. Museum of Art a publié un communiqué le 29 octobre dernier. Si l’Université d’Oklahoma semble surprise face à la réaction de Léone-Noëlle Meyer, on peut tout de même douter des « bonnes intentions » du musée américain. En effet, celui-ci préfère reprocher à la propriétaire du Pissarro « d’empêcher les habitants de l’Oklahoma de connaître l’expérience de cette œuvre d’art par eux-mêmes et de découvrir son histoire » plutôt que de rendre cette œuvre dérobée par les nazis sous l’Occupation, qui n’aurait probablement pas atterri dans les collections du musée si un galeriste new yorkais ne l’avait pas achetée de façon douteuse après la guerre et que l’établissement avait réalisé son travail de recherche sur la provenance de l’œuvre. Est-ce vraiment l’histoire qu’a envie de raconter l’établissement à ses visiteurs ? Si les aficionados du musée sont si nostalgiques de la toile et trépignent d’impatience à l’idée de la retrouver, ils seront très certainement les bienvenus au musée d’Orsay pour contempler La Bergère rentrant des moutons, aux côtés des autres chefs-d’œuvre impressionnistes conservés par l’institution, si Léone-Noëlle Meyer parvient enfin à donner son Pissarro. (Connaissance des Arts)


EXPOS : NOTRE BILAN 2020, COMME UNE ENVIE D’AILLEURS 

PAR Ingrid Luquet-Gad - 11/12/20 

Avant même le tsunami provoqué par la pandémie, le monde de l'art prenait l'eau. Encore trop souvent excluantes, les structures de pouvoir peinent à intégrer les changements sociétaux. Cette année, les annulations de foires et d'expositions auront laissé le champ libre à de nouvelles formes de production et de diffusion. L'occasion de renouveler le paysage ? 

On dit souvent que le monde de l’art va trop lentement, que le paquebot d’une industrie qui peine à dire son nom, manœuvre trop laborieusement pour espérer refléter les changements sociaux. Quand la surface prend le pli, les eaux profondes restent stagnantes. C’est vrai, et le sentiment de dissociation s’amplifie : les grands sujets des expositions mettent en lumière le queer, le féminisme, le décolonial ou l’écologie mais les structures de pouvoir, elles, semblent monolithiques, indéboulonnables. Alors, les quelques signes de vertu brandis pour l’exemple et hautement médiatisés font l’effet d’un coup dans l’eau d’un océan immense.

L’art, tenaillé par la lassitude, aura paradoxalement anticipé son année 2020 : avant même que la crise sanitaire n’amène à statuer sur ces lieux, « commerces » que l’on jugerait essentiels ou non, l’affaire était entendue. Chacun, chacune, d’une certaine manière, savait que ce qui existait déjà, faute de se réaccorder, ne l’était pas plus. L’essentiel restait encore à inventer. L’an passé, nous évoquions une impasse : comment continuer à produire dès lors que les structures se révèlent infiltrées par l'argent sale et dirigées selon des logiques excluantes ? L’année qui s’achève aura amplifié et prolongé l’interrogation : comment continuer à croire qu’il est possible de changer le système à temps ? 

Lire la suite : https://www.lesinrocks.com/2020/12/11/arts/arts/expos-notre-bilan-2020-comme-une- envie-dailleurs/


Reconfinement : l’édition 2020 de Fine Arts Paris se déroulera en ligne 

Suite à l'annonce de reconfinement, le salon annule son édition au Palais Brongniart mais lance sa plateforme en ligne Fine Arts Paris Online, disponible du 24 au 29 novembre. 

Il était un des rares événements culturels restant à lutter contre vents et marées pour se dérouler malgré la crise sanitaire. Malgré la détermination de ses organisateurs, Fine Arts Paris annule son édition 2020, prévue du 26 au 29 novembre, ainsi que la Semaine des Beaux-Arts et le colloque scientifique, suite à l’annonce gouvernementale du reconfinement de 4 semaines minimum. Mais, que les collectionneurs et marchands amateurs de Beaux-Arts se réjouissent. Si l’événement ne peut se dérouler au Palais Brongniart, celui-ci aura tout de même lieu... en ligne ! Du 24 au 29 novembre, Fine Arts Paris lance son dispositif virtuel intitulé Fine Arts Paris Online. Une première pour le salon parisien. 

Une déambulation virtuelle parmi 500 œuvres 

Pour éviter l’année blanche, Fine Arts Paris propose une vitrine numérique de ce qu’aurait pu être son édition 2020. Ainsi, le visiteur connecté pourra déambuler virtuellement dans une viewing room pour découvrir les 10 plus belles pièces de chacune des cinquante galeries participantes. Les œuvres défileront aléatoirement sur la plateforme en ligne pour recréer « le plaisir de la découverte et de la déambulation dans la foire », précise le salon dans un communiqué. En quelques clics, les internautes les plus curieux pourront en apprendre plus sur les objets et les acheteurs rentrer directement en contact avec les marchands. 

