CINÉMA

Les nouveaux talents du 7e art à l'honneur à la Cinémathèque 

NUMÉRO - 21 JUILLET 2021 

Pour célébrer la 60e Semaine de la critique du Festival de Cannes, la Cinémathèque française organise un cycle consacré aux 10 courts-métrages et 13 longs-métrages qui y ont été présentés. L'occasion de se plonger, du 26 juillet au 1er août, dans l'œuvre prometteuse des nouveaux talents du cinéma. 


Bernardo Bertolucci, François Ozon, Philippe Garrel, Chris Marker, Gaspar Noé, Ken Loach... tous ces réalisateurs ont été révélés lors de la Semaine de la critique. Fondé en 1962, cet évènement est né du succès du film aux airs de documentaire indépendant, The Connection, réalisé par l’Américaine Shirley Clarke et présenté à Cannes. Le long-métrage a entraîné une prise de conscience : même s’ils ne correspondent pas au modèle du Festival de Cannes – principalement pour des raison budgétaires – certains films méritent tout de même d’y être présentés. Depuis, la Semaine de la critique, qui célèbre cette année sa soixantième édition, est donc devenu un rendez-vous incontournable où s’illustrent les cinéastes les plus prometteurs. 

Afin de célébrer les nouveaux talents du 7e art – ainsi que la réouverture tant attendue des salles de cinéma – la Cinémathèque propose un cycle de diffusion des vingt trois courts et longs-métrages présentés à Cannes lors de la Semaine de la critique. Le film d’ouverture, qui sera diffusé le lundi 26 juillet à 19h30, sera le premier film de Constance Meyer, Robuste, qui réunit deux grands acteurs que tout oppose... piégés dans leur propre rôle. Gérard Depardieu y interprète Georges, une star de cinéma vieillissante contraint de remplacer son garde du corps par Aïssa, jouée par Déborah Lukumuena (Divines). Une alliance improbable qui mènera au développement d’un lien insoupçonné. Dans la lignée d’une édition du festival qui a fait la part belle aux femmes dans l’industrie, sera également diffusé le film Olga d’Elie Grappe, le portrait sensible de deux femmes en lutte avec le destin, alors qu’une gymnaste de 15 ans et sa mère journaliste sont impactées par la révolution ukrainienne de 2013. 

Le dimanche 1er août, à 21h30, ce sera au tour de Feathers, le film d’Omar El Zohairy, d’être diffusé par la Cinémathèque : à l’image de La Nuée de Just Philippot, le long-métrage signé par le réalisateur égyptien utilise mêle drame social et film fantastique. Au sein d’une famille marquée par la misogynie du père, ce dernier se transforme soudainement en poule suite à un tour de magie...l’occasion pour son épouse de prendre l’indépendance dont elle a toujours rêvé. 


Penelope Cruz ouvrira la Mostra de Venise dans le prochain Pedro Almodóvar 


NUMÉRO - 20 JUILLET 2021 

Du 1er au 11 septembre, le palais du cinéma de l'île du Lido accueille la 78e édition de la Mostra de Venise. Elle sera ouverte par le nouveau long-métrage de Pedro Almodóvar, “Madres paralelas”, dont Penélope Cruz est la tête d’affiche. 

Par La rédaction. 

Comme si l’étoile du cinéma ne devait jamais pâlir. Alors que le Festival de Cannes vient à peine de se terminer, la Mostra de Venise commence déjà à faire du bruit. En effet, les organisateurs ont annoncé que Madres paralelas, le nouveau film du réalisateur espagnol Pedro Almodovar – avec sa muse, Penélope Cruz – aura l’immense honneur d'être projeté en ouverture de la 78ème édition du Festival de Venise, présidée par le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho. Elle aura lieu à la fin de l’été, du 1er au 11 septembre. “Je suis vraiment né comme réalisateur à Venise en 1983 (...) dans la section Mezzogiorno Mezzanotte. 38 années après, on m'appelle pour ouvrir la Mostra. Je suis vraiment reconnaissant au festival pour cet honneur et j'espère être à la hauteur”, a lancé le réalisateur espagnol dans un communiqué. 

En 2019, le maître du cinéma espagnol Pedro Almodovar dévoilait Douleur et gloire, son film le plus intime en quarante ans de carrière. Cette année, il revient avec ce nouveau film, à l’affiche duquel figurent Aitana Sánchez- Gijón, Rossy De Palma, Julieta Serrano, Milena Smit et Israel Elejalde. En compétition pour le prestigieux Lion d’or du meilleur film, Madres paralelas s’inscrit, encore une fois, dans une thématique qui lui est chère : la maternité. Le film suivra l’histoire de deux femmes, sur le point d’accoucher, qui se croisent par hasard à la maternité. On plongera alors dans leurs trajectoires parallèles, dans les rebondissements imprévus et déroutants de la maternité sur fond de solidarité féminine. Peut-être le cinéaste sera t-il récompensé pour la seconde fois après avoir reçu, en 2019, un Lion d’honneur qui couronnait sa carrière... 

Madres paralelas (2021) de Pedro Almodovar, bientôt en salle. 


