EXPOSITIONS

La Littorale d’Anglet, rapprocher l'art de l'écologie 

Par Élizabeth Mismes - QDA - 11 octobre 2021  

Annulée en 2020, la 8e Biennale internationale d’art contemporain la Littorale, intitulée « L’écume des vivants », se déroule cette année sous le signe des enjeux environnementaux. Une thématique d’actualité qui prend de l’ampleur dans la création artistique et sensibilise de plus en plus le public. 

A ciel ouvert le long de la côte basque, la Littorale est devenue depuis 2005 le rendez-vous d’œuvres contemporaines éphémères (dont certaines deviendront pérennes) créées in situ. La commissaire, Lauranne Germont a fait le choix d’une thématique au titre évocateur, L’écume des vivants. « J’ai voulu composer un poème sensoriel sur la diversité des formes de vie, raviver l’attention à la beauté et la nécessité d’inventer de nouveaux territoires partagés avec le vivant », déclare la co-fondatrice de l’association pluridisciplinaire COAL qu’elle dirige depuis 2008 avec Loïc Fel et Clément Willemin. L’ADN de COAL qui récompense chaque année par un prix les artistes s’inspirant des questions liées aux enjeux sociétaux et environnementaux découlant de la crise écologique, entre en symbiose avec celui de la biennale pour créer des « œuvres qui interrogent la transformation du paysage, la manière d’habiter le monde ». 

La grande problématique des littoraux 

« Ce titre est lié à la double problématique actuelle des littoraux et du vivant. Avec la montée des océans, on sait qu’il va falloir rendre à la nature les espaces ainsi conquis. Le vivant, à l’image de l’écume, est fragile mais aussi volatile, agile et en perpétuel renouvellement », explique-t-elle. Sur 4,5 kilomètres le long des plages, de la Chambre d’Amour au pied du phare de Biarritz, à La Barre qui jouxte l’embouchure de l’Adour, douze artistes égrènent en deux parcours sculptures, fresques et installations célébrant la poésie du vivant dans un monde anthropisé : le collectif Art orienté objet, Martine Feipel & Jean Bechameil, Jérémy Gobé, Elsa Guillaume, Séverine Hubard, Angelika Markul, Mioshe alias Antoine Martinet, Laurent Pernot, Belén Rodriguez, Stéphane Thidet, Laurent Tixador et Jacques Vieille. Face à l’apparente puissance de l’océan, ils projettent milieux naturels, espèces et espaces dans un avenir incertain. Témoin en est Portrait de famille de Séverine Hubard, pyramide construite à partir du bois brûlé tout près de là, en 2020, dans l’incendie de Chiberta, personnifiée par des têtes de coiffeur greffées. Dans le parc écologique d’Izadia, Angelika Markul installe Le Temps du rêve, trois empreintes de pas de Marella, divinité aborigène, qui interrogent sur la présence de la vie sur terre après la disparition des dinosaures. 

L’échange avec le public 

C’est l’objectif de la Biennale qui n’a aucune ambition touristique et investit un budget de 327 000 euros, porté par la ville de 40 000 habitants. Les cinq médiateurs qui accompagnent le public sont aussi de jeunes créateurs (qui n’exposent pas), à même d’échanger leur perception des œuvres. Passé la réticence des premières années, les visiteurs marquent leur intérêt, d’autant que la mission pédagogique se prolonge avec « la Petite Littorale ». Chaque année, dix classes conçoivent et produisent une œuvre sur un thème choisi - en 2021 Etonnants paysages - qui sera installée dans l’espace public, les enfants devenant ainsi médiateurs auprès des familles. C’est la profession de foi de Claude Olive, maire d’Anglet : « Depuis plus de quarante ans, Anglet a fait le pari de "défendre et illustrer" l’art de son temps, de soutenir les créateurs, de sensibiliser le public aux questions de notre époque. La Biennale associe heureusement les contraires de l’éphémère d’un été avec la durée d’une expérience artistique qui se renouvelle sans cesse et traverse les générations. » 


Exposer la mode, un casse-tête pour les musées 

Par Margot Boutges - QDA - 07 octobre 2021 

Censés être renouvelés régulièrement, les parcours permanents des musées de mode sont complexes à gérer et ne favorisent pas la conservation des œuvres. La présentation des collections à moyen terme, comme c'est le cas depuis peu au Palais Galliera, peut-elle être une solution ? 

Gilet d'homme à décor végétal du siècle des Lumières, crinoline rayée duXIXe siècle, robe droite typique des Années folles, sobre tailleur des années 1950, minijupe sixties, manteau à épaulettes des années 1980... Vitrine après vitrine se succèdent 350 vêtements et accessoires déroulant chronologiquement une évolution des silhouettes, des décors, des étoffes, des tendances et des pratiques de la mode du XVIIIe siècle à nos jours. Bienvenue dans les galeries consacrées aux collections permanentes du Palais Galliera, ouvertes le 2 octobre. 

Depuis son ouverture en 1977, le musée de la mode de la Ville de Paris ne proposait aux visiteurs que des expositions temporaires de trois ou quatre mois, mêlant ses fonds propres et des prêts extérieurs autour de sujets resserrés (souvent un grand couturier, une période donnée ou une garde- robe de personnalité emblématique). Depuis sa vaste campagne de travaux, de 2018 à 2020, qui a doublé ses surfaces d'exposition, Galliera a changé d'échelle. En plus de son rez-de-chaussée – où il continue de présenter des expositions temporaires (ainsi celle sur le magazine Vogue qui vient de débuter) –, il dispose en sous-sol d'espaces voûtés d'environ 700m2 dédiés à présenter plus longuement les collections de son fonds qui compte 200 000 vêtements, accessoires, photographies ou dessins. « C'était une attente très forte du public », affirme Miren Arzalluz, directrice du musée depuis 2017. 

L'objet dicte sa loi 

Les expositions temporaires réunissant des pièces venant d'un peu partout sont la face la plus visible des présentations liées à la mode. Elles sont auréolées d'un caractère exceptionnel, suscitent une importante couverture médiatique et attirent un public parfois colossal. Mais les galeries de collections permanentes, versant plus discret et méconnu, ne sont pas sans atouts. Elles permettent aux conservatoires de mode de mettre en avant la variété de leurs collections, de valoriser leur histoire institutionnelle, de sortir des pièces rarement exposées, de transmettre au public une vision chronologique large de la mode qui lui fait parfois défaut, de faire de la pédagogie... et d'être ouvertes tout au long de l'année, ou presque. 

Mais la gestion de ces espaces n'est pas sans contraintes. Les salles permanentes de mode ne peuvent avoir vocation à être aussi figées que des parcours dédiés aux beaux- arts ou arts décoratifs. « À moins d'utiliser des fac-similés de pièces ce qui serait dommage », commente Marie-Josée Linou, directrice du musée des arts décoratifs, de la faïence et de la mode de Marseille. Le textile est en effet extrêmement sensible à la lumière qui a pour effet de décolorer de manière irréversible ses fibres, voir d'accélérer leur vieillissement. Aussi, pour assurer leur conservation à travers les siècles, les costumes doivent faire l'objet d'une rotation régulière. Même si « c'est l'objet qui dicte sa loi », selon les mots d'Esclarmonde Monteil, directrice du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon, experts et musées s'accordent généralement sur un principe : limiter le temps d'exposition d'un vêtement à quatre à six mois (à une lumière n'excédant pas 50 lux, équivalent d'une certaine pénombre) avant de l'envoyer quatre à six années se reposer dans l'obscurité de la réserve. 

Des prescriptions exigeantes, et pour ainsi dire jamais respectées par les musées de mode dotés d'un parcours des collections présenté en continu. Faire tourner fréquemment les pièces exposées sans passer par une période de fermeture totale des espaces s'apparente à un véritable casse-tête. Depuis plusieurs années, Sophie Henwood, responsable du service des collections de la Cité de la dentelle et de la mode de Calais, s'évertue à optimiser le renouvellement du parcours permanent du musée. « Nous avons installé des textes de salles très généraux afin de simplifier le remplacement des œuvres par d'autres », explique-t-elle. Une bonne volonté qui se heurte aux réalités de ce musée municipal ouvert en 2009, aux ressources limitées et au rythme tendu : des collections anciennes qui ne favorisent par la rotation des pièces antérieures à 1960, des vêtements pas toujours en état d'être exposés, un seul poste de régisseur textile habilité à assurer le mannequinage des costumes, la priorité donnée aux expositions temporaires dans un calendrier contraint... Sur les quatre grandes vitrines de la salle 5, qui dressent une histoire de la dentelle appliquée à la mode de 1895 à nos jours, Sophie Henwood confie « n'en changer qu'une à deux par an ». « Ce n'est pas pas idéal », concède-t-elle, précisant cependant que la salle est dotée d'un éclairage dynamique s’éteignant en l'absence de visiteur afin de limiter le temps de contact entre les œuvres et la lumière. 