Sculpture antique, dessins du XVIIIe siècle, arts décoratifs, peinture danoise, arts moderne et contemporain... Près de 500 œuvres diverses et variées seront accessibles aux visiteurs 2.0. L’occasion d’explorer les trésors des galeries parisiennes tels que la Scène de plage d’Eugène Boudin proposée par la galerie de la Présidence, le Masque mortuaire de Paul Verlaine par Trebosc & Van Lelyveld, une paire de candélabres d’époque Louis XIV ou Régence par Steinitz ou encore Peinture 92 x 65 cm, 15 janvier 1956 de Soulages par Applicat Prazan. L’événement gardera également sa portée internationale avec la présence de marchands comme Rosenberg & Co (New York), Grässle – Härb (Munich) et Stoppenbach & Delestre (Londres). 

« Participer malgré tout »

Certains participants montreront de récentes découvertes, à l’instar de la galerie De Bayser qui vendra un rare pastel néoclassique d’Élisabeth Vigée Le Brun provenant d’une collection particulière. Ce dessin inédit de tête de Junon (vers 1783) est une œuvre préparatoire à une toile ultérieure, Junon demandant à Vénus de lui prêter sa ceinture, commande du comte d’Artois exposée il y a quelques années au Grand Palais. « C’est à cette occasion que ce dessin, attribué jusque-là à Prud’hon, s’est révélé être l’œuvre de Vigée Le Brun. », raconte Louis de Bayser. 

Si cette version en ligne ne peut remplacer pleinement l’expérience physique du salon, elle permet de faire vivre l’événement, voire de démocratiser celui-ci pour révéler des potentiels collectionneurs. « Il faut participer malgré tout », affirme Laura Bosc de Ganay de la galerie londonienne Arteas. « Le contexte réserve aussi de belles rencontres, avec de nouveaux acheteurs qui se décident à franchir le pas, soucieux de profiter de la vie plus que jamais. » (Connaissance des Arts)

Des acheteurs prudents aux ventes d’automne 


PAR MARIE POTARD · LE JOURNAL DES ARTS LE 29 OCTOBRE 2020  

Les catalogues de Sotheby’s et Christie’s Paris étaient pourtant bien fournis, mais ils ont peu séduit les collectionneurs. 


Paris. Alors que la Fiac a été annulée, Sotheby’s et Christie’s Paris – qui se calent chaque année sur la manifestation – ont maintenu leurs vacations consacrées à l’art moderne. L’offre était même abondante, démontrant la confiance des vendeurs. Mais qu’en était-il des acheteurs ? « À la sortie du confinement, les collectionneurs ont acheté comme des fous car il y a eu un effet de rattrapage. Ils se sont précipités sur l’offre des maisons de ventes, qui, grâce à leurs bons résultats en juillet, ont obtenu quelques bons tableaux en consignation pour les ventes d’octobre. Mais entre-temps, l’appétit des acheteurs est un peu retombé », a constaté le marchand Christian Ogier (galerie Sepia). Les quatre vacations programmées ont atteint un total de 70,3 millions d’euros, dans la fourchette de l’estimation initiale (contre 81,2 M€ en 2019, dont une toile de Nicolas de Staël vendue 20 M€). Une bonne nouvelle au vu du contexte sanitaire, qui démontre également que même sans la Fiac, le marché répond présent. Mais à y regarder de plus près, il n’y a pas eu d’envolée spectaculaire. Les acheteurs ont joué la carte de la prudence. « C’est toute la limite du format Internet : si les acheteurs n’ont pas vu le tableau physiquement, avec tous ces déplacements restreints, ils ne sont pas sûrs de ce qu’ils achètent, et donc se retiennent un peu plus dans leurs enchères », a observé le marchand. 

Des ventes proches des estimations basses 

La vente « Modernités », concept lancé il y a quatre ans par Sotheby’s, bénéficiait de la plus haute estimation depuis sa création (21,4 à 30,4 M€). La session a finalement atteint 23,8 millions avec les frais (contre 22,6 M€ en 2019), soit environ 20 millions d’euros sans les frais, légèrement en deçà de son estimation basse. Sur les 47 lots proposés, 36 ont trouvé preneur, dont les lots phares, mais sans véritable étincelle. Tête d’homme de Pablo Picasso (1940), issu de l’ancienne collection du marchand d’art Jan Krugier, estimé 4 à 6 millions d’euros n’a pas dépassé les 4 millions, tandis qu’une transparence de Francis Picabia représentant le roi Minos a atteint 3,9 millions d’euros. 