A Cannes, le film choc «Titane», de Julia Ducournau, emporte la Palme d'or

Le film le plus extrême de la compétition, qui a d'emblée provoqué polémique, malaises et rejets, est consacré par le jury présidé par Spike Lee. Lequel a mis un joyeux foutoir dans la cérémonie de clôture


Le jury du 74e Festival de Cannes 2021 a rendu son verdict samedi 17 juillet au soir, et le moins que l'on puisse dire est que son choix va animer les débats. Cette tenue du Festival, décalée par rapport à son habituelle tranche du mois de mai, a eu plusieurs aspects particuliers: la joie des retrouvailles sur la Croisette après le temps mort de 2020, la satisfaction d’une édition réussie malgré les contraintes sanitaires, une sélection presque unanimement jugée de qualité. Et copieuse: 24 films concouraient pour la palme suprême. 

Alors qu'en 2019, Parasite, de Bong Joon-ho, s'était imposé de manière assez évidente, la décision finale du jury 2021, présidé par Spike Lee, a alimenté de nombreux pronostics aussi divergents les uns que les autres. Le chroniqueur du Temps a plaidé pour La Fièvre de Petrov, de Kirill Serebrennikov, en premier rang, et Un Héros, d'Asghar Farhad, au Grand prix. 

La Palme d'or: le cas «Titane» 

Le jury 2021 a choisi l'effet choc. «Choc» est le terme le plus souvent employé pour décrire le long métrage de Julia Ducournau, Titane, qui rafle la Palme d'or. Il ne figurait pas parmi les pronostics les plus partagés. 

L’œuvre est troublante, difficile à résumer, contant les meurtres d'une jeune femme marquée par un accident de voiture, le trauma original – il y aurait du Crash, de David Cronenberg d'après J. G. Ballard, dans l'ADN de Titane. La projection du film a donné lieu à une vingtaine d'évacuations en raison de malaises, façonnant d'emblée une légende pour l’œuvre. 

Autant le dire, le chroniqueur du Temps n'a pas aimé Titane, film qui «suinte la vaine prétention», durant lequel «le spectateur se voit en outre régulièrement forcé de détourner le regard, ce qui est une conception du cinéma discutable». 

Julia Ducournau avait auparavant réalisé Grave, déjà passablement dérangeant puisque les cinéphiles y suivaient une femme dégoûtée par la viande devenant cannibale. Le long métrage avait été présenté au Festival du film fantastique de Neuchâtel en 2017. 

Julia Ducournau était la benjamine des cinéastes de la compétition cannoise. Elle est la deuxième femme à recevoir la Palme d'or, après Jane Campion, il y a 28 ans. 

Le déroulement de la remise des prix 

La cérémonie a commencé par un léger couac: Spike Lee a voulu décerner immédiatement la Palme d'or. Doria Tillier, qui animait la cérémonie, l'a remis à l'ordre protocolaire. 

La remise des prix a ainsi commencé par celui d'interprétation masculine: c'est Caleb Landry Jones, dans Nitram, qui l'emporte. 

A propos de l'acteur, nous écrivions récemment: «Dans le rôle de Martin Bryant [tueur de masse d'un événement marquant de l'histoire australienne], Caleb Landry Jones est excellent. Le nom de l’acteur et musicien américain (son album The Mother Stone, sorti l’an dernier, est une merveille de pop baroque et déglinguée) sera certainement sur la table lorsque le jury évoquera le Prix d’interprétation masculin.» 

A suivi le Prix du jury ex-aequo, partagé entre Le Genou d'Ahed, de Nadav Lapid, et Memoria, d'Apichatpong Weerasethakul. 

Etape suivante de cette remise joyeusement foutraque dans son déroulement, le Prix d'interprétation féminine: Renate Reinsve en est couronnée, pour sa prestation dans le film norvégien Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier, long métrage que notre chroniqueur n'a pas pleinement goûté

Le Prix du scénario, la récompense des scénaristes, revient au cinéaste Ryūsuke Hamaguchi, qui adapte une nouvelle de Haruki Murakami avec le coscénariste Takamasa Oe, et qui réalise aussi le film, Drive My Car

Le Prix de la mise en scène, No 3 des honneurs cannois, sacre Leos Carax pour Annette. Le cinéaste n'est pas présent pour recevoir son film en raison d'un «problème de dents», est-il indiqué. C'est le premier prix sur la Croisette pour celui qui a longtemps été désigné comme l'enfant terrible du cinéma français. 

Le Grand prix du jury, deuxième couronne, est à nouveau partagé: il va à Asghar Farhadi pour Un Héros et à Juho Kuosmanen pour Compartiment No.6

Et donc, la Palme d'or, qui arrive quand même à la fin de la cérémonie mais au terme d'un dernier petit chaos – le président a été tenté de l'annoncer lui-même, à la place de Sharon Stone –, est posée sur la tête de la singulière Julia Ducournau pour Titane

Elle a notamment déclaré: «Quand j'étais petite, je regardais cette cérémonie avec mes parents. Je pensais que les « films couronnés par la Palme d'or devait être parfaits. Maintenant je sais qu'aucun film n'est parfait.» Elle a défendu à travers son œuvre un film «inclusif», et a lancé: «Merci au jury de laisser entrer les monstres.» 

Comme annoncé auparavant, une Palme d'honneur a été remise à Marco Bellocchio

La Palme d'or du court métrage, décernée par un jury dédié, est revenue à All Crowds in the World, de la Hongkongaise Tang Yi. 

La Caméra d'or, qui consacre un premier long métrage et qui est également préparée par un jury spécial présidé ce!e année par Mélanie Thierry, a été accordée au film Murina, de la Croate Antoneta Alamat Kusijanovic. 