Synergies entre les cultures 

Les musées de réputation internationale et aux fonds pléthoriques ne sont pas non plus exempts de difficultés. Depuis son ouverture en 2004, le Museo del traje de Madrid – 30 000 vêtements au compteur – propose en continu, en plus de fréquentes expositions temporaires, un parcours permanent déclinant à travers différentes scènes une chronologie du costume occidental du XVIIIe siècle à nos jours. Des présentations aux rotations imperceptibles aux yeux du public (les thématiques des vitrines demeurent fixes, les vêtements de même style et les discours inchangés) qui ont amené à « l'épuisement des collections », selon les mots de Juan Gutiérrez, responsable des collections XXe siècle du musée (interrogé sur la chaîne YouTube de l'école de mode La Tecnocreativa), en particulier les pièces les plus « appétissantes », surexploitées pour leur esthétisme, ou leur bon état. Face à ce constat et à l'impossibilité de faire tourner tous les six mois les vêtements sans y passer tout son temps, l'équipe du musée, engagée en 2021 dans un réaménagement total du parcours à la faveur de la fermeture générale du musée, a trouvé une parade : exposer les vêtements aux côtés d'autres médiums (le musée abrite en réserves un vaste fonds d'objets ethnographiques), dans un circuit entièrement repensé et réanglé autour des « processus de changement de l'Espagne ». Une manière de « créer des synergies entre la culture de la mode et d'autres formes de culture matérielle », mais aussi de « donner un peu moins de responsabilités au costume », explique Juan Gutiérrez

Le musée des tissus de Lyon regarde dans la même direction, profitant de la refonte totale du musée (qui devrait rouvrir en 2026) pour réévaluer la place du textile dans son parcours permanent. Longtemps séparé en deux hôtels particuliers accolés mais distincts, le musée des tissus et le musée des arts décoratifs de Lyon vont fusionner leurs collections au sein d'un parcours chrono-thématique croisé. Une manière ici encore de montrer les correspondances et les influences entre les arts (ainsi des tanagras pourraient faire face à une robe Empire dans la salle dédiée à l'influence grecque) et de diminuer largement la part de textiles et vêtements exposés pour en favoriser la rotation. Exemple typique des musées de grand âge, le musée des tissus de Lyon – détenteur d'un des plus vastes fonds du monde – a largement sur-exposé ses fragiles collections tout au long de son histoire. « 300 ou 400 pièces de nos fonds ont été exposées sans interruption depuis le XIXe siècle et ont des couleurs complètement passées », confie Esclarmonde Monteil

Des œuvres sous tension 

Si de décennie en décennie, les standards ont évolué en matière de conservation préventive et que les musées de mode affirment de plus en plus la volonté de dynamiser leurs présentations, le risque est fort que les galeries des collections de mode, pensées pour être des accrochages à durée indéterminée, ne se laissent gagner par un certain immobilisme (ainsi le célébrissime Victoria and Albert Museum de Londres, souvent pointé du doigt par les connaisseurs pour la rareté des roulements de sa Fashion Gallery). Face à ce constat, les modèles évoluent et les galeries permanentes ont tendance à être conçues d'emblée comme des présentations à moyen terme. À peine ouverte, la galerie des collections du Palais Galliera a déjà fixé sa date de fermeture : le 26 juin 2022. Au terme de cette première rotation – qui sera entrecoupée de trois semaines de fermeture en mars pour changer 50 % des œuvres et leur médiation –, les salles voûtées seront intégralement vidées pour accueillir le montage d'une grande exposition organisée avec l'étranger (on souffle qu'elle devrait avoir Frida Kahlo pour thème), qui courra sur les deux étages du Palais. « On voulait se laisser la souplesse d'utiliser ce sous-sol pour présenter des expositions de grande envergure », explique Miren Arzalluz. Au point d’éclipser la part donnée aux collections au profit de manifestations spectaculaires ? « Non, promet la directrice, les galeries des collections sont notre objectif principal pour ce sous-sol », précisant que le premier parcours, retardé à cause de la crise sanitaire, aurait dû initialement durer un an et que le suivant, qui commencera en 2023, s'étendra sur deux années entrecoupées de périodes de fermeture. 

Si le premier parcours dresse une histoire de la mode croisée à celle du musée, « les prochains devraient explorer l'histoire de la mode sous un angle différent, sociétal ou artistique par exemple », annonce Miren Arzalluz. Cet accroissement général des espaces, de la programmation et des mouvements d'œuvres du musée n'a pas été sans conséquence en interne : en 2021, le musée a réorganisé ses services et renforcer ses effectifs pour doper les activités de régie, de conservation et de restauration des œuvres. « Il faut aussi accélérer le rythme des acquisitions pour nourrir cette galerie des collections », prévient la directrice. Sans compter que Galliera – comme nombre d'institutions de mode – est aussi un prêteur d'importance. L'appétence générale toujours plus forte pour ces expositions, leur multiplication dans des institutions de plus en plus diverses et sous des formes de plus en plus itinérantes, n'en finit pas de multiplier les flux d'œuvres. La tension entre conservation et monstration des œuvres fragiles est une problématique qui n'a pas fini d'être posée. 


La Madone de Munch révèle ses mystères 

Par Jade Pillaudin - QDA - 04 octobre 2021  

Thierry Ford, conservateur au Musée national de Norvège à Oslo, et Børre Høstland, photographe, ont découvert des dessins sous-jacents en examinant à l'aide de la réflectographie infrarouge la Madone d'Edvard Munch (1894-1895), œuvre la plus célèbre, avec le Cri, du peintre expressionniste norvégien (1863-1944). L'étude du tableau a renseigné les chercheurs sur l'évolution de sa composition, notamment les changements opérés par Munch sur la position des bras de la jeune femme, initialement placés le long du corps. Cette mise au jour vient soutenir la théorie défendant cette Madone comme la première des cinq versions réalisées par le peintre entre 1894 et 1897. Les autres versions, non datées, conservent toute la même composition, plaçant l'un des bras de la Madone derrière sa tête, l'autre derrière son dos. Pour Vibeke Waallann Hansen, conservateur au musée, « ces découvertes permettent de déterminer raisonnablement qu'Edvard Munch a achevé la première version de la Madone en 1894. En la confrontant à des croquis préparatoires, nous voyons que les dessins sous-jacents montrent une hésitation du peintre quant au placement des bras ». La Madone rejoindra bientôt le nouveau bâtiment du musée osloïte – dont l'ouverture est prévue pour le 11 juin 2022 – tandis que le nouveau musée Munch, dont le bâtiment est signé par le cabinet d’architectes madrilène Estudio Herreros, ouvrira au public le 22 octobre prochain. 


Un festival d'illuminations s'installe au Domaine de Saint-Cloud

Rémi Morvan - 1 octobre 2021


Cette année, au moment de célébrer l'anniv' du petit Jésus, la lumière sera et plutôt deux fois qu'une ! Car si l'on savait déjà que le parc de la Villette allait jouer du briquet et des allumettes durant la période, c'est maintenant au tour du Domaine de la Saint-Cloud de se mettre sur le créneau illuminations. La chose s'appelle « Lumières en Seine » et se tiendra, à la nuit tombée, du 19 novembre 2021 au 9 janvier 2022. 

Au tableau électrique, on retrouve la boite allemande DEAG et son concept Christmas Garden qui, en s'inspirant des illuminations du parc botanique londonien de Kew Gardens, tapisse de loupiotes les jardins allemands depuis quelques années déjà. Et s'apprête donc, via l'entité IMG, à débarquer en France pour la toute première fois. Si rien n'est encore monté, les descriptions fournies ainsi que les précédents allemands nous permettent de dire que ce « Lumières en Seine » prendra la forme d'un parcours d'environ deux kilomètres - pour plus ou moins 1h30 de balade - au milieu du Domaine de Saint-Cloud, avec passage par la Grande Cascade, le bassin aux Chiens ou encore le parterre de la Lyre

Sur votre route, vous croiserez tout un cortège de créations artistiques, tendance lumineuses bien entendu. Dans le lot : des installations dont des nénuphars flottants, du show lasers, de la vidéo, de la musique, de la pyrotechnie et même un "château oublié". Enfin, pour étancher votre soif et remplir votre bide, une buvette sera prévue à cet effet. Let there be light

Lumières sur Seine, du vendredi 19 novembre 2021 au dimanche au 9 janvier 2022. Touts les soirs, de 17h à 23h. (Fermé les 22, 23, 29, 30 novembre et les 24 et 31 décembre). 


Avec sa nouvelle expo 'Cerisiers en Fleurs', Damien Hirst fait renaître le printemps 

Alors que l’été touche à sa fin, l’artiste britannique Damien Hirst et La Fondation Cartier nous invitent à zapper l’hiver pour une expo qui sent bon le printemps ! 

Écrit par Time Out. En partenariat avec la Fondation Cartier. 14 septembre 2021 

Virage à 180 degrés pour Damien Hirst ! Lui qui nous a habitués à des œuvres ultra provoc’ propose cette fois-ci une expo plus sage... en apparence. Un retour à la peinture qui met la nature et la couleur au premier plan en interprétant le motif traditionnel et populaire des arbres en fleurs. Fruits (sans mauvais jeu de mot) de trois ans de taf, la série des Cerisiers en fleurs comprend 107 toiles. 30 d’entre elles ornent les parois de la Fondation Cartier et frappent par leurs formats spectaculaires et leur caractère quasi immersif. 

"Les Cerisiers en Fleurs sont tape-à-l'œil, désordonnées et fragiles, et grâce à elles, je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural.” Damien Hirst 

Parce que même les plus grosses stars de l’art contemporain ont été contraintes de se barricader suite aux multiples confinements, le nouveau projet de Hirst se teinte du souvenir - pas si vieux - de l’effet confinement. « La pandémie m’a permis de vivre avec mes peintures et de prendre le temps de les contempler, jusqu’à ce que je sois certain qu’elles étaient toutes terminées ». Alors que la mort est d’ordinaire au centre du travail de l’ex Young British Artist, c’est aujourd’hui la vie et le sentiment de renaissance qui sont célébrés. Un second souffle bienvenu après des mois de désir d’un retour à la vie normale ! 