Au contraire de sa consœur – qui n’avait qu’une seule vacation –, Christie’s en organisait trois à la suite. La première qui dispersait la collection de sculptures monumentales du marchand d’art Paul Haim, a vu 100 % des lots vendus (41), pour un total de 20,6 millions d’euros, au-dessus de son estimation haute. La Caresse d’un oiseau, de Joan Miró [voir ill.], un bronze monumental peint, a été adjugé 4,7 millions d’euros. La seconde vente, « Paris Avant-Garde », a récolté 18,9 millions d’euros frais compris. Sans les frais, elle est légèrement en dessous de son estimation basse et très en-deçà de l’an passé où Parc des Princes de la série « Les grands footballeurs », de Nicolas de Staël, s’était vendu 20 millions d’euros. Toutes les pièces aux estimations les plus hautes ont trouvé acquéreur, mais la plupart dans la fourchette basse de leur estimation. Peinture 162 x 130, 9 juillet 1961, de Pierre Soulage a atteint 5,3 millions d’euros sans dépasser son estimation basse (6 M€). Enfin, la vente « Art Moderne », menée par Violoniste dans le clair de lune orangé à Vitebsk, de Marc Chagall vendu 584 000 euros, a totalisé 7 millions d’euros, en dessous de son estimation basse. 

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris. 


Après avoir reporté l’inauguration de la Pinault Collection à la Bourse de commerce de juin 2020 au printemps 2021, François Pinault a finalement décidé d’en fixer l’ouverture au 23 janvier prochain. 

Considérant que les travaux étaient terminés et qu’il n’y avait aucune (bonne) raison de laisser les lieux fermés, le collectionneur souhaite participer « à la renaissance de la vie culturelle à Paris ». La Pinault Collection annonce d’ores et déjà qu’elle organisera plusieurs journées portes ouvertes pour permettre au public de découvrir le bâtiment réaménagé par l’architecte Tadao Ando, ses 10 500 m2 de surface dont 6 800 m2 dévolus à la programmation artistique. Trente-cinq artistes de la collection seront présentés dans l’exposition inaugurale. Dans le même temps, la Fondation d’entreprise Pernod Ricard a annoncé qu’elle ouvrira son nouvel espace d’exposition le 6 février. Située le long de la gare Saint-Lazare, rue d’Amsterdam, la fondation rejoint ainsi le siège monde du groupe Pernod Ricard. Elle disposera d’un espace d’exposition de 300 m2, d’un auditorium de 130 places, d’une librairie-bibliothèque et d’une cafétéria. Comme la Pinault Collection, la Fondation Pernod Ricard inaugurera ses espaces avec une exposition collective qui sera suivie, en avril, d’une exposition personnelle d’Isabelle Cornaro. (L’Œil)


Jeff Koons

Koons est né à York, en Pennsylvanie, de Henry et Gloria Koons. Son père était marchand de meubles et décorateur d'intérieur. Sa mère était couturière. À l'âge de neuf ans, son père déposait de vieux tableaux copiés et signés par son fils dans la vitrine de son magasin afin d'attirer les visiteurs. Dans sa jeunesse, Jeff Koons travaille avec son père, fait du porte-à-porte pour vendre des rubans, des dentelles ou encore du papier cadeau, et vend du Coca-Cola sur un parcours de golf. Alors étudiant, il arrive à rencontrer Salvador Dalí, qu'il admire . 

Après des études au Maryland Institute College of Art de Baltimore, Jeff Koons s'installe en 1976 à New York. Il travaille jusqu'en 1979 comme responsable du guichet des abonnements au Museum of Modern Art. Vendant des fonds de placements pour financer son train de vie, il bricole des expériences artistiques, créant ainsi sa première œuvre, The New, des appareils électroménagers accrochés à des néons. Il ne tarde pas à être repéré par le milieu artistique new-yorkais. 

Ses débuts sont pourtant compliqués et, à court d'argent, il retourne chez ses parents, qui vivent désormais en Floride, et travaille un temps comme démarcheur politique. Il revient à New York et réalise la série Equilibrium, présentée dans sa première exposition en 1985, chez la galerie éphémère International with Monument . Il devient courtier en matières premières à Wall Street afin de financer sa production artistique. 

Jeff Koons se fait connaître au milieu des années 1980 au sein d'une génération d'artistes qui ont exploré le sens de l'art à une époque où les médias étaient saturés. Il a créé un studio ressemblant à une usine dans un loft à Soho à l'angle de Houston Street et de Broadway à New York composé de plus de 30 assistants. Chaque assistant était affecté à un aspect différent de la production de son travail, selon un mode similaire à celui de l'usine d'Andy Warhol (remarquable car tout son travail est produit à l'aide d'une méthode connue sous le nom de fabrication d'art). Aujourd'hui, il possède une usine de 1 500 m2 près d'anciennes gares de triage à Chelsea, travaillant avec 90 à 120 assistants réguliers. Koons a mis au point un système de couleurs par numéros, afin que chacun de ses assistants puisse exécuter ses toiles et sculptures comme si elles avaient été réalisées « d’une seule main ». 