Le jury 

Le jury était composé de Tahar Rahim, Jessica Hausner, Kleber Mendonca Filho, Maggie Gyllenhaal, Mylène Farmer, Mélanie Laurent, Kang-Ho Song, Mati Diop. Il était donc présidé par Spike Lee. (Le Temps)

Une Palme d'or à l’arrière-goût d’huile de moteur rance 

Vingt-huit ans après Jane Campion, la Française Julia Ducournau est la deuxième femme sacrée à Cannes. Pour «Titane», un film trash qui a divisé la Croisette 

Le Festival de Cannes aura tenu son pari d’être la première grande manifestation internationale à avoir eu lieu dans une configuration normale – sans limite de jauge – depuis le début de la pandémie. Et pour bien marquer le territoire face aux concurrents directs que sont en septembre les festivals de Toronto et de Venise, la sélection officielle a été revue à la hausse, avec 24 longs métrages en compétition et la création d’une nouvelle section, Cannes Première, destinée à accueillir les films de cinéastes amis (Mathieu Amalric, Arnaud Desplechin, Marco Bellocchio ou encore Hong Sang-soo) mais qui n’avaient pas forcément leur place dans la course à la Palme d'or.  

Pour le directeur artistique Thierry Frémaux, l’équilibre a été périlleux entre les films prêts en 2020 mais qui ont préféré attendre (ceux notamment de Kirill Serebrennikov, Apichatpong Weerasethakul, Nanni Moretti, Wes Anderson et Leos Carax) et les nouvelles propositions, comme Les Intranquilles, de Joachim Lafosse, qui aura été le seul titre véritablement ancré dans cette année 2020 si particulière, avec des masques et des mentions au covid dans le récit, même si le sujet n’est pas le virus. 

Surpondération française 

De cette surabondance de titres est venue une déception. Vingt-quatre films en lice pour la Palme d'or, c’est trop, et certains n’ont pas tenu leur rang. De manière globale, la compétition 2021 souffre de la comparaison avec une édition 2019 qui était généreuse en œuvres majeures, à l’image de Parasite (Bong Joon-ho), Douleur et gloire (Pedro Almodóvar), Les Misérables (Ladj Ly), Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma), It Must Be Heaven (Elia Suleiman) ou Roubaix, une lumière (Arnaud Desplechin). Une surpondération française, avec huit titres en concours si on compte le Benedetta du Néerlandais Paul Verhoeven, a de même donné l’impression d’une sélection à l’équilibre global instable.  

Déception aussi du côté de la présence féminine avec seulement quatre réalisatrices en compétition, soit le même nombre qu’en 2019 pour une grille qui comptait trois films de moins. Le jury était par contre composé de cinq femmes (Mati Diop, Jessica Hausner, Maggie Gyllenhaal, Mélanie Laurent et Mylène Farmer) et quatre hommes (Kleber Mendonça Filho, Tahar Rahim, Song Kang-ho et le président Spike Lee). On ne sait pas à quel point celles-ci auront influé sur le palmarès, mais toujours est-il que la Palme d'or récompense pour la deuxième fois seulement une femme. Vingt-huit ans après Jane Campion et sa sublime Leçon de piano, la Française Julia Ducournau a été sacrée pour Titane, un film choc qui a divisé la Croisette. 

Enceinte d’une voiture 

Racontant l’histoire d’une jeune femme qui va tuer sauvagement beaucoup de monde, tomber enceinte d’une voiture et se faire passer pour un garçon disparu alors que son corps suinte l’huile de moteur noirâtre, Titane est un film narrativement et esthétiquement radical, sans concession. Mais c’est aussi, hélas, un film qui ne dit pas grand-chose sur le monde et s’apparente plus à un exercice de style prétentieux qu’à un grand film qui marquera l’histoire. Dommage que le jury ait choisi de récompenser une œuvre qui mise tout sur la provocation facile. Titane est sorti dans les salles romandes mercredi dernier, nul doute que cette Palme va doper sa fréquentation. Mais comme ce fut le cas à Cannes, certains spectateurs quitteront probablement la salle en cours de projection. 

Comme pour compenser cette décision, le Grand Prix et le Prix du jury récompensent non pas deux, mais quatre films. Là encore, on a de quoi être surpris, à l’image d’une soirée de clôture étrange, qui a vu Spike Lee commencer par annoncer d’emblée la Palme d'or, avant d’être repris in extremis par la maîtresse de cérémonie Doria Tillier. Ces doubles prix affaiblissent les lauréats: Apichatpong Weerasethakul pour son sublime Memoria et Asghar Farhadi pour son solide Un Héros auraient mérité de figurer au palmarès en solo. 

Pour le reste, rien à redire. Saluer l’art de la mise en scène du précieux Leos Carax (Annette), comme valider l’interprétation de la Norvégienne Renate Reinsve (Julie en 12 chapitres) et de l’Américain Caleb Landry Jones (Nitram), est tout ce qu’il y a de plus logique. Idem avec le Prix du scénario, décerné aux Japonais Ryusuke Hamaguchi et Takamasa Oe pour la manière dont ils ont transcendé avec Drive my Car une courte nouvelle d’Haruki Murakami. (Le Temps)

Le palmarès du 74e Festival de Cannes 

Palme d’or: Titane, de Julia Ducournau.
Grand Prix ex aequo:
Un héros, d’Asghar Farhadi, et Compartment No 6, de Juho Kuosmanen.
Prix de la mise en scène: Leos Carax pour
Annette

Interprétation masculine: Caleb Landry Jones dans Nitram, de Justin Kurzel. 

Interprétation féminine: Renate Reinsve dans Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier. 