Pour sa première expo personnelle dans une grosse institution française, le plasticien multiplie les références, du pointillisme de Seurat à l’action painting de Pollock, rendant hommage à ces pionniers du monde de l’art dans un ensemble vibrant. Nostalgie et contemplation, c’est tout un programme que nous réserve la Fondation Cartier

Et afin de prolonger l’expérience Cerisiers en fleurs, le musée et Damien Hirst ne proposent pas un mais deux films qui viennent compléter l’expo : un docu qui donne la parole à l’artiste et qui dévoile les coulisses de ces années de préparation et un film 360, tourné dans son studio, qui offre à voir les détails subtiles des toiles en fleurs. De quoi prolonger les beaux jours ! 


L'emballage de l'Arc de Triomphe est-il une œuvre d'art ? 

Par Pierre Noual - QDA - 23 septembre 2021 

25 000 mètres carrés de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et 3 000 mètres de corde rouge enserrent depuis quelques jours l’Arc de Triomphe. Cet emballage posthume de Christo et Jeanne-Claude constitue-t-il une œuvre d’art protégée par le droit d’auteur ? 

« Les idées par essence et par destination sont de libre parcours », selon la formule popularisée par Henri Desbois, éminent spécialiste du droit d'auteur. Aussi, la propriété littéraire et artistique ne protège que les œuvres originales concrétisées dans une forme perceptible aux sens : c’est la forme qui permet à l’œuvre d’exister. La Cour de cassation l’a d’ailleurs rappelé de manière très claire en 2015 : « La propriété littéraire et artistique ne protège pas les idées ou concepts, mais seulement la forme originale sous laquelle ils se sont exprimés. » Alors que l’installation de Christo et Jeanne-Claude déchaîne les passions, qu’en est-il de son appréhension par le droit ? 

Protection à géométrie variable 

En 1985, Christo et Jeanne-Claude ont estimé que le fait pour un tiers d’éditer des cartes postales représentant l’emballage du Pont-Neuf, sans leur autorisation, constituait une contrefaçon. La cour d’appel de Paris leur a donné raison en 1986 au motif que « l’idée de mettre en relief la pureté des lignes du Pont-Neuf et de ses lampadaires au moyen d’une toile soyeuse tissée en polyamide, couleur de pierre de l’Île-de-France, ornée de cordage en propylène de façon que soit mise en évidence, spécialement vu de loin, de jour comme de nuit, le relief lié à la pureté des lignes de ce pont constitue une œuvre originale susceptible de bénéficier à ce titre de la protection légale ». 

Les artistes ont alors souhaité protéger leur idée en voulant interdire l’emballage des arbres sur les Champs-Élysées par des tiers. Bien mal leur en a pris car le tribunal de grande instance de Paris a jugé en 1987 que la loi « ne protège que des créations d’objets déterminés [...] et non pas un genre ou une famille de formes qui ne présentent entre elles des caractères communs que parce qu’elles correspondent à un style découlant d’une idée, comme celle d’envelopper des objets ». Aussi, « un artiste ne saurait prétendre détenir un monopole de ce genre d’emballage et l’accaparement de l’enveloppement de tous les arbres non plus que de tous les ponts-voûtes qui présentent quelque ressemblance avec le Pont-Neuf ». 

En somme, l’idée d’empaqueter des ouvrages dans l’espace public n’est pas protégeable, mais la même idée peut l’être à partir du moment où il y a une création matérialisée : la formalisation de l’empaquetage de l’Arc de Triomphe est bien protégée par le droit d’auteur ; l’idée d’empaqueter un monument ne l’est pas. 

Adieu l'idée, vive l'originalité 

En effet, depuis le fameux ready-made de Duchamp et la dématérialisation de l’œuvre d’art, l’adoption d’une approche plus intellectuelle de la création gagnerait à être promue. Cela suppose une redéfinition de la notion de forme capable de tenir compte des modes de productions artistiques actuels. 

Certes, la Cour de cassation a pu affirmer en 2008 que « l’approche conceptuelle de l’artiste qui consiste à apposer un mot dans un lieu particulier en le détournant de son sens commun, s’[est] formellement exprimée dans une réalisation matérielle originale », mais cette solution conduit à des lectures juridiques contradictoires et n’est guère satisfaisante pour les installations artistiques. 

La position du juge français qui refuse de protéger les idées des artistes contemporains pourrait encore se justifier aujourd’hui – bien qu’ils disposent toujours de la possibilité d’agir sur le fondement d’une action en concurrence déloyale ou sur le parasitisme artistique. Or, qui dans le monde de l’art ne relie pas l’idée d’empaqueter des monuments publics à Christo et Jeanne-Claude ? Il est vrai que sans les idées, il n’y aurait peut-être ni œuvre ni droit, et le problème réside dans la confusion sciemment entretenue entre la forme et le fond. Dès lors, il est peut-être temps pour le droit d’apporter de la nuance dans la maxime de Desbois en reconnaissant aux artistes un véritable droit d’auteur sur leurs idées. 

Ce n’est pas pour rien que certains juristes plaident pour qu’il n’y ait plus qu’un seul critère de protection des œuvres : l’originalité qui constitue la véritable valeur économique de la création. Il y a là un revirement qui nécessiterait d’affirmer que lorsque la part d’originalité d’une œuvre est plus forte que celle de la banalité, la première doit l’emporter. Un droit de propriété au profit des artistes dont émanent des idées originales et concurrentielles pourrait alors sortir du purgatoire : ni la Constitution ni le Code civil n’y font obstacle. Il est certain que l’art de Christo et Jeanne-Claude est bien plus qu’une idée, c’est la quintessence de l’originalité qui jaillit du tréfonds de leurs êtres. 


Paris : l’Arc de Triomphe empaqueté par Christo et Jeanne-Claude attire la foule pour son premier weekend


Ce weekend, les curieux ont pu découvrir pour la première fois l’Arc de Triomphe complètement empaqueté, selon le projet de Christo et Jeanne-Claude. 

20.09.2021 - Clara Baudry - Connaissance des Arts


Ces samedi 18 et dimanche 19 septembre, les curieux ont enfin pu découvrir l’Arc de Triomphe entièrement empaqueté par Christo et Jeanne-Claude sur la Place de l’Étoile piétonnisée pour l’occasion. Débutés le 15 juillet, les travaux se sont achevés sans encombre ce vendredi soir, sous la direction de Vladimir Yavachev, neveu de Christo et Jeanne-Claude et directeur du projet. Ainsi, le monument se voit enveloppé de 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et ceinturé grâce à 3 000 mètres de corde recyclable en polypropylène rouge. Cet événement est la concrétisation posthume d’un rêve pour les deux artistes, respectivement décédés en 2020 et en 2009. Si les visiteurs les plus enthousiastes l’attendaient depuis plusieurs semaines, le projet existait depuis presque 60 ans ! « Lorsque le Centre Pompidou [...] a suggéré à Christo de réfléchir à un nouveau projet pour Paris, il a tout de suite répondu : l’Arc de Triomphe », a rappelé la ministre de la Culture Roselyne Bachelot dans un communiqué. 

De nombreux visiteurs au rendez-vous 

De nombreux visiteurs étaient au rendez-vous ce week-end : 8 425 selon « Le Figaro ». Certains ont préféré observer l’édifice de loin, tandis que d’autres se pressaient à sa base pour observer le tissu plus en détail. Plus de 300 médiateurs étaient également présents pour répondre aux questions et distribuer à ceux qui le souhaitaient un échantillon de la toile brillante et tramée utilisée pour l’empaquetage. Comme l’avaient souhaité les artistes, chacun peut gratuitement profiter de l’œuvre et s’en approcher. Quant à l’intérieur du monument et à sa terrasse, ils restent accessibles aux visiteurs munis de billets comme à l’ordinaire. 

Début de la vente privée 

Comme tous les projets de Christo et Jeanne-Claude, l’empaquetage de l’Arc de Triomphe n’a bénéficié d’aucun financement privé ou public. Il est entièrement financé par la vente en cours de 60 dessins et maquettes préparatoires chez Sotheby’s

Un service de sécurité 

Outre la piétonnisation de la place, la sûreté de l’événement est garantie par la présence permanente d’une équipe d’agents de sécurité. Cette mesure, organisée en collaboration avec le Centre des Monuments nationaux, la Ville de Paris et la Préfecture de Police, devrait rassurer les visiteurs après les tirs à la carabine de la semaine dernière sur les Champs Elysées qui avaient blessé quatre personnes. 


L'empaquetage de l'Arc de Triomphe, œuvre posthume de Christo, entre dans le vif du sujet avec le premier "déroulé de tissu"


C'était un rêve de l'artiste Christo, disparu l'an passé : transformer l'Arc de Triomphe en gigantesque paquet-cadeau. Son projet artistique est actuellement dans la dernière ligne droite : les milliers de mètres de tissu ont commencé à être déployés dimanche matin.

franceinfo Culture - 12/09/2021 17:04


Plusieurs centaines de mètres carrés de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté, prévu pour ondoyer au gré des éléments, ont été déroulés dimanche sur l'un des côtés de l'Arc de Triomphe, opération lançant la dernière ligne droite de l'empaquetage du monument parisien. 