Il a dit à propos de l'art : « Je pense que l'art vous emmène en dehors de vous-même, vous dépasse. Je crois que mon voyage a vraiment été de supprimer mon anxiété. C'est la clé. Plus vous pouvez supprimer l'anxiété, plus vous êtes libre de faire ce geste. Le dialogue est primordial avec l'artiste, mais ensuite il va vers l'extérieur et est partagé avec d'autres personnes. Et si l'angoisse disparaît, tout est si proche, tout est disponible, et c'est juste ce petit peu de confiance en soi, ou la confiance, que les gens doivent approfondir. » 

Le succès lui ayant souri, ses œuvres sont désormais réalisées dans un atelier, situé à Chelsea, près de New York, avec plus de 100 assistants . Il ne réalise aucune œuvre lui-même, mais impulse des idées qu'il fait exécuter par ses collaborateurs professionnels.
Son Inflatable Rabbit, lapin gonflable réalisé en inox en 1986, et ses Balloon Dogs sont aujourd'hui considérés par les plus grands collectionneurs, dont François Pinault, comme des œuvres emblématiques de la fin du XX e siècle.

L'art de Jeff Koons peut être considéré comme le point de rencontre entre plusieurs concepts : les ready-mades de Marcel Duchamp, les objets du quotidien démesurés de Claes Oldenburg, l'appropriation de l'objet plus qu'humain d'Arman et le pop art d'Andy Warhol ; l'artisanat d'art et l'imagerie populaire. L'iconographie qu'il utilise est un catalogue de la culture populaire, non seulement américaine, mais aussi mondiale. 

Sa démarche s'inscrivant dans l'héritage du pop art, il s'approprie des objets et essaie de comprendre « pourquoi et comment des produits de consommation peuvent être glorifiés ». Tout au long de sa carrière, il a utilisé toutes sortes d'articles populaires, des aspirateurs et des ustensiles électroménagers enfermés dans des caisses de plexiglas et éclairés de néons d'abord, puis des ballons de basket en suspension dans des aquariums, puis des bibelots rococo, des souvenirs de bazar (lapins gonflables, bergères ou petits cochons en sucre, Michael Jackson en porcelaine), enfin et surtout des jouets et des objets intimement liés à l'enfance. 

Ces appropriations l'ont amené à être poursuivi et condamné pour plagiat. (Wikipédia)

SOURCES

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeff_Koons

https://www.lepoint.fr/culture/jeff-koons-j-ai-donne-trois-ans-de-ma-vie-pour-cette-oeuvre-04-10-2019-2339397_3.php

https://www.vanityfair.fr/actualites/articles/jeff-koons-a-ete-condamne-pour-avoir-plagie-le-cochon-de-naf-naf/70343

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/12/23/jeff-koons-a-nouveau-condamne-pour-contrefacon_6023897_3234.html

https://www.huffingtonpost.fr/entry/jeff-koons-lapin-rabbit-record_fr_5cdcf473e4b0b4728ba30546?utm_hp_ref=fr-jeff-koons

https://www.huffingtonpost.fr/2017/04/11/jeff-koons-recouvre-les-sacs-louis-vuitton-doeuvres-dart_a_22035013/?utm_hp_ref=fr-jeff-koons

https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/jeff-koons-transforme-la-collection-d-armes-a-feu-de-sean-penn-en-oeuvre-d-art-20200312

https://www.vanityfair.fr/actualites/articles/loeuvre-polemique-de-j...s-pour-les-victimes-des-attentats-sera-exposee-au-petit-palais/69719

https://www.courrierinternational.com/article/inegalites-les-ultra-riches-ne-font-rien-ruisseler-la-preuve-par-lartiste-jeff-koons

https://www.admagazine.fr/art/portfolio/diaporama/pourquoi-jeff-koons-est-lartiste-le-plus-scandaleux-de-lhistoire-contemporaine-/58875


Pourquoi Jeff Koons est à l’image d’un certain monde de l’art devenu exaspérant 

CULTURE : Ce qui m’exaspère chez Koons, ce n’est pas sa réussite ou sa popularité - je n’en voudrais jamais à personne de briller par son talent - mais cette volonté qu’il a de vider l’art de son discours et ce, sans une once de culpabilité. (Pauline Weber Journaliste, Rédactrice, Auteur Culture et Société)

https://www.huffingtonpost.fr/pauline-weber/pourquoi-jeff-koons-est-a_b_6254490.html?utm_hp_ref=fr-jeff-koons

https://www.sudouest.fr/2019/05/17/art-contemporain-jeff-koons-icone-de-genie-ou-produit-cynique-et-speculatif-6089805-4608.php


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