Prix du scénario: Ryusuke Hamaguchi et Takamasa Oe pour Drive my Car

Prix du jury ex aequo: Le Genou d’Ahed, de Nadav Lapid, et Memoria, d’Apichatpong Weerasethakul. 


Charlotte Gainsbourg filme Jane Birkin 

NUMÉRO - 08 JUILLET 2021  

Par Olivier Joyard

Quand la mère et la fille se sont hissées sur la scène de la salle Debussy à plus de 23 heures, l’émotion était telle qu’elles n’ont pas eu besoin de plus d’une trentaine de secondes pour se prendre dans les bras, comme s’il n’y avait rien d’autre à dire ou à faire que de s’assurer physiquement de la présence de l’autre. Dès le deuxième jour de ce Festival de Cannes singulier, pris à la fois dans la chaleur de juillet et la pandémie qui rode toujours, Jane Birkin et Charlotte Gainsbourg incarnaient la fragilité du moment. Elles présentaient toutes les deux le film que la seconde a réalisé sur la première, Jane par Charlotte, un documentaire humble et sensible, justement travaillé en profondeur par cette envie dévorante de vérifier que tout va bien, que la peau de l’autre frémit encore. Un geste de tendresse sans fioritures, que l’actrice-chanteuse et désormais réalisatrice accomplit pour la première fois. En 1988, Agnès Varda avait tourné Jane B par Agnès V. Désormais, plus besoin d’initiales. 

Il y a deux ans, le beau documentaire de Clélia Cohen intitulé Jane Birkin, simple icône, diffusé sur Arte, remontait le fil de la vie de la chanteuse et comédienne par le biais unique des archives, riches et nombreuses. L’ex-égérie des sixties a été filmée sans discontinuer depuis plus d’un demi- siècle, dans son intimité ou à travers ses nombreuses apparitions médiatiques. Son image a fini par appartenir à tout le monde, même si une part secrète demeurait, un angle mort. Charlotte Gainsbourg s’appuie justement sur très peu d’archives – mais finement choisies, comme ces apparitions fugaces de Serge Gainsbourg souriant et détendu -, pour confirmer que quelque chose nous avait bien échappé. 

Jane par Charlotte se déploie comme une archive en soi, on le comprend très vite. Le film est structuré autour de conversations entre les deux femmes, tournées pour la plupart récemment, probablement à la faveur de l’arrêt brutal imposé par les divers confinements. Quelques séquences de voyages, au Japon et à New York, ponctuent l’action. Mais le principal, ce sont les mots échangés dans des situations quotidiennes, dans la maison de Jane en Bretagne, sur un lit, en studio sous une lumière irréelle propice à la confession. Parfois, l’une des filles de Charlotte, Jo, est présente. Sans hiérarchie, il est question de l’acquisition d’un nouveau chien, du souvenir des hommes de la vie de Jane, John Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon notamment, de leur fille et sœur Kate Barry, morte en 2013, mais également du cancer de Jane

Si le film devait appartenir à un genre, ce serait celui du home-movie, l’un des plus beaux qui soient dans le documentaire. La caméra trouve ici sa place naturellement comme le prolongement d’un geste de tendresse filiale. L’un des moments-clefs se déroule dans la maison de la rue de Verneuil à Paris où Jane Birkin a habité plus d’une décennie. Un lieu majeur de la mythologie Gainsbourg, surchargé d’objets laissés tels quels, où elle retourne à peu feutrés, bouleversante. « J’ai toujours eu l’impression qu’il pouvait rentrer », dit-elle, rappelant que les fantômes existent. Charlotte, qui compte faire de la maison un musée, lui explique qu’elle a presque tout laissé depuis la mort de son père il y a trente ans, même les boites de conserve, mais que les boites de conserve, « ça explose » avec le temps. Le voile de la mélancolie se dresse et ne nous lâchera plus. Avec son impudeur jamais putassière, le film échappe à l’anecdote pour devenir un portrait en miroir des deux femmes. Un échange se créée, une transmission d’expérience simple et habitée. Jane par Charlotte devient un espace où chacune se sent en sécurité, mais où tout peut survenir, même les perspectives les plus dures. 

Dans quelques séquences marquantes, la discussion dérive vers les méandres de la solitude, celle que Jane Birkin traverse sans homme dans sa vie, celle qui l’a transformée physiquement depuis le décès de sa fille. Il est question de la vieillesse qui s’impose et des miroirs qu’il faudrait retirer, de se réveiller seule et de n’avoir rien à faire, du sommeil qui depuis l’enfance ne se déroule jamais sans heurts. « J’envie ceux qui dorment du sommeil du juste, comme on dit », lâche Jane avec ce sourire fané qui n’appartient qu’à elle. Il y a évidemment une dimension testamentaire à ce Jane par Charlotte, l’envie de laisser une trace commune. Charlotte a peur que sa mère disparaisse. Jane ne lui fait pas croire que ce moment n’arrivera jamais. Tout cela glisse sous nos yeux avec une légèreté admirable. 

Jane par Charlotte. Section Cannes Premières. Sortie le 27 octobre. 