Du 18 septembre au 3 octobre, le rêve de jeunesse de Christo (décédé en mai 2020) et de son épouse Jeanne-Claude, sera réalisé: haut-lieu des commémorations françaises, l'Arc de Triomphe, haut de 50 m, sera intégralement transformé en gigantesque paquet-cadeau, maintenu par 3.000 m de corde rouge. 

Une équipe de cordistes à l'assaut du monument 

Après des semaines de préparatifs, une équipe de 95 cordistes s'est lancée dimanche matin depuis le sommet de l'Arc de Triomphe pour déployer, côté avenue de Wagram, un premier rouleau de tissu. 

L'empaquetage (25.000 m2 de tissu) se poursuivra jour et nuit pour être fin prêt le 18 septembre, jour de l'inauguration. 

"Aujourd'hui, c'est un des moments les plus spectaculaires de l'installation. L'Arc de Triomphe empaqueté commence à prendre vie et se rapproche plus encore de la vision de ce qui a constitué le rêve de toute une vie pour Christo et Jeanne-Claude", a confié Vladimir Yavachev, neveu de l'artiste qui supervise le projet. 

Le public pourra bientôt venir voir et toucher l’œuvre 

"Le 18 septembre au matin, une fois que nous aurons fini de disposer les cordes et d'apporter les dernières touches, les grilles de protection du chantier en cours seront retirées pour permettre gratuitement au public de venir, de voir et de toucher l'œuvre d'art". 

L'empaquetage de l'Arc de Triomphe "sera comme un objet vivant qui va s'animer dans le vent et refléter la lumière. Les plis vont bouger, la surface du monument devenir sensuelle", expliquait Christo en présentant son ultime projet, deux ans avant sa mort. 

Un projet autofinancé qui fait débat 

D'un coût de 14 millions d'euros, le projet est entièrement autofinancé, sans subvention publique, grâce à la vente d’œuvres originales de Christo, dessins préparatoires, souvenirs, maquettes et lithographies. 

Dans une tribune publiée samedi dans le quotidien Le Monde, l'architecte Carlo Ratti, l'un des amis de Christo, a cependant appelé à abandonner "l'esthétique des emballages à haut gaspillage". 

"Je propose que l'on arrête d'emballer l'Arc de triomphe, tant pour des raisons environnementales qu'intellectuelles. Sur le plan environnemental, pouvons-nous nous permettre de gaspiller 25.000 m2 de tissu pour l'emballage d'un monument ? L'industrie de la mode est responsable de 10% des émissions mondiales de carbone", a écrit Carlo Ratti.
En 1985,
Christo avait déjà empaqueté ainsi le Pont-Neuf, à Paris, un évènement resté dans les mémoires. 

Paris : l’incroyable empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo 

Après l’emballage du Pont-Neuf en 1985, c’est un autre monument qui s’apprête à être empaqueté, sur les plans originaux de Christo : l’Arc de Triomphe. Les travaux sont dans leur dernière ligne droite avec le début de la pose des tissus. 

Par Aubin Laratte - 12 septembre 2021 - LE PARISIEN 

L’artiste Christo en avait rêvé. Lui et sa femme, Jeanne-Claude, avaient déjà emballé en 1985 le Pont-Neuf à Paris. Sans l’un ni l’autre, tous les deux décédés, c’est leur neveu, Vladimir Yavachev, qui s’occupe désormais d’accomplir leur doux fantasme : empaqueter l’Arc de Triomphe. Après plusieurs semaines de travaux préparatoires, l’installation est entrée ce dimanche dans la dernière ligne droite... donnant à voir un magnifique spectacle aux passants. 

95 cordistes ont commencé à dérouler, ce dimanche, plusieurs rouleaux de tissu sur l’Arc de Triomphe afin de l’empaqueter. 

Le travail va durer encore plusieurs jours, jusqu’à l’inauguration de l’œuvre samedi prochain. Il est prévu que les opérations se déroulent de jour comme de nuit. 

C’est sous le regard curieux, parfois interloqué, des passants que les périlleuses manœuvres ont débuté ce samedi, après des semaines de travaux préparatifs (des supports ont notamment dû être posés pour maintenir le tissu). 

Il faut pas moins de 25 000 m2 de tissus pour couvrir tout le monument, ce à quoi il faut ajouter les 3 000 m de corde rouge pour en faire un véritable paquet-cadeau. 

Le projet coûtera 14 millions d’euros, mais il est entièrement autofinancé, sans aucune subvention publique, grâce à la vente d’œuvres originales de Christo, dessins préparatoires, souvenirs, maquettes et lithographies. 

Les Parisiens et touristes pourront profiter du nouveau lifting de l’Arc de Triomphe jusqu’au 3 octobre. L’énorme rond-point qu’est la place de l’Etoile sera rendu aux piétons chaque week-end, sur la période, à partir du 18 septembre, pour permettre d’en profiter. 

Christo et Jeanne-Claude avaient ce projet d’emballer le monument depuis... 1962 ! L’empaquetage de l’Arc de Triomphe « sera comme un objet vivant qui va s’animer dans le vent et refléter la lumière », expliquait Christo en présentant son ultime projet, deux ans avant sa mort. Jeanne-Claude, elle, est décédée en 2009. 

C’est le neveu des artistes, Vladimir Yavachev qui permet à ce rêve de prendre forme. Il était accompagné de Bruno Cordeau, administrateur de l’Arc de Triomphe, au lancement des travaux en juillet dernier. 

https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/art-contemporain/l-e...-dans-le-vif-du-sujet-avec-le-premier-deroule-de-tissu_4768917.html

https://www.leparisien.fr/paris-75/paris-lincroyable-empaquet...mphe-en-six-images-12-09-2021-JRSAUNUF5FFVDDDNQZHPDHMF2U.php

Les sculptures de Julie Villard et Simon Brossard, hérauts d'un futur post-humain

NUMÉRO - ART 19 JUILLET 2021 - Ingrid Luquet-Gad

Le duo que forment Julie Villard et Simon Brossard opère à la manière d'un méta-organisme dont l’inextinguible désir d’ingestion n’aurait d’égal qu’une impuissante lucidité. Depuis leur rencontre aux beaux-arts de Cergy en 2016, les deux artistes, respectivement nés en 1992 et 1994, pratiquent un art de la métabolisation dont les formes, jamais finales, toujours potentiellement réutilisables, possèdent la saveur douceâtre des fruits avariés d’une époque malade de ses excès. Dressées ou pendues, leurs sculptures se donnent frontalement, comme autant de totems archaïques : d’échelle humaine, elles se composent de divers éléments de rebut témoignant de la surproduction des sociétés occidentales. Au gré des différentes séries, un répertoire formel laisse reconnaître des filtres d’aspirateur Dyson et des sex-toys, du matériel médical et des tissus tout mous, des bibelots en toc et des nuées de câbles... 

Dressées ou pendues, les sculptures de Villard Brossard se donnent frontalement, comme autant de totems archaïques. Tout en se disant obsédés par l’opération de collecte et l’accumulation, Julie Villard et Simon Brossard mobilisent un processus de composition qui, des différentes parties, fait oublier la provenance et la fonction préalable. Dans l’espace, l’identification de la forme opère ainsi vis-à-vis de son appréhension globale : celle-ci, alternativement, se tord et se cabre, s’alanguit et s’avachit, se flétrit et dépérit. Condensant les règnes du vivant, humain et non humain, et les registres du “machinique”, quotidien ou de pointe, chaque organisme-totem est enveloppé d’une chair éternelle, qu’elle rutile du fini ultra lisse d’une pièce usinée ou s’obscurcisse de la rugosité d’un minerai.

L’opération de métabolisation dont procèdent les sculptures, conçues au fil des expositions comme autant de familles, est à l’image du processus de travail des artistes : à propos de “MENU”, leur première exposition solo à la galerie Exo Exo à Paris en 2018, ils racontent avoir passé trois mois enfermés dans une salle de bains minuscule, mains et pieds dans l’eau, à souder l’acier avec la laine. Aujourd’hui encore, et quand bien même les premières pièces en impression 3D font leur apparition au sein de leurs compositions, la réalisation manuelle, et l’investissement de leur corps dans les opérations de moulage, de modelage et de ponçage, reste cruciale au sein d’une répartition des rôles symbiotique.

À mesure que la fabrication et le travail sur plan réorientent la teneur spéculative de leurs pièces, le spectre temporel se distend encore davantage. Au sein de leurs recherches actuelles, Julie Villard et Simon Brossard mêlent aux matériaux moulés immédiatement contemporains des objets anciens ou fabulés comme tels, antiques ou égyptiens, chargeant l’ensemble d’une palette affective d’un kitsch sacchariné. L’évidente tonalité post-apocalyptique des premiers végétaux mutants, organes prosthétiques ou du mobilier sépulcral, approfondit alors sa charge d’ambiguïté. Engluées depuis un présent sans avenir, où le passé n’est qu’un rebut comme un autre, les sculptures hétérochroniques de Julie Villard et Simon Brossard s’autogénèrent depuis les ruines du Capitalocène. Elles en sont les gemmes malades, enflées d’un désir autophage.

Les créatures organiques de l'artiste Salomé Chatriot, à la frontière du réel et du virtuel

NUMÉRO - ART 12 JUILLET 2021 

Chaque saison, Numéro art propose avec la maison Gucci un aperçu des jeunes talents de la scène artistique française. Aujourd'hui, focus sur l'artiste Salomé Chatriot avec ses créations hybrides et organiques mêlant modélisation 3D, animation, sculpture et installation pour composer un monde aux frontières du réel et du virtuel.

