DES ANS CHANTÉS

Gavroche meurt le 6 juin 1832, près de la barricade de la rue de la Chanvrerie, pendant l'Insurrection républicaine à Paris en juin 1832, en tentant de récupérer des cartouches non brûlées pour ses camarades insurgés et en chantant une célèbre chanson qu'il n'aura pas le temps d'achever (Tome V. Jean Valjean – Livre Premier : La Guerre entre quatre murs – Chapitre 15. Gavroche dehors) :

On est laid à Nanterre
C'est la faute à Voltaire
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau.
Je ne suis pas notaire
C'est la faute à Voltaire
Je suis petit oiseau,
C'est la faute à Rousseau.
Joie est mon caractère
C'est la faute à Voltaire
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.
Je suis tombé par terre
C'est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau

C'est la faute à Rousseau



Guitare  
Gastibelza, l’homme à la carabine, 
Chantait ainsi: 
Quelqu’un a-t-il connu doña Sabine ? 
Quelqu’un d’ici ?
Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne 
Le mont Falù. 
– Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou ! 

Quelqu’un de vous a-t-il connu Sabine, 
Ma señora ?
Sa mère était la vieille maugrabine 
D’Antequera 
Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne 
Comme un hibou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou ! 

Dansez, chantez! Des biens que l’heure envoie
Il faut user.
Elle était jeune et son oeil plein de joie 
Faisait penser. –
À ce vieillard qu’un enfant accompagne 
jetez un sou ! ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Vraiment, la reine eût près d’elle été laide 
Quand, vers le soir,
Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir. 
Un chapelet du temps de Charlemagne 
Ornait son cou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Le roi disait en la voyant si belle
A son neveu : – Pour un baiser, pour un sourire d’elle, 
Pour un cheveu,
Infant don Ruy, je donnerais l’Espagne
Et le Pérou ! –
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou. 

Je ne sais pas si j’aimais cette dame, 
Mais je sais bien
Que pour avoir un regard de son âme, 
Moi, pauvre chien, 
J’aurais gaîment passé dix ans au bagne 
Sous le verrou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Un jour d’été que tout était lumière, 
Vie et douceur,
Elle s’en vint jouer dans la rivière 
Avec sa soeur, 
Je vis le pied de sa jeune compagne
Et son genou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre 
De ce canton,
Je croyais voir la belle Cléopâtre,
Qui, nous dit-on, 
Menait César, empereur d’Allemagne, 
Par le licou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe ! 
Sabine, un jour,
A tout vendu, sa beauté de colombe,
Et son amour,
Pour l’anneau d’or du comte de Saldagne, 
Pour un bijou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Sur ce vieux banc souffrez que je m’appuie, 
Car je suis las.
Avec ce comte elle s’est donc enfuie ! 
Enfuie, hélas ! 
Par le chemin qui va vers la Cerdagne, 
Je ne sais où ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
Me rendra fou. 

Je la voyais passer de ma demeure,
Et c’était tout.
Mais à présent je m’ennuie à toute heure, 
Plein de dégoût,
Rêveur oisif, l’âme dans la campagne, 
La dague au clou ... –
Le vent qui vient à travers la montagne 
M’a rendu fou ! 

Victor Hugo, Les rayons et les ombres 



Titre : Le temps a laissé son manteau
Poète : Charles d'Orléans (1394-1465)

Le temps a laissié son manteau 
De vent, de froidure et de pluye, 
Et s'est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie 
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.

Riviere, fontaine et ruisseau 
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent, d'orfaverie ; 
Chascun s'abille de nouveau
Le temps a laissié son manteau.









Commentaires

Articles les plus consultés