François Ozon et les choses de la fin de vie

FESTIVAL DE CANNES

Pour son 20e long métrage, le réalisateur français adapte «Tout s’est bien passé», récit dans lequel Emmanuèle Bernheim raconte comment son père lui a demandé de l’aider à mourir


Stéphane Gobbo

LE TEMPS - mercredi 7 juillet 2021 


Une année après le beau et tragique Eté 85, le prolifique François Ozon est déjà de retour avec un 20e long métrage, Tout s’est bien passé, adapté d’un récit autobiographique d’Emmanuèle Bernheim. L’histoire de son père qui, diminué après un AVC, lui a demandé de l’aider «à en finir». Collectionneur d’art érudit, André Bernheim ne supportait pas de se voir physiquement diminué. Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont le réalisateur, malgré ses talents de conteur et son amour de la fiction, est resté extrêmement fidèle au texte, le mettant parfois littéralement en images.


Ce respect des mots d’Emmanuèle Bernheim s’explique probablement par la complicité qu’il a depuis de nombreuses années avec l’écrivaine, qui a travaillé avec lui sur les scénarios de Swimming Pool (2003), 5×2 (2004) et Ricky (2009). Comme s’il ne pouvait se résoudre à trahir celle qui est décédée en 2017 à l’âge de 61 ans, ce qui est souvent le propre des adaptations, il reste au plus près de ce qu’elle a ressenti, en tant que fille, lorsque son père lui a demandé de l’aider à mourir, et qu’elle a fini par se résoudre à contacter celle qu’on nomme, dans le livre comme dans le film, «la dame suisse».


André Dussollier royal


A l’instar de Grâce à Dieu il y a trois ans, Tout s’est bien passé fait partie, dans la filmographie hétéroclite d’Ozon, de ces films sobres et élégants qu’il met en scène en s’effaçant le plus souvent derrière la force de son sujet – seuls quelques petits effets de zoom viennent parfois rappeler qu’il est bien là, derrière la caméra. Son talent éclate par contre à travers un montage au timing parfait – le film est notamment ponctué de plans courts, de quelques secondes tout au plus, mais toujours là pour signifier quelque chose, comme les images furtives d’une IRM ou un souvenir d’enfance qui ressurgit soudainement.


Et il y a aussi le casting, excellent: on n’avait pas vu Sophie Marceau aussi juste depuis très longtemps, Géraldine Pailhas est sobre et digne dans le rôle de sa sœur, et face à elles, en octogénaire fatigué mais toujours autoritaire, André Dussollier est royal. Quant à «la dame suisse», elle est Allemande: Hanna Schygulla. Il y a deux ans, Alain Cavalier évoquait son amie Emmanuèle Bernheim et Tout s’est bien passé – qu’il avait pensé adapter – dans un beau documentaire à la première personne, Etre vivant et le savoir. Le film d’Ozon en est aujourd’hui comme un prolongement.



Editorial

FRENCH CANNES

Michel Ciment


Jamais un numéro de Positif n’aura consacré autant de pages au cinéma français. Il se fait ainsi un écho involontaire de la sélection cannoise qui compte une trentaine de films hexagonaux, toutes sections confondues hormis l’Acid. La Compétition  propose huit films français sur vingt- quatre (soit un tiers) : Les Olympiades ( Jacques Audiard), Annette (Leos Carax), La Fracture (Catherine Corsini), Titane ( Julia Ducournau), France (Bruno Dumont),  Bergman Island (Mia  Hansen-Løve), Tout s’est bien passé (François Ozon), et Benedetta (Paul Verhoeven) dont une part importante de l’apport financier, la langue et les comédiens (sauf Charlotte Rampling) sont français. Il ne s’agit pas plus d’un film néerlandais  que Belle de jour n’est  mexicain, Trois Vies et une seule mort, chilien, Danton, polonais ou Monsieur Klein, américain. De son côté, la Semaine de la critique propose sept longs métrages français (sur treize), et chaque section fait son ouverture avec un film national : la Compétition avec Annette, la Semaine de la critique avec Robuste de Constance  Meyer, la Quinzaine des réalisateurs avec Ouistreham d’Emmanuel Carrère, et Un certain regard avec Onoda d’Arthur Harari. Serait-ce  l’expression d’« un pays sûr de lui et dominateur » ? En aucune façon, si l’on constate que la Mostra de Venise et la Berlinale présentent chaque année un nombre considérable  de films nationaux avec une production bien moins variée et attrayante. Le Festival de Cannes, la plus grande manifestation de l’art cinématographique,  propose par ailleurs un panorama international d’une telle variété, avec des réalisateurs  prestigieux, qu’on  ne peut lui reprocher d’accueillir généreusement  notre production qui est la plus riche d’Europe.

Il y a vingt ans, notre numéro double d’été consacrait un dossier de 80 pages à Claude Sautet qui venait de disparaître. Il en fut de même, il y a dix ans, pour Claude Chabrol et, en 2015, pour Alain Resnais. Aujourd’hui, c’est Bertrand Tavernier. Il aurait été heureux probablement que l’on parle aussi abondamment de notre cinéma, lui qui s’en fit le chantre par son soutien constant à nombre de ses collègues et dans son magnifique documentaire Voyage à travers le cinéma français. Avec le cinéma américain et l’italien, ce fut sa plus grande passion. Il nous a paru important de saluer l’homme non seulement par une série de témoignages mais aussi par ses magnifiques films, admirés de beaucoup de spectateurs et de ses confrères français et étrangers, et que l’on n’a pas assez célébrés lors de son décès, préférant voir en lui l’homme engagé, l’historien du cinéma à la mémoire phénoménale et le curieux impénitent plutôt que l’artiste majeur. Nous n’oublions pas qu’il fut un collaborateur de Positif pendant soixante ans, de sa première critique en 1960 (à moins de vingt ans !) sur Temps sans pitié de Losey, dont le thème des rapports père et fils se retrouve dans son premier film, L’Horloger de Saint-Paul, jusqu’à son portrait de Didier Bezace, grand metteur en scène de théâtre et son comédien, lors de sa disparition.