Texte par Matthieu Jacquet

Ne l'appelez pas “artiste digitale” mais plutôt “alchimiste de l'art”. Entre manipulation électronique, code informatique, sculpture, performance ou encore modélisation 3D, Salomé Chatriot est une véritable “touche- à-tout”. Fascinée par l’art numérique et le design interactif, la jeune Française s’est plongée dès l’adolescence dans les méandres de leurs techniques, guidée par son désir ardent de les comprendre pour mieux se les approprier. Après de nombreuses nuits blanches et de longues soirées passées dans les locaux de l’ÉCAL, l’école d’arts visuels de Lausanne où elle étudie, elle met au point l’une de ses premières créations majeures, une installation interactive activée au contact de son pouls, qui provoque une réaction en chaîne et finit par souffler des bulles de savon. Selon elle, l’œuvre synthétise l’essence de sa pratique : le rapport essentiel au corps humain, la place de la respiration, l’intervention de la technologie pour générer un processus, et l’intégration d’images virtuelles où s’incarnent quelques bribes de créatures.

Car ce sont bien sirènes, fées et autres figures fantastiques anthropomorphes qui peuplent l’imaginaire de l’artiste. L’un de ses projets s’appelle d’ailleurs Harlequin, en hommage au personnage de la commedia dell’arte : de son célèbre costume bariolé à losanges résulte une peau numérique rapiécée, base de compositions abstraites. Dominés par les teintes beiges et violacées de la chair, habités par des volumes courbes dont la texture rappelle la viscosité des boyaux, les paysages modélisés en 3D par Salomé Chatriot composent d’étranges labyrinthes charnels où l’on discerne parfois un fragment de sein, une main ou une vulve. Leurs formes deviennent alors des “organes” qu’elle remanie à l’envi, selon ses mots : “Je trouve ça incroyable d’épuiser un même sujet, de sucer sa moelle épinière pour qu’il me donne encore de nouveaux résultats.” Pour réaliser des œuvres uniques et inimitables, l’artiste va jusqu’à créer elle-même ses propres matières virtuelles, palettes de couleurs et effets de relief. 

Lisses, complexes et parfois lourdes, les machines et la technologie peuvent toutefois doter les œuvres d’un hermétisme repoussant. Salomé Chatriot le sait bien. Soucieuse de contrecarrer la froideur du mécanique, du numérique et du préfabriqué, l’artiste enrobe ses créations de la douceur formelle du vivant. La vingtenaire rappelle tantôt la texture de l’épiderme en coulant ses sculptures dans la résine, tantôt la dilatation du cœur au moyen de volumes gonflables en non-tissé Tyvek. Récemment, l’artiste s’est également prise de passion pour la galalithe, un plastique naturel blanchâtre à base de lait dont la solidification nécessite parfois des semaines : loin d’être choisi par hasard, ce liquide originel (et maternel) porte avec lui les nombreux mythes qui ont édifié sa cosmologie, et donnent désormais aux œuvres de la jeune femme toute leur puissance d’incarnation.

Pendant le premier confinement, alors que la planète entière se concentre sur son souffle, Salomé Chatriot l’enregistre lors d’une nouvelle performance qu’elle met en œuvre en s’allongeant sur un arbre tombé sur le sol. Son rythme respiratoire lui inspire un diptyque de vidéos 3D, volumes mouvants évoquant aussi bien les poumons que les spirales des coquillages, et qui lui valent de remporter le prix Siemens. “Je pense que toutes mes pièces ont en commun un changement d’état : du liquide au solide, du solide au gazeux, du numérique au physique”, explique l’artiste, qui se décrit par ailleurs comme étant le “Dr Frankenstein de l’art”. Un docteur capable de fusionner le corps, la machine et la nature pour accoucher d’entités hybrides dessinant les contours d’une future ère de l’art où créations matérielles et virtuelles cohabitent et échangent avec harmonie.

Les jeunes artistes à l'assaut de Saint-Paul- de-Vence 

Par Alison Moss
QDA - 21 juillet 2021  

Son décor pittoresque, baigné par la lumière du Sud, avait séduit Signac et Pissarro au XIXe siècle, puis Matisse, Braque et Calder, au XXe. Siège de la Fondation Maeght et, depuis quelques mois, de la Fondation CAB, Saint-Paul-de-Vence s’impose également comme un incubateur d'art contemporain, notamment grâce à la création de sa propre Biennale, placée sous la présidence d’Olivier Kaeppelin et le commissariat de Catherine Issert. Jusqu'au 2 octobre, la deuxième édition de la manifestation fédère l'œuvre de 18 artistes – principalement jeunes ou émergents, afin de les soutenir pendant la crise. Elle se distingue ainsi de sa première édition, qui donnait plus de place aux grands noms connus de la scène internationale (Antony Gormley, Wang Keping, Jan Fabre...). Au gré des déambulations dans la cité médiévale, on découvre notamment l'œuvre de Stéphane Guiran (né en 1968), sur le parvis de la chapelle Saint Michel, jouxtant le cimetière : une sculpture éthérée constituée de 500 sélénites suspendus et formant un mandala, appel au repli sur soi et à la sérénité. Celle de Pierre-Alexandre Savriacouty (né en 1993) surélevée sur les remparts et composée de centaines de coquilles d'escargots coupées en lamelles, a pour sa part été pensée comme une ode à la renaissance puisant ses sources dans les mythes créateurs malgaches. Au détour de la place de l’église, Juliette Minchin (née en 1992) a quant à elle cristallisé le passage du temps, en dressant un autel recouvert de la cire pétrifiée de bougies, dont elle a délicatement enveloppé une structure en fer, tel un drapé – une référence aux bandelettes de laine qui protégeaient l'Omphalos (pierre sacrée symbolisant le centre du monde) de l'Antiquité grecque. Le parcours est en outre ponctué de concerts, expositions en galerie (Monique Frydman chez Bogéna, Martin Belou chez Catherine Issert...), et de conférences.


Le Printemps de l’Art Contemporain résiste jusqu'à l'été 

Par François Salmeron
QDA - 19 juillet 2021  

Premier festival français à rouvrir à la mi- mai, et fidèle à sa volonté de valoriser le tissu créatif marseillais, le PAC a regroupé 102 manifestations artistiques, dont des expositions à Arles, nouvelle venue dans ce réseau qui s’étend désormais à l’échelle régionale. L’ensemble (qui a battu son plein du 13 mai au 13 juin, mais qui se prolonge sous différentes formes) a offert un panaché de formats et de propositions de qualité allant des institutions aux galeries, en passant par les résidences (le pavillon South Way, le Berceau), les occupations temporaires de lieu (l’association Yes We Camp installée pour 18 mois dans les 16 000 m2 de Buropolis), les artist run-spaces (Sissi Club), les collections privées (Yazid Oulab à la American Gallery d’Endoume – fermée le 17 juillet mais l'artiste sera aussi présent dans l'exposition collective « Disobey Orders Save the Artists » à partir du 30 août) ou les projets hors-les-murs. En émane un parcours aux connotations poétique et politique évidentes. On pense notamment aux déambulations de Laurent Lacotte à la Urban Gallery, ainsi qu’à l’excellent accrochage de Gilles Pourtier au Château de Servières alliant photographie, peinture et installation. Ou encore aux mains de sorcières-sirènes en faïence de Juliette Feck, gisant comme un manifeste féministe  dans les eaux de l’anse du Mugel à la Ciotat.


À Rennes, l’expo de François Pinault se veut sobre et radicale

« Au-delà de la couleur, le noir et le blanc dans la collection Pinault » présente une centaine d’œuvres majeures de la collection, réalisées par des artistes de la scène internationale : Koons, Man Ray, Cattelan, McCarthy, Avedon…


Une centaine d’œuvres de la collection Pinault sont exposées au couvent des Jacobins, à Rennes. Photographies, sculptures, vidéo, peintures, robes… des œuvres autour de la symbolique du noir et du blanc. Entretien avec Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, commissaire de l’exposition.


Pourquoi le choix du noir et blanc ?

Il s’est imposé à moi, car je connais bien la collection Pinault. Nombreux sont les artistes de la collection qui ont fait le choix de n’utiliser que le noir et le blanc. Ces œuvres sont peut-être au cœur de la sensibilité de François Pinault. Ce sont les plus révélatrices de son goût très très profond pour les recherches les plus absolues, les plus radicales. Il y a dans la collection deux thèmes majeurs, des œuvres d’engagement, comme on l’avait montré en 2018 avec l’exposition Debout ! Et d’autre part, des œuvres qui font le choix plus déterminé de la radicalité.

Parce que François Pinault est breton et que le noir et le blanc sont les couleurs de la Bretagne, ce sont peut-être ces œuvres-là qui finalement illustrent le mieux et témoignent le plus de son sentiment, de sa personnalité, de son goût, de ses passions.


Avec des œuvres fortes ?

Tout au long du parcours, on voit à quel point on a des œuvres saisissantes, puissantes, radicales, importantes. Quelques-unes sont de véritables icônes du XXe siècle. La photographie Noire et blanche de Man Ray qu’on présente dans l’une des dernières salles, c’est l’une des images les plus connues produites par un artiste au XXe siècle. C’est un choix que François Pinault a souhaité exigeant, qui permet aux visiteurs d’avoir une nouvelle fenêtre ouverte sur la collection Pinault.

Elle constitue également une invitation à réfléchir à des questions toutes simples mais complexes. Pourquoi, alors que la couleur existe, beaucoup d’artistes font le choix apparemment restrictif, mais en fait très profond, de l’usage du noir et du blanc ? Quel est le sens de ce choix ? Est-ce qu’il relève de la symbolique de couleurs, parce que le noir et le blanc signifient des choses que les autres couleurs ne peuvent pas signifier ? Est-ce parce que le noir et le blanc sont plus propices à des recherches exigeantes, radicales, minimales ? Est-ce parce que le noir et le blanc sont plus propices à l’expression des sentiments de révolte, d’insurrection, les plus radicaux ?


Le blanc peut faire penser à la joie, la liesse. Ce n’est pas toujours la réalité ?

Il y a une véritable ambivalence, une sorte de confusion des sentiments dans la symbolique des couleurs. Spontanément, en effet, on dira que le blanc, c’est la joie, le mariage, la liesse, la réjouissance, et que le noir est la mort, la détresse. L’exposition montre d’ailleurs des œuvres qui, finalement, font un usage symbolique tout à fait classique et ordinaire des couleurs noires et blanches. Et par ailleurs, très rapidement, on montre que c’est plus compliqué, que le blanc peut avoir partie liée avec la mort, la disparition, avec l’évanouissement des choses. Et on se rend compte que selon les civilisations ou les époques, les couleurs n’ont pas le même sens, la même signification, ne symbolisent pas les mêmes choses.

L’exposition donne l’occasion de s’émerveiller devant des œuvres importantes, belles. J’aime toujours qu’une exposition soit aussi une invitation à la réflexion.


Et malgré l’ouverture de la Bourse du commerce à Paris, l’exposition de la collection Pinault à Venise, Marseille, on voit, à Rennes, des œuvres majeures…


François Pinault aime trop la Bretagne pour imaginer y envoyer des œuvres de deuxième choix. D’emblée, il m’a dit qu’il souhaitait que l’exposition de Rennes soit au niveau de qualité le plus exigeant, avec les grands noms de notre siècle. C’est pour le public de Rennes une marque de considération et de respect.


Jusqu’au 29 août, au couvent des Jacobins.



Collection Pinault à Rennes : le noir et le blanc, thème de cette nouvelle exposition

Le couvent des Jacobins à Rennes accueille 107 œuvres d’art contemporain. Des stars internationales représentatives de l’attrait de François Pinault pour le minimalisme.


C’est un vautour monumental, perché, majestueux, robe blanche sous un manteau de plumes noires, œuvre de Sun Yuan et Peng Yu, qui accueille le visiteur. Et semble le guider.

Suivent deux autres œuvres, une blanche immaculée et une noire. La première, Bourgeois Bust de Jeff Koons, est une sculpture de l’artiste regardant amoureusement son ex-épouse, l’ancienne actrice de films X la Cicciolina. C’est la joie, la liesse qui tranchent avec la tête de mort de Damien Hirst, à côté, symbolisant la mortification.

En 2018, une précédente exposition appelée Debout ! (100 000 visiteurs) présentait des œuvres d’artistes engagés pour défendre la dignité, l’égalité, le respect de l’environnement, leur devoir de résistance en réaction à ce qui peut accabler l’humanité.


« Aller à l’essentiel »

Le noir et le blanc dans l’exposition Pinault est le thème de cette nouvelle édition. « Beaucoup d’artistes ont renoncé à l’usage des couleurs pour créer des œuvres qui disent beaucoup en répudiant l’emphase, le bavardage, pour aller à l’essentiel, explique Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et commissaire de l’exposition. C’est aussi une sensibilité du collectionneur François Pinault pour la sérénité, la sobriété. »


Peintures, sculptures, photographies, mais aussi robes de Balenciaga et Yves Saint-Laurent pour « la note glamour »Le noir et le blanc dans la collection Pinault regroupe 107 œuvres d’artistes français et étrangers, « toutes de premier plan », assure Jean-Jacques Aillagon.

Avec des artistes stars, comme Maurizio Cattelan et ses neuf gisants en marbre blanc de Carrare, mais aussi Man Ray, François Morellet (créateur du Groupe de recherche d’art visuel en 1960), les photographes Dorothea Lange, Raymond Depardon, Cartier-Bresson et Richard Avedon avec ses séries coup de poing consacrées aux victimes du napalm ou malades d’un asile psychiatrique.

Il y a aussi Paul McCarthy et son Bear and Rabbit on a Rock, un lapin et un ours qui s’enlacent, « rencontre improbable d’un point de vue zoologique, mais une invitation à surmonter nos préjugés, avec deux êtres heureux d’être ensemble malgré leurs différences. »

Sans oublier, Adel Abdessemed qui met en scène les violences sociales et individuelles. Sa sculpture monumentale en bronze noir qui immortalise le coup de tête de Zidane a fait couler beaucoup d’encre. Elle clôt le parcours.

Une fois encore, cette exposition, très différente de la première, ne laissera pas indifférent. Avec des œuvres radicales, surprenantes, parfois jamais montrées, qui évoquent la guerre, la disparition, l’enfermement, la solitude, la liberté.


Couvent des Jacobins, Rennes. 12 juin au 29 août. À voir également La couleur crue au musée des Beaux-arts. www.exposition-pinault-rennes.com



« L'art numérique va encore prendre de l'ampleur » 

Par Alison Moss  - QDA - 01 juin 2021 

Solenne Blanc, directrice générale de Beaux Arts & Cie, et Elena Zavelev, fondatrice de CADAF 

Quels sont les temps forts de cette 2e édition de CADAF à Paris ? 

S.B : Nous nous réjouissons tout d'abord qu'elle se déroule pendant ce printemps culturel, marqué par la réouverture des lieux et le retour à l'espace public après une longue période d'hibernation. Durant tout le mois de juin, à l'occasion du Digital Art Month, les visiteurs sont invités à renouer avec l'extérieur sous le signe de l'art numérique. Nous anticipons également la première participation de CADAF au salon VivaTech, spécialisé dans les nouvelles technologies, qui nous permettra de croiser différents publics et d'établir un dialogue avec le monde de l'entreprise. 

E.Z : Nous sommes fiers de l'ampleur qu'a acquis le Digital Art Month, que nous lançons pour la première fois à Paris après des éditions à New York et à Miami. Cinq zones de la capitale sont mobilisées, de La Villette aux Champs-Élysées – d'où l'idée de créer des parcours en vélo, afin de permettre aux visiteurs de traverser la ville plus facilement. De nombreux artistes émergents, montrés auprès d'institutions de renommée (La Monnaie de Paris, le musée national des Arts asiatiques - Guimet, le Centre Pompidou ou encore les musées Carnavalet et Cognacq-Jay), vont ainsi bénéficier d'une belle visibilité. En outre, nous avons créé notre propre plateforme de vente en ligne pour la foire, qui sera entièrement dématérialisée, comme l'an dernier. L'accent a été mis sur l'interactivité afin d'encourager les échanges et le networking entre visiteurs et exposants. 

S.B : Il y a une vraie ergonomie dans la manière dont le site a été conçu, qui lui permet de se rapprocher de l'expérience d'une foire traditionnelle. Le numérique est dans les gènes de l'équipe comme des artistes ! 

Comment est née la collaboration entre CADAF et Beaux Arts & Cie ? 

S.B : Nous avions repéré CADAF depuis un certain temps et savions qu'ils étaient précurseurs dans le secteur. L'ADN de la manifestation correspondait tout à fait à notre esprit d'innovation et à notre volonté d'explorer de nouvelles formes d'art. 

E.Z : Afin de s'implanter dans un nouveau territoire, il était impératif de trouver un partenaire ayant à la fois un bon savoir- faire et des connexions dans le secteur. Notre collaboration nous a permis de nouer des partenariats intéressants, comme avec Clear Channel, où sont déployées des œuvres sur des centaines d'écrans publicitaires à Paris et dans toute la France, et avec Vélib', dont les stations abritent des œuvres en réalité augmentée durant le Digital Art Month. 

Pourquoi s'implanter à Paris ? 

E.Z : Lorsque nous avons créé CADAF à New York et à Miami, notre volonté était de refléter l'art numérique dans toute sa diversité et de le montrer en « présentiel », dans un cadre qui lui rende pleinement justice. Nous avons été les premiers à faire ce pari et à occuper cette niche. Cette même volonté anime notre implantation en Europe, où nous tenions à être présents. La France accueille d'ailleurs un important réseau d'artistes numériques, et le marché de ce secteur est en pleine croissance. 

S.B : Il était important pour nous que cette discipline trouve son public en Europe : nous sommes convaincus que l'art numérique va encore prendre de l'ampleur dans la création. Paris était un choix naturel, puisqu'il s'agit d'une des grandes places du marché de l'art contemporain. L'événement contribue non seulement à approfondir la connaissance de l'art numérique en France, mais offre également l'opportunité aux artistes nationaux de rayonner à l'international. 


Digital Art Month : De l’art à tous les coins de rue ! 

Par Alison Moss, Léa Amoros  - QDA - 01 juin 2021 

Afin de célébrer les retrouvailles avec l'extérieur, plus d'une centaine d'œuvres en réalité augmentée sont dispersées dans la ville. Tout visiteur muni d'un smartphone peut les découvrir en scannant un QR code, niché devant des commerces, institutions, bornes Vélib ou dans les parcs et jardins de la ville de Paris. En voici quelques pépites, organisées en cinq parcours à faire à pied ou en vélo. 