La troisième sortie du confinement a permis aux salles de retrouver leur public après des mois d’encéphalogramme plat. Dans cette surabondance de nouveautés, nous avons privilégié trois films français en nous entretenant avec leurs auteurs. D’abord, Arthur  Harari, réalisateur  d’Onoda, son second  film, après  l’excellent polar Diamant noir, qui nous a stupéfiés par son audace et son originalité. Tourné au Cambodge  avec des comédiens  japonais, le sens  de l’espace, la maîtrise  des scènes  contemplatives  ou violentes,  l’inspiration  visuelle  en font un ovni dans notre cinéma. Autre second film, Rouge, de Farid Bentoumi, illustre la meilleure veine d’un cinéma social doublé d’un drame familial, entre Loach et les Dardenne. Enfin, Benedetta, de Paul Verhoeven, ne décevra pas ses admirateurs tout en divisant, comme souvent, les spectateurs et les rédacteurs de cette revue. Des déchets chimiques  de Rouge à la peste de Benedetta, les échos à d’autres pandémies  ne manquent pas. Il nous restait, une fois de plus, à honorer les comédiens du présent (Kate Winslet) et du passé (Gérard Philipe).


N. B. : Nous regrettons  l’absence, cette année à Cannes, de deux des meilleures  attachées  de presse : Agnès Chabot et Marie-Christine Damiens.



Sciotti, Enzo


Enzo Sciotti (24 septembre 1944 - 11 avril 2021) était un artiste et illustrateur italien. Sciotti était connu pour ses illustrations de plus de 3000 affiches de films, généralement pour des films d’horreur, notamment The Beyond, Demons, The Blood of Heroes  et plusieurs autres films de Lucio Fulci, Dario Argento et Lamberto Bava. Il a également peint des couvertures pour des bandes dessinées et des sorties vidéo à domicile. 


Enzo Sciotti est né à Rome, en Italie, le 24 septembre 1944. Son père, Emanuele Sciotti, était un décorateur d'église, et de nombreux membres de la famille Sciotti étaient des peintres. Adolescent, Enzo a dessiné un portrait du pape Jean XXIII ; sa famille l'a envoyé au Vatican, et a reçu une réponse du Pape, qui l'a félicité. 



À l'âge de 16 ans, grâce à son talent de dessinateur et sa passion pour le cinéma, Sciotti a trouvé un emploi en tant qu'artiste dans un studio graphique à Cinecittà, produisant des affiches de cinéma. Un autre employé du studio était Ezio Tarantelli, avec qui, après 15 ans au studio, Sciotti a ouvert son propre studio - E2 - à Rome. 



Dans les années 1980, Sciotti est devenu l'un des affichistes de cinéma les plus connus d'Europe. Alors qu'il a conçu l'art pour de nombreux films italiens et était un artiste populaire pour les affiches italiennes pour les films américains, il était particulièrement connu pour les affiches de films d’horreur. 



Au cours de sa longue carrière, Sciotti a travaillé sur de nombreux films réalisés par Lucio Fulci, comme The House by the Cemetery, Manhattan Baby et A Cat in the Brain, ainsi qu'avec d'autres réalisateurs comme Dario Argento, Lamberto Bava, David Lynch, George Romero, David Webb Peoples et les Frères Cohen. Il a illustré des bandes dessinées dans les années 1970 et 1980, et a réalisé des œuvres d'art exclusives pour des sorties vidéo à domicile. 



Il était le plus connu pour son travail sur les affiches de Sam Raimi de l’Armée des Ténèbres, de Fulci The Beyond, Lynch Blue Velvet et Argento Phenomenia. Une copie de son affiche Blue Velvet est conservée à la National Gallery de l’Australie. Pour l'Au - delà , Sciotti a été présenté dans le making-of des fonctionnalités. 




Lorsque l'art graphique numérique a remplacé l'illustration traditionnelle et que les DVD et les entreprises ont pris le relais, Sciotti s'est éloigné du graphisme et a commencé à peindre, généralement des portraits. 



Son style d'affiche de film "combinait superposition photographique et peinture allusive, expressive et goliardique", contribuant à créer une école de design esthétique étroitement liée aux comédies italiennes des années 1980. 



Un artiste prolifique, il a créé plus de 3000 affiches dans sa vie, et a travaillé avec son agence jusqu'à sa mort en avril 2021; il a créé les couvertures de sortie vidéo à domicile de la collection Midnight Classics de films d’horreur classiques cultes.  Le gardien l’a décrit comme l'un des trois "maîtres incontestés" de l'art de couverture VHS, qui était "aussi habile à produire des paysages pétroliers que des monstres et des mercenaires. 



Son Instagram personnel , qu'il a utilisé comme galerie, a annoncé sa mort le 11 avril 2021. Il est mort le même jour que Giannetto De Rossi, un maquilleur italien qui a travaillé sur plusieurs des mêmes films Fulci que Sciotti. (Wikipédia)








César 2021 : une cérémonie marquée par la colère des artistes 

La 46e cérémonie des César s’est tenue vendredi 12 mars, à l’Olympia de Paris. Elle a consacré Albert Dupontel et son film Adieu les Cons, mais a également été le théâtre des revendications d’un secteur en colère. 