Gare au burn out 

Temporary Atmospheres, Institut de France 

Le titre de l'œuvre, Strains, est ambigu : en anglais, le mot peut signifier aussi bien « tension », « pression » ou « souche ». L'artiste pointe du doigt notre société fragmentée, où la santé mentale est de plus en plus fragile – phénomène aggravé par la crise que nous vivons : « Il n'y a pas que la Covid : le XXIe siècle a été le début d'une société chaotique, divisée et marquée par le burn out », rappelle-t-il. Les sphères inquiétantes survolant le paysage ne vont pas sans rappeler la forme du virus couronné – tandis que leurs clignotements irréguliers évoquent l'hyper-connectivité de notre ère. 

Masque fleuri 

Ran Bensimon, La Monnaie de Paris 

L'artiste s'empare d'un motif abondamment utilisé dans l’histoire de l’art et des arts décoratifs – les fleurs – afin de le revisiter sous le prisme du numérique, en imaginant un luxueux bouquet doré faisant office de masque. 

Autportrait 2.0 

Filippo Soccini, Station Vélib' 

Le monde n'est-il qu'illusion ? L'œuvre de Filippo Soccini reflète le visiteur liquéfié, ébranlant ainsi la certitude de nos perceptions. Le lien à la nature y est également abordé : le visiteur ne fait soudain plus qu'un avec cette ressource naturelle qu'il exploite, et dont son corps est pourtant constitué à 60 %. 

Candy Crush 

Jessica Herrington, LPA-CGR Avocats 

Artiste et doctorante en neurosciences visuelles à l'Australian National University (Canberra), Jessica Herrington explore les expériences sensorielles et les différents modes de représentation – de soi et des autres – par le biais de la technologie. Son œuvre matérialise le rêve de tout enfant : une immersion auditive, visuelle et tactile au pays des bonbons, dont elle restitue l’apparence en se basant sur des études scientifiques à propos de la perception des saveurs. 

Après la pluie, le beau temps 

Claire Luxton, Café Masha 

L’artiste britannique décline en réalité augmentée son travail photographique, intitulé Hope (2020). Son allégorie visuelle, des fleurs germant sous un pansement, répond directement aux adversités de la crise sanitaire. Un rappel que les beaux jours suivent toujours l’orage... 

Amour antioxydant 

Jenny Yoo, Musée national des Arts 

asiatiques - Guimet 

Un adorable chiot rouge exhibe fièrement son postérieur en dévisageant le visiteur. Selon l'artiste, cette étrange créature est née d'un sort conjuré par une fraise magique. Le fruit lui aurait ainsi conféré des superpouvoirs et ses vertus antioxydantes, capables de guérir et de protéger le cœur de ceux qui l'aiment. 

Enfin vendredi ! 

Ronen Tanchum, musée Victor Hugo 

L'animation en 3D de l'artiste Ronen Tanchum allie l'apesanteur à la contrainte : la lettre « I », au milieu du mot « Friday », semble emprisonnée dans un voile numérique. Issue de sa série de sculptures numériques Bl1nds, l'œuvre interroge notre rapport à la culture de consommation en incarnant la promesse d'un vendredi salvateur, mirage d'une fausse liberté. Une critique des divertissements capitalistes, présentés comme seule source d'évasion ? 

L'œil qui voit tout 

Kamel Ghabte, station Vélib' 

Kamel Ghabte s'empare des symboles de la culture nord-africaine afin d'en souligner la portée universelle et unificatrice. L'artiste a installé une main de Fatima, dont l'œil, dénommé la khamsa, possède des vertus protectrices, contrairement aux idées reçues. 

Interlude musical 

Botina, disquaire vinyles Kanaga Records 

Enfourchez votre vélo pour un parcours au départ de La Villette ! L’œuvre de l'artiste Botina n'aurait pas pu trouver un cadre plus adéquat qu'un disquaire. Un étrange personnage, entièrement constitué de cubes argentés, se livre à une danse énergique aux airs de breakdance. Comme par magie, son corps s'évanouit dans le paysage dès que la chorégraphie s’achève, puis renaît à nouveau. À regarder de préférence sur fond musical, pour un effet immersif ! 

Défilé félin 

Mitsuko Ono, station Vélib' 

Une parade de chats juchés sur leurs pattes arrières défile à l'unisson. Ce joyeux spectacle, concocté par Mitsuko Ono, s'inspire du film d'animation japonais Le Royaume des chats de Studio Ghibli (2002). L'artiste, fidèle collectionneuse des figurines de jouet « Gashapon » – surtout les plus loufoques – rend hommage à la culture populaire de son pays natal, dont l'amour pour les chats est bien connu. 

L'art numérique à l'affiche 

Gardez l'œil ouvert pour les écrans publicitaires Clear Channel abritant des œuvres d'art numérique. Déployées dans des centres commerciaux de Paris jusqu'au 7 juin, les œuvres voyageront ensuite sur d'autres écrans dans le reste de la France, où elles seront visibles jusqu'à la fin du mois. Si la plupart prennent la forme de vidéos – l'artiste Diana Lynn VanderMeulen propose notamment un plongeon dans un étang parmi les nénuphars –, d’autres, en réalité augmentée, misent sur leur dimension participative : Lola Zoido invite par exemple le visiteur à imaginer ses propres sculptures 3D à partir des différents matériaux issus du paysage. À vous de jouer ! 


Plongez dans l'incroyable performance d'Anne Imhof, l'artiste qui transforme le Palais de Tokyo 

En 2017, Anne Imhof prenait possession du Pavillon allemand de la Biennale de Venise pour y déployer son Faust. Récompensée d’un prestigieux Lion d’or, la performance onirique et radicale, opéra brutal d’un XXIe siècle exsangue, s’imposait aussitôt comme le chef-d’œuvre de notre génération. Quatre ans plus tard, l'artiste allemande prend possession des 10 000 m2 du Palais de Tokyo à Paris pour une exposition exceptionnelle, bousculant l'architecture du musée par un gigantesque labyrinthe pictural, sculptural et sonore. Parmi les œuvres présentées, Anne Imhof y expose le film de sa performance Sex, présentée à la Tate Modern en 2019.  

(Texte par Eileen Myles).

Mon psy m'a dit que l’histoire de ma vie, jusqu’à présent, s’était écrite à la craie. Mon travail procède de manière analogue. Pas celui d’Anne Imhof. Une grosse pendule paresseuse, je dirais. L’autre soir, en quittant Sex, on nous a remis un livret avec Eliza Douglas [peintre et muse d’Anne Imhof] sur la couverture. J’ai commencé à le feuilleter, mais je me suis dit que j’allais plutôt d’abord coucher mes impressions ici, griffonner ce qui me venait, et que la lecture viendrait dans un deuxième temps. Lorsque vous lirez ceci, sachez que je serai, moi, en train de lire.  

J’avais vu passer le nom d’Anne à la Tate, et j’ai envoyé un texto à Eliza (nous nous sommes connues à New York) pour lui demander une place. Puis il m’en a fallu d’autres, pour ceux qui m’accompagneraient, toujours plus nombreux, cinq, et avec un enfant. J’envoyais constamment de nouveaux textos, pour avoir d’autres places. Et puis notre groupe s’est réduit (hop, plus d’enfant), et j’ai choisi d’emmener des gens qui n’étaient pas prévus au départ. Chanceux, nous (c’est- à-dire, à ce stade, un aréopage de poètes) avons été accueillis dans les “coulisses”, où Anne se faufilait partout, épuisée et radieuse, un peu comme une sorte de zélote, fanatique qui sait ? J’ai l’impression qu’Anne pourrait diriger une secte dans une Russie du Moyen Âge. 

Nous nous sommes bientôt tous retrouvés dans l’un des tanks [anciens espaces industriels] du musée, sur la rampe d’accès plongée dans l’obscurité puis, rapidement, nous nous sommes précipités vers les premiers rangs. Une personne mince et élancée, aux cheveux noirs, vêtue d’un tee-shirt AOC et d’un sweat à capuche noir, était perchée sur un grand “T” blanc, une pièce de mobilier, là contre le mur. Elle regardait distraitement son téléphone, même si, bien entendu, tout et n’importe quoi pouvait arriver sur son écran. Une série d’instructions. Quelques minutes plus tard, on nous a tourné le dos, et les lumières ont produit un effet de soudain vacillement, un clignotement défiant la gravité dans le sens où, à ce moment-là, si vous aviez été une particule de lumière, vous vous seriez retrouvé en même temps à deux endroits différents, comme une image que l’effet lumineux aurait rendue instable. Un double, une ombre, et j’ai aimé ça. Des jeunes hommes sont arrivés. Il y avait en eux un thanatos. Ils se tenaient debout, dos au mur. Derrière nous, sur la plate-forme d’observation, le reste de la foule s’était à présent déployé. Parce que la performance s’annonçait déjà d’elle-même comme dépouillée, ce qui émanait de la foule, c’était le calme rugissement de sa faim. À ce stade, une musique discrète nous parvenait. Sur ma gauche, dans la lumière, l’entrée de l’autre tank. Et les gens mouraient de cette faim, regardant de là où ils étaient le spectacle. Pour être honnête, j’ai pensé à cette célèbre image du 11-Septembre, dans laquelle un groupe de personnes dont aucune ne serait sauvée se tient là, au sommet de l’une des tours. On les voit se tenir face à la fenêtre, sachant qu’ils sont pris au piège. Photo panoramique d’un voyage de classe de fin du monde. C’était ça aussi, et juste une soirée en ville, à Londres. 