E.Cornet, O.Pergament 

Publié le 13/03/2021 | France Info

"Pourquoi faire les César cette année, une année de cinéma sans salles et sans public, et un public sans films, pourquoi s'acharner ? Et bien on a réfléchi, on n’a pas trouvé, et c’est pour ça qu’on s’est dit que c’était essentiel", a tout d’abord déclaré la maitresse de cérémonie, Marina Foïs, dans son discours d’introduction. Essentiel, mais parfois étrange. Albert Dupontel, le grand vainqueur de la soirée avec sept César pour Adieu les cons, a brillé par son absence. Du côté des prix, la comédienne Laure Calamy a remporté le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Antoinette dans les Cévennes, tandis que le César du meilleur acteur a été remis à Sami Bouajila, salué pour sa prestation dans Un fils

Cérémonie politique 

Les hommages aux disparus ont été nombreux, l’occasion pour la comédienne Anne Duperey de tirer le signal d’alarme. "Roselyne [Bachelot, ndlr] je pense qu’il va falloir se battre plus fort pour nous, avant qu’ils se tirent tous", a déclaré l’actrice. La 46e cérémonie des César a été ponctuée par de nombreuses revendications d’un secteur en souffrance. La comédienne Corinne Masiero s’est déshabillée en direct en soutien aux intermittents. "Maintenant, on est comme ça, tout nus", a-t-elle commenté. Sur une note plus gaie, la troupe du Splendid, présente au complet, a reçu un César d’honneur pour l'ensemble de sa carrière. 



Mécontentement du monde de la Culture lors de la soirée des César : "Je ne sais pas si Roselyne Bachelot sert encore à quelque chose", s'interroge la CGT Spectacle 

Denis Gravouil, secrétaire générale de la CGT Spectacle, indique qu'il ne compte plus sur la ministre de la Culture pour répondre aux demandes du monde du spectacle. 

Publié le 13/03/2021 

"Je ne sais pas si Roselyne Bachelot sert encore à quelque chose", s'est interrogé samedi 13 mars sur franceinfo Denis Gravouil, secrétaire générale de la CGT Spectacle, après une soirée des César où le monde de la Culture a bruyamment manifesté son mécontentement. 

Les professionnels excédés désespèrent d'obtenir du concret sur une perspective de réouverture des salles de spectacle, même la ministre Roselyne Bachelot a fait passer "un message d'espoir" à son arrivée. 

Ces coups de gueule, sont "tout à fait justifiés, a renchéri Denis Gravouil. "C'est un sujet qui ne concerne pas que la culture, même si les gens du spectacle vivant sont dans une situation catastrophique, il y a un problème de droits sociaux, de prolongation des droits à l'assurance-chômage, dans un contexte qui concerne une casse de l'assurance-chômage au 1er juillet".

Une trentaine de lieux culturels occupés 

Selon lui, il se passe quelque chose notamment avec "le soutien aux occupations des lieux culturels". "C'est formidable, on en est déjà à trente occupations, je viens d'apprendre qu'il y avait une occupation à La Réunion". 

Tout cela "fait écho au fait que les gens trouvent insupportables, le manque de culture et le manque d'échanges et le fait qu'on ait préservé que les rapports marchands dans les décisions du gouvernement et ce qui est insupportable c'est l'augmentation de la précarité"

"Il y a des gens qui n'ont pas travaillé depuis un an, des salles qui ne peuvent pas rouvrir et auxquelles on ne donne aucune perspective. Il n'y aucun plan de reprise pour retrouver un niveau d'activités et ça va prendre des années à reprogrammer des spectacles. Les films, il y a 400 films sur les étagères et donc à un moment il va y avoir des conséquences". A tous ces problèmes "le gouvernement ne répond pas", fustige Denis Gravouil. 

https://www.francetvinfo.fr/politique/jean-castex/gouvernement-de-...t-encore-a-quelque-chose-s-interroge-la-cgt-spectacle_4331705.html


César 2021 : ce qu'il faut retenir de cette 46e cérémonie aux accents très politiques 

Publié le 13/03/2021 

Albert Dupontel a remporté pour la première fois de sa carrière le César du meilleur !lm pour "Adieu les Cons", à l'issue d'une cérémonie marquée par la colère du monde du cinéma contre le gouvernement. 

Les César avaient promis de rompre avec le passé. Ils ont poursuivi leur mue, vendredi 12 mars, à l'occasion de leur 46e cérémonie qui s'est tenue à l'Olympia à Paris. Cette édition 2021 a aussi pris une tournure très politique, alors qu'en pleine épidémie de Covid-19 les cinémas restent fermés depuis des mois, sans perspective de réouverture. Voici ce qu'il faut retenir de cette soirée animée. 

La fermeture des salles de cinéma dénoncée 

Combien de fois la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a-t- elle été apostrophée depuis la scène des César par des acteurs, réalisateurs ou producteurs lui demandant qu'elle agisse pour leur assurer un avenir en pleine pandémie ? Difficile d'en tenir le compte, tant les prises de position ont été nombreuses. 

Il y a eu d'abord le discours d'ouverture de la maîtresse de cérémonie, Marina Foïs, réclamant de retrouver le public des salles obscures et lançant : "Je veux rire avec des inconnus. Ça manque à crever. Même vos pop-corn, ça me manque." L'actrice a aussi moqué la "pharmacienne" en poste au ministère de la Culture, occupée à écrire un "livre de cuisine" avec ses "recettes
au gorgonzola" en pleine pandémie. "Je perds confiance en vous", a-t-elle asséné. 

Il y a également eu les remettants. A l'instar d'Anny Duperey, lançant dans une allusion aux gloires du cinéma français disparues ces derniers mois : "Roselyne, va falloir se battre plus fort pour nous, avant qu'ils ne se tirent tous." Ou Isabelle Huppert renchérissant : "Maintenant, il va falloir trouver une solution. Il faut les rouvrir ces salles de cinéma et le plus vite possible." 

Il y a encore eu Laure Calamy, César de la meilleure actrice pour son rôle de randonneuse amoureuse dans Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal. "Laissez-nous assouvir notre soif de sens ou de non-sens, laissez-nous nous exiler dans nos imaginaires, entendre ce qui fait de nous des êtres humains", a-t- elle déclaré en recevant sa récompense. Et de conclure, trophée en main dans une allusion aux lieux de culture fermés car jugés non- essentiels : "Ça, ce n'est pas essentiel, mais ça fait vachement plaisir." 

Il y a surtout eu l'actrice Corinne Masiero, entrée sur scène avec un costume sanguinolent de Peau d'âne et se mettant à nu, dans une figuration de la nudité de la culture abandonné par le gouvernement. Sur sa poitrine, le slogan : "No culture, no future". Sur son dos, l'inscription "Rend nous l'art Jean !" s'adressait cette fois au Premier ministre Jean Castex. "Maintenant, on est comme 

ça, tout nus", a conclu la comédienne, défendant les intermittents, fragilisés par des mois d'inactivité en raison de la fermeture des lieux culturels. 

A son arrivée, la ministre avait tenté de faire passer "un message d’espoir". "Nous sommes en train de bâtir avec la filière les conditions de réouverture de salles", avait assuré Roselyne Bachelot au micro de Canal+. La productrice d'Adieu les cons, Catherine Bozorgan, lui a répondu plus tard dans la soirée sur scène : "Nous ne comprenons pas la politique du gouvernement." 

Le sacre de deux acteurs noirs dans la catégorie meilleurs espoirs 

En 2020, les César avaient été accusés de cultiver leur entre-soi et de manquer de diversité. L'édition 2021 s'est ouverte sur la césarisation de deux acteurs noirs comme meilleurs espoirs : Jean- Pascal Zadi et Fathia Youssouf. En recevant son prix pour Tout simplement noir, Jean-Pascal Zadi a transformé la scène de l'Olympia en tribune. 

"Chaque génération doit trouver sa mission, l'accomplir ou la trahir", a déclaré l'acteur-réalisateur, citant l'essayiste Frantz Fanon. "Ma mission, c'est la mission de l'égalité", a-t-il ajouté, soulignant que son film parlait "avant tout d'humanité", et remerciant des acteurs et cinéastes noirs ou issus de la diversité qui ont "ouvert la brèche" avant lui, d'Omar Sy à Ladj Ly. 

Jean-Pascal Zadi s'est interrogé sur cette "humanité", en évoquant Adama Traoré, mort en 2016 après son arrestation par des gendarmes, Michel Zecler, le producteur de rap victime de violences policières en novembre 2020, ou encore l'esclavage et ses figures ayant encore des statues et des rues à leur nom, et le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles. 

Quant à Fathia Youssouf, récompensée à seulement 14 ans pour son rôle dans Mignonnes de Maïmouna Doucouré, elle est devenue l'une des plus jeunes lauréates du cinéma français. "J'aimerais dire à toutes les personnes de mon âge qui veulent faire du cinéma ou qui ont une passion de suivre leurs rêves, car c'est le plus important", a déclaré celle qui a répondu par hasard à un casting sur Facebook et qui fait désormais partie de la liste des 20 meilleures actrices en 2020 selon le New York Times

Le triomphe d'"Adieu les cons" d'Albert Dupontel 

Fidèle à son habitude, Albert Dupontel a été le grand absent des César. Mais aussi le grand vainqueur de cette 46e cérémonie. Son film Adieu les cons a remporté sept trophées dont les deux plus prestigieux : ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation – ce dernier trophée avait déjà échu au réalisateur en 2018 pour Au revoir là-haut. La comédie, qui a vu sa carrière en salle brisée par le deuxième confinement après avoir rassemblé 700 000 spectateurs en une semaine, a aussi eu les honneurs du nouveau César des lycéens. L'acteur Nicolas Marié, vieux complice d'Albert Dupontel, est reparti avec le César du meilleur second rôle masculin. 

Avec douze nominations, Adieu les cons faisait partie des trois grands favoris de cette 46e édition. Au fil de la cérémonie, le film d'Albert Dupontel a éclipsé la concurrence. Les Choses qu'ont dit, les choses qu'ont fait d'Emmanuel Mouret, sélectionné dans treize catégories, n'a été récompensé qu'avec le César du meilleur second rôle féminin pour Emilie Dequenne. Quant à François Ozon, éternel maudit des César, qui totalisait douze nominations pour Eté 85, il est reparti bredouille. 

Le César du meilleur acteur est lui revenu à Sami Bouajila pour Un fils de Mehdi Barsaoui, où il joue à 54 ans un père déchiré. "J'ai souvent l'impression que les rôles nous choisissent, plus qu'on les choisit", a déclaré l'acteur, expliquant en recevant son prix comment le tournage dans le désert tunisien lui avait rappelé les récits d'enfance de son propre père. 







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

LES DESSINS D'ENFANTS, UN STATUT À PART

  Par Magali Lesauvage - QDA - 22 juillet 2021  Quasi absents des réserves des musées comme du marché de l’art, les dessins d’enfants sont ...