Nous étions censés être là, tous autant que nous étions, pour participer au destin de chacun des autres, l’espace d’un instant, un bout de nuit. C’était un samedi. Un peu plus tard, je me suis retrouvée dans cette autre position dépravée, “privée-de”, et je m’en suis délectée, comme d’une petite mort. Eliza se tenait toujours accroupie. Puis elle s’est redressée et a bondi avec souplesse jusqu’au sol. J’imagine que lorsqu’on est grande et mince, le corps doit être un instrument. Les mecs, et des filles aussi, plutôt très jeunes, l’âge moyen du performeur, en passant devant nous, effectuaient des mouvements lents, puis s’emparaient les uns des autres, portant des corps d’hommes, des corps de femmes au-dessus de leurs têtes et, un peu plus tard, avec les jambes enroulées autour des épaules, assis un peu comme des divinités. J’ai pris une photo et l’ai envoyée à ceux qui n’étaient pas venus. Voilà à quoi ça ressemble, j’ai dit. Sophie m’a raconté par la suite qu’elle avait beaucoup aimé l’encens. Il y avait ces conduits d’aération d’où s’échappait une sorte de brume qui embaumait le bois de santal, ou quelque chose de sacré, selon elle, et qui lui avait fait penser simultanément à la naissance du Christ et aux soirées d’adolescents où l’on fume des joints en faisant brûler de l’encens pour masquer l’odeur. Et le fait que tous les perfomeurs soient habillés dans un style gothique tout droit sorti des années 90, à savoir ce que Sophie portait elle- même à l’adolescence. Je me demande si c’est le cas aussi pour Anne Imhof. Ça l’est très certainement pour Eliza. 

L’idée m’a frappée que tout le monde est mortel, que tout le monde est saint. L’affect était au minimum, presque totalement désactivé, à l’exception de petits fragments de mouvements. Des espaces avaient été créés ça et là, de maigres matelas à une place, éparpillés, recouverts d’une étoffe blanche toute rêche. Un jeune homme ou une jeune femme pouvait y placer une série de cartes de tarot. Nous étions là autour d’eux, à ne rien faire. Anne allait ici et là, s’adressant à ce qui semblait être des fonctionnaires vêtus de sombre, connectés entre eux par des fils, se parlant. Eliza était debout, jouant à un moment de la guitare. Puis elle était là-haut, perchée sur une plate-forme. Je n’arrêtais pas de penser “un parapet”, qui n’est rien d’autre qu’un petit mur. Elle chantait de sa voix genrée, timbrée, passant du grave à l’aigu. Elle chante vraiment bien, mais je crois que, là, c’était davantage pour bâtir un parapet vocal, un petit mur de son que nous puissions vénérer, pas complètement mais un peu quand même. L’architecture du tank est brutaliste, on se croirait dans le métro, ou dans une citerne. Jaune-gris. Un lieu public. Fait pour être utilisé, et nous l’utilisons, et il nous utilise. Il y avait aussi une musique, enregistrée, presque mélodique. Voilà une église que je fréquenterais.  

Nous étions flanqués des performeurs, qui s’avançaient parmi nous. Dans ce grand ordonnancement des choses, Anne est comme un général. Une horloge paresseuse, détendue, mais profondément organisée. Les petites pièces, les mouvements de danse morte, le fait de rester assis immobile, que je ne peux pas ne pas associer à l’univers urbain, après toutes ces années à voir des gens assis, sur des matelas, partout dans les villes. L’architecture, les poutres de la structure, recouvertes de blanc elles aussi (un blanc doux, j’ai touché), les toiles d’Anne, étincelant dans la salle, noir et blanc, griffées, un peu de jaune qui sonnait juste, et une pile de tee-shirts de death metal, monticule que j’ai qualifié sur Instagram de genre de madone, parce qu’il y avait un visage au sommet, comme un sein mais avec quelqu’un à la place du téton. 

La danse contact improvisée, vous aimez ? Le mouvement était un peu comme ça aussi, on touche, on s’appuie. Je me souviens d’un gars avec un téléphone portable enfoncé dans la bouche, un mépris de cette chose même qui nous relie, mais non, nous sommes aussi une foule. Désireux d’être émus, nous sommes ici sans but depuis longtemps, mais encore excités, ce qui est encore mieux au milieu d’une foule. Nous étions en fait dans le rituel de cela. Regarder, bouger, attendre, et j’aime attendre au milieu d’une foule, et tout le monde là-bas était comme moi, partageant cette volonté d’être dirigé. J’ai été frappée que toutes les positions soient ainsi définitives, en dépit de l’impression que cela aurait pu durer encore des heures – ça a été le cas, et je ne suis pas restée jusqu’à la fin. D’épais morceaux de bois, de longues poutres étroites et des étagères de métal blanc où s’asseoir et chanter, et la joie, je crois, était destinée à être contenue. Un bivouac avec de la musique. Cette semaine-là, j’ai vu des affiches avec le visage d’Eliza dans le métro londonien, je les ai prises en photo, évidemment, et je les ai envoyées à des amis, mais plus je pensais au fait de rester toute une semaine sous terre, à Londres, et à cet espace relié à cela, tant de tristesse, un opéra sans opéra, un chant funèbre, en un sens, et résigné même, une touche d’emballage SM, mais pas réellement, en fait, non, un flou plutôt, et pas de performance, en dehors de nous, puisque chaque âme errante, assise, en chacun de nous une danseuse, un danseur, un ou une pseudo Eliza, parce qu’il y avait cela, aussi, l’ablation de l’originalité, et les ombres des choses étaient peut-être la partie la plus importante, le clignotement des gestes et pour une heure, pour un instant, au son de la musique, elles nous ont tenus contre elles comme des enfants cette nuit-là. Merci. 

Carte blanche à Anne Imhof, “Natures mortes”, du 22 mai au 24 octobre au Palais de Toyo, Paris 16e. 


Exposition : Il réalise des sculptures qui évoluent avec le temps 

Pascal Thomas, est artiste sculpteur pendant son temps libre. Il expose douze de ses œuvres à la médiathèque de Nouvoitou. Une belle découverte. 

Ouest-France Nicole CONQUER. 

Publié le 26/04/2021 


À partir de ce mardi 27 avril et jusqu’au 7 mai, Pascal Thomas expose douze œuvres à la médiathèque. Ça fait si longtemps que Pascal Thomas sculpte qu’il ne sait plus exactement quand ça a commencé. 


Un besoin de volume 

« J’ai toujours fait de la peinture, des aquarelles, de l’huile, puis de la peinture au couteau. Finalement j’avais besoin toujours de plus d’épaisseur », raconte l’artiste de 57 ans. 

« Un besoin de volume. Le laiton a été ma première expérience. C’était acté, je voulais faire de la sculpture ». Une aventure qui a commencé il y a environ 25 ans. Depuis il touche un peu à tout : la pierre, l’acier, le laiton. « Pour l’intérieur et l’extérieur, sans traitement ». 

Il travaille dans son garage à Châteaugiron « enfin surtout dehors dans le jardin. La sculpture produit des fumées toxiques, il est préférable d’être dehors. » Il aime bien être « tributaire du temps ». Comme pour ses sculptures qui changent de couleurs avec le temps. « La rouille à beaucoup de charme. Il est vain, pour nous, de lutter contre le temps, tout évolue et c’est ça qui est intéressant ». 


C’est le moment d’exposer 

La sculpture c’est sa passion, dans sa vie de salarié il est infographe à Ouest-France. Un métier d’imagination qu’il a décidé de pratiquer à 90 % pour se laisser du temps. 

« Depuis que je fais de la sculpture, je n’ai pas d’œuvres pour exposer. Je les offre ou je les garde. Parfois on me les achète ». 

Lorsque la médiathèque de Nouvoitou a fait un appel d’offres pour des expositions, Pascal a compris que c’était le moment de fabriquer plus pour exposer. « J’ai fabriqué entre autres un calamar, un cheval de trait pour l’exposition ». 

Douze sculptures sont installées dans une pièce de la médiathèque. « Je les ai apprêtées pour qu’elles ne salissent pas la salle. » 

Parmi les sculptures, il présentera une girouette, la rescapée d’une collection qu’il a vendue ou offert. « J’adore les girouettes, ça donne de la poésie sur les toitures. Ça force les gens à lever les yeux et à regarder autres choses. » Il a inventé un système de roulement à billes pour qu’elles soient inusables. 


« J’aime recycler » 

Toutes ses pièces sont uniques. « Les copies ce n’est mon truc. De toute façon c’est impossible de faire à l’identique ». Lorsque qu’une pièce le lasse, il détruit et fait autre chose. « Les goûts changent. » 

La matière première, il la trouve chez les agriculteurs, un ami sculpteur lui donne des morceaux d’acier qu’il recycle. « Assembler des aciers différents, c’est intéressant. Et le recyclage ça me parle. Dommage que l’on ne puisse pas prendre des choses dans les déchèteries. Il y a des trésors. » 

Il fait les choses à son rythme et avec ses envies. « Certes parfois la meuleuse fait du bruit, mais quelle satisfaction de produire avec ses mains. » 

Du 27 avril au 7 mai, médiathèque de Nouvoitou, tel. 02 99 37 84 71, aux horaires habituels (réserver à cause de la jauge de 15 personnes liée au virus).
Pascal Thomas : Instagram Kyta_sculpture